manoeuvre de spi
naviguer en équipage

Ce truc qui empêche les femmes de devenir skipper


J’ai découvert un truc qui empêche les femmes de devenir skipper.

Et ça m’a mise en colère, même si dans le fond je le savais déjà.

Parce que j’ai la chance d’avoir été poussée très jeune à naviguer par mon père, j’ai longtemps occulté cette réalité.

Or si vous regardez les noms des skippers des régates locales comme des grandes courses océaniques, vous trouverez bien peu de femmes. Parfois aucune.

En 2017 j’ai couru le Télégramme Tresco Trophée avec un équipage féminin. Nous formions le seul équipage féminin cette année là. Et j’étais la seule femme skipper sur cent bateaux inscrits.

En 2016 sur les 29 skippers du Vendée Globe, aucune femme n’était présente.

Je ne vous parle même pas de la Coupe de l’America. Là on a touché le fond

Sans parler de compétition, connectez-vous à un site de co-navigation et cherchez les femmes skippers proposant des embarquements. Cherchez bien…

De toute façon il suffit de se promener sur les pontons et de regarder qui est à la barre des bateaux qui accostent.

 

Qu’est-ce qui peut bien empêcher les femmes de devenir skipper?

Bien sûr j’ai posé la question à de nombreuses femmes.

Au premier abord elles ont cité des empêchements qui ne leur sont pas spécifiques.

L’éloignement du littoral? Le manque de disponibilité? La sensibilité au mal de mer?

Non, tous ces arguments touchent autant les hommes que les femmes.

Donc il doit bien y avoir une autre raison.

 

Regardez la photo ci-dessous. L’un des deux personnages est le skipper. A votre avis lequel?

Voyez-vous la réponse qui nous vient spontanément à l’esprit?

Voilà pourquoi les sociologues et les féministes nous parlent du poids de la tradition, l’histoire, le patriarcat…

Tout ceci existe bel et bien mais il n’est pas dans le pouvoir des femmes d’y remédier rapidement.

Il faudra encore quelques générations et beaucoup de volonté pour modifier les mentalités et les pratiques.

Mais attention ça avance tranquillement.

Les très respectables organisateurs de la coupe de l’America viennent d’introduire un circuit de régates pour les femmes (et les jeunes) dans leur programme.

Les femmes aussi auront le droit de participer, avec un plus petit bolide, mais quand même: un AC40!

On a touché le fond et maintenant on remonte 😉

Sérieusement, en attendant que le monde change, on fait quoi?

On reste équipières?

Essayons de tourner la question différemment, et d’en déduire des perspectives plus proches.

 

Qu’est-ce qui contraint les femmes à rester équipières?

Après tout personne n’interdit aux femmes de louer ou d’acheter un voilier.

Personne ne pose de bombe dans les cales des rares bateaux skippés par des femmes pour les faire rentrer à la maison.

Quant aux écoles de voiles, elles sont ouvertes à tous les publics sans distinction de genre.

Sur quel obstacle butent-elles concrètement dans leur progression?

 

Serait-ce ce genre d’obstacle invisible, mais bien massif, qui empêche les femmes de se hisser aux meilleures places?

Un plafond de verre?

Cette douloureuse limite se rencontre dans le monde du travail, et très certainement dans celui de la compétition sportive.

Mais ici nous parlons d’un loisir, et même d’une passion que chacun peut pratiquer librement.

 

En réalité ce sont vos courriels, vos messages chers lecteurs et lectrices qui m’ont mise sur la voie.

Il était donc tout à fait normal que je vous livre mes hypothèses.

Vous savez que lorsque vous vous inscrivez sur le blog je vous offre un coaching par mail sur le sujet de votre choix.

(D’ailleurs si la proposition vous intéresse, n’hésitez pas à mettre votre nom dans la petite boite bleue à droite ou sous cet article)

 

Parmi les questions que je reçois par ce biais, je retrouve régulièrement ce profil d’éternelle équipière.

Des femmes qui ont déjà un beau parcours nautique. Certaines possèdent même déjà un petit bateau.

Mais de là à le skipper…ou à sortir avec plus de 10 nœuds de vent, elles hésitent sérieusement!

Pour cela beaucoup cherchent un coach qui leur montrerait comment faire… ce qu’elles savent très probablement déjà, à bord de leur propre voilier.

Et là je pense avoir compris ce qu’elles attendent.

Voici une femme que vous connaissez peut-être: skipper ou équipière?

Les femmes équipières qui n’osent pas passer au stade de skipper attendent une autorisation.

Une validation, un diplôme éventuellement.

Elles veulent qu’un ou une coach leur certifie qu’elles en savent suffisamment pour apprendre par elles-mêmes.

A votre avis pourquoi tant de chichis et de précautions pour conduire de petits voiliers sur des plans d’eau abrités?

Pourquoi diable ne s’autorisent-elles pas toute seules à essayer?

 

Non je vous arrête tout de suite: ce n’est pas la faute de l’école. Enfin, pas seulement.

Les hommes aussi sont allés à l’école. Ils ont eu affaire aux notes, aux fautes, à la sélection, comme les femmes.

Leur confiance et leur spontanéité a été tout aussi malmenée que celle des femmes.

Mais l’école a tout de même cette fâcheuse tendance à reproduire les inégalités. Y compris les inégalités de genre.

Certaines études montrent par exemple que les garçons sont plus poussés que les filles à l’école.

 

On ne projette pas les femmes au postes de commandement.

Les hommes sont appelés à prendre des responsabilités à l’extérieur du foyer, à exercer et cultiver leur puissance, à résoudre des problèmes, à créer et à supporter l’inconfort au besoin.

Les femmes c’est l’inverse. Les responsabilités, c’est plutôt à l’intérieur du foyer, et elles sont censées cultiver douceur, beauté, sensualité et bien apprendre par cœur leurs leçons.

D’ailleurs si vous pensez que je radote, je vous invite à vous promener sur les chaînes Youtube dédiées à la croisière en voilier.

Voyez les images de croisière en voilier que certains youtubeurs vous proposent pour vous faire rêver messieurs.

Quelle y est la place des femmes?

Par quoi se font-elles apprécier, sinon par leurs formes souples et élégantes 🙂

Par contre la compétence, le savoir, c’est pour lui, l’homme, le skipper. Tout le monde à l’air très heureux comme cela…

Pourquoi ça changerait?

Ces stéréotypes sont archi-connus, mais archi-puissants également.

Ils sont portés et relayés à des degrés divers par chacun et chacune d’entre nous.

Qu’on le veuille ou non, nous avons tous affaire à eux, tous les jours.

Au plan individuel, chaque femme en fait les frais dans son image personnelle et son identité sociale.

 

Ce truc qui empêche les femmes de devenir skipper: c’est qu’elles ne s’y voient pas!

Les petits garçons eux se voient très bien en capitaine de bateau. Ils adorent ça.

Non pas que les petites filles n’y songent pas, mais elles manquent de modèles.

Ce n’est pas là qu’on les attend.

Alors elles ont du mal à s’y voir.

Photo Flickr Bruce Aldridge – Ce petit garçon s’y voit bien, lui, jeune capitaine!

Moi-même j’ai mis beaucoup de temps à m’intéresser à la course au large.

Cela m’a même été reproché… par un homme. Comment pouvais-je prétendre aimer la voile si je ne m’intéressais pas à la compétition?

La réponse est pourtant simple: il m’était difficile de m’identifier à un coureur masculin.

Côté femme le choix était quand même restreint, tout au plus 3 femmes: Florence Arthaud et Isabelle Autissier et Catherine Chabaud.

Il a fallu attendre qu’arrivent de nouvelles générations avec Helen Mac Arthur ou Samantha Davies.

Aujourd’hui les navigatrices de haut niveau sont de plus en plus nombreuses et je suis l’actualité de la course au large avec plus de plaisir.

Maintenant ce que je vous propose, c’est de déduire de tout cela 3 conseils pour les femmes qui veulent devenir skipper.

 

Comment aider les femmes à devenir skipper?

Alors que la règle des quotas a fait son apparition sur la Volvo Ocean Race, de plus en plus de sponsors lancent des programmes pour recruter des navigatrices.

Nul doute que la multiplication des femmes à la barre des navires de course transocéanique saura inspirer celles qui hésitent encore à skipper leur propre voilier.

Puisque tout ceci est une affaire d’image, voici mes 3 propositions pour aider les femmes à devenir skipper.

Elles sont faciles à mettre en œuvre, par chacun d’entre nous, dès maintenant!

 

1. Reconnaître leurs compétences

La plupart des gens ont besoin d’un minimum de reconnaissance et de soutien pour aller au bout de leurs projets.

Vous avez beau être passionnée, les moqueries, l’indifférence ou le rejet finissent par avoir raison de votre volonté.

Pour que les équipières expérimentées osent diriger un voilier,  il faut qu’elles aient rencontré de l’approbation dans les regards de leur entourage.

Il faut qu’elles se voient dans vos yeux comme skipper potentiel, cher lecteur ou lectrice.

Ces navigatrices en devenir sont vos amies, vos compagnes, vos filles, vos collègues ou vos coéquipières.

Qui que vous soyez pour elles, votre intérêt pour ce qu’elles entreprennent compte.

La prochaine fois que vous naviguerez avec l’une d’entre elle, si vous la voyez hésiter, encouragez-la!

Dites-lui que vous la voyez réussir, et montrez lui que ce ne sont pas que des mots en la laissant manœuvrer!

 

2. Pratiquer la visualisation

Quant à vous mesdames, amies lectrices, futures skippeuses, ne comptez pas seulement sur ces regards.

Visualisez vous aux commandes d’un voilier, seule ou à la tête d’un équipage.

Visualisez vos manœuvres, vos directives et le rôle de vos équipiers. Décomposez vos gestes mentalement.

Mais surtout, projetez-vous en situation de réussite!

Les sportifs de haut niveau utilisent ces techniques avec succès. Pourquoi pas vous?

Chaque jour, imaginez-vous à la barre, manœuvrant dans un port encombré, ou empannant un spi dans la brise.

Réfléchissez à la manière sont vous pourriez vous y prendre, informez-vous, regardez des vidéos pour combler vos dernières lacunes.

 

3. S’inspirer de celles qui l’ont fait

Enfin, pour bien ancrer votre nouvelle identité de skipper, inspirez-vous du parcours nautique d’autres femmes.

Vous doutez de votre force physique?

Demandez-vous comment Ellen Mac Arthur s’y est prise pour battre le record du tour du monde en solitaire sur un multicoque de 75 pieds.

Il n’y a pas que la course au large:, lisez aussi l’histoire de la plaisance.

maman skipper et son fils

Vous y verrez comment la pianiste et navigatrice Nicole Van de Kerchove a fait le tour du monde à bord de son côtre en acier de 9m, et 6 fois la Patagonie, seule, en couple ou avec ses enfants.

Preuve que nous pouvons être à la fois musicienne et navigatrice, maman, amante, femme et skipper.

Mais sans doute pas tout ça au même moment, à chacune d’en décider!

 

Si cet article vous a un peu remué-e, partagez le pour en faire profiter un maximum de futures skippers!

Ce sera votre contribution à la féminisation de la plaisance 😉

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


27 Comments

  • Laetitia VOGEL

    Voici ma propre analyse en tant que femme rêvant un jour de devenir skipper sur plusieurs raisons qui empêchent les femmes de se lancer:

    1) se former, s’entraîner pour y arriver prend beaucoup de temps à prélever sur d’autres activités:
    Pour avoir discuté il y a quelques mois lors d’un entraînement régate avec un skipper et son équipier régulier (je ne suis qu’équipière occcasionnelle), j’ai essayé de leur expliquer que je voudrais bien sortir en mer plus souvent mais que mes obligations d’épouse et de mère m’en empêchent. Eux n’ont aucun scrupule à laisser ‘Madame’ gérer la maison et les gosses ‘tous’ les week-ends et personne ne trouve rien à redire. Si la situation était inversée, le regard de son entourage pèserait lourd sur Madame qui n’aurait pas le coeur léger pour naviguer.
    2) les skippeuses professionnelles rencontrent des difficultés liées spécifiquement à leur genre:
    Lors d’une interview pour un Vendée Globe, un journaliste avait demandé en gros à Sam Davies comment elle gérait le fait de se séparer de son fils si longtemps. Personne ne pose une telle question à Romain Atanasio alors que c’est le même gamin.
    Dans le même ordre d’idée, j’avais aussi entendu le témoignage d’une skippeuse qui avait trouvé un skipper pour une régate en double (je ne sais plus si c’était la Transat Jacques Vabre ou une autre). Mais finalement, elle avait dû renoncer à son projet car la femme du skipper n’était pas d’accord que son mari parte en mer si longtemps avec une autre… Comme il y a peu de femmes skippeuses pro, la possibilité de participer à de telles régages en double est donc compliqué
    3) les filles et les femmes sont en général moins intéressées par les ‘sciences physiques et naturelles’:
    La maîtrise de la navigation sur un voilier nécessite des connaissances dans différents domaines scientifiques (étude des forces, électricité, mécanique, météo etc…). A l’école et pendant leurs études, les filles et les femmes en général vont plutôt développer leurs compétences dans des domaines dits ‘littéraires’. A la maison, les filles sont souvent moins sollicitées pour bricoler. Quand il s’agit ensuite d’entretenir aussi son voilier ou de réparer celui qu’on a loué, une femme se sentira ‘moins préparée’ pour faire face aux impondérables.
    4) les filles et les femmes ont plus de mal à développer et faire accepter leur leadership:
    Dans un équipage purement féminin, même si plusieurs ont les compétences pour être skipper, il n’y aura aucun problème pour qu’une skippeuse assure son rôle, une autre soit ‘second’, une autre à la tactique etc… ‘parmi ses pairs’ sans que les autres remettent en cause les décisions prises. Dans un équipage presque complètement masculin, une équipière ne contestera pas les décisions des hommes. Dans un équipage mixte ou purement masculin, les hommes n’hésiteront pas à émettre leurs opinions divergentes, parfois erronées, au risque de déstabiliser la skippeuse qui est pourtant maître à bord.
    5) les femmes peuvent plus difficilement ‘voyager seules’ :
    Une femme, un groupe de femmes n’ira pas aborder un homme seul sur un ponton. Dans la situation inverse, une femme peut se sentir vulnérable et ne pas oser passer la nuit seule à bord de son voilier à quai.
    6) les femmes ont plus peur du ‘regard de l’autre’:
    La société impose une image de la femme qui doit être comme ceci, agir comme cela etc… L’expression machiste ‘Femme au volant Mort au tournant » (tout à fait contraire aux statistiques des assurances auto) montre bien comment certains hommes ne veulent pas « laisser les rênes » aux femmes. Qu’un homme réussisse ou rate sa manoeuvre de port, on n’en fera pas un drame. Qu’une femme la réussisse, on va l’admirer, qu’elle la rate, on va la blâmer, le regard n’est pas neutre, il y aura toujours un commentaire. Souvent, la femme cherche à être parfaite alors que l’homme dit qu’il apprend de ses erreurs.
    7) les femmes ont moins d’argent que les hommes:
    se former, acheter, louer, entretenir un bateau coûte de l’argent pour ce qui peut passer comme du ‘superflu’. Les hommes gagnent en moyenne plus d’argent que les femmes et peuvent mettre plus d’argent de côté, n’ont pas mauvaise conscience à l’utiliser pour la voile. Les femmes culpabilisent plus de dépenser l’argent pour elles plutôt que pour leur entourage.

    Alors que faire ?
    En prenant conscience de tous ces ‘freins’, se dire que c’est injuste de se limiter juste parce qu’on est une femme, essayer de ‘penser comme un homme’ et surtout suivre les conseils de Katell…

    • Lebailly François

      Bonjour,

      Je réponds à Laeticia (et aussi à Katell), ___ en tant qu’homme.

      Je navigue en couple, mais plutôt en solitaire accompagné.
      Mon épouse m’accompagne, me donne un coup de main aux départs et arrivées, et prend même la barre si je le lui demande. Elle sait reporter un point sur la carte, tenir le livre de bord, ….
      Mais cela ne l’interresse pas.
      Et je pense qu’il y a moins de femmes interressées par la pratique de la voile que d’hommes. De même qu’en politique ou, tout simplement, pour conduire un peu vite une grosse cylindrée.
      Je n’analyserai pas le pourquoi, j’en suis incapable, mais je constate que Laeticia développe la même idée dans son point 3.

      Sur les points 1, 2 et 5 soulevés par Laeticia, accord total.

      Je suis plus réservé sur le point 4 (leadership), mais je juge par rapport à moi-même. Je n’agit pas de la sorte et pense que, quelques « c…….. » mis à part, la majorité des hommes sont comme moi.
      Mais il est vrai qu’une minorité peut faire beaucoup de mal.! …

      Point 6 le regard des autres: Je ne peux juger, je ne suis pas femme. Par contre le dicton « femme,… date des années 50, époque où les femmes commençaient à conduire alors que les hommes avaient déjà une expérience du volant.
      Les hommes qui n’ont pas su évoluer depuis le siècle dernier sont probablement les mêmes que ceux mentionnés à propos du leadership

      Quant au point 7, il est possible que vous ayez raison, en général.
      La femme est mére et pense avant tout à ses enfants et à la gestion du foyer.
      Je remarque que cette différence s’estompe chez les jeunes couples.

      Pour le texte de Katell, j’ajouterais simplement, concernant la force physique, que je ne suis plus de la première jeunesse, et qu’une jeune femme en bonne santé n’a peut-être pas ma force, mais probablement plus d’endurance.
      En plus, en réfléchissant avant d’agir, on peut amplement réduire ses besoins de force pure.
      Il n’y a donc pas de handicap à ce titre.

      Espèrant avoir apporté ma pierre à l’édifice, et que d’autres feront de même,

      • Katell

        Merci François de votre contribution.
        Je crois que la plupart d’entre nous, hommes et femmes, n’avons pas la moindre intention de disqualifier l’un ou l’autre sexe.
        Mais nous le faisons quand même sans nous en rendre compte.
        C’est la force des stéréotypes sociaux.
        Ils conditionnent nos comportements, notre manière de considérer les autres.
        Vous voudrez par exemple soulager l’effort d’une femme qui borde une voile en supposant que vu c’est un peu dur pour elle.
        Parce qu’on voit les femmes plus fragiles que les hommes, et puis la galanterie…
        Du coup elle va le penser aussi et ne se donnera pas les moyens d’y arriver.
        Le diable se cache parfois dans les détails.

    • Jacky

      Très bonne analyse Laetitia. Une chose cependant : Les stats des assurances ont toujours montré un taux plus faible d’accident chez les hommes puis un jour, une fee a pris la direction d’une compagnie d’assurance et les stats se sont aussitôt inversées… Depuis j’ai du mal à les prendre en référence…
      Je suis néanmoins d’accord sur le regard porté sur les femmes. Il est beaucoup plus critique.

    • Linda Werner Grace

      Formidable votre analyse, merci. Le point qui ne me quitte pas c’est l’idée que, pour réussir, qu’il faut ‘penser comme un homme.’ Cela m’arrête toujours. Non seulement parce que je ne pense pas le pouvoir, ne sachant pas vraiment en quoi ça consiste, mais surtout parce que je ne veux pas, peut-être à tort. Ce monde à été dirigé par les hommes (ça change) et d’après moi, il faut apprendre à intégrer une autre façon de penser, savoir celle plus typique des femmes. C’est bien sûr une grande généralisation car parmis chaque sexe il y a toute une gamme de comportements/aptitudes dits soit féminins soit masculins. Pour moi, et je ne peux pas être la seule, je me suis toujours trouvé au bout de la gamme du féminin, non par mon physique (je suis grande et assez costaud) mais par ma disposition, je ne suis ni aggressive ni centrée sur ma volonté mais plutot celle du groupe. L’idée d’entrer dans un monde purement masculin m’a toujours arrêté. J’ai toujours admiré mes ‘sœurs’ pour lesquelles ce n’est pas un problème: on a besoin de vous mais j’espère qu’on viendra de plus en plus prendre la relève.

  • Georges de KORVIN

    Je n’ai pas peur de dire que ces complaintes féministes m’agacent un peu.
    Ma fille est devenue chef de bord à l’école des Glénans après l’avoir décidé. Quand j’ai acheté un bateau, le lui en ai laissé le libre usage et c’est elle qui le skippe quand elle part en famille avec son mari et ses 3 enfants.
    Mes deux fils n’ont jamais eu envie de devenir skippers et viennent volontiers avec ma femme et moi comme équipiers.
    Ma femme a peur du mauvais temps. J’ai donc toujours adapté mes croisières pour qu’elle en tire du plaisir comme moi. C’est une très bonne équipière, mais n’aime pas être seule à prendre des décisions sur le pont. Pourtant, je la pousse à le faire, mais je ne peux pas la forcer.
    Parmi mes petites filles, élevées de la même façon, une aime les poupées, l’autre a commandé pour Noêl dernier un camion de pompiers et adore jouer aux petites voitures. Elle n’a pourtant rien d’un « garçon manqué ».
    Chacun, chacune a son tempéramment et respectons-le. Arrêtons de tout mettre sur le compte d’un déterminisme sociétal un peu galvaudé. Tout n’est pas la faute « des autres ».
    Celles qui ont envie d’être skipper n’ont qu’à faire les efforts pour le devenir. Laissez les autres tranquilles. La voile doit rester un plaisir.

    • Katell

      Bonjour Georges, merci d’avoir pris le temps de donner votre avis.
      Ne pensez-vous pas que vos filles et petites-filles ont bénéficié de votre ouverture d’esprit?
      Quand vous ne contrariez pas le désir « naturel » de vos enfants à la racine, il a tout loisir de se développer et de s’exprimer s’il le doit.
      Mais tous les parents n’élèvent pas leurs enfants ainsi. Et faut-il encore leur transmettre une certaine liberté de penser et d’agir dont peu de gens disposent.
      Les femmes qui sont issues d’autres histoires n’ont pas toujours ce soutien et ce type de modèle. Elles se heurtent aux stéréotypes de genre, et elles finissent par y croire.
      Je n’aime pas plus les complaintes que vous.
      Ce n’est donc pas pour les plaindre mais pour encourager et ouvrir des perspectives à ces femmes que j’ai écrit cet article.

  • Pierre

    Bonjour Katell,

    Ma réflexion sur la question « qu’est-ce qui peut bien empêcher les femmes de devenir skipper ? » m’amène à une autre conclusion que toi, j’aimerais bien avoir ton avis.

    Je pense que le poste de skipper (en équipage, je ne parlerai pas du solitaire que je ne connais pas) requiert des qualités et une personalité de « chef » et de « meneur » (jusque là c’est évident). Or je pense que ce profil correspond à des attributs masculins.

    Je ne dis pas des attributs d’homme, mais bien des attributs masculins. Il y a des femmes qui ont, bien sûr, ces traits de personalité masculins ! J’ai eu la chance de régater comme équipier d’une skippeur très talentueuse, et sa personalité contenait effectivement ces qualités « viriles » ou « masculines » qui me semblent nécessaires pour skipper un équipage et un voilier.

    Comme la majorité des hommes ont des personalités masculines et la majorité des femmes des personalités féminines, je ne suis pas étonné que plus d’hommes soient skippers. Et à vrai dire, ça ne me semble pas être un problème : chacun fait ce qu’il lui plaît et ce dans quoi il est épanoui !

    C’est pour cela que je suis contre la règle des quotas dans le monde de la régate : la règle du mérite devrait prévaloir, comme en général. C’est d’ailleurs humiliant pour les femmes, de mon point de vue.

    Voilà mon opinion, j’ai hâte de savoir ce que tu en penses.

    J’en profite pour te remmercier pour ta newsletter et pour ton blog que je suis avec assiduité ! C’est génial de proposer ces contenus. Merci !

    Pierre

    • Katell

      Bonjour Pierre, merci de ta contribution à ce débat.
      Je ne suis pas certaine de bien comprendre ce que tu nommes des « attributs féminins » ou « masculins ». Par contre j’ai l’impression que tu as une vision réductrice des « qualités » d’un skipper.

      D’abord il me semble qu’il existe autant de style de « commandement » que d’individus.
      De la personnalité autoritaire, à la personnalité hyper consensuelle, chaque skipper, peut exercer sa responsabilité de manière très variée.
      Un « chef » ou « un meneur », peut donc exercer sa responsabilité suivant sa personnalité, et en la matière il se trouve des femmes comme des hommes autoritaires ou consensuels.
      En revanche derrière ces styles de commandement se cachent des désirs et des plaisirs très différents.

      On peut désirer skipper un voilier pour le plaisir de maîtriser la technique et de se frotter à l’élément marin, ou pour expérimenter un mode de vie et d’exploration alternatif.
      On peut aussi prendre plaisir à coordonner efficacement un équipage ou à occuper la place d’exception et de pouvoir qu’est celle du skipper.
      Les deux types de motivations peuvent même se combiner.
      Il est fort probable que les skippers solitaires n’aient pas ou peu d’appétence pour le pouvoir. Ils sont plus intéressés par la technique ou par l’exploration.
      Or ces désirs ont-ils un genre?

      Dans nos sociétés on attend des hommes qu’ils prennent le pouvoir quand c’est possible. C’est comme cela qu’ils sont censés affirmer leur virilité.
      Des femmes on attend qu’elles aident les hommes à prendre le pouvoir et qu’elles les en récompensent ensuite par leur reconnaissance et leur soumission.
      Tant pis pour les femmes qui ont envie de se faire plaisir en menant un voilier, avec ou sans équipage. Ce désir est subversif car il va à l’encontre de l’ordre établi.
      Voilà pourquoi on ne les encourage pas à prendre ce genre de responsabilités et ce souvent dès l’enfance.
      Même si elles peuvent en avoir envie, et la compétence, quelques soient leurs attributs au final…

  • claude Mercier

    Bonjour,

    J’ai plus de 60 ans, je suis absourdie, je vous lis et j’ai l’mpression d’entendre les propos de la generation de ma grand mère. Je pensais que les choses avaient changé.

    Je navigue depuis toujours, et suis le capitaine depuis plus de 40 ans.

    Il n’y a qu’une solution: apprenez à toutes les filles que vous rencontrez que tout est possible, accessible autant que pour les hommes.

    • Katell

      Bonjour Claude, j’approche de la cinquantaine et je skippe des voiliers depuis 30 ans 🙂
      Mais comme tout allait bien pour moi j’évitais ces questions.
      Ce sont mes lecteurs et mes lectrices qui m’ont ouvert les yeux.
      Autant les hommes qui désespèrent de naviguer avec leurs compagnes, que les femmes qui ne parviennent pas à franchir le pas.
      merci de votre message 🙂

  • Linda Werner Grace

    Katell merci d’avoir abordé ce sujet, vous le faites avec honnêté, sensibilité et humour (toujours le bienvenu). Comme je l’avais remarqué à Laeticia, je me dis toujours qu’il nous faut apprendre à intégrer une autre façon de penser que seule la masculine. Je pense qu’en partie c’est d’avoir plus de respect pour les femmes et leur contribution. Même parmis mes filles adultes, je remarques que les hommes ont mille fois moins de scrupules à laisser leur femme pour faire du sport, passer un weekend à la pêche etc.. Pour elles, le soin des enfants vient en premier, leur plaisir après. Je ne sais pas si ça changera vraiment. En plus, le risque physique pour les femmes est plus intimidant que pour les hommes. Dans ma soixantaine j’ai fait du camping en solo sans problème mais quand j’étais

  • Linda Werner Grace

    (….ma réponse est partie trop tôt!)…. quand j’étais plus jeune je n’avais pas ce genre de cran. Les cheveux gris m’ont énormément aidé sur ce plan, je ne me fait plus accoster et en plus j’aurais bien plus de confiance dans ce genre de situation qui, dans le temps, me terrifiaient.

  • Stéphane

    Voici ma contribution au sujet

    Marié, père de 4 enfants entre 11 et 15 ans (2 garçons et 2 filles), j’habite en bord de mer et je navigue tous les WE en croiseur comme équipier (programme régates locales sans prétentions) au sein d’un équipage 100% masculin puisque, si nos épouses respectives se « promener en bateau », aucune n’est intéressée par la voile et encore moins la régate. Je navigue par ailleurs en voile légère pendant les vacances en binôme avec mon épouse.

    Mes observations :
    – de son propre aveu, mon épouse aime « se promener en bateau » (quel que soit le mode de propulsion) mais ne s’intéresse absolument pas à la voile (elle revendique fièrement son statut de « passagère » et non « d’équipière »)
    – mes enfants ont tous suivi au moins un ou 2 stages d’initiation en école de voile : seul l’aîné est devenu mordu, les 3 autres (2 filles + 1 garçon) n’aiment tout simplement pas cela (en revanche mes 2 filles pratiquent les arts martiaux de manière assidue, et préfèrent largement « distribuer des « bourre-pifs que tirer sur des ficelles », tout en aimant aussi les « trucs de filles » pour reprendre leurs propres termes… « tu peux pas comprendre papa, c’est des trucs de filles »…) ;
    – garçons et filles sont a peu près équitablement représentés au sein de l’école de voile locale (enfants, ados, adultes) aussi bien en voile légère que sur Class 8 ;
    – dans les compétitions locales de voile légère, autant de barreurs que de barreuses, et toutes les régates sont mixtes, que ce soit en solo ou en duo (HH, FH, FF), ainsi et surtout que les podiums !
    – si en croiseur (navigation côtière, régates) les skippers sont majoritairement des hommes, le nombre de femmes augmente de manière constante et ce nombre n’est pas anecdotique.
    – pour la navigation hauturière, mon expérience et mes fréquentations sont très limitées même si justement la seule personne que je connaisse qui ait fait une navigation transocéanique en solo est 1 femme (mais en revanche, elle n’est pas du tout attirée par la régate, et ce n’est pas faute d’avoir été sollicitée en ce sens !).
    – parmi les équipiers croisés régulièrement autour des pontons, les réticences à devenir skipper (et donc propriétaire…. ou l’inverse) sont les mêmes pour les hommes et les femmes : temps à consacrer à la voile et donc « rentabilité de l’investissement », pb matériel (place en marina, budget entretien, etc.) et condiance en soi (sans que ce critère soit particulièrement « genré »).

    Ma conclusion :
    – Pour les navigateurs et navigatrices « lambdas » comme mes copines, mes copains et moi, mes observations locales contredisent un peu tes propos : celles qui aiment la voile n’éprouvent pas plus de difficultés que ceux qui aiment la voile pour soit naviguer comme équipier, soit skipper.
    – Pour la navigation hauturière, mes connaissances sont très limitées mais les vidéos Youtube de navigatrices autour du monde ne sont pas rares il me semble.
    – Pour la navigation « pro », je ne connais pas la proportion de skipper pro féminins dans les entreprises de charter voile, toutefois la copine qui naviguait en solo dont je parle ci-dessus est aussi Yachtmaster et n’avait pas mentionné de difficultés particulières liées à sont genre (la connaissant bien, dans le cas contraire, elle n’aurait pas manqué d’en parler).
    – Pour la course au large, je pense que le manque de modèle auquel s’identifier est peut-être le frein principal (c’est un peu la même chose en sport automobile d’ailleurs) plus qu’autre chose. Toutefois, je ne connais pas du tout ce milieu (ni celui de la course auto) à part ce que je peux en lire dans la presse spécialisée.

    Voili voilou… et merci pour ton blog !

    • Katell

      Bonjour Stéphane, si je te rejoins dans tes observations, je n’en tire pas tout à fait les mêmes conclusions.
      Les femmes qui ont envie de progresser se heurtent aux mêmes difficultés que les hommes, oui, mais en plus elles doivent faire face aux stéréotypes de genre comme je l’explique dans l’article.
      Ensuite s’il y a bien des femmes skippers, dont quelques youtubeuses, elles restent très minoritaires.
      De même il existe des femmes skippers qui, comme moi, ont bénéficié de regards porteurs dans leur entourage proche, des gens qui croyaient en leur capacités. Et cela change tout.Mais à nouveau c’est loin d’être la norme.
      Enfin pour la course au large, la présence de femmes skippers encourage non seulement les sportives mais aussi les plaisancières.
      En résumé skipper un bateau, ce n’est ce qu’on attend d’une femme en général, c’est même assez subversif, et cela les empêche de se projeter sereinement à cette place.

      • Stéphane

        Bonjour Katell,

        Ta dernière phrase est très intéressante mais mériterait d’être développée car je pense que l’aspect « subversif » varie largement en fonction du type de skipper et de l’audience susceptible de trouver cela subversif.

        Je distinguerai 3 grandes familles de skipper :
        – les skippers « du dimanche », comprendre « qui pratiquent la voile pendant leur temps libre », catégorie qui regroupe la très grande majorité d’entre nous, quel que soit le niveau technique (j’ai pris l’appellation « du dimanche » comme clin d’oeil bien sûr). J’intègre à cette catégorie ceux qui profitent de leurs congés pour faire une croisière (généralement côtière) soit sur leur bateau, soit sur un bateau de location.
        – les skippers « grands voyageurs » : ceux qui ont décidé de changer de style de vie pour une période plus ou moins longue (et dont le bateau devient pour cette même durée le lieu de résidence).
        – la course au large et le très haut niveau.

        Le public :
        – les voileux,
        – le « reste du monde ».

        Vis-à-vis des « voileux du dimanche » (population à laquelle j’appartiens), je n’ai pas constaté qu’une femme skipper soit particulièrement subversive : on est surtout une bande de pratiquants passionnés, avec plus ou moins d’expérience, les femmes ne sont pas forcément les moins expérimentées, et sont parfaitement intégrées. Par analogie, la position des femmes « skippers du dimanche » vis-à-vis de leurs « congénères masculins » est AUJOURD’HUI à mon avis assez similaire à celles des motardes vis-à-vis des motards (je suis motard). Dans les 2 cas, c’est une activité de passionnés, capables d’avoir des discussions de passionnés, quel que soit le genre de la personne.

        Vis-à-vis des « voileux du dimanche », les « grands voyageurs » sont un monde à part, forcément subversif, puisque ayant un style de vie radicalement différent du nôtre. Donc une femme skipper sera nécessairement subversive (mais objectivement pas plus qu’un homme à mon avis). Toutefois, je ne connais absolument pas le milieu des « grands voyageurs » et je ne saurais dire comment les femmes skippers sont perçues parmi leurs pairs.

        Vis-à-vis du grand public, 2 cas :
        – la pratique de la voile du dimanche : pas subversive, elle suscite au mieux de l’envie (« ça doit êtr trop cool d’aller se promener sur l’eau ») au pire de l’indifférence voire un rejet pur et simple (« moi je déteste aller en mer »..assez rare j’en conviens)… mais rien à voir avec le genre du pratiquant. C’est surtout l’aspect « passion » qui peut sembler subversif en particulier quand un non voileux (ou non motard = « caisseux »… lol) se retrouve tout seul à une tablée de voileux (motards) : le/la « pauvre intrus(e) » aura peut-être un peu de mal à faire son trou dans la discussion (sourire) !
        – les « grands voyages » : c’est subversif quel que soit le genre du skipper, mais effectivement une femme navigatrice en solo c’est à mon avis très subversif en raison de la prise de risques que ce style de vie peut représenter.

        Vis-à-vis de tous les publics (voileux ou non voileux) :
        La course au large, c’est très subversif, mais comme n’importe quelle pratique sportive de haut voire très haut niveau, d’autant plus que l’activité est risquée. Je pense toutefois que l’émergence d’une jeune génération comme celle de Clarisse Crémer est à même d’en inspirer plus d’une, par leur image une peu moins « monstre sacré » (comprendre difficile à égaler) portée par la génération Autissier, Arthaud (et dans une moindre mesure McArthur). Je tempèrerais toutefois la portée de cette capacité d’inspoiration par la médiatisation assez relative de la voile (par rapport à d’autres sports).

        Bonne journée et merci pour ce sujet de discussion passionnant.

        NB : j’ai exclus de mon propos les skippers pro des charters car je ne connais absolument pas ce milieu. Toutefois, vis-à-vis des clients (souvent non voileux), je doute que le fait de voir des skippers féminins soit très subversif.

        • Katell

          Par subversif j’entends le fait d’aller à l’encontre des stéréotypes, ou de la tradition. Partant, le seul fait qu’une femme veuille skipper un voilier le devient. Mais elle l’est pour la société en générale, pas uniquement pour le milieu des voileux. Elle s’éloigne de ce qui est attendu d’une femme. Elle cesse de se définir comme objet du désir des hommes, mais se met à désirer pour elle.
          Son identité s’affirme dans la maîtrise technique, le sang-froid, la capacité de décision, l’autorité parfois. Qualités qu’on ne prête pas spontanément aux femmes, hélas.
          Si elle parvient à faire cela sans renoncer à sa féminité, c’est à dire sans « imiter » les hommes mais en gardant en ligne de mire les conditions de son plaisir (par exemple un bateau propre, qui sent toujours bon, des manœuvres bien démultipliées etc.), alors elle est encore plus subversive!

          • Stéphane

            C’est bien de cette manière que j’avais compris le mot subversif dans tes propos.

            Pour autant, s’agissant uniquement de la pratique que je connais bien et que j’appelle avec autodérision « voile du dimanche » afin de souligner le fait que c’est avant tout un loisir, je trouve ton propos un peu daté (et pourtant je crois comprendre que nous sommes de la même génération – je suis né en 1972) : en 2021, je ne croise personne, homme ou femme, sur nos pontons (parmi les voileux) ou en dehors des pontons (parmi les non voileux) qui pense ainsi.
            Certes, je suis venu à la voile habitable sur le tard, mais même pendant mes longues années de pratique de la voile légère en club, personne ne raisonnait en termes « hommes / femmes ». En revanche, on raisonnait toujours en termes de gabarit, et donc de facto, certains supports étaient plus souvent « masculinisés » que d’autre (et souvent aussi en fonction des conditions météo… tenir un Hobie Cat 16 dans la piaule quand tu pèses 65 kg tout mouillé et ton équipier un peu moins, ça devient de la survie, homme ou femme !).

            Mes propos sont donc un encouragement à toutes celles qui hésiteraient pour ses motifs (et que pour être honnête je n’ai jamais rencontrées) : vous vous faites des idées fausses.

  • Paul

    Bonjour Katell,
    sujet passionnant, merci de l’aborder. Je skippe depuis 30 ans, avec des équipages mixtes. Soyons honnêtes, au 21è siècle, il n’y a aucune limite qui empêche une femme de devenir skipper. Alors pourquoi le plafond de verre perdure-t-il, indéniablement ?
    Je mets les pieds dans le plat. Je crois que c’est par manque de courage. Car pour franchir le pas et prendre la responsabilité d’un bateau et d’un équipage, il faut avoir un certain cran. Il faut affronter à la fois l’inconnu de l’environnement maritime, le regard des autres (équipiers, voisins de ponton, loueur), un risque juridique certain, et surtout, l’acceptation de ses propres limites. Nul skipper n’est parfait, capable d’affronter toutes les situations susceptibles de se présenter : il faudrait être à la fois yachtmaster, météorologue, ingénieur, médecin, bricoleur, psychologue, cuisinier et troubadour (car il faut, en plus, assurer la bonne ambiance à bord!).
    Pourtant, les femmes sont courageuses, au moins autant que les hommes (c’est également indéniable). Alors, pourquoi manquent-elles de cran pour skipper? Je percois trois causes, et trois solutions pour faire avancer le schmilblick (ce qui est bien l’objectif, au delà de tout débat philosophique) :
    1/ La fameuse « charge mentale » : certaines, impliquées à la fois familialement et professionnellement, n’ont pas la disponibilité d’esprit pour un sport mentalement exigeant, elles préfèrent un loisir reposant, du moins d’un point de vue psychologique. C’est parfaitement compréhensible, mais c’est dommage, car vous sous-estimez le retour sur investissement. Skipper vous rend meilleur parent et meilleur cadre en entreprise. Skipper vous apprend l’humilité (ne pas être « parfait ») et vous enrichit humainement. Bref, telle la course à pied qui vous booste même s’il est parfois pénible de chausser les baskets, cela faut le coup de se lancer.
    2/ La comparaison (avec les hommes): les hommes ont plus de confiance en soi, ils ont plus de force physique, ils parlent plus fort, bref, ce sont eux qui sont légitimes pour skipper. Eh bien, ce n’est pas du tout vrai ! La peur est la compagne quotidienne du capitaine (Jacques Brel, célèbre marin, disait : « Un homme qui n’a pas peur, ce n’est pas un homme » et cette phrase m’a beaucoup aidé). La force physique n’est absolument pas un critère pour skipper, et hausser la voix est toujours une mauvaise solution. Bref, le capitaine masculin n’est pas du tout ce héros herculéen que vous imaginez : il doute, il fait des erreurs, il s’énerve parfois, il n’est pas toujours fier de sa manoeuvre de port. Pour un homme aussi, c’est extrêmement difficile de franchir le pas et de skipper. Et même avec de l’expérience, on fait encore et toujours des erreurs, régulièrement. Aucun skipper expérimenté ne se moquera de la manoeuvre ratée d’un autre skipper, car qui ne s’est jamais mis en vrac ?
    3/ Le rapport à l’autorité. La nécessaire déconstruction du modèle patriarchal est devenue ridicule par son absolutisme et elle n’aide pas les femmes dans leur relation dans l’autorité, que ce soit pour respecter l’autorité comme pour exercer l’autorité. « Pour apprendre à commander, il faut déjà apprendre à obéir » disait le dicton. Alors ces deux mots « commander / obéir » sont devenus illégitimes. C’est un problème qu’on retrouve dans toutes les organisations qui requièrent une certaine discipline, et elles sont beaucoup plus nombreuses qu’on le croit. Car la « hiérarchie », concept parfois honni de nos jours, est souvent nécessaire à l’efficacité. Accessoirement, elle permet de museler la grande gueule incompétente. J’ai l’exemple d’une amie interne en médecine qui m’expliquait qu’elle avait assisté à un arrêt cardiaque où l’aide-soignant prenait le leadership et enclenchait un massage cardiaque au lieu d’aller chercher le défib juste à coté : l’indiscipline de l’aide-soignant empêchait la jeune médecin (plus timide, mais bien plus compétente) de faire son job, ce qui est tout de même gênant.
    La solution, c’est d’accepter le « leader en soi »: ne pas avoir honte de « commander » tout en explorant son propre « style de management ». En fonction de sa part de féminité et de masculinité, on ne dirige pas de la même manière, et les femmes skipper (à forciori plus « féminines ») ont souvent un « style » différent, pourtant très agréable et très efficace.
    En conclusion, chères Mesdames, prenez votre courage à deux mains et lancez-vous ! Vous en êtes parfaitement capables, et vous le valez bien !

  • Laetitia VOGEL

    Juste un petit commentaire complémentaire pour Jacky et Claude en particulier.

    Encore aujourd’hui, si on regarde les familles en auto sur  » la route des vacances « , on voit toujours en majorité les hommes au volant, les femmes côté passager. Pourtant, la plupart de ces femmes ont leurs permis de conduire, conduisent fréquemment pour les trajets quotidiens etc… Mais c’est un peu ancré dans les esprits: les mères préparent tous les bagages des enfants (tant qu’ils sont petits) et les pères les chargent puis conduisent, mon mari et moi ayant toujours procédé ainsi, comme nos parents, sans vraiment y faire attention.

    Pourtant, on peut effectivement donner un autre modèle aux enfants, c’est pour ça que je consacre du temps et de l’argent à la voile pour mes 3 filles « non voileuses » comme leur père et un peu contre l’avis de mon propre père qui trouve bizarre que je m’éclipse des week-ends voire des semaines entières loin de ma famille pour m’adonner à ma passion… alors que ma mère trouve que j’ai finalement raison.
    Pourtant, ce sont bien mes parents qui m’ont fait découvrir la voile légère lors de stages pendant les vacances… mais je n’ai découvert le plaisir de la navigation en quillard que sur le tard. Alors depuis, je me documente et je rêve en lisant des livres de navigateurs… et navigatrices.

    J’ai particulièrement été marquée par les ouvrages de 2 anglo-saxonnes hors du commun.

    1) Ellen McArthur: dans son récit « Du vent dans les rêves », elle raconte comment sa remontée en tant que femme britannique de 24 ans ‘inconnue au bataillon’ pendant le Vendée Globe 2000-2001 a fait frémir Michel Desjoyeaux lorsqu’elle prend temporairement la tête du classement le 29 janvier avant que son bateau ne percute un OFNI. Michel aurait mis en doute ses capacités à agir sans aide à terre. Elle reste la seule femme et l’une des plus jeunes à être montée sur le podium pour cette course mythique.

    2) Jessica Watson: dans son récit ‘La jeune fille et la mer’, cette Australienne raconte sa circumnavigation en 2009-2010 à l’âge de 16 ans en solitaire sans escale en passant l’équateur et les 3 caps mais avec assistance à terre. Son record n’a jamais été homologué mais son expérience reste un modèle pour montrer que « tout est possible » aussi pour les femmes.

    Est-ce que les femmes issues d’un pays dont le monarque a été depuis plusieurs siècles à maintes reprises une reine, parfois montée sur le trône très jeune comme la Reine Elisabeth II d’Angleterre à 25 ans, se sentent plus ‘légitimes’ à ‘voir grand dès leur plus jeune âge’ ?

  • Xavier

    Une petite contribution à : Ce truc qui empêche les femmes de devenir skipper
    C’est peut-être la conséquence de différents facteurs que l’on retrouve également dans le milieu professionnel, mais qui, dans ce milieu, tant à baisser fort heureusement et la voile n’y échappera pas :
    1. Le poids des traditions ancestrales, ou la compétence est associée au un sexe plus qu’à un autre, avec parfois les critiques et le comportement de certains hommes de mer qui se disent «de vrais marins » inadmissible et injustifié.
    2. L’autolimitation que pratiquent certaines femmes, en disant « je ne suis pas capable de », ou « ce n’est pas pour moi », avant même d’avoir essayé, alors que par expérience je sais que si on les pousse, les encourage un peu elles se montrent capables et parfois bien supérieures à certains CdB masculin, apportant en plus de leur compétence une sensibilité différente souvent très appréciée par les équipages.
    3. La limite lié à la force physique, sur nos bateaux modernes, cette excuse est de moins en moins exacte compte tenu des moyens techniques présents, par ailleurs ce n’est pas le CdB qui fait tout, sauf en solitaire et on commence rarement par cette situation, et si dans certaines circonstances la force physique est le point faible quelques astuces de navigation et la bonne connaissance de son unité permettent de diminuer l’effort à fournir.
    Alors je dirais « oui » il faut encourager les femmes à devenir Skipper, elles doivent suivre l’exemple de ces navigatrices qui gèrent des unités de régate, qui ont osé et montré ainsi de belles réussites en équipage ou en solitaire ; et comme leur homologues masculins elles ne devront pas oublier que le rôle de skipper n’est pas un titre honorifique mais une responsabilité humaine et juridique qui réclame un engagement réel et total, la mer est un formidable terrain de jeu mais qui pardonne rarement la légèreté ou l’inconscience.

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