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5 conseils pour bien prendre la météo marine

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Mille fois on nous l’a dit: ne sortez jamais en mer sans prendre la météo marine! Sans quoi les foudres de Neptune pourraient bien s’abattre sur vous!

Et c’est tellement vrai.

Et c’est aussi tellement faux.

Comment expliquer autrement que tant de plaisanciers se fassent encore surprendre chaque année?

Du gars qui décide au dernier moment de partir à la pêche en tee-shirt et qui se fait surprendre par l’état de la mer à un demi-mille de là (Pourtant on annonçait du beau temps)…

… à celui qui s’est amarré à une tonne avec 15 autres voiliers dans un joli mouillage et qui s’est trouvé fort dépourvu quand à minuit et des brouettes la brise (et la houle) fut venue.

Prendre la météo marine et savoir s’en servir pour naviguer c’est autre chose que de regarder la télé pour savoir s’il fera beau à la plage.

Voilà pourquoi prendre la météo ne suffira pas à garantir votre sécurité ni celle des sauveteurs en mer.

Alors me direz-vous, il faut bien débuter un jour! Doit-on s’interdire de sortir au prétexte qu’on ne s’est pas encore formé à la météo marine?

Vous avez raison, la meilleure façon d’apprendre à naviguer est… de naviguer.

Et de se former un peu.

Dès que vous vous posez une question, hop cherchez, lisez, regardez des vidéos.

Si vous suivez des formations, des stages ce sera encore plus rapide. Et si vous faites les deux en alternance, alors là: dans deux ans on vous retrouvera au mouillage aux îles Marquises 🙂

Pour vous éviter quelques mauvaises expériences je veux quand même vous expliquer ici comment prendre la météo marine et articuler ses données brutes avec d’autres facteurs qui vous sont spécifiques.

Si le voisin se permet de sortir avec 25 noeuds de vent, il n’est pas dit que vous, le même jour, avec un autre bateau et un autre équipage, vous puissiez naviguer en sécurité!

Voici donc 5 conseils pour vous aider à prendre et la météo efficacement.

Neptune gardien de la météo marine

 

1. Se procurer les bonnes données météo

En général le marin pressé se préoccupe de savoir s’il y aura du soleil et de connaître la force du vent.

Cela peut suffire si vous ne sortez que pour une heure ou deux, mais attention quand même à l‘état de la mer, surtout s’il a fait mauvais la nuit précédente.

Au delà il vaut mieux être un peu plus précis.

Pour bien vous préparer vous aurez donc besoin de connaître:

  • la force du vent
  • la direction du vent
  • l’état de la mer
  • la visibilité
  • les précipitations
  • la couverture nuageuse
  • la température de l’air sur l’eau (il fait plus froid qu’à terre!)

L’idée est de ne pas vous faire surprendre par un changement brutal de ces différents paramètres. Le brouillard, les orages, le froid peuvent sérieusement compliquer vos navigations.

Enfin si vous naviguez une semaine ou plus, l’analyse d’une carte de surface, avec la position des fronts, dépressions et anticyclones, vous aidera à mieux comprendre les scénarios possibles, et à prévoir des trajets alternatifs.

Où trouver les bonnes infos météo?

Puisque vous y lisez cet article, commençons par les ressources du Web pour la météo marine:

Pour moi le top du top des sites météorologiques, le plus complet, c’est Windy!

Car Windy est aussi une application ultracomplète dans sa version gratuite, avec des prévisions détaillées toutes les 3 heures couvrant le monde entier.

Mais si vous n’êtes pas fan vous pouvez aussi trouvez la plupart de ces données sur

  • Meteoconsult
  • Meteo France
  • Windguru
  • Windfinder

Nous avons l’embarras du choix, et je ne parle ici que des sites français!

Maintenant si vous voulez vraiment faire les choses avec méthode, surtout si vous préparez une croisière de plusieurs jours, il vous faudra commencer par trouver une carte de surface qui vous montrera la position des dépressions sur une vaste zone à l’ouest de votre position. Pour les Européens: une carte de surface de l’Atlantique nord.

Grâce à cette carte, si vous savez la lire, vous comprendrez et anticiperez mieux les conditions qui vous attendront sur l’eau. Si ces cartes vous semblent remplies de signes cabalistiques vous pourrez vous contenter des prévisions à 5 jours, au delà sachez qu’elles sont beaucoup plus aléatoires.

météo marine

L’intérêt de ces précautions est plus qu’évident:

1.Assurer votre sécurité en choisissant à temps les bons abris,

2.Optimiser vos conditions de navigation,

3.Faire plaisir à tout l’équipage.

Au delà d’Internet il y a une vie que l’on ne soupçonne même plus… La météo marine s’affiche généralement à l’extérieur des capitaineries, et si vous ne voulez pas descendre de votre bateau, le bulletin météorologique côtier de Méteo France vous sera donné par VHF avec une annonce sur le canal 16.

Pour connaître les heures et canaux de diffusion propres à votre région vous pouvez télécharger ici le guide marine de Météo France.

Choisir le bon modèle météo

Pour les prévisions à court terme les modèles Arome et Icon sont très performants sur l’Hexagone. Renseignez vous si vous naviguez dans d’autres zones. Leur précision est liée à leur “maille”, c’est à dire à la surface que couvre chaque prévision. Entre un modèle type GFS qui couvre des mailles de 22km de côté au modèle Icon qui calcule les données tous les 2km, les résultats peuvent sensiblement différer.

modèles météo marine

D’ailleurs faites l’expérience sur Windy: un modèle large va annoncer 15 noeuds établis avec des rafales à 28 noeuds par exemple. Là vous vous dites que c’est le grand écart! Quelle toile porter avec de telles variations de vent?

En réalité si vous passez sur un modèle plus fin, vous verrez les deux vitesses de vent se rapprocher. Par exemple 17 noeuds avec des rafales à 20 noeuds. Voilà qui est déjà plus navigable!

Passons au conseil suivant.

2. Connaître son bateau

Si à chaque sortie vous relevez avec précision le vent, l’allure et les voiles que vous portez, vous finirez par visualiser les conditions physiques de votre sortie en avance.

Tous les bateaux n’ont évidemment pas le même comportement face au vent et aux vagues. Certains mouillent très rapidement leurs équipages, d’autres dérivent comme des planches à savon au près.

Quand ils accusent leur âge, l’usure du matériel vous interdit également de les soumettre à des conditions trop dures.

Les équipements peuvent être plus ou moins fiables: le pilote un peu faible, les batteries en fin de vie, un GPS qui décroche, un démarreur capricieux…

Même si nous préparons au mieux nos bateaux, nous n’avons pas forcément les moyens de tout changer d’un coup.

Dans ces circonstances une bonne maîtrise de la météo marine nous permettra de naviguer quand même, sans prendre de risques inconsidérés.

Enfin, à moins d’être un aventurier expérimenté, plus on respectera le programme de navigation du bateau et moins on aura de chance de finir au fond de l’eau.

Peu de gens peuvent en effet boucler un tour du monde en catamaran de sport, et même pour un guerrier tel qu’Yvan Bourgnon ce genre de tentative peut mal se terminer.

prendre la météo marine
Photo Flickr Jean Jacques abalain

3. Tenir compte de ses limites personnelles

Des limites physiques

A chaque printemps quand je reprends la voile mon dos et mes muscles protestent vigoureusement. Et plus les années passent et plus je dois me résoudre à inclure un peu de préparation physique dans mon emploi du temps hivernal.

Attention donc à ne pas vous bloquer bêtement en début de saison par un excès d’enthousiasme que vos lombaires ne partageraient pas!

Par ailleurs certains jours nous sommes plus fatigués que d’autres et moins aptes à essuyer des conditions difficiles. Alors faut-il sortir vraiment ces jours là? Réfléchissez y à deux fois, surtout si vous êtes le skipper du voilier.

Il se peut que vous n’osiez pas reporter une navigation pour diverses raisons, mais restez raisonnables. La mer aura toujours le dernier mot. En tout cas n’hésitez pas à réduire la toile un peu plus que d’habitude, ou à abattre un peu pour plus de confort au près.

Des limites techniques

Avez-vous déjà navigué dans une mer formée? Empanné par 25 noeuds de vent? Passé le raz de Sein dans la brise? Louvoyé entre les grains d’un ciel de traîne?

Non?

Alors… faites-le!

Mais pas tout seul.

Prendre la météo marine c’est aussi anticiper ces situations, et s’y préparer au mieux.

 

spi en cocotier

Essayez de dénicher un équipier qui connaît la musique. Ou embarquez avec un skipper plus avancé dans sa pratique de la voile. Pourquoi réinventer la poudre tout seul quand tant de voiliers manquent d’équipage?

4. Respecter les attentes de ses équipiers

Parfois nous pensons avoir tout prévu, tout préparé au mieux, et malgré cela nos équipiers ne semblent pas si enthousiastes que nous l’espérions.

Si nous ne pouvons pas inoculer le virus de la navigation à nos proches, nous pouvons quand même les écouter. Mieux encore: leur demander ce qu’ils attendent quand ils montent à bord. Sont-ils prêts à supporter un peu d’inconfort? Jusqu’à quel point?

Ensuite le plus délicat, mais aussi le plus intéressant est de choisir, en fonction de la météo marine, une destination, une route qui les préservera du froid ou du mal de mer. Avec un joli petit port à l’arrivée et un bon dîner au restaurant ou sur la plage selon les préférences et… les porte-monnaies.

Parfois il faudra renoncer à sortir ce jour là pour ne pas démotiver vos équipiers. Peut-être aussi en trouverez d’autres, plus motivés que vous solliciterez pour des conditions un peu plus sportives.

 

5. Connaître sa zone de navigation

“A Brest pour naviguer il fait beau toute l’année!”

Ce slogan inventé par un loueur de voiliers dans les années 1990 est vrai à disons… 90% euh… 80%, non, bon alors disons 75%?

Le fond de l’affaire est que la rade de Brest est hyper bien abritée. D’ailleurs l’hiver dernier je proposais de s’y initier à la cape et autres prises de ris par 35 noeuds de vent.

au mouillage dans la rade de brest
Photo Flickr Richard Tanguy

Par contre dès que vous voulez en sortir, mieux vaut connaître les effets de rencontre entre vent et marées.

Les falaises du Goulet de Brest par fort vent de Nordé sont aussi assez traîtresses pour la navigation. Des fois elles stoppent net le vent sur 100 mètres. Mais pour mieux l’accélérer et coucher votre bateau un peu plus loin. Ces effets peuvent s’anticiper d’autant mieux qu’on les a observés avant, par exemple sur d’autres voiliers que vous voyez galérer avant vous.

Alors quand vous partez à la découverte de votre plan d’eau, si votre moitié ou votre équipier préféré n’a pas une âme d’explorateur/trice, à nouveau il vaut mieux éviter de l’exposer à ces sensations fortes. Un débutant dans des circonstances pareilles ne comprendra en effet rien à ce qui se passera. Il/elle aura peur si vous ne le prévenez pas avant. Et parfois même si vous l’avez annoncé.

Il en va ainsi pour les mouillages théoriquement abrités, mais finalement très ventés, les zones de calmasses, les zones de remous etc.

Tout l’enjeu sera donc de combiner ces spécialités locales avec la météo du jour et de deviner quelle sera la réalité vécue sur l’eau.

Bien prendre la météo marine relève donc d’une combinatoire plus complexe qu’il n’y paraît

L’anticipation est la clé de votre sécurité et de la réussite de nos croisières. Si nous ne pouvons pas tout préparer au mieux, faute de temps et d’argent, avec les progrès de la météo marine nous pouvons vraiment choisir nos conditions de navigations au lieu de les subir.

C’est toute la philosophie de ce blog et de ses plans de navigation.

Et vous, dites-moi franchement en commentaire, quelles sont vos conditions météo préférées?

Petit temps et pêche à la traîne? Bonne brise et sensations fortes? Un peu des deux?

 

 


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