arrivée de port
Apprendre à naviguer

Arrivée de port: quand le vent prend dans l’étrave


Les jours de bonne brise une arrivée de port peut se transformer en véritable casse-tête, voire en casse-bateau…  A tel point que de certains plaisanciers hésitent à sortir, uniquement par peur de ne plus pouvoir revenir à leur place de ponton. Voici quelques conseils pour vous aider à manœuvrer sans casse y compris dans des ports que vous ne connaissez pas.

L’idée de cet article m’est venue lors de la mise à l’eau du bateau d’un copain. Il s’agit d’un Oceanis 31 dont je parle de temps en temps dans ces tutos. Bien motorisé, ce voilier est assez facile à manœuvrer dans les marinas. Mais ce jour là, contrairement à nos habitudes, j’ai voulu le garer en marche arrière, cul à quai, pour effectuer une petite réparation sur la coque plus aisément depuis le ponton. Or le vent soufflait assez fort, travers à la place de port. J’ai fait un premier essai, mais je n’avais pas bien anticipé la manœuvre et j’ai du m’y reprendre à 2 fois avant d’y parvenir.

Arrivée de port vent travers au ponton en marche arrière

Que s’est-il passé?

Voici 2 schémas vous détaillant les deux essais.

1e essai: Le vent repousse l étrave, empêchant le bateau de tourner

manoeuvre de port

2e essai: le vent aide le bateau à pivoter et le fait dériver vers sa place

marche arrière port

L’avant du bateau n’a aucun plan anti-dérive, alors qu’au centre se trouve la quille et à l’arrière le gouvernail. De ce fait, l’étrave pivote avant que le bateau ne se mette à dériver tout entier.

Ce phénomène rend impossible la manœuvre lors du 1er essai. Par contre lors de la 2e tentative, je me sers du vent pour accompagner le mouvement, et le bateau rentre sagement dans sa place.

Le secret d’une arrivée de port réussie réside donc dans l’anticipation et la visualisation!

Il est souvent contre-productif d’aller contre les éléments. Autant s’en servir au contraire, à chaque fois que cela est possible.

Pour anticiper une manœuvre de port, le mieux est de la visualiser et de la décomposer dans toutes ses étapes.

Anticiper et visualiser une arrivée de port

Que vous arriviez dans un port que vous connaissez ou pas, il faut que vous repériez l’orientation de la place que vous convoitez par rapport au vent. Ce facteur sera déterminant dans le déroulement de vos manœuvres.

Notez que dans certaines marinas, le courant peut aussi vous jouer des tours, pour savoir comment il agit sur les voiliers, ce qui peut varier avec l’heure de la marée, observez la dérive des autres plaisanciers, ou le flux qu’il laisse derrière des objets fixes: bouées, balises, pontons etc.

Ainsi votre première tâche sera d’observer les effets du vent et du courant. Ceci implique que vous soyez disposés à prendre votre temps pour accoster. Même si le bureau du port ou pire, les bars, sont sur le point de fermer, donnez vous tout le temps nécessaire pour jauger la situation, préparer votre manœuvre et la recommencer autant de fois que nécessaire.

Vous devez aussi connaître les types d’amarrages pratiqués dans les régions que vous visitez: ponton avec catway, pendilles, poteaux… Révisez ou découvrez les tranquillement en préparant votre navigation car il sera un peu tard pour les comprendre une fois en situation.

port camargue
photo Franck Barré – Flickr

Voici une décomposition chronologique de tâches à réaliser pour une arrivée de port:

  1. repérer la configuration du port sur une carte marine.
  2. Appeler si possible par VHF la marina pour prévenir de votre arrivée.
  3. Installer aussières et pare-battages de tous côtés
  4. Entrer dans le bassin à vitesse lente pour un premier repérage
  5. Choisir, ou se faire indiquer une place.
  6. Refuser les places trop difficiles d’accès
  7. Repérer le sens du vent et du courant relativement à la place
  8. Décomposer mentalement votre manoeuvre
  9. La décrire à vos équipiers
  10. Donner une tâche à chaque équipier
  11. Manoeuvrer
  12. Si la manœuvre s’engage mal, n’insistez pas pour la rectifier et recommencez tout.
  13. Comprenez ce qui vous à gêné et modifiez votre approche en conséquence en en informant votre équipage au préalable.
  14. Prenez votre temps, vraiment.

Gérer l’effet du pas d’hélice

La plupart des voiliers souffrent de ce problème: en marche arrière l’hélice fait tourner le bateau toujours du même côté, malgré l’action du gouvernail.

Pour ne pas en être trop gêné, vous devez d’abord repérer dans quel sens votre voilier est entraîné. Parfois cet effet est insignifiant, mais c’est loin d’être le cas de tous les bateaux.

Ensuite vous allez anticiper cet effet. Le truc est de donner un bon coup de marche arrière et de débrayer aussitôt. là vous profitez de l’erre du bateau pour tourner grâce au safran uniquement. Puis redonnez des gaz,débrayez, et poussez la barre. Ainsi de suite jusqu’à ce que le bateau se trouve dans la position attendue.

Avec de gros bateaux assez lourds, ou si la place manque pour reculer, il vous faudra alterner avant et arrière pour tourner. Et beaucoup de patience. Dans ce cas, il n’est pas interdit d’installer un propulseur d’étrave sur votre voilier. Cela peut changer totalement votre vie de marin 😉

De la vitesse, de la puissance!

manoeuvre de port ratée

Lors des arrivées de ports j’ai souvent constaté que les hommes approchaient trop vite le ponton, et les femmes trop lentement. Au final le résultat est presque le même: le barreur perd partiellement le contrôle du bateau et la coque vient percuter un autre bateau ou le quai.

Trop vite vous courrez le risque de ne pas pouvoir vous arrêter à temps, trop lentement vous risquez de dériver.

Quand le vent est faible, vous pouvez vous permettre de manœuvrer à vitesse lente. Mais dès qu’il monte il vous faudra quand même de la puissance pour ne pas laisser le vent vous dicter sa loi. Tout est question de dosage, et demande une certaine connaissance de son bateau et de son moteur.

Comment s’entraîner

Lorsque vous prenez en main votre voilier, la première chose à faire est de trouver un corps-mort isolé pour vous entraîner aux manœuvres de port. Prenez ce coffre vent de face. Accostez le ensuite travers au vent comme s’il s’agissait d’un ponton. Placez vous au vent, puis sous le vent. Essayez de rester à portée de gaffe quelques dizaines de secondes, vent arrière, l’étrave devant la bouée.

Quand vous aurez réussi ces exercices vous pourrez en faire d’autres le long d’un quai ou d’un ponton désert. Essayez aussi une manœuvre d’homme à la mer au moteur avec la bouée couronne.

Faites ceci pendant une demi-heure à chaque fois d’abord par petit temps puis par bonne brise. Vous verrez que vous progresserez très vite.

Préparez vos équipiers

accostage

Vos équipiers ne sont pas devins. Plus ils débutent et moins ils seront en mesure de s’adapter à vos improvisations sur l’eau. Vous devez donc leur expliquer non seulement ce que vous attendez de chacun d’eux, mais aussi ce que vous comptez faire.

Assurez vous également qu’ils aient bien compris vos instructions en leur faisant répéter.

Enfin, utilisez un langage qui leur soit accessible. Tout le monde ne maîtrise pas le vocabulaire maritime: « A l’arrivée tu sautes sur le ponton avec la garde et tu la tournes sur un taquet pour arrêter le bateau ». Ce genre d’instruction est incompréhensible pour un débutant tant qu’il n’aura pas compris comment fonctionne une garde.

De même l’expression: « déborde le voisin » est sujette à diverses interprétation pour un non-initié 🙂

Aménagez votre place de port

Une façon de faciliter vos arrivées de port, surtout si vous sortez en solo ou en équipage réduit, est d’aménager votre place de ponton.

Vous pouvez installer des bouts à la bonne longueur avec des épissures sur les anneaux de votre place. Mais attention: selon les conditions de vent et la taille de l’équipage, vous aurez peut-être intérêt à accoster avec des amarres fixées sur les taquets du bateau lui-même. Voyez plus bas.

Pour les arrivées un peu rapide, la pose de défenses de quai fixe ou « bumpers » peut sauver votre gel coat, en particulier à l’étrave (ou à la poupe si vous vous garez en marche arrière).

Il existe enfin des perches à poser en bout de ponton qui permettent de récupérer ses amarres à hauteur de bras sans avoir à descendre du bateau.

Le truc ultime pour arrêter votre voilier en solo ou en duo

accoster en solo

Celui-là je ne le donne qu’à la fin de l’article, pour m’assurer que vous avez bien tout lu !

Procurez vous une amarre qui fasse 1,5 fois au moins la longueur de votre voilier.

Fixez la à l’arrière et à l’avant en la passant à l’extérieur des chandeliers et des filières.

arrivée de port en solitaire

Quand vous arrivez au ponton, cette amarre peut faire office à la fois de garde montante et de pointe arrière. Si vous devez empêcher votre bateau d’avancer, vous la passerez tout de suite sur le taquet le plus proche de l’arrière.

Si c’est l’inverse, avec un fort vent de face, vous pourrez la tourner sur un taquet situé plus à l’avant. Alors elle servira de garde descendante et de pointe avant.

comment accoster en solitaire

Dans tous les cas vous aurez d’un seul tenant la main sur l’avant et l’arrière de votre bateau. A partir de là il vous sera facile de fignoler votre amarrage.

Voilà déjà, je l’espère, de quoi bien vous aider dans vos arrivées de port. N’hésitez pas à partager cet article avec vos voisins de ponton: au mieux il leur sera utile, au pire il vous aideront à accoster!


8 Comments

  • Pascal

    Bonjour, et merci pour cet article, cependant j’ai bien peur de ne pas avoir compris comment installer l’amarre pour l’accostage en solitaire.
    Si l’amarre est tournée aux deux taquets avant et arrière, cela signifie- t-il qu’il faut en détacher le bout qu’on a choisi en fonction des circonstances et le tourner au taquet du ponton ? Dans ce cas l’amarre fait bien office de garde, mais comment peut elle aussi faire pointe en même temps.?
    Un schéma peut être pour expliquer ?…
    Le système est il si différent de la traditionnelle amarre d’embelle, qui ne tient le bateaux qu’en son milieu ?

    • DUPLESSIS Xavier

      Bonjour Katell,

      Merci pour ces articles toujours intéressants, que j’ai toujours plaisir à lire.

      Je me permet de revenir sur l’effet de pas d’hélice qui souvent perturbe nombre de marin, mais dont il faut se faire un allier pour les manœuvres plutôt que de le redouter.

      Tous les bateaux qu’ils soient dotés d’un arbre d’hélice ou d’un Sail drive subissent cet effet ; il est nettement plus important dans le cas d’un arbre d’hélice car l’hélice se trouve beaucoup plus près de la poupe.
      Il faut connaître le sens de rotation de son hélice qui sera soit un « pas à gauche » ou un « pas à droite » ; dans le cas d’un « pas à gauche » le bateau déviera sur sa droite en marche arrière, et inversement pour un « pas à droite ».
      Si on ne connaît pas le sens de rotation de l’hélice on peut le déterminer avant de quitter son emplacement de la manière suivante : placer des défenses sur chaque bord au niveau de la poupe, détendre la garde arrière, larguer la ou les pointes arrières, conserver les pointes avant et enclencher la marche arrière rapidement et brièvement à fond : le bateau déviera sur sa droite ( pas à gauche) ou sur sa gauche (pas à droite).

      Cette connaissance est important car elle déterminera de quel côté il faut amorcer un demi tour entre deux panes où il y a rarement la place pour faire un demi tour en une seule fois.
      Ainsi avec un pas à gauche il faudra virer sur bâbord : barre a fond sur bâbord associé à un coup d’accélérateur en marche avant, avant que le bateau risque d’aborder les embarcations sur bâbord il faudra enclencher la marche arrière à fond brièvement SANS MODIFIER la position de la barre, le bateau pivotera et poursuivra son demi tour grâce à l’effet de pas d’hélice ; si besoin on renouvelle l’opération.

      L’utilisation d’un propulseur d’étrave est certes un plus, mais n’est qu’un appoint qui permet de virer plus court et non pas de faire virer le bateau comme on le voit trop souvent car cela peut entraîner un risque d’incendie ; son utilisation requiert un peu de bon sens et de connaissance électrique car très gourmand en puissance et alimenté en général 12 volts les câbles d’alimentation peuvent surchauffer jusqu’à un début de combustion des gaines insolante (risque d’incendie) si ce dernier est solliciter trop longtemps de suite ; le temps maximal sera fonction de la section des câbles, plus il sont fins plus ils chaufferont vite, ce point n’est pas à prendre à la légère j’ai vu un bateau avoir un début d’incendie dans la cabine AV à cause d’une utilisation trop longue du propulseur d’étrave.

      Cordialement
      Xavier

      • Katell

        Merci infiniment Xavier pour ce commentaire très riche. Effectivement l’utilisation du propulseur d’étrave exige certaines précautions, mais après avoir testé avec et sans sur un Haliotis 38 (celui présenté sur les videos du voyage de Suhaili), je confirme que c’est quand même très pratique pour aider l’étrave à pivoter lorsque le pas d’hélice vous emmène dans le sens opposé (dans ces cas là on débraye avant de donner une ou deux courtes impulsions au propulseur). Quant au pas d’hélice, on peut s’en servir pour tourner comme vous le proposez (très jolie manoeuvre), mais si l’espace le permet, et si le vent ne s’y oppose pas. Quelquefois il vaut mieux renoncer à faire demi-tour et sortir en marche arrière… Pour finir dans cet article il est dit qu’il suffit de regarder de quel côté sortent les remous bateau amarré au ponton pour déterminer son pas d’hélice:https://www.bateaux.com/article/27289/se-servir-de-l-effet-de-de-l-helice-reussir-manoeuvre-de-port

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