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    idées de croisière

    10 mouillages de rêve en Finistère

    Convoyer un voilier de Locquirec à Lorient, en été sur une une période de deux semaines n’est pas la pire des punitions! Un lecteur de ce blog m’a demandé de lui citer les 10 mouillages à ne pas louper sur un tel parcours.  Son voilier est un Oceanis 31, un quillard qui cale 1,80m.

    Bien sûr, je n’ai eu aucun mal à dénicher de très beaux mouillages au long de cette magnifique côte du Finistère. Voici donc comment je préparerais un tel parcours, sachant que la météo du moment aura toujours le dernier mot.

    Vue d’ensemble de la route à parcourir

    Quand je prépare une croisière, je commence par tracer la route totale du départ à l’arrivée. Ici il s’agit d’une route droite, avec un simple aller. mais le principe est le même pour un aller-retour, ou bien une boucle. Nous avons en effet besoin de connaître le nombre total de milles à parcourir, au minimum.

    De Locquirec à Lorient j’ai trouvé environ 150 milles nautiques en route droite sans escales. Si nous prévoyons 10 journées de navigation en 14 jours de croisière, cela nous donne une moyenne de 15 milles par jours, soit 3 heures de navigation. C’est très confortable, ici pour un équipage naviguant sur un Oceanis 31.  Une telle latitude vous laisse du temps pour visiter les ports, les îles et surtout vous permet de choisir la meilleure météo pour prendre la mer.

    Affinons un peu nos observations

    carte des mouillages du finistère

    Au long de cette route, existe-il des passages supérieurs à 15 milles qui ne présenteraient aucun mouillage abrité pour un quillard?

    Sur la côte du Finistère, on trouve de nombreux mouillages relativement rapprochés. Cependant le plus délicat sera de rallier l’île de Batz à l’Aber Wrach, pour une distance de 30 milles.

    Ensuite il faudra passer le raz de Sein et traverser la baie d’Audierne. Il s’agit de la partie la plus technique de cette croisière (40 milles de l’île de Sein aux Glénans) . Mais elle ne peut pas être planifiée des semaines à l’avance tant les choix stratégiques dépendent ici à la fois de la météorologie et des courants.

    Idéalement il faudrait passer le Raz de sein à l’étale de haute mer pour profiter du jusant (marée descendante) jusqu’aux environs de Loctudy. Dans tous les cas il ne faut pas tenter ce passage quand le vent souffle en sens inverse du courant.

    Je conseille donc à notre équipage de définir la date butoir à laquelle il veut avoir franchi la baie d’Audierne pour profiter des trésors maritimes du sud Finistère. Ensuite il surveillera attentivement la météo pour s’assurer d’effectuer cette petite traversée dans les meilleures conditions possibles, quitte à écourter son séjour en mer d’Iroise.

    Autres difficultés particulières

    En mer d’Iroise les courants sont assez importants, il faudra en tenir compte dans tous les passages un peu resserrés: soit le chenal du Four, le Fromveur et les chenaux d’accès aux mouillages.

    Enfin, dans le Finistère il est nécessaire de calculer les hauteurs d’eau à l’entrée de certains ports et sur ancre pour valider vos mouillages, surtout avec un quillard.

    Prévoir les avitaillements

    Je propose ici beaucoup de mouillages dans les îles ou au bord des plages. J’ y intercale des escales qui en plus d’être pittoresques permettent de se ravitailler en eau, vivre et gas-oil si le vent fait défaut.

    Comment choisir ses mouillages à l’avance?

    Pour cet article j’ai choisi de mettre en avant les plus beaux mouillages (selon moi) du Finistère. J’ai aussi considéré qu’il ferait beau temps, puisque cette croisière à lieu en été. Ceci fait que j’ai exclu la rade de Brest, alors qu’elle présente aussi beaucoup d’intérêt. Entre le très beau et le beau, j’ai donc préféré le plus beau 🙂

    Pour autant, si la mer s’avérait trop agitée en Iroise, je conseille fortement aux équipages de se replier sur les ports du secteur disposant de marinas, et de profiter de l’abri de la rade de Brest qui permet de naviguer en toute sécurité même avec des vents très forts.

    Le Grand Léjon au mouillage

    En préparant votre croisière vous pourriez constituer 2 listes de mouillages

    1. Une liste des mouillages les plus beaux du Finistère, en notant les difficultés éventuelles d’accès et le secteur des vents favorable.

    2. Une liste des mouillages les plus abrités et faciles d’accès.

    Ainsi vous ne vous trouverez pas pris au dépourvu quand la brise sera venue.

     

    10 mouillages de rêve en Finistère (et un petit peu dans le Morbihan)

    L’île de Batz

    Première escale de cette croisière, l’île de Batz offre aux quillards un mouillage protégé des vents de nord-ouest à nord-est, voire Est si le vent reste modéré, en lisière du chenal non loin de l’île aux Moutons.

    Si les conditions ne sont pas réunies, il est également possible de laisser le bateau dans le port à flot de Roscoff et de prendre le passeur pour visiter l’île.

    ile de batz

    L’endroit est magnifique, et mérite réellement le détour. sur place vous pouvez louer des vélos, ou marcher. L’île est sans voiture, le tour de l’île fait 12km.

    L’Aber Wrach

    Au fond d’une jolie ria, ce port doté d’une marina vous offre un abri parfait. Il s’agit quand même de bien respecter le balisage et d’entrer de préférence avec le flot. Des sentiers de randonnées entourent l’Aber si vous souhaitez prolonger votre séjour.

    mouillage aberwrach finistère

    Ouessant

    Faites attention si vous naviguez en vives-eau à la violence des courants dans le Fromveur et à proximité du phare de la Jument. Evitez absolument toute configuration du type vent contre courant dans ces parages quand le vent et les courant sont forts.

    Le principal mouillage de l’île pour les voiliers, celui de la baie de Lampaul est abrité des vents de secteur Nord à sud-est. Des bouées sont disponibles aux beaux jours. Le débarcadère est relativement éloigné, mieux vaut utiliser un moteur d’annexe. L’île mérite qu’on s’y arrête au moins 24h pour la visiter à pied ou à vélo.

    Molène

    Toute menue, l’île de Molène est nichée au cœur de l’archipel du même nom. Elle fait partie du parc naturel marin d’Iroise, zone protégée donc. Il n’est pas permis de débarquer sur tous les ilots dont certains sont privés. Quoiqu’il en soit avec ses plages de sable blanc et ses eaux turquoises, Molène est un régal pour les yeux. Les courants dans l’archipel sont tout de même à prendre au sérieux. Bien employés ils peuvent faire office de tapis roulant.

    pêcheurs au mouillage à Molène

    Le mouillage dispose de quelques bouées, souvent prises d’assaut le week-end. Pour jeter l’ancre entre ces bouées et les algues il faudra bien viser. Il faut penser également à faire un calcul de marée car par vives-eau la place à marée basse est limitée. Le port et les îlots offrent une protection contre les vents d’ouest à sud-est.

    Avitaillement à Camaret

    Niché derrière la pointe du Toulinguet, cette escale est souvent préférée à Brest. Camaret est un très joli port qui permet en plus aux équipages de faire un avitaillement complet. Ce sera sûrement bien utile après une semaine de navigation depuis Locquirec.

    camaret très joli mouillage en finistère

    Sa tour Vauban, sa chapelle sur le front de mer avec ses ex-voto, les petites ruelles et la plage feront votre bonheur. On y trouve également une quantité de restaurant et de bars en été, ainsi que des galeries d’artistes. De belles randonnées vous attendent à deux pas au dessus des falaises du Toulinguet.

    l’Anse de Pen Hir

    Au sud de Camaret, à condition de faire le tour des roches du Toulinguet et des tas de pois, vous découvrez une anse toute en sable et en falaises. Le mouillage sur fond de sable est excellent. Il n’y a rien à faire à terre, sauf à profiter de l’immense plage. Mais la balade depuis Camaret est très belle et le mouillage fort tranquille par de l’ouest à l’est en passant par nord. Du fait des hautes falaises les brises thermiques par grand beau temps peuvent toutefois être assez soutenues en fin de journée.

    Morgat

    A 20 petits milles de Camaret, cette station balnéaire dispose d’une immense plage de rêve nichée dans une anse protégée par de hautes falaises. La Prequ’ile de Crozon à l’Ouest offre des panoramas magnifiques aux randonneurs. Entre le Cap de la Chèvre et le port de Morgat, de nombreuses petites criques sablonneuses vous offrent des mouillages de jour au pied des falaises trouées de multiples grottes.

    grotte morgat

    Il est possible de mouiller dans la baie de Morgat et de débarquer dans la marina ou sur le sable. La marina compte peu de place pour les visiteurs et par vives-eau son accès peut-être difficile à marée basse. L’endroit et ses animations plaira sûrement aux enfants. Le port est protégé des vents de Nord-est à Ouest. Par vent de sud-ouest la houle peut rendre le mouillage intenable, voire dangereux.

     

    l’île de Sein

    Il n’est pas si facile de trouver de la place à l’île de Sein avec 1,80m de tirant d’eau. La place est comptée, car le passeur a besoin d’espace pour manœuvrer. Par morte-eau il y a plus de chance de trouver un coin de sable ou jeter son ancre. Attention aussi de ne pas la prendre dans un champ de laminaire qui cèdera dès que le vent montera.

    L’avant-port n’offre pas d’abri aux vents de nord à est quoique montre la carte. En effet les récifs à l’est sont recouverts à la pleine mer. Le combo gagnant est donc; vent de secteur sud-ouest à nord-ouest modéré, ou calme plat, et mortes-eaux.

    mouillages de l'ile de sein pointe du Finistère

    Si vous avez ces conditions, n’hésitez pas à vous y arrêter, cet endroit ne ressemble à aucun autre. Outre les couleurs hallucinantes de la mer d’Iroise, cette île comporte des ambiances très variées. Depuis le port au murs bariolés, vous découvrirez les ruelles étroites, de minuscules pâturages abandonnés,puis une végétation rare et rase qui se déploie entre les roches et l’océan. Sein est un paradis pour le kayak, la pêche et il est possible de s’y baigner si on n’est pas trop frileux.

    L’archipel des Glénans

    Après une traversée de l’ennuyeuse baie d’Audierne, mouiller aux Glénans est une véritable récompense. Ne vous précipitez pas forcément sur les bouées qui entourent Penfret et l’île de Saint Nicolas. Il existe bien d’autres mouillages possibles sous réserve d’un calcul de marée effectué dans les règles de l’art. D’ailleurs si vous désirez y passer quelques jours, les enfants du bord seront ravis, et vous n’aurez qu’à vous laisser vivre. Si vous manquez d’eau ou de nourriture, vous ferez escale à Concarneau. Attention d’arriver suffisamment tôt car les places y sont chères en été.

    mouillage au glénan

    Port Tudy

    Alors que la croisière de notre lecteur s’achève à Lorient, je ne peux que l’inciter à relâcher à Groix, fort animée en été. Une tournée des pubs s’imposera après une balade sur les sentiers côtiers. Après un tel parcours il sera suffisamment rompu à l’art du mouillage pour oser sortir des sentiers battus. Il ne sera pas pas obligé d’entrer dans le port généralement bondé. Si le temps et surtout la houle le permettent il trouvera de charmants mouillages au bords des plages.

    Je crois que cette croisière devrait être très réussie! Et vous, quels sont vos mouillages préférés dans le Finistère?

     

  • avitaillement
    idées de croisière,  tutos

    Pour votre première traversée de l’Atlantique : naviguez jusqu’aux Açores!

    Comment satisfaire nos rêves d’aventures maritimes, effectuer une traversée de l’atlantique sans prendre d’année sabbatique ?

    Vivre une traversée océanique. Goûter la chair savoureuse de la dorade coryphène. Croiser avec les cachalots. Plonger dans une eau turquoise au beau milieu des sars, des thons, des mérous. Goûter à la langueur insulaire. Randonner entre les volcans éteints et les massifs d’hortensias, le bleu des agapanthes et le vermillon des crocosmias. Participer aux dizaines de pardons, fêtes de la mer et régates de baleinières. Ou boire un verre chez Peter à Horta avec vos semblables: baroudeurs des mers sirotant leurs bières au carrefour de l’Atlantique.

    Avec 3 semaines de vacances et un voilier bien préparé, vous pouvez réaliser une telle croisière. Où donc? En filant vers l’archipel des Açores, à 1200 milles nautiques de Brest. Bien sûr, si vous n’avez que trois semaines de congé et que vous voulez visiter les îles, il vous faudra deux équipages, un pour l’aller, un pour le retour.

    traversée de l'Atlantique avec les baleines

    Je vous écris ici en connaissance de cause. Les Açores sont ma destination préférée en navigation estivale. Si cela était possible je m’y rendrais beaucoup plus souvent.J’ai déjà eu la chance d’effectuer au moins 10 traversées entre Brest et les Açores. En solitaire, en équipage, en aller-retour, en retour ou en aller simple, à bord de voiliers de 32 à 43 pieds, chacune de ces traversées était différente. Elles m’ont toutes fait progresser dans ma pratique de la navigation à la voile. Je suis à peu près certaine que la onzième m’apportera encore quelque chose de nouveau.

    Comment traverser l’Atlantique depuis la Bretagne vers les Açores?

    La traversée de l’Atlantique vers les Açores de Brest à Horta compte 1200 milles nautiques. A titre de comparaison, une transatlantique entre Mindelo au Cap-Vert et la Martinique représente environ 2100 milles marins.

    Il peut donc paraître plus facile de se rendre aux Açores qu’aux Antilles.

    Or ce n’est généralement pas le cas. Les voiliers qui traversent l’Atlantique ont tout intérêt à prendre la route des Alizés. Ils descendent depuis l’Europe jusqu’aux Canaries, font escale aux îles du Cap-Vert avant de gagner l’arc antillais. Cette navigation se déroule au portant dans un vent médium et présente peu de difficultés météorologiques, à part peut-être les orages du pot-au -noir, si l’on part à la bonne saison (entre les mois d’octobre et de janvier).

    En revanche la traversée de l’Atlantique vers les Açores ne suit pas la route des alizés.

    Conditions météorologiques

    Si le régime général des vents est plutôt de nord-ouest le printemps et l’été, il arrive que des dépressions se forment à ces latitudes. A l’inverse quand le fameux anticyclone des Açores est bien établi, il peut projeter une dorsale jusqu’à la Bretagne, d’où le vent sera totalement absent… Cela m’est arrivé lors ma dernière traversée, nous avons navigué 150 heures au moteur, un record! Et pourtant je n’ai jamais autant envoyé et affalé un spi lors dans un si court laps de temps. Nous avons profité de chaque filet d’air, envoyant le spi même la nuit, comme les coureurs. Mais il y en avait vraiment très peu. Avec de meilleures voiles de petit temps nous aurions sans doute économisé quelques heures de moteur.

    météo pour la traversée de l'Atlantique

    Au plan météorologique cette traversée gagne donc à être bien préparée, idéalement à l’aide d’un logiciel de routage. Pour vous donner une idée de la variabilité de ces conditions, sur le même trajet retour ma plus longue traversée à duré 12 jours et la plus courte 6 jours et demie. Certes je naviguais dans ces deux circonstances sur des bateaux différents, mais certainement pas au point de doubler ma vitesse moyenne!

    Sans logiciel de routage, ni connexion satellite à bord,  vous pouvez aussi prendre des copies d’écran des prévisions à dix jours de Windy sur votre téléphone. C’est très simple, vous aurez ainsi les prévisions à portée de main pendant la traversée.

    Durée de la traversée

    La majorité des voiliers pourront tabler sur une dizaine de jours de traversée de l’Atlantique en moyenne. Certaines années une bonne partie du trajet risque de s’effectuer au moteur, à moins que vous n’ayez des voiles légères très performantes. A partir du mois d’août le risque de mauvais temps entre les Açores et la Bretagne augmente considérablement. En calculant bien, vous pourriez revenir en surfant sur un front chaud en profitant de vents soutenus de sud-ouest à ouest. Mais cela suppose que vous ayez un bon potentiel de vitesse…

    Préparation du bateau

    Pour vous rendre aux Açores, votre voilier devra être préparé comme pour une transat classique. Si vous naviguez aux beaux jours, de mi-mars à mi-septembre, vous n’avez pas de raison de vous préparer comme si vous deviez affronter les quarantièmes. Sachez cependant qu’en automne et en hiver les cyclones en provenance des Caraïbes et les fortes tempêtes repoussent l’anticyclone vers le sud et lèvent des mers absolument infernales.

    avitaillement avant la traversée

    Sécurité

    La liste d’armement hauturier obligatoire doit absolument être respectée. Soignez vos lignes de vie car vous en aurez besoin pour manœuvrer. Prenez soin des dispositifs de prévention et de récupération de l’homme à la mer.  Je vous invite à vous reporter à l’article comment assurer votre sécurité en mer pour bien vous préparer à la majorité des éventualités. Pensez à briefer l’équipage sur toutes les questions de sécurité: emplacement du matériel, règles de sécurité, procédures de détresse et d’évacuation.

    Équipement personnel

    Pour une traversée vers les Açores vous aurez besoin d’une veste et d’un pantalon de quart hauturiers. Selon la saison vous pourriez avoir froid la nuit, donc ne négligez pas les sous-couches thermiques et les polaires. En été une fois sorti du golfe de Gascogne la température est vite agréable, s’il n’y a pas de mauvais temps. Mais vous n’en rencontrerez pas parce que vous aurez pris en compte la météo avant de partir. N’oubliez pas la crème solaire 🙂

    Prévoyez également une bonne lampe frontale avec éclairage rouge et blanc. Des bouchons d’oreille vous seront utiles pour dormir quand vous serez hors quart ou si vous naviguez longtemps au moteur. Chacun devrait également avoir un gilet-harnais et une longe à son nom.

    traversée vers Flores

    Avitaillement

    En fonction de la vitesse moyenne de votre bateau vous pourrez estimer le temps passé en mer. Je vous conseille de prévoir 30% de vivres en plus, et 50% pour l’eau potable. Soyez très généreux sur les quantités de pâtes, riz, oeufs.

    Pour ma part je compte une bouteille d’eau minérale (1,5l) par jour et par personne, et 4 litres/personne minimum d’eau des réservoirs pour la cuisine et l’hygiène. A condition de faire la vaisselle à l’eau de mer et de ne pas prendre de douche sous pression évidemment. Donc pour 10 jours de mer: 10 +5 (marge de sécurité) bouteilles d’eau minérale. Si vous avez un dessalinisateur, je pense qu’il est quand même prudent d’embarquer la même quantité d’eau minérale.

    Lorsque l’Anticyclone est bien installé vous pouvez vous attendre à naviguer beaucoup au moteur. A moins que vous ne soyez totalement libres de votre temps, d’importantes réserves de gas-oil seront les bienvenues. Vous pouvez stocker des bidons supplémentaires sur le pont contre les filières en les réunissant le long d’une planche.

    Organisation des quarts

    Au large vous croiserez peu de bateaux. Deux ou trois cargos, peut-être des chalutiers, et beaucoup plus rarement d’autres voiliers. Le risque de collision existe quand même donc les quarts ne sont pas facultatifs. De plus vous ferez mieux marcher votre voilier s’il y a quelqu’un sur le pont en permanence pour régler les voiles. L’organisation des quarts dépend de la composition de l’équipage, voyez cet article sur Bateaux.com

    veille aux cargos

    Changer d’équipage

    Les îles sont toutes équipées d’aéroport. Même la plus petite: Corvo. Des liaisons par ferry relient également certaines îles entre elles, à des fréquences assez variables. Les  réservations peuvent s’effectuer en ligne. Vos équipiers pourront donc gagner l’archipel à partir de l’aéroport de Lisbonne et vous rejoindre dans n’importe quel port. L’été les voyageurs étant plus nombreux, il est quand même prudent de réserver ces billets un peu en avance. De plus la course en mini-transat Concarneau-les Açores-Concarneau fait escale à Horta en juillet. Les coureurs et leurs équipes techniques ont vite fait de réserver toutes les places disponibles.

    traversée de l'Atlantique en mini

    Mes îles préférées

    Cette partie de l’article est la moins objective de toutes. Par avance je m’excuse auprès des insulaires que je pourrais vexer. Toutes les îles de l’archipel sont belles et intéressantes à visiter. J’ai fait escale au moins une fois dans la plupart d’entre elles. La végétation, les paysages marqués par l’origine volcanique des îles, le degré d’urbanisation créent des ambiances et des impressions très différentes.

    L’archipel est séparé en trois groupes et comporte 8 îles: les îles de l’Est, le groupe du centre et celles de l’Ouest. Les distances entre ces trois groupes sont importantes: environ 120-130 milles entre les îles extrêmes et celles du centre.

    Le nom de l’archipel, Açores, provient du nom portugais d’un rapace: l’Autour des palombes, une sorte d’épervier. Il figure d’ailleurs sur le drapeau de la région.

    Les ports et les mouillages

    Toutes les îles, à l’exception de Corvo, disposent à présent d’au moins une petite marina pour les voiliers de passage. Cependant les tempêtes de l’hiver peuvent les malmener considérablement, elles ne seront peut-être pas toutes opérationnelles à votre arrivée. Les îles sont accores comme leur nom ne l’indique pas, et la houle omniprésente. Les bons mouillages ne sont donc pas si nombreux. si vous en trouvez, vous devrez probablement mouiller dans une profondeur élevée, avec des fonds rocheux. je vous conseille vivement d’employer un orin pour être sûr de remonter votre ancre. Pendant tout votre séjour il vous faudra surveiller la météo afin de ne jamais être surpris par une rotation des vents et de la houle rendant le mouillage inconfortable voire dangereux.

    Je vais vous parler ici uniquement des îles qui m’ont laissé le plus grand souvenir, mais je m’engage devant vous à passer plus de temps dans les autres îles lors de ma prochaine traversée de cette portion de l’Atlantique 😉

    Santa Maria est à l’extrême sud-est de l’archipel. Sa situation géographique lui procure un climat plus sec que ses voisines et une végétation . Les couleurs sont contrastées: sable rouge d’un mini-désert volcanique contrastant avec le vert de la végétation qui l’entoure. Cultures en espalier à flanc de montagne. Plages de sable doré, peut-être les plus belles de tout l’archipel. L’île n’est pas très grande, 17km de long environ et 9 km de large, vous pourrez la visiter à pied, en bus ou en taxi en quelques jours depuis la marina de Vila do porto.

    Sao Miguel à 40 milles au nord nord ouest de Santa Maria est la plus grande île de tout l’archipel. La ville principale, capitale administrative de la région est Ponta delgada. La nouvelle marina offre tous les services nécessaires aux bateaux de plaisance. Si vous aimez les volcans, les sources d’eau chaude et les randonnées en bord de falaise ou au beau milieu d’une végétation luxuriante, vous y resterez longtemps.

    sao miguel lacs

    Sao Jorge dans le groupe central  est toute en falaise et en volcans. Au pieds des immenses falaises les fajas, bandes de terre plate s’avançant dans l’océan, supportent des cultures de banane, café, légumes, bien à l’abri des vents dominants. On y trouve même un spot de surf assez fréquenté. Je ne m’y suis arrêtée qu’une seule fois et c’est une erreur car elle est vraiment magnifique.

    Pico et Faial, toujours dans le groupe central sont connus de tous les marins qui ont traversé l’Atlantique dans le sens ouest-est. Le port de Horta à Faial est la plaque tournante des voiliers de croisière hauturière en Atlantique. Boire un verre au café Peter à Horta est aussi essentiel à la carrière d’un marin que d’avoir passé le Cap Horn. En plus c’est beaucoup plus facile à réaliser! Séparée de Faial par un chenal de 4 milles l’île de Pico se voit de très, très loin avec son immense volcan culminant à 2351 mètres! pico est cernée d’une roche volcanique noire, du basalte,  propice à la culture de la vigne. Je n’ai jamais escaladé tout ou partie de ce volcan, mais il figure bien dans ma todo-list…

     

    Flores et Corvo, dans le groupe de l’Ouest, à 120 milles de Faial sont deux joyaux isolés du reste de l’archipel. Corvo est toute petite et vraiment très difficile d’accès pour les voiliers. Le port est très exposé à la houle et de grosses roches au fond rendent le mouillage délicat, même avec un orin. Un été j’ai profité d’un long calme plat pour y passer deux nuits et visiter cette île issue d’un cône volcanique de 720m de hauteur.  C’était absolument magique et inespéré.

     

    Flores: j’ai gardé le meilleur pour la fin. Quand je navigue aux Açores, Flores est comme le dessert délicat ponctuant un copieux repas. Délicate et sauvage, éloignée de tout, il faut souvent naviguer au près depuis Faial pour y accéder. Le port de Lajes das Flores est régulièrement endommagé par les tempêtes hivernales puis reconstruit et agrandi, inlassablement. Sa marina a été détruite à l’automne 2019, en même temps que l’essentiel de l’immense digue de 17 mètres de haut et 23 mètres de large. Le mouillage peut devenir intenable par forte houle.

    flores

    Quand le vent ou le brouillard se font trop insistants, les avions n’atterrissent plus. Autant dire que les habitants ont l’habitude d’y vivre en semi-autarcie. Une communauté étrangère composée de Français, Belges, Allemands, Italiens, Espagnols, et j’en oublie sûrement, s’y est installée à côté des Portugais. On parle beaucoup de langues à Flores. L’île est très verte, préservée de la sécheresse par l’abondance des sphaignes qui forment comme une mousse très épaisse tapissant les roches et retenant l’eau.

    A nouveau des cratères, des lacs de cratères, des fajas, une végétation luxuriante, des fleurs et des cascades à ne plus savoir ou regarder. Comme partout aux Açores les fonds sont poissonneux, l’eau est claire, véritable paradis des plongeurs et des pêcheurs. C’est l’île que je préfère pour l’accueil de ses habitants, sa beauté sauvage et son isolement. Sa position un peu à part en fait un peu la Pitcairn de l’atlantique nord. D’ailleurs certains habitants se sont pris pour des naufrageurs il y a quelques années alors qu’ils auraient pu sauver le voilier d’une de mes amies qui s’était fracassé à Santa Cruz. Mais ceci est du passé, pour ma part je n’ai que de bons souvenirs à Flores. Et une hâte certaine d’y retourner et de participer aux jamsessions acoustiques du jardin de kotuku!

    Quitter les Açores et rentrer en France

    A moins que vous ne décidiez d’y laisser votre voilier, ou même de vous y installer,  une deuxième traversée de cette partie de l’Atlantique vous attend pour en revenir. Les meilleurs ports d’où partir sont ceux de Horta et de Ponta Delgada. Vous y ferez plus facilement qu’ailleurs un avitaillement complet.

    Du point de vue météorologique ce peut-être différent. Pour mon petit record personnel de 6 jours et demi je suis partie de Santa Maria. Au vu de l’étendue de l’archipel, si vous voulez prendre des options de routage pour rentrer il faudra que vous surveilliez la météo dix jours à l’avance. Ce ne sera peut-être pas compatible avec les contraintes de votre équipage. Tant pis, l’important étant d’abord de naviguer en sécurité et de profiter de cet archipel merveilleux.

    traverseé de l'Atlantique depuis Brest
    N’oubliez pas de peindre le logo de votre équipage sur les quais de Horta!

     

  • voilier de Saint-Malo à Chausey
    idées de croisière,  tutos

    De Saint Malo à Chausey, 130 îlots pour un voilier

    Sur les brochures touristiques nous pouvons lire que l’archipel de Chausey compte 365 îles et îlots. C’est du folklore, du boniment à touristes. Chausey n’a pas besoin du calendrier grégorien pour séduire le marin. Le temps d’un week-end en voilier depuis Saint Malo, je vous propose de mouiller dans le sound de Chausey, au pied du village des Blainvillais. En plein hiver, et part une bonne brise de sud-ouest. Nous serions seuls au mouillage, et peut-être aurions nous le privilège de rencontrer l’un ou l’autre des 10 habitants de l’île.

    Chausey n’est pas en Bretagne?

    Je sais, j’avais écris que je proposerai 52 idées de croisière en Bretagne. Oui, l’archipel de Chausey est normand. Incontestablement. Mais Saint-Malo est bien bretonne, et ce n’est pas près de changer. En plus il serait ballot de se priver d’une si jolie navigation en voilier pour des considérations administratives. Les oiseaux, les homards et les dauphins se moquent bien de savoir s’ils se promènent en Bretagne ou en Normandie. Suivons les, je parie qu’ils nous ouvriront la route pour nous en mettre plein les mirettes.

    dauphin entre les voiliers de chausey
    photo Claire André – Flickr

    En réalité ce défi est intenable. Découvrir un nouveau port chaque week-end de l’année en naviguant le samedi et le dimanche s’avère très compliqué quand les dépressions se succèdent sur la façade Atlantique. Les jours de mauvais temps, j’ai découvert en Bretagne deux zones qui permettent quand même de sortir en voilier sans risquer sa vie et celle des sauveteurs en mer. Il s’agit de la rade de Brest et de la zone comprise entre Bréhat et Saint-Malo précisément. Il en est même une troisième dont je n’ai pas encore parlé qui serait le golfe du Morbihan. Une image vaut mieux qu’un long discours, regardez par exemple ces prévisions de houle pour la nuit du samedi au dimanche:

    windy bretagne chausey

     

    Vous voyez un petit bug sur cette image, car il n’y a jamais 4m de houle dans la rade de Brest. Le logiciel ne tient pas toujours compte précisément de la configuration de la côte.

    L’autre contrainte que je me suis fixée est de naviguer le plus possible avec le vent et le courant. Or là le vent est de sud-ouest tout le week-end. La solution serait donc de naviguer plus ou moins travers au vent, ou bien au largue dans un sens et au près dans l’autre, mais sans louvoyer.

     

    Bon, en partant de Granville cela aurait été possible, mais nous ne sommes plus du tout en Bretagne et puis Granville n’est qu’à 8 milles de Chausey en voilier. En choisissant Saint-Malo, je commets donc une entorse à la règle habituelle, car il faudra bel et bien tirer des bords au retour.

    Il reste à prendre les marées en considération car cette zone est celle où le marnage est le plus élevé en Europe! D’ailleurs si vous voulez en savoir plus à ce sujet je vous invite à lire cet article très complet sur les marées.

    Alors, que nous dit marée.info?

    marées à Chausey
    marée à Saint Malo

     

    Bonne nouvelle, nous naviguerons en morte-eau!

    Ce qui ne signifie pas que le marnage soit insignifiant, ni les courants de marées. Mais l’avantage est que nous pourrons sortir du port de plaisance des Sablons quand il nous plaira, ou presque!

    Comment entrer ou sortir d’un port à seuil

    Il s’agit d’un port à seuil, lequel rajoute un obstacle à 2.00m au dessus du zéro des cartes.

    Pour savoir si notre voilier peut entrer ou sortir du port des Sablons, nous devrons donc avoir une hauteur d’eau supérieure ou égale à notre tirant d’eau + la hauteur du seuil + un pied de pilote.

    HE >ou = TE+Hseuil+PP

    Dans ces tutos, je considère que nous naviguons à bord d’un Océanis 31, avec un tirant d’eau d’1,70m. Prenons un pied de pilote de 50cm. Il nous faut donc une hauteur d’eau minimale de 4.20m pour passer avec certitude. Sans pied de pilote, c’est 3,70m, mais il est aussi très risqué de s’en passer. Quoiqu’il en soit la plus basse mer du week-end, le samedi matin, offre une hauteur de 3,88m à Saint-Malo. Le marnage est de 9.73-3.88=5.85m ce qui nous donne 1/12e à 48cm. Une heure après la basse mer, ou à BM+1h, nous aurons donc 3.88+0.48=4.36m

    Vous pouvez également vous référer aux tables données sur le site du port des Sablons pour connaître les heures de passage au-dessus de seuil. Cependant faites attention: ces tables sont calculées pour un tirant d’eau d’1.70m !

    seuil port des sablons

     

    Voyons maintenant la route que nous suivrons. Le coin est pavé de rochers, il s’agit donc de bien respecter les chenaux. Comme d’habitude, j’ai tracé la route sur Open CPN, qui est un logiciel de cartographie et routage open source et gratuit. Le balisage est suffisamment fourni pour ne pas se perdre.

    route du port de Saint-Malo à Chausey en voilier

     

    Nous avons 17 milles à parcourir avec le vent portant, sous spi pour les plus expérimentés, sous génois tangonné pour les autres. Il est possible également de tirer des bords de largue jusqu’à Chausey si votre voilier est vraiment plus performant à cette allure. Bref, amusez-vous!

    A l’arrivée dans le Sound de Chausey, vous trouverez une zone de mouillage pour votre voilier avec des bouées visiteurs. Vous y serez abrité du vent de sud-ouest par Grande-île. Cette zone de mouillage est réglementée, reportez-vous à cette page pour des informations détaillées.

    Prenez votre annexe en toute sécurité

    Je suggère de partir assez tôt pour avoir le temps de vous promener en annexe dans l’archipel avant de vous dégourdir les jambes sur grande-île. Les courants dans l’archipel n’étant pas une légende, en plus du vent de sud-ouest, il est souhaitable de prendre quelques précautions avec l’annexe.

    voilier dans le sound de chausey
    Le Sound de Chausey – photo James Stringer – Flickr

    A Chausey, la promenade et les aller-retours à terre en annexe s’effectuent avec:

    • un moteur hors-bord,
    • des rames en secours,
    • un mouillage,
    • des gilets de sauvetage
    • et un téléphone, ou une VHF dans une housse étanche.

    Le lendemain partez assez tôt car au louvoyage vous aurez le double de route à parcourir. 35 milles au près minimum avec des voiles bien plates et un bon barreur. La voile n’est pas que de la promenade de plaisance, elle est aussi un sport!

     

  • a la recherche d'un mouillage à Bréhat
    idées de croisière,  tutos

    Mouillage à l’île de Bréhat, la perle des côtes d’Armor

    Pour ce 13e week-end de croisière en Bretagne j’ai voulu prendre un mouillage autour de l’île de Bréhat. Je ne connais pas du tout cette zone de navigation. Je vais donc vous montrer comment construire un plan de navigation dans une zone que vous ne connaissez pas encore.

    Pourquoi choisir la baie de Saint Brieuc?

    Il y a au moins trois raisons à cela. La première est que nous avons fait le tour des principaux mouillages de mer d’Iroise. Il en reste quelques uns, moins connus, mais qui demandent des conditions de navigation spécifiques. Quand elles seront là, je ne manquerait pas de vous partager mes derniers secrets.

    La seconde raison est qu’en ce début de janvier, la météo en Bretagne n’est pas très engageante pour le marin. Beaucoup de houle était attendue dans la nuit de samedi à dimanche sur toute la façade atlantique. Windy annonçait des creux jusqu’à 3 mètres aux Glénans. Les seules zones navigables dans de bonnes conditions s’étendaient au nord est de Belle-île pour l’une, depuis la baie de Saint Brieuc jusqu’au mont Saint-Michel pour la seconde. La baie de Saint Brieuc et ses abords sont bien protégés des vents d’ouest. Une image vaut mieux qu’un long discours, regardez.

    houle bretagne

     

    J’ai aussi voulu me challenger un peu, c’est pourquoi j’ai choisi la seconde où je n’ai encore jamais navigué. Honte à moi d’ailleurs, en 30 années de croisière au départ de Brest! En consultant les documents de navigation et les photographies des mouillages j’ai compris mon erreur, et je me promets de la réparer rapidement! A quoi bon chercher l’aventure à l’autre bout de la planète quand de magnifiques mouillages se nichent à quelques pas de chez nous?

    Alors, maintenant que nous avons notre zone de navigation comment fait-on pour établir un plan de navigation?

    Commençons par prendre connaissance de la météo et des marées.

    Nous voyons que le vent de sud-ouest sera maître de nos choix. Les marées également car les coefficients sont importants. Le marnage ici est bien plus important qu’à Brest. Près de 10 mètres entre la basse mer et la haute mer, ce n’est pas un point de détail! Un gros marnage implique de bien choisir son mouillage, mais aussi de s’attendre à de forts courants de marée.

    windguru saint brieuc marées binic

     

    La seconde étape consiste à regarder la carte.

    Je vais chercher à naviguer à l’abri des rafales de sud-ouest, et si possible éviter d’avoir à tirer des bords à l’aller ou au retour. Pour la démonstration j’ai aussi choisi un port de départ qui me facilite la tâche. En effet aux abords de la Manche, le marnage est tel que beaucoup de ports ne sont pas accessibles à tout moment de la marée.

    Vous trouverez ainsi des ports d’échouage, réservés uniquement aux bateaux qui peuvent se poser. Des ports à seuil: ce sont des bassins dont l’accès est protégé par un mur construit sur le fond à une hauteur suffisante pour conserver les bateaux à flot à basse mer. Ils sont parfois dotés en plus d’une porte comme celles des écluses qui n’est ouvertes qu’aux alentours de la pleine mer. Pour entrer ou sortir il faut attendre qu’il y ait suffisamment d’eau au-dessus du seuil pour votre bateau. Enfin des ports à flots généralement situés près de l’embouchure de rivières dont l’accès est protégé par des écluses.

    Pour ce tuto nous partirons de Saint Quay port d’Armor qui est un port à flot accessible en permanence.

    Nous continuerons à naviguer sur Utopia, notre voilier de 31 pieds doté d’un tirant d’eau d’1.70m. Il est clair qu’un dériveur ou un voilier biquille serait plus approprié dans une telle zone en navigation côtière. Cependant la plupart des plaisanciers naviguent à bord de quillards. Quant aux autres, ils échouent peu leurs bateaux, même quand c’est possible. Je vais donc attendre d’avoir fait le tour des mouillages accessibles en Bretagne avec un quillard pour me pencher sur les joies et les peines de l’échouage.

    Voici donc la carte de notre terrain de jeu pour ce week-end d’hiver. Les îles anglo-normandes: Jersey, Guernesey, Sark et Chausey, sont hors champ, plus au nord et à l’est mais accessibles dans un rayon de 50 milles maximum. Je ne les oublierai pas dans de prochains tutos.

    navigation vers île de Bréhat

    Port d’armor se situe sur la côte ouest de la baie de Saint Brieuc, la côte est orientée suivant une ligne sud-est/nord ouest. En la suivant nous resterons abrités de la mer et des rafales de sud-ouest, et nous pourrons naviguer au débridé pendant tout le week-end. A l’extrémité nord de la côte, nous trouvons un des joyaux des côtes d’Armor: l’île de Bréhat recèle de magnifiques mouillages.

    La principale difficulté est liée au marnage et au secteur du vent.

    Pourrons nous trouver un mouillage abrité d’ouest à sud-ouest et suffisamment profond pour passer la nuit à Bréhat?

    Pour le savoir, il faut déjà zoomer pour voir les mouillages sur la carte de Bréhat. Ensuite nous pourrons nous référer aux guides nautiques ou bien à Navily pour connaître les observations des autres plaisanciers concernant ces mouillages.

    mouillage à bréhat

    Déjà nous pouvons constater que le coin est assez mal pavé. Par ailleurs l’étroitesse des chenaux augure de courants importants. L’application Juzzy m’a confirmé qu’il pouvait y avoir jusqu’à 3 noeuds de courant ce week-end en milieu de marée dans ces chenaux.

    J’ai retenu 3 mouillages potentiels, plus ou moins bien abrités du sud-ouest.

    Le plus abrité d’après la configuration de la côté serait celui de l’anse de Pommelin, à l’ouest. Mais pour visiter l’île il est trop loin. Il peut convenir en revanche pour y passer la nuit. Si par malheur le bateau dérapait, avec du sud-ouest, nous aurions un peu d’eau à courir pour rétablir la situation.

    Celui du nord n’est pas protégé du vent, mais seulement de la mer et encore, si le vent passe à l’ouest il faudra être bien enfoncé dans l’anse pour ne pas être gêné en plus par le clapot. A dire vrai dans cette configuration je n’oserai pas laisser mon voilier sur ancre sans surveillance.

    Au sud-ouest de l’île j’ai repéré une petite zone d’eau profonde. Situé aux abords du chenal entre Bréhat et l’île de Raguenes, ce mouillage est probablement exposé à un courant de marée assez fort. Rappelez-vous: les passages étroits sont toujours des facteurs d’accélération des courants de marée. l’endroit est  protégé des vents d’ouest par de nombreux ilots.

    panoramique mouillage à Bréhat
    panoramique de l’île de Bréhat – photo Jordi Carrio – Flickr

    Pour m’aider à décider j’ai regardé les commentaires sur Navily.

    J’obtiens confirmation que le mouillage de Pommelin est le plus sûr. Celui du nord de Bréhat, appelé la Corderie n’est pas du tout protégé des vents ouest. Il est interdit d’y jeter l’ancre mais des bouées de mouillages y ont été installées à l’entrée. Enfin c’est semble t-il un des plus beaux mouillages de Bréhat.

    Le dernier mouillage n’a pas de nom. Les usagers signalent que le courant y est important. L’application indique qu’il est protégé de tous les vents sauf vent de nord et de sud-est. Enfin un câble sous-marin parcourt le fond. Quoiqu’il en soit avec ce vent, il me semble qu’il soit le meilleur mouillage autour de l’île de Bréhat si nous voulons débarquer. Il paraît même assez abrité pour y passer la nuit.

    Pour achever de me décider j’ai consulté la vue satellite de ce mouillage à Bréhat sur Google Maps.

    bréhat mouillage vue satellite

    On y voit deux voiliers à l’ancre sur les bords du chenal et un quai qui devrait permettre de débarquer. Il faudra placer un orin sur l’ancre au cas où elle se prenne dans un câble. nous aurons également besoin d’un bon moteur d’annexe pour débarquer malgré le courant. Et dernière remarque: afin de faciliter l’accès à ce mouillage, nous essaierons d’y arriver aux alentours de l’étale de basse mer. Ainsi si nous nous échouons, nous n’aurons pas longtemps à attendre pour flotter, et nous ne serons pas gênés par le courant.

    Voici donc ma proposition de plan de navigation entre Saint Quay et l’île de Bréhat.

    Nous visons une arrivée au mouillage à Bréhat à 14h. La marée descend, nous aurons le courant et le vent avec nous. Nous pouvons donc miser sur une moyenne de 7 noeuds. Il nous suffit de partir vers 11h30. Si nous voulons naviguer le matin, il est possible de mouiller le long de la côte pour déjeuner par exemple à l’anse de Bréhec. Une autre possibilité serait de contourner l’île par le nord pour admirer le paysage. En ce cas il faudra probablement s’aider du moteur dans les chenaux.

    Enfin si passer la nuit au mouillage ne vous enchante pas, il est tout à fait possible de remonter la rivière jusqu’au port de Paimpol avec le jusant. Cela vous rajoutera 6 milles nautiques. Les portes des écluses sont ouvertes 2h30 avant et après la pleine mer. A mon avis il vaut mieux téléphoner à la capitainerie (02 96 20 47 65) avant d’arriver pour vous assurer qu’on vous ouvre les portes. Vous repartirez le lendemain dans la matinée avec la marée descendante et le vent portant dans la rivière.

    Tout ceci me donne très envie de louer un voilier pour découvrir cette jolie côte! Peut-être même un dériveur ou un biquille! Qui a déjà mouillé à Bréhat?

    mouillage en rose à Bréhat
    photo Lilly Bzh – Flickr

     

     

     

  • port de l'île de Sein
    idées de croisière,  tutos

    Mouillage ou échouage à l’île de Sein

    L’île de Sein est dans le top 3 de mes escales préférées en mer d’Iroise.

    Pourtant je ne m’y rends pas très souvent. Pourquoi? Quand s’y rendre en voilier?

    Lorqu’elle se présente, il ne faut pas rater la fenêtre météo et marée qui permet de se rendre à l’île de Sein. Cette escale magique requiert des conditions particulières pour les voiliers qui ne peuvent pas échouer.

    En effet le port de l’île de Sein échoue en grande partie à marée basse. Quant à la partie qui reste à flot: elle offre peu de place pour éviter tandis que les fonds sont souvent couverts d’algues qui empêchent l’ancre d’accrocher.

    Ce week-end, les conditions sont presque idéales. Petits coefficients de marées, donc faible marnage qui augmente la taille de la zone de mouillage, vents faibles la nuit, et du portant pour rentrer à Brest. De plus la houle est peu significative.

    Il est vrai que le samedi il faudra probablement s’appuyer du moteur pour naviguer à une vitesse suffisante. C’est le seul bémol de cette configuration.

    Dans le chenal de l’île de Sein il n’est pas rare de rencontrer des dauphins. En pêchant à la traîne à l’approche du chenal d’entrée vous aurez peut-être la surprise de dîner d’un lieu frais.

    maisons de l'île de sein

    A terre, vous ferez le tour de l’île en une heure à pied, ou bien plus si vous êtes photographe, tant elle est belle! Puis vous pourrez vous perdre dans les minuscules ruelles abritées du vent qui séparent les petites maisons colorées blotties les unes contre les autres.

    route Brest île de Sein

    Comment mouiller en sécurité à l’île de Sein?

    La première des sécurités est de s’y rendre dans les conditions de vent et de marées les plus favorables. Le mouillage est protégé des vents de sud à ouest. Il est ouvert au Nord-ouest, et la barre rocheuse qui couvre et découvre à l’Est n’est pas suffisamment haute pour arrêter les vents de ce secteur.

    Le peu de place disponible pour les quillards, qui doivent laisser une place suffisante pour permettre à la navette de l’île de manœuvrer, invite à ne s’y rendre que par des coefficients inférieurs à 60.

    au mouillage à l'île de Sein

    En hiver les algues sont moins nombreuses et il est plus facile de trouver une zone de sable clair pour déposer son ancre. Pour cela il vaut mieux arriver bien avant la nuit. Il est prudent de placer un orin sur l’ancre, si vous deviez plonger pour la dégager l’eau est vraiment froide!

    N’hésitez pas à tester la tenue de votre mouillage en mettant progressivement les gaz en marche arrière. Évidemment cette manœuvre peut se solder par un dérapage. Mais une fois que vous saurez que le mouillage tient, vous serez infiniment plus tranquille pour dormir. Les nombreux rochers qui cernent le port devraient achever de vous convaincre de l’utilité de ce genre de précautions.

    Vous pouvez bien sûr utiliser une alarme de mouillage, mais sachez que vous n’aurez pas beaucoup de temps pour réagir, donc mettez le son de l’alarme à fond…

    Comment s’échouer dans l’arrière-port?

    A Sein les voiliers qui peuvent s’échouer ou à faible tirant d’eau sont les rois! D’ailleurs c’est vrai dans beaucoup de ports à marée. Bien à l’abri du clapot au fin fond des anses derrière plusieurs digues, les propriétaires de dériveurs et de catamarans ne craignent pas de voir leur bateau filer en haute mer sans leur permission.

    Globalement les fonds sont de sable, mais méfiance, quelques roches plates affleurent ça et là. Si vous échouez votre bateau sur une de ces dalles, il risque de glisser. C’est la mésaventure qui est arrivée à une amie au printemps passé. Prudence donc. Les eaux claires devraient tout de même vous faciliter la tâche.

    Enfin, même si vous n’êtes pas gênés par la hauteur d’eau, privilégiez aussi les petits coefficients de marée ou naviguez à l’étale dans le chenal pour ne pas être surpris par les courants.

    Vous vous êtes peut-être déjà échoués dans l’arrière-port de l’île de Sein? Vos témoignages dans les commentaires seront les bienvenus.

    raz de l'île de Sein
    photo James Stringer – Flickr
  • la cordelière coulée en mer d'Iroise
    idées de croisière

    En mer d’Iroise, vous naviguez au-dessus de mille épaves

    De la pointe du Raz à Ouessant, s’étend la mer d’Iroise, son parc naturel, sa faune abondante, sa flore et ses innombrables récifs.

    Les courants et les tempêtes, les avaries, les erreurs de navigation et les batailles navales y ont envoyé depuis des siècles des centaines de navires par le fond.

    Toutes ces épaves ne sont pas connues, et lorsqu’elles le sont leur position demeure parfois secrète, le temps pour les archéologues sous-marins d’en inventorier et d’en extraire les trésors. Quand nous naviguons en mer d’Iroise, nous n’avons pas conscience de ce qui gît à quelques dizaines de mètres sous la surface des flots. Alors que les cormorans juchés sur un rocher sèchent leurs ailes sous nos yeux ravis, des bancs de lançons slaloment sous leur regard affuté entre les vestiges d’une chaudière à charbon ou les futs de vieux canons. Mais le plus souvent nous ne nous doutons de rien…

    épave en mer d'Iroise

     

    Ce week-end de décembre, nous pourrons naviguer en mer d’Iroise toute la journée du samedi.

    Les courants ne nous dérangeront pas beaucoup: c’est marée de morte-eau. Dimanche par contre l’arrivée d’une belle dépression centrée sur les îles britanniques nous vaudra de sérieuses rafales, jusqu’à 40 noeuds dimanche et 50 noeuds lundi. Comment dans ces conditions allons-nous répondre à notre défi hebdomadaire?

    marée mer d'iroise
    marées à Brest

    windguru mer d'Iroise

     

    windy mer d'Iroise
    Ce qui nous attend dimanche 8/12/19 à midi

    Les occasions de sortir de la rade se font rares en cette saison, aussi je propose de ne pas rater la courte fenêtre météo de samedi. Tant pis si nous devons tirer des bords pour gagner la mer d’Iroise, nous nous rattraperons au retour!

    En partant suffisamment tôt, vers 9h, nous pourrons déjeuner à 13h au fond de l’anse de Pen Hir, juste derrière les Tas de Pois. La route compte 13 milles nautiques, dont la moitié à tirer des bords. Le  courant dans le goulet sera contraire jusqu’à 13h38, voilà qui complique notre tâche.

    Jusqu’ici j’ai toujours proposé de suivre le vent et le courant. Mais avec du vent d’ouest à sud-ouest et la marée montante cette condition nous amènerait à naviguer jusqu’à … Landerneau. Cela est possible pour les bateaux qui échouent, mais pas pour nous. En plus le retour dimanche au moteur dans la rivière contre 30 noeuds de suroît serait franchement désagréable.

    Est-il possible sortir du goulet de Brest contre le courant?

    Idéalement il faudrait que le vent soit portant, mais par petit coefficient de marée, même en louvoyant, ça passe!

    Le secret est de naviguer le plus près possible de la côte, côté sud ou côté nord. Le plus fort du courant, comme dans toutes les passes, se situe au milieu du chenal. En s’approchant du bord il est beaucoup moins puissant. Au ras des falaises, notamment sur la rive sud du Goulet, si vous regardez bien le mouvement des algues à la dérive, vous verrez même une zone de contre-courants.

    Comme je suis toujours abonnée à Juzzy, je vous montre une copie d’écran du courant samedi matin.

    courant en mer d'Iroise

    Plus les flèches tirent vers le rouge, plus le courant est fort. Le maximum est de 2 noeuds vers 10h au  sud du phare du Porzic. La carte montre que nous avons intérêt à passer le plus près possible de cette pointe, disons vers 11h15. Nous louvoierons ensuite au plus près de la côte nord jusqu’à ce qu’il soit possible de passer la balise des Fillettes pour rejoindre la pointe du Toulinguet tribord amure au près serré.

    Ce faisant nous passerons à proximité de la Barge du Dellec, coulée à proximité du Fort du même nom. réquisitionnée par les Allemands pendant la 2e guerre mondiale, elle avait été équipée de 4 tubes lance-torpilles pour empêcher les navires ennemis d’accéder à la rade.

    Nous arriverons dans le Toulinguet en fin de marée montante, toujours à contre-courant, mais celui-ci n’excèdera pas 0,5 noeuds. Le passage s’effectue entre la Louve et les rochers du Toulinguet, en se méfiant du Pohen qui affleure à peine à marée haute, notamment en vives-eaux.

    Le 31 décembre 1790, le Rhône, une Gabare de 37 mètres transportant des ancres, s’est brisée sur ce rocher. sur les 98 membres d’équipages, 88 ont pu être sauvés. Ils doivent leur vie au courage d’un de leurs officiers. Le lieutenant de vaisseau François-Hyacinthe de Bédée s’est jeté à l’eau pour installer un va et vient entre le navire qui coulait et le rocher du Lion. La chaloupe a ensuite gagné Brest pour organiser les secours. Les marins ont attendu une trentaine d’heure avant d’être secourus. L’épave se trouve au sud du Pohen, par 15 mètres de fond.

    Ensuite, si vous aimez les raccourcis, et que la mer est calme, vous pouvez vous glisser entre les deux derniers des Tas de Pois, en restant bien au milieu. Anticipez bien les turbulences et la dévente en approchant du rocher Ouest, lequel s’appelle Bern Id ou Tas de Blé en breton. Soyez près à démarrer le moteur si vous ne voulez pas rejoindre les restes d’un cargo Panaméen: l’Hydo qui s’est abîmé à la pointe de Pen-Hir en 1983.

    les Tas de Pois

    Nous mouillerons sur fond de sable dans l’angle nord-ouest de l’Anse de Pen-hir, qui devrait nous abriter de la houle d’ouest.

    La mer d’Iroise ne sera pas fréquentable le dimanche. Aussi je suggère d’appareiller de l’anse au plus tard à 15h pour trouver un abri pour la soirée dans la Rade de Brest. Le port du Tinduff peut-être un bon choix, ou la marina du Château.

    Qui sait si en revenant nous ne survolerons pas la Marie-Cordelière. Ce navire de 40 mètres, construit sur ordre d’Anne de Bretagne, a sombré en 1512 dans les parages de la pointe du Minou, lors d’une bataille contre les Anglais. Malgré les documents historiques et ses 200 canons, on la cherche encore

    Le lendemain nous pourrons nous exercer dans la rade de Brest aux manœuvres de gros temps, ou rester au port.

    Bonne navigation!