groupe d'orques
Choisir et équiper son voilier,  sécurité

Comment protéger efficacement nos voiliers des orques, sans leur faire la guerre?


Des dauphins qui croisent à l’étrave, glissant avec agilité le long de la coque, passant sous la quille. Des baleines qui soufflent à quelques centaines de mètres avant de plonger avec majesté dans l’immensité bleue. Nous en rêvons tous, et quand au détour d’une vague ce spectacle s’offre à nos sens, nous le contemplons avec la joie d’un enfant qui découvre les splendeurs du monde.

Mais voilà que ces dauphins noirs à l’aileron saillant changent de jeu. Au lieu de flirter avec la coque, de tournoyer dans ses remous, ils foncent sur ses dessous, pour une copulation féroce et répétée. A présent ils sont 3, 4 puis 5 qui tour à tour ébranlent de toute leur masse la pelle du gouvernail. Ils détournent le bateau de sa route, le font avancer de tout leur poids, virer, et finalement défoncent un bordé.

Le jeu est terminé, le mât disparaît sous les flots. Il ne reste plus que le radeau de survie où l’équipage traumatisé attend les secours.

Les scientifiques appellent cela pudiquement des ‘interactions’.

Concrètement, entre 2020 et 2021, 239 attaques d’orques contre des voiliers de plaisance ont été répertoriées entre Brest et Gibraltar.

Source: orcaiberica.org

En 2022 ces événements se sont amplifiés engendrant des dégâts tels que 15% des bateaux concernés ont dû demander un remorquage, généralement parce que leur gouvernail avait été mis hors d’usage. Un bateau norvégien a été agressé encore plus au nord, à 170 milles au large de Brest. Finalement deux voiliers ont même coulé, sans victime heureusement.

La question n’est pas tout à fait nouvelle puisqu’on retrouve des précédents dans la littérature nautique des années 70.

Ainsi le voilier Guia II skippé par Jérôme Poncet en course en 1976 entre Rio et Portsmouth, le Lucette , voilier de plaisance en bois mené en famille dans le Pacifique, et le Trismus 2 en polyester de Patrick van God auraient ainsi subi des assauts répétés des épaulards avant de sombrer.

Depuis, la navigation de plaisance s’est beaucoup développée et les orques semblaient nous avoir oublié. Mais cette fois-ci la récurrence des incidents sur une zone très fréquentée par les voiliers hauturiers est telle qu’elle laisse les scientifiques sans explications ni solutions satisfaisantes.

Les motifs du comportement de ces cétacés ne sont pas faciles à déterminer. Mais ces “interactions” effraient à juste titre les navigateurs qui craignent pour l’intégrité de leurs bateaux et leurs vies.

Les orques seraient-elles devenues nos ennemies?

Un ennemi, c’est quelqu’un qui veut votre perte. Qu’en est-il des orques de Gibraltar? Attaquent-elles les voiliers pour nuire aux humains?

En moyenne une orque adulte mesure de 6,50m à 8.50 mètres et pèse de 5 à 7 tonnes. Sa vitesse de croisière est d’environ 8 nœuds, avec des pointes à 30 nœuds pour les plus rapides. Par ailleurs, elles se déplacent généralement en groupe.

Photo Gregory Smith – Flickr

Des orques joueuses

Les biologistes ont beaucoup communiqué sur l’hypothèse d’un jeu, peut-être lié à l’apprentissage de la chasse pour les jeunes orques. Ce qui n’empêche pas les adultes d’y participer, et de tout leur poids. Il faut imaginer le choc que produit une orque lancée à bonne vitesse sur la coque d’un voilier en polyester ou en contre-plaqué. Même un voilier en métal pourrait en souffrir.

Alors sans doute la collision ne se produit-elle pas à 30 nœuds, car d’une part la bête risquerait de se faire mal et d’autre part il y aurait eu beaucoup plus de bateaux coulés. Pour autant le jeu implique que tout le groupe participe et s’y prenne à plusieurs fois, puisque les interactions durent en moyenne 40 minutes, après quoi elles se lassent.

Jusqu’ici ce sont surtout des gouvernails qui ont été défoncés et “croqués” par nos espiègles compagnes des mers. Mais si jamais elles prenaient goût au défonçage des bordés, nul doute que nous finirions par compter des morts.

Et cela dans les deux camps.

Parce que lorsqu’on parcourt les forums et les réseaux sociaux, on sent les esprits s’échauffer au point que certains annoncent qu’ils n’hésiteront pas, si ce n’est déjà fait à faire usage d’armes ou à déverser des hydrocarbures (totalement inutile) à la mer pour éloigner les importunes.

Des attaques délibérées?

Les orques peuvent-elles détruire pour le plaisir? Il a été rapporté dans les témoignages qu’elles s’amusaient parfois avec les petits morceaux de safran dispersés autour du bateau.

Mais ne leur jetons pas la pierre. Certains humains pratiquent également divers jeux de destruction, pas toujours virtuels. Connaissez-vous les salles de démolition, où chacun peut frapper mobilier, vaisselle ou ordinateur à coup de batte de base-ball ?

La vengeance de la nature

Un biologiste espagnol se demandait si le comportement des orques pouvait être lié à des agressions préalables délibérées de pêcheurs près de Gibraltar.

D’après les observateurs de la fondation Firmm, ces derniers les auraient frappées avec du matériel qui leur sert à étourdir les thons.

De fait, ces groupes  d’épaulards se déplacent pour suivre la migration des thons rouges, et se retrouvent donc pour leur survie en concurrence directe avec les thoniers.

Sans verser dans l’anthropomorphisme (mais est-ce évitable?), ce ne serait pas la première fois qu’on constate de la rancune chez les animaux. Le loup, l’éléphant et le corbeau sont déjà connus pour leur côté soupe au lait. Le documentaire Blackfish pose aussi très directement la question au sujet d’une orque captive à l’origine du décès de 3 personnes dont sa dresseuse.

Quoiqu’il en soit, la thèse de la vengeance de la nature contre l’homme fleurit dans nos conversations sur les attaques d’orques. Alimentée par une culpabilité écologique et une angoisse de fin du monde très 21e siècle. Il faut bien admettre qu’elle s’appuie sur quelque fond de vérité.

L’orque, une espèce protégée

Les populations d’épaulards sont très affectées par les activités humaines. Au point que leur nombre risque d’être divisé par 2 dans les 30 à 50 ans à venir.

Les principaux coupables sont les PCB, substances chimiques qui continuent à faire des ravages sur la faune marine. Les orques en tant que superprédateurs se trouvent en bout de chaine alimentaire. Ils finissent donc par consommer tout le PCB absorbé par les autres organismes marins. Or ce poison affecte leur fertilité et leurs défenses immunitaires.

Mais d’autres perturbateurs interviennent, dont la pollution sonore due au trafic maritime et la diminution des ressources halieutiques.

Les orques passionnent les biologistes par leurs comportements sociaux complexes et leur intelligence. Les scientifiques étudient les sons qu’elles émettent pour communiquer, soupçonnant qu’elles aient construit un véritable langage. Elles transmettent leur savoir à leur descendance, mettent au point des techniques de chasse très sophistiquées, jouent, et sont très solidaires entre elles.

Si vous êtes fan, je vous conseille de visionner sur Arte le passionnant documentaire “Orques en péril” . On y apprend entre autre que les orques résidentes de la Colombie Britannique (Canada) passent des heures à discuter en se frottant les unes aux autres. Qu’elles se grattent le dos sur les galets et qu’elles trouvent leurs proies même dans l’eau trouble grâce à des techniques d’écholocation.

Mais le groupe de cétacés qui pose particulièrement problème aux plaisanciers sévit le long des côtes de l’Espagne et du Portugal.

Ces deux pays ont adopté des lois très strictes pour les protéger.

En 2020 l’Espagne a interdit la navigation sur de vastes zones le long des côtes galiciennes pour éviter les fameuses “interactions”.

Plus récemment ce sont les abords du détroit de Gibraltar qui ont fait l’objet de restrictions à la navigation. En Algarve il a été demandé aux pneumatiques dédiés à l’observation des cétacés de ne pas s’approcher des orques.

Dans les lignes qui vont suivre vous allez voir que ces lois limitent énormément nos possibilités de nous protéger. Aucun comportement n’est admis en effet de la part des marins qui soit de nature à déranger, et encore moins blesser, les épaulards.

D’un côté, la mesure peut paraître injuste car ce sont les navires professionnels qui génèrent le plus de perturbations pour les orques. Mais ces derniers, plus rapides, plus solides et plus dangereux à tous égards, ne sont pas mis en danger par les “Killer Whales”.

D’un autre côté, posons-nous la question: combien de boîtes de thon rouge emportons-nous chaque année dans nos cales?

Quelles techniques pour protéger nos bateaux des orques?

Sachant que les épaulards peuvent nous causer de sérieux dégâts, qu’ils sont quand même très forts, très costaud et se déplacent en groupes, l’affrontement ne semble pas du tout en notre faveur.

Par ailleurs dans les eaux côtières ibériques il nous est totalement interdit de les déranger d’aucune manière que ce soit.

A partir de ce simple constat, la meilleure stratégie serait clairement celle de l’évitement.

Éviter les orques

Si nous pouvons déterminer où se promènent les épaulards, alors nous pouvons en déduire les zones à éviter.

Pour cela il est possible de se référer aux cartes des interactions récentes, disponibles sur orca iberica. Ce site produit aussi une carte présentant des feux de circulation indiquant si la navigation est recommandée dans différentes zones.

Par exemple au moment où je rédige cet article, il est recommandé d’éviter toute la bande côtière entre Lisbonne et Sagres.

Recommandations en novembre 2022

Comme ces cartes ne sont pas mises à jour en temps réel il est également utile de consulter le groupe Facebook « orca attack reporting ».  Des navigateurs y rapportent leurs rencontres bonnes ou mauvaises avec les orques.

Voici d’ailleurs la photo des restes d’un gouvernail attaqué au large de Cascais, pile dans la zone au feu rouge…

Photo Nigel Gilchrist

Bien sûr tout ceci peut nous amener à faire de gros détours, ou à renoncer à visiter Lisbonne, mais pesez bien le pour et le contre… ou alors imaginez pour vous motiver que la zone à exclure est minée, ou qu’une grosse tempête y sévit.

Contribuer aux relevés des interactions

Pour que le système de report fonctionne, il est bon que chaque navigateur évoluant dans ces zones y contribue.

A nous donc de faire état de nos rencontres éventuelles avec ces animaux, mais aussi d’une navigation SANS rencontre.

Notez bien la date et l’heure de la rencontre ou bien juste les coordonnées de votre parcours sans rencontre, et remplissez le questionnaire présent ici .   Ce lien renvoie vers le site de la Cruising Association qui collabore avec le groupe de travail Orca Iberica sur le recueil de ces données.

Faire le mort pour rendre le jeu du gouvernail totalement inintéressant.

Si malgré tous vos efforts pour éviter les orques vous êtes victime d’une “interaction”, les scientifiques ont établi le protocole de sécurité suivant.

Vous voyez qu’il s’agit essentiellement d’arrêter le bateau, le sondeur et de laisser le gouvernail libre puis d’attendre que les orques se lassent.

Plus vous allez vite, plus les assauts seront violents.

D’après le rapport publié en 2021 sur Orca iberica, la vitesse du bateau renforce les comportements de chasse des orques. Suivre le protocole proposé  vous laisse alors un peu plus d’une chance sur deux environ de les voir s’en aller.

Pour les scientifiques, au départ l’idée était vraiment de n’offrir aucune stimulation aux épaulards. Pas même leur faire subir un morceau d’une célèbre chanteuse française née en 1946 à Avignon (vous l’avez reconnue?).

Mais l’idée de la diversion, en s’appuyant sur le côté joueur des orques fait son chemin. S’ils ne veulent pas lâcher le gouvernail, nous n’avons rien à perdre, et eux non plus, à les laisser jouer avec l’annexe ou une bouée par exemple. Peut-être en oublieront-ils leur exercice de chasse?

Par exemple des plaisanciers ont mis une gaffe dans l’eau pour attirer l’attention des orques. Ils sont effectivement venus jouer avec la gaffe mais dès qu’elle était retirée ils plongeaient à nouveau sur le gouvernail.

Peut-on faire fuir les orques?

Mettre les orques en fuite revient à leur faire peur ou à leur rendre très désagréable la fréquentation de votre bateau. Par exemple en répandant des répulsifs supposés, en faisant du bruit, en leur faisant mal physiquement ou en leur faisant peur.

On pourrait aussi appeler cela: se défendre.

Oui, mais c’est interdit.

Non seulement dans les eaux espagnoles et portugaise c’est interdit. Mais en plus, si l’hypothèse d’une vengeance des orques, même transformée en jeu au fil du temps, n’est pas totalement exclue, il ne serait pas très malin de leur faire à nouveau du mal. Ils risquent de s’en souvenir, et personne ne sait comment ils réagiront ensuite.

Le reste est question d’éthique, de philosophie, et de rapport à la nature. Nous savons parfaitement que nous perturbons les écosystème, et sommes à l’origine de la disparition de nombreuses espèces. Voulons nous poursuivre dans la même logique: nous d’abord et eux après?

Pour autant si un orque commence à enfoncer la coque de notre voilier… allons nous le laisser faire? Un gouvernail passe encore, mais une voie d’eau?

Marche arrière toute

Quand l’arrêt total du bateau n’a pas suffit à calmer le jeu, des skippers ont testé la marche arrière au moteur en effectuant des cercles ou des lacets. Dans certains cas cela a marché, et pas dans d’autres…

Parfois vous n’aurez pas le temps de réagir. Une seule attaque, soudaine et massive peut suffire à mettre hors service un safran.

Au final si ces techniques de découragement ont échoué , il ne vous reste plus qu’à demander un remorquage. Loin des côtes il faudra essayer d’abord de s’en rapprocher sans gouvernail, en réglant seulement les voiles… A moins que vous n’ayez prévu un gouvernail de fortune.

Les solutions à l’efficacité prouvée  (mais dans d’autres circonstances)

Il existe actuellement 3 techniques reconnues pour éloigner les orques d’une zone maritime. A priori elles n’ont jamais été éprouvées pour la protection des navires de plaisance. D’autres part elles peuvent demander des précautions d’usage.

Les solutions de la NOAA

L’agence américaine d’Observation Océanique et Atmosphérique a mis au point un protocole d’éloignement des orques en cas de “fuite de pétrole”. En effet les orques ne savent pas éviter les nappes de mazout et peuvent être victimes directes des marées noires. Au passage cela tend à confirmer qu’il est VRAIMENT inutile de déverser des hydrocarbures autour de votre bateau pour les faire fuir.

A cet effet les chercheurs utilisent par exemple des hélicoptères pour créer des remous désagréables. D’accord, je sais que cela ne vous aide pas beaucoup. Mais gardons à l’esprit que ce protocole aux grands moyens a été pensé pour protéger les orques des hommes et non les plaisanciers des orques. Maintenant nous pouvons nous en inspirer et trouver des solutions non destructrices pour les orques.

Frapper sur des tuyaux en acier

Nettement plus accessible: l’emploi d’une technique de pêche à la baleine et au dauphin japonaise, appelée Oikomi, qui consiste à frapper sur des tuyaux en métal pour les effrayer et les rabattre dans une crique où ils seront ensuite abattus.

Dans un esprit nettement plus pacifique les biologistes de la NOAA immergent partiellement des tuyaux en acier de 2,50m et les frappent à l’aide de marteaux. Les orques n’apprécient pas du tout ce bruit et quittent alors les parages.

Oikomi pipe – Photo NOAA

Faire exploser des pétards sous-marins, au risque de blesser les orques?

En France on peut acheter des pétards de rappels dans les boutiques physiques de matériel de plongée. Ces explosifs sont destinés à rappeler les plongeurs sous-marins en surface en cas d’urgence. Dans les années 70 ils servaient déjà à capturer des orques pour les aquariums.

Ces techniques sont illégales dans le cadre de la protection des épaulards en Espagne et au Portugal.

Le problème avec les pétards sous-marin est qu’ils risquent d’endommager le système d’écholocation des orques, ce qui aboutirait vraisemblablement à leur mort.

En réalité l’article de la NOAA ne détaille pas comment les biologistes s’en servent. Il est probable qu’ils maintiennent à ce moment là une distance de sécurité avec les animaux.  La prudence invite à ne les utiliser qu’en cas de danger grave et immédiat, et à ne surtout pas les jeter sur les orques qui nageraient sous le bateau.

Les pingers anti-déprédation

Ces petites balises ont été développées pour tenir les dauphins à distance des filets de pêche. Elles diminuent, sans l’empêcher totalement, le pillage des filets par les petits cétacés.

L’été 2022 un certain nombre de voiliers se sont mis à traîner un ou deux pingers en surface ou légèrement sous l’eau. Parmi ces équipages, il en est qui ont rapporté sur les réseaux sociaux qu’ils avaient reçu la visite de dauphins pendant leur traversée et pour certains… d’orques.

Peut-être les pingers diminuent-ils quand même la durée des interactions, ou leur fréquence, comme c’est le cas pour les filets. Mais nous n’avons pour le moment pas de recul, pas de statistiques qui permettent de l’affirmer.

Par contre les fabricants de matériel de pêche commencent à s’intéresser à ce nouveau marché et proposent des balises qui émettent sur des fréquences spécifiques aux orques. La manière optimale de les utiliser, a priori plutôt sous l’eau qu’en surface et le nombre nécessaire devrait s’affiner si des études rigoureuses sont menées. Or pour le moment c’est plutôt le doigt mouillé et les retours d’expériences individuels qui nourrissent nos spéculations.

Les solutions “créatives”

Magie noire

L’imagination des navigateurs est sans limite. Du déversement de sable au pistolet lance-fusée en passant par l’électrification ou l’empoisonnement du safran et la pose de clous sur son bord de fuite. Tout ceci relève au mieux de la magie noire et au pire risque de nous revenir en boomerang si les orques le prennent mal.

Magie blanche

La Cruising Association cherche à déterminer au travers de son questionnaire si la couleur de l’antifouling peut jouer un rôle, même si certaines attaques ont lieu la nuit. Il en ressort que les peintures anti-salissures noires seraient les plus attractives. Mais comme ils sont aussi les plus répandus, il y a peut-être un biais statistique.

Quoiqu’il en soit, dans le doute, opter pour un antifouling blanc plutôt que noir n’ajoute pas de problème au problème.

Faut-il renforcer les gouvernails?

Voilà une question pour les architectes navals et les stratifieurs chevronnés. Compte tenu de la puissance de ces animaux, il va falloir vraiment construire quelque chose de costaud. Le risque étant qu’alors les épaulards s’acharnent plus longtemps, plus fort, et surtout que des dégâts structurels soient infligés à la coque, augmentant le risque de causer une grosse voie d’eau.

A ce point, je pense avoir fait le tour de la plupart des mesures testées ou envisagées. Nous pouvons en déduire un protocole de sécurité « maison ». Je vous propose donc le mien, et je vous laisse le soin de l’améliorer ou de le discuter dans les commentaires sous l’article.

Mon protocole de sécurité pour se protéger des attaques d’orques

Avant de partir:

  • Optimiser les procédures habituelles de sécurité en haute mer. Prévoir divers cas pour être prêt à lutter contre une voie d’eau, appeler les secours, évacuer le bateau rapidement si nécessaire. Pour y réfléchir je vous suggère cet article comment assurer vous-même votre sécurité en mer.
  • Prévoir un gouvernail de fortune
  • Un équipement de plongée pour dégager éventuellement les restes du gouvernail ou colmater une fissure dans la coque.
  • S’équiper de Pingers avec de quoi les immerger. Certains utilisent des paravanes, d’autres des plombs de pêche, à adapter à notre vitesse..
  • Se procurer un tuyau de 2,50m en acier galvanisé, ou en inox. Des béquilles, la mèche du safran de secours pourraient peut-être faire l’affaire.
  • Acheter un paquet de pétards de rappel

Au départ

  • Préparer un plan de route pour exclure les zones connues d’interaction de votre parcours.
  • Naviguer dans les eaux internationales (au delà de 12 milles des côtes) d’une part parce que les groupes d’orques interagissent avec les voiliers à proximité des côtes mais aussi parce que cela nous permet de nous affranchir des législations nationales sur la protection des orques (pas de pinger, pas de marche arrière etc.).
  • Limiter autant que possible la durée de notre passage dans les zones à risque quand nous rejoignons un abri.
  • Activer les Pingers au large entre Brest et Gibraltar
  • Éteindre le sondeur tant que nous n’en avons pas besoin.

En cas de rencontre avec des orques:

  • Suivre le protocole d’Orca Iberica: arrêter le bateau pour ne pas les exciter plus, noter l’heure et la position du bateau, les filmer et attendre qu’ils s’en aillent

Si les orques bousculent  le bateau::

  • Si l’état de la mer le permet, faire marche arrière à vitesse lente en effectuant des lacets
  • Taper au marteau sur le tuyau en acier à demi immergé dans l’eau
  • En dernier recours, s’ils menacent d’enfoncer la coque et en prenant soin de ne pas les lancer directement sur (ou au-dessus) les animaux, utiliser les pétards de rappel.

Reportez ensuite vos observations à Orca Iberica et au groupe Orca attacks report.

Tous concernés?

Au début de l’article vous avez pour les éviter, une carte de l’aire géographique où se déroulent les interactions. Mais je pense que tout voilier ayant un programme hauturier devrait s’équiper en conséquence. Cela est extrêmement rare, mais il est déjà arrivé, avant 2020, que des voiliers soient coulés par des épaulards en Atlantique. Mieux vaut donc se préparer à y faire face, comme pour tous les dangers que la navigation comporte. Sans faire la guerre aux orques.

Nous voici donc à présent dans la peau d’une biche, ou d’un hérisson qui traverse l’autoroute. Mais une biche un peu particulière, dotée de technologies potentiellement destructrices.

Saurons-nous un jour cohabiter pacifiquement (mais pas naïvement) avec les autres espèces vivantes?

Je laisse la conclusion (provisoire) à la biologiste marinePaula Méndez Fernandez dans le magazine Reporterre: « Il faudrait aussi que l’on accepte que les orques sont à leur place. Si l’on ne trouve pas de solution, il faudra accepter que l’on ne puisse pas naviguer à certains moments dans une zone donnée, par sécurité. On ne peut pas déplacer une espèce pour notre loisir. »

 

 


18 Comments

  • Edouard Fourcade

    Bonjour Katell, et merci de votre initiative.
    Au mois de septembre dernier, j’ai convoyé mon bateau depuis Hendaye jusqu’aux Canaries, et j’ai donc étudié ce sujet avec attention, sans bien sûr, prétendre avoir trouvé la réponse.
    Néanmoins, paut être que le témoignage qui suivt pourra être utile.
    Bien que l’utilisation des pingers soient interdite sur les côtes ibériques, la loi date de 2007 et j’ai pris l’option de l’ignorer.
    J’ai pris contact avec la société Fishtek Marine, qui développe plusieurs types de pingers. Ils m’ont adressé une étude scientifique extrêmement détaillée qui précise tous les protocoles d’expérimentation qu’ils ont utilisés et je me suis laissé convaincre d’acquérir leur pinger rouge. Ce dernier est sensé écarter les orques et pas les dauphins, en utilisant une fréquence très spécifique.
    Fishtek Marine m’a indiqué qu’il était important de maintenir le(s) pingers au moins 2m sous la surface, ce qui n’est pas une mince affaire lorsque le bateau avance à 5/6 kts. Il m’a fallu lester la ligne avec 6kg de plomb.
    Nous avons fait escale à La Corogne, Vigo, Povoa de Varzim et Cascais, et le sujet des orques était sur toutes les lèvres. A Vigo, un voilier dans notre sillage, 2h derrière nous a eu une interaction très problématique et nous avons eu écho de plusieurs autres interactions dans un rayon de +/- 20nm de notre position.
    Cependant, nous avons vu de nombreux dauphins, mais pas d’orques alors qu’à l’évidence, elles étaient à proximité.
    Je ne saurais en conclure avec certitude sur l’efficacité des pingers, mais le fait est que malgré mes recherches, je n’ai connaissance d’aucun cas de voilier qui ait proprement immergé son ou ses pingers et ait rencontré des orques.
    Je serais évidemment très intéressé de savoir s’il y en a eu.

  • Souid

    Merci pour cet article très fouillé sur la question. J’ai rencontré cet été à Madère à la Marina Quinta de Lorde des plaisanciers qui m’ont parlé d’une technique répulsive qui donnait des résultats positifs. Je n’ai pas essayé et je ne sais pas ce que ça vaut mais je vous donne le truc. Laisser traîner derrière le bateau dans des sacs lestés deux galets de chlore lent ( galets utilisés pour l’entretien des piscines ) .L’odeur du chlore dégagé serait susceptible d’éloigner les orques. Je ne pense pas que cela pourrait avoir un impact négatif sur l’environnement. Mais il faudrait poser la question à des biologistes .

    • Katell

      Le chlore est un des pires biocides qui puisse exister. En plus les orques captifs sont élevés dans des piscines chlorées, donc je ne suis pas sûre que ça les dérange tant que ça. Enfin ils n’arrivent pas forcément dans le sillage du bateau mais par l’avant ou le travers, donc ils ne percevront peut-être pas le chlore avant d’avoir jeté leur dévolu sur le bateau. Je crois que cette idée vient de techniques totalement prohibées de pêche au calmar qui consiste à injecter du chlore en seringue dans la cavité ou se cache l’animal. Là il est obligé de sortir, mais ce sont de petits animaux, et encore une fois le chlore est un poison pour les écosystèmes.

  • J-Louis

    Un excellent article qui fait froid dans le dos. Ça donne à réfléchir et oblige le plaisancier à élever son niveau de prises de risques . L’important étant de savoir que ça existe et partir aux Antilles par un passage dans cette zone « habitée » va demander beaucoup d’attention et de vigilance . Encore merci pour cet article Katel.

  • Yohan

    Bonjour,
    Merci pour cet article, je découvre votre site et je suis ravi, il sort du lot de mon point de vue.

    Je commente vis à vis de votre protocole et de l’extinction du sondeur si inutile ou si présence suspectée d’orque.

    A ma connaissance, la plupart des voiliers actuels ont un sondeur intégré à l’ensemble de l’électronique de bord. Il reste quelques sondeurs dédiés & autonomes mais dans l’ensemble un utilisateur lambda ne peut pas éteindre son sondeur sans couper l’électronique (il faudrait vérifier chez NKE, cas particulier avec une communication série, à priori et pour avoir lu les docs techniques je ne crois pas qu’il soit possible d’éteindre le sondeur seul). Bien sûr si on est bricoleur on trouve une astuce et si on est navigateur au long court on choisit une solution pérenne: simple et basique, un vrai sondeur autonome « à l’ancienne » avec le capteur connecté sur son pupitre et une alimentation qu’il suffit de couper avec un interrupteur dédié. Reste qu’à ma connaissance, sans « bidouille », on ne peut éteindre son sondeur seul sur quasi 100% des voiliers de série d’aujourd’hui. Ce n’est simplement pas prévu par les fabricants et l’alimentation du capteur étant intégré au bus nmea2k (sauf cas rare avec la conversion analogique/numérique dans un boitier… lui même connecté au bus), si vous la coupez, vous coupez tout.

    Je ne me suis jamais inquiété des orques, ce n’était pas une question d’actualité lors de mes navigations en Atlantique (bientôt 10 ans déjà). Par contre, moi ça me gratte un truc allumé qui sert à rien et en prime que l’on sait qu’il fait du bruit pour une partie de la faune marine. Par ailleurs, même juste quelques mA sur 2 à 3 semaines ce n’est pas rien. Je dessine et rêve de mon bateau de rêve depuis aussi longtemps que je me souvienne. Bien que le rêve ne soit pas du tout l’électronique en soit, étant pro, j’intègre l’équipements électroniques à mes rêves… Je dois être l’un des seuls à ne pas apprécier que mon sondeur soit allumé même si le fond est supérieur à 200m pendant plusieurs jours ou semaines.

    Donc merci de me contredire car 1- ça fait 5 ans que j’ai quitté la plaisance en tant que pro et 2- depuis 5 ans également je suis devenu addict au windsurf et ça ne me laisse plus de temps pour la voile. Or tout change très vite. Donc en 2023, au hazard, une centrale Raymarine avec loch, sondeur, girouette & anémo, compas, GPS et calculo pilote qui alimente généralement le bus SeaTalk NG (= nmea2K avec un fil jaune en plus pour les anciens produits Raymarine/Autohelm en SeaTalk 1) au passage, il y a une commande rapide d’accès dans les menus ou alors carrément un interrupteur pour éteindre juste le sondeur ? Si ce n’est pas le cas, il faut bricoler (et ça se fait bien mais pas forcément pour Mr Toutlemonde non plus).

    Merci,

    • Katell

      Bonjour Yohan, vous avez raison, les centrales de navigation posent le problème de l’autonomie des instruments entre eux. Cela étant la majorité des voiliers ne sont pas neufs bien sûr et parmi eux une autre majorité ne sont pas dotés de centrales de navigation. Donc il existe beaucoup de sondeurs autonomes, et pour les autres je ne vous contredirai pas, mais je ne crois pas qu’il y ait d’études sur l’impact des sondeurs des plaisanciers sur la tranquillité des mammifères marins.

      • Yohan

        Bonjour,

        Merci pour cette réponse, c’est toujours agréable! Et je sais bien que je suis pas toujours concis…
        Effectivement, j’ai une vision de préparateur et loueur de bateau de série. Donc pas forcément la réalité des bateaux qui enquillent réellement les milles…

        Je reviens sur cette chaîne de commentaires à propos de « je ne crois pas qu’il y ait d’études sur l’impact des sondeurs des plaisanciers sur la tranquillité des mammifères marins ».
        Moi non plus… Mais je préfère toujours en cas de doute me tromper dans le sens d’abord on fait attention plutôt que on verra bien plus tard.
        Et aujourd’hui, dans le cadre de questionnement sur des nuisances sonores (pour les passagers pas pour la faune) de lignes propulsives, je lis sur le Marin que l’Europe s’intéresse à la question depuis une dizaine d’année et que certains scientifiques ont plaidoyer pour la création de sanctuaires silencieux (article de 2015) justement après que certaines études (dont une publiée sur Science Direct en l’occurence) « place le bruit comme l’une des principales pollutions marines, au même titre que les déchêts en plastique ou les rejets d’hydrocarbure ». En l’occurence on parle plutôt des hélices que des sondeurs. Mais à mon niveau réel actuel de plaisancier estival mode « bon père de famille » (termes employés par les assurances, délicieux au jour de la remise en cause du patriarcat au passage) je préfère éteindre tous ce dont je n’ai pas besoin… Si tant est que cela soit possible évidemment.

        Bravo encore pour votre travail et ce site,
        Yohan

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