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    Première navigation de nuit: comment s’y préparer?

    Pas de lune ce soir et le ciel est un peu couvert. Pas d’étoiles pour vous distraire. Vous êtes seul au monde dans un noir presque total. Le mouvements réguliers du voilier vous bercent.  La lueur rouge des instruments dans la descente à quelque chose de presque rassurant. L’air est encore tiède, mais vous prendriez bien un café pour vous tenir éveillé. L’eau ruisselle, glisse, chuinte et chuchote contre la coque, le plancton illumine les bordés et dessine un sillage phosphorescent à la proue. C’est votre première navigation de nuit, au large, et vous découvrez que vous aimez ça.

    Comment vivre à votre tour cette expérience fabuleuse?

    Voilà une question que me posent souvent les lecteurs du blog.

    Restez jusqu’au coucher du soleil, j’ai un petit cadeau à télécharger au bas de l’article 😉

    Plusieurs possibilités s’offrent à vous, mais pour cette première fois l’idéal serait que vous soyez accompagné d’un équipier qui puisse vous transmettre son savoir.

    Alors, quelles sont les étapes à suivre pour se préparer à une première navigation de nuit?

    Première navigation de nuit: Revenir au port à la nuit tombée

    Photo by Paul Einerhand on Unsplash

    Au moment où j’écris ce texte, l’automne est bien entamé et les jours se font de plus en plus court.

    Tant mieux! Pourquoi ne pas en profiter pour rentrer au port après le crépuscule?

    Ainsi vous déciderez vous-même des conditions météorologiques de cette première navigation de nuit.

    Choisissez les clémentes tant qu’à faire. Une seule difficulté à la fois suffit.

    Ce petit exercice vous demandera quand même un peu de préparation, voici ce que je vous propose.

    Relever les phares et l’éclairage des balises

    Avant de quitter le port, et même si vous le connaissez bien, faites l’effort de noter dans votre journal de bord les caractéristiques des feux qui seront là pour vous guider à votre retour.

    Pour les bouées de chenal c’est généralement assez simple: feux rouges à bâbord, verts à tribord en arrivant au port. Sauf pour la zone B (Antilles, St Pierre et Miquelon etc.) où c’est l’inverse…

    Les balises cardinales ont également un code, toujours le même pour les reconnaître la nuit. Il est assez facile à retenir car il suit le cadran de l’horloge. Soit 3 éclats groupés à 3 heures, c’est-à dire à l’est, 6 éclats + un long à 6 heures donc au sud etc.

    Quant aux phares, chacun à son code, ses secteurs et là encore c’est en préparant votre navigation sur une carte marine que vous pourrez identifier les phares qui vous entourent.

    Apprenez tout cela par cœur une bonne fois pour toute, cela vous rendra de grands services pour vos futurs atterrissages de nuit. Et contre les trous de mémoire, vous pouvez afficher un mémo plastifié des feux des navires et des balises dans la descente.

    Vérifier les feux de navigation

    C’est bête à dire, mais à bord des voiliers qui ne naviguent pas la nuit, il arrive que les feux de navigations ne s’allument pas. Ou tout au moins vous ne vous en êtes jamais préoccupé. Le problème avec ces feux est qu’il est difficile de vérifier leur bon fonctionnement de jour. A part pour ceux équipés d’ampoules 25 watts dont on peut constater la consommation – excessive – au sursaut du voltmètre du bord ou mieux, de l’ampèremètre. Si ce n’est pas déjà fait optez plutôt pour des ampoules à LED, lesquelles consomment 10 fois moins pour une portée équivalente.

    Il vous faudra donc a minima allumer vos feux de nuit et prendre du recul pour observer leur bon état de marche.

    Éclairage du bord: préférez le vert au rouge!

    Photo by Launde Morel on Unsplash

    Dans la cabine un éclairage de veille suffit largement la nuit, assez faible pour ne pas éblouir le barreur à l’extérieur. La couleur de cet éclairage peut faire débat. Le rouge a longtemps et est encore régulièrement retenu parce qu’il est supposé moins éblouir que le blanc.

    En réalité les pilotes d’avion ont depuis longtemps abandonné l’éclairage rouge la nuit. Ils préfèrent l’usage de leds vertes pour éclairer les instruments de navigation. La lumière verte préserve une acuité visuelle maximale la nuit. Malheureusement les fabricants d’instruments de navigation pour la plaisance continuent à proposer un éclairage nocturne rouge pour leurs cadrans. Si vous voulez en savoir plus je vous invite à lire cet article sur la vision nocturne.

    Au final, à défaut de vert vous pouvez opter pour un éclairage blanc, mais très faible qui vous permettra de circuler entre le cockpit et la cabine sans éblouissement.

    Éclairer les manœuvres

    Sur le pont il existe plusieurs solutions, complémentaires, pour vous faciliter les manœuvres la nuit.

    Une lampe frontale, chargée, par équipier est vraiment le minimum syndical. Maintenant que vous savez que le rouge est inutile, choisissez en surtout une dont l’intensité serait réglable.

    Un projecteur de pont est également utile pour les manœuvres d’avant: changement de voile, prise de ris, mouillage. Pour un retour au port à la tombée de la nuit vous pouvez-vous en passer.

    Une lampe torche puissante, capable d’éclairer un obstacle (très) proche, outre qu’elle fait partie de l’armement obligatoire, représente également un bon investissement. Vous pourrez vous en servir pour éclairer vos voiles, soit pour les régler, soit pour signaler votre présence. Elle pourra aussi vous aider à accoster un quai mal éclairé, ou à prendre un corps-mort par nuit noire.

    Porter des brassières-harnais

    Eric Tabarly a disparu en tombant de son bateau la nuit en Manche. Sans brassière de surcroit. Comme quoi ça peut arriver même aux meilleurs. La nuit vous avez vraiment très peu de chance d’être repêché si vous tombez à l’eau.

    Pen Duick II -photo Etienne Valois – Flickr

    Le combo gagnant en terme de sécurité serait de porter une brassière harnais, de vous attacher, et d’ajouter à votre équipement une petite lampe flash ainsi qu’une balise de détresse personnelle (AIS en côtière, PLB en navigation hauturière). Là vraiment, je ne pense pas qu’on puisse faire mieux en matière de protection individuelle contre le risque de chute à la mer.

    Préparer un thermos d’eau chaude

    A l’arrivée de la nuit la température chute assez brutalement en mer. Ne vous laissez pas gagner par le froid. Emportez une couche de vêtement supplémentaire par rapport à votre équipement habituel, ainsi que des boissons chaudes: thé, café, tisanes, soupes en sachet.

    A présent il est temps de prendre la mer. C’est assez simple, vous sortez de jour, et vous rentrez trop tard pour le diner. Remarquez bien que la principale différence avec la navigation de nuit, c’est… la nuit! 🙂

    La préparation de votre sortie porte plus spécifiquement sur ce point. Faire en sorte de voir et d’être vu. Pour une première sortie courte, soigner l’éclairage et s’attacher est largement suffisant. Je suis persuadée que vous allez y prendre goût et rentrer de plus en plus tard. A tel point que vous aurez envie d’aller plus loin.

    Deuxième étape et première nuit en mer : navigation côtière ou traversée?

    Maintenant que vous savez virer de bord dans l’obscurité, et que vos feux de navigation fonctionnent, vous pouvez envisager quelque chose de plus ambitieux.

    Vous pourriez donc être tenté de commencer par un convoyage de nuit, en navigation côtière. Cela peut vous paraître plus simple si vous n’avez jamais navigué au large.

    Et c’est faux.

    Naviguer de nuit près des côtes est ce qui peut se faire de plus exigeant en terme de navigation.

    Vous cumulez en effet les principales difficultés de la navigation: la proximité des récifs et la densité du trafic maritime.

    photo Craig Upshaw – flickr

    Alors qu’au large vous pouvez beaucoup plus facilement vous reposer sous pilote. Par tranches de 20 minutes par exemple.

    En tout cas si vous prenez la première option, assurez-vous au début d’embarquer un équipage assez nombreux et expérimenté pour que chacun puisse avoir un bon quart de sommeil. Mais ce n’est pas ce que je préconise pour une initiation à la navigation de nuit.

    Le top serait que vous embarquiez comme équipier pour une première navigation hauturière ou semi-hauturière. Comme ça vous aurez un skipper pour vous initier sans l’angoisse de vous trouver face à une situation inconnue.

    Pas de navigation hauturière en effet sans navigation de nuit.

    Pour ce type de navigation vous aurez à préparer votre bateau et votre route avec plus de précautions que pour une navigation côtière. Et bien sûr vous devrez choisir une fenêtre météo adéquate. Les conseils de la première partie s’appliquent donc: noter les feux, les balises sur le journal de bord, vérifier les éclairages et le matériel de sécurité, vous préserver du froid.

    Vous aurez aussi des quarts à organiser. Pour en savoir plus à ce sujet, je vous propose de regarder ce tuto en vidéo sur la  navigation de nuit

    Du point de vue de la navigation nocturne, certaines aides électroniques vous faciliteront la tâche pour ce qui relève de voir et d’être vu.

    Les aides électroniques à la navigation de nuit: est-ce que les autres navires me voient?

    L’AIS

    Un transpondeur AIS vous permet d’être vu par les stations disposant d’un récepteur AIS, et de les voir sur un écran dédié ou partagé. Donc par la plupart des navires professionnels en Europe (mais pas forcément ailleurs) et par tous les cargos.

    Quand j’écris la plupart, cela signifie: PAS TOUS les navires professionnels. Quant aux voiliers, ils sont loin d’être tous équipés.

    Donc même avec ce matériel, vous ne pouvez pas être certains que tous les navires qui naviguent à proximité vous aient repérés.

    D’ailleurs c’est la question que vous devez vous poser toute la nuit: est-ce que les autres bateaux me voient?

    Si la réponse est incertaine, prévoyez de les éviter bien à l’avance, par une manœuvre claire, même si vous êtes prioritaires.

    De votre côté, si vous disposez d’un simple récepteur AIS, vous pourrez voir quand même, malgré les vagues et les grains qui masquent les feux de navigation, tous les navires équipés d’émetteurs AIS. Mais eux, ne vous voient pas, pour être repéré par un récepteur AIS il vous faut vraiment un transpondeur (qui peut recevoir ET émettre), plus coûteux.

    Il peut aussi arriver qu’un émetteur AIS tombe en panne. Sans que le capitaine du navire de pêche s’en soit aperçu. Vous voyez l’idée?

    Au final un récepteur AIS, on ne va pas se mentir, est une aide super pratique à la navigation de nuit. Mais elle ne dispense absolument pas d’une veille visuelle TRES attentive.

    Le radar

    Un radar bien réglé vous permet de repérer la quasi totalité des obstacles à proximité (sauf ceux qui flottent entre deux eaux). Sa portée varie selon l’état de la mer, la météo, la hauteur du mât et celle des cibles.

    Au minimum, votre bateau doit être équipé d’un réflecteur radar. Vous serez ainsi repérable par tous les navires professionnels (occidentaux). Ce qui, là non plus, ne signifie pas que l’homme de passerelle aura repéré le misérable éclat qui représente, par intermittence, entre deux vagues, votre frêle esquif dans l’immensité marine.

    Mais enfin, comme la VHF-AIS allumée, le réflecteur radar augmente vos chances d’être vu. Là on joue clairement les statistiques.

    Quant à disposer d’un radar à bord, c’est vraiment très chouette, mais ça consomme beaucoup d’électricité. Ce qui fait qu’on les utilise plutôt quand on a un doute. Ou en approche des côtes. Et il faut savoir le régler pour déjouer les faux échos provoqués par les vagues et les grains. Dernier inconvénient: un radar coûte cher.

    La consommation électrique d’un voilier la nuit

    Avec toutes ces histoires de feux de route et de radar, sans parler de l’usage probable d’un pilote automatique, la facture énergétique grimpe vite la nuit.

    Ce point est crucial. Avant de partir vous devrez faire un bilan des consommations de votre voilier en navigation de nuit. Il faudra alors mettre en face de cette consommation suffisamment de batteries et de moyens de charge. Vous ne pouvez pas vous permettre de tomber en panne d’électricité en traversée, c’est vraiment très inconfortable, voire dangereux.

    Une bonne manière de vous en prémunir est d’ailleurs de bien vous assurer de séparer, à l’aide d’un coupleur de batterie, le circuit de servitude de celui du moteur en navigation. Ainsi si les batteries faiblissent vous pourrez les recharger au moyen de l’alternateur. Mais seulement à condition de ne pas naviguer trop gité.

    Pour vous aider vous pouvez télécharger cette feuille de calcul du bilan énergétique du bord.

    Je vais m’arrêter là pour cette fois, si vous voulez partagez vos souvenirs de navs de nuit, ou vos trucs de vieux loup de mer noctambule n’hésitez pas à commenter l’article!