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    Mes applications de navigation en mer: le choix de la simplicité

    Slalomer entre les rochers de la pointe de Penmarc’h à 9 noeuds sous spi, ça vous semble fou?

    Dans cet article vous découvrirez comment j’ai choisi 4 applications de navigation, dont deux seulement me semblent indispensables en navigation côtière.

    Quand j’ai commencé à naviguer, le GPS était réservé aux navires militaires et les applications de navigation n’existaient pas, faute de tablette ou de téléphone portable. Pour le plaisancier, la navigation à l’estime faisait partie des compétences indispensables sous peine de terminer sa course sur un récif. En Bretagne où les courants et les marées sont importants, cette tâche suffisait à occuper pleinement un équipier.

    30 ans plus tard, la donne a complètement changé. L’équipier navigateur peut être aisément remplacé par une application de navigation. Aisément, vraiment?

    Un été avec un ami, nous convoyons un Sunshine 38 de Brest à Concarneau. Le vent ne se lève que dans la baie d’Audierne. Une petite brise de nord propice à l’envoi du spi symétrique. Après plusieurs heures de moteur, la délivrance! A la hauteur de Penmarc’h, nous lofons vers l’est. Au travers le bateau accélère, nous offrant une pointe à 9 noeuds sur mer plate: le rêve.

    naviguer sous spi avec une application de navigation

    Je suis à la barre, la tablette sur les genoux. Je consulte la carte sur mon application de navigation. La côte est dangereuse, truffée de récifs. Une ribambelle de balises nous invite à abattre pour nous en écarter largement. En suivant cette route nous devrons affaler le spi au droit de Loctudy pour lofer vers Concarneau. A moins que…

    En coupant à l’intérieur des rochers, et à condition que le vent ne monte pas, il sera peut-être possible de ne pas perdre de cap, et de tout faire sous spi!
    Les conditions météo sont idéales, je consulte mon coéquipier. Il est partant, prêt à choquer ou à affaler rapidement si besoin.

    Le Sunshine file à bonne allure, je régule à la barre ses velléités de départ au lof, tout en surveillant les fonds qui défilent sur mon écran. Nous glissons entre les rochers dans la tiédeur de cette fin d’après-midi. Je sens le poids du bateau dans le gouvernail, mais je sais que je peux compter sur mon partenaire.

    Je fais de mon mieux pour gagner au vent sans nous échouer. Nous passons les derniers rochers, la chance est avec nous, le vent adonne et faiblit légèrement. Le tangon quasiment dans l’étai nous conservons le spi au bon plein jusqu’à l’entrée du chenal. Nous l’affalons enfin sous un ciel flamboyant au coucher du soleil.

    coucher de soleil sur locéan

    Simples et efficaces, les applications de navigation m’offrent de nouveaux terrains de jeu dans une zone de navigation que je connais pourtant bien.

    En terme de sécurité en mer, cet exemple n’est pas forcément à suivre cependant. Pour s’affranchir du balisage avec une appli de navigation, il faut bien maîtriser de nombreux paramètres:

    • Connaître son bateau et son équipage
    • Manœuvrer rapidement
    • Identifier les obstacles visibles sur l’eau rapidement, pour anticiper toute forme de défaillance du positionnement
    • Prévoir une solution de rechange au cas ou la tablette tombe en panne

    Cependant, cette expérience montre comment les applications de navigation peuvent vous libérer des ressources pour vous consacrer essentiellement à la marche de votre bateau. Votre bateau évolue sur la carte électronique comme dans un jeu vidéo, il ne vous reste plus qu’à projeter ce que vous voyez sur l’écran sur l’horizon.

    application de navigation ou jeu video?

    A la différence néanmoins que vous n’avez qu’une vie, qu’un bateau, et que si vous vous échouez, vous ne pouvez pas recommencer la partie de zéro. Ceci nous mène à un point qui est souvent discuté.

    Faut-il savoir naviguer à l’estime pour utiliser correctement une application de navigation?

    J’aurais très envie de vous dire oui. Parce que je considère que connaître les techniques de navigation à l’estime sécurisent et augmentent mon expérience de la navigation électronique. En effet si mon appli de navigation déraille, j’ai toutes les chances de m’en apercevoir bien plus vite qu’un novice en navigation traditionnelle. En plus j’ai pris l’habitude de chercher les amers mentionnés sur la carte pour les relever au compas.

    navigation à l'estime

    Je suppose que je sais “lire” mon environnement marin plus rapidement et plus efficacement grâce à ces années de navigation à l’estime. Je pense que je repère les courants, la couleur des fonds, les lignes de grain assez tôt pour en anticiper les conséquences. Ce qu’une application de navigation ne fera jamais pour vous.

    Mais je n’ai pas confronté mes capacités à celles d’autres plaisanciers qui se seraient entraînés à naviguer uniquement avec des applis de navigation. En effet, à force de transférer son regard de l’écran à la mer, on devient capable de traduire de plus en plus efficacement les données virtuelles en obstacles bien réels. Dans les deux cas, c’est surtout la pratique, l’expérience qui fait la différence.

    Comprendre les applications de navigation

    Afin de comprendre ce qu’affichent les applis de navigation et en exploiter toutes les possibilités, il faut quand même quelques bases.

    Pour le moment elles n’effectuent pas les calculs de marée à votre place, mais elles n’en sont pas loin. Elles affichent la hauteur d’eau en temps réel au-dessus du zéro des cartes dans certains ports de référence. Elles donnent aussi la valeur des courants, tout comme le faisaient les anciennes cartes papier, dans des zones précises. Mais ces données sont théoriques, elles peuvent varier en fonction de la pression atmosphériques pour les marées, de particularités topographiques pour les courants. Bref il faut connaître la logique de ces calculs pour adapter les informations des applis de navigation à vos besoins.

    photo Thierry Cormerais – Flickr

    Il en va de même pour les directions du compas par exemple, ou les notions de vitesse fond et surface. Une application de cartographie ne va pas tout faire à votre place. Ce sont des aides à la navigation dont les données restent à interpréter.

    Si vous voulez vous familiariser avec l’usage de ces programmes, je vous invite à lire mes tutos de croisière en Bretagne. Pour chaque destination je vous explique comment construire votre plan de navigation à partir de ces outils.

    Que faire si mon application de navigation tombe en panne?

    Un de mes amis, Laurent, diffuse depuis son voilier Liane un podcast dans lequel il discute de cette question. Nous en avons débattu tous les deux.

    iphone cassé

    Pour faire face à une panne des outils électroniques de navigation, Laurent prône la redondance. Effectivement, si votre application de navigation tourne sur votre tablette, la plupart du temps elle peut aussi fonctionner sur votre téléphone. Vous avez peu de chance de voir les deux vous lâcher en même temps.

    Sauf si… vous avez un problème de charge électrique. Pour parer à ce danger je conseille de préparer une carte de la zone, un crayon gris, une règle et un GPS portable muni de piles neuves dans une boîte étanche. Ce peut-être un bidon de survie d’ailleurs. Cela suppose que vous sachiez reporter des coordonnées géographiques sur une carte. Mais ce n’est vraiment pas difficile à apprendre.

    Quelles applications de navigation choisir?

    En parlant d’applications, j’exclus dans cet article la question des logiciels. Pourquoi?

    Parce que ce qui m’importe ici c’est la mobilité.

    Tous les plaisanciers ne sont pas propriétaires de leur bateau. Mais la quasi totalité d’entre eux dispose d’au moins un téléphone portable. A partir de là, vous pouvez naviguer sur n’importe quel voilier avec vos propres outils de navigation. Vous avez le temps de vous familiariser avec leur fonctionnement et leur style d’affichage, depuis votre canapé.

    L’autre critère que je privilégie est la simplicité.

    Si le but est d’abord naviguer, il ne me paraît pas utile de s’attarder sur des programmes, ni des applications de navigation aux fonctionnalités complexes. Le temps passé à configurer et comprendre des programmes nous distrait d’autres aspects essentiels de la navigation: le réglage et l’équilibre de la voilure, l’observation du ciel, de la faune, et l’attention portée à la route des autres bateaux.

    J’exclus donc les logiciels et les applications dédiés au routage. Je les réserve à la préparation de traversées ou de convoyages sur des distances importantes. Pour la navigation côtière à la journée ils me semblent peu pertinents.

    Je mets également de côté des applications open source, telles qu’Open CPN parce qu’elles demandent quelques manipulations techniques sur un téléphone ou une tablette avant d’être opérationnelles.

    Au final j’ai sélectionné des applications utilisables immédiatement, que beaucoup connaissent déjà, mais qui aideront les débutants à faire un choix cohérent. Je précise que je ne perçois pas de commissions sur leur vente.

    Pour la cartographie:

    Boating HD mers et Lacs, disponible sous Android et IOS

    navionics boating HD

    J’apprécie cette application pour la lisibilité de ses cartes et l’ergonomie de la navigation. Il ne lui manque que le routage. Elle fonctionne par abonnement, mais les fonctionnalités essentielles et les cartes restent disponibles même quand l’abonnement est terminé. Cerise sur le gâteau: c’est probablement le choix le plus économique.

    Faut-il mettre à jour ces cartes tous les ans?

    Si vous naviguez toujours dans la même zone, je pense que vous pouvez vous en passer. Ce qui peut changer est généralement balisé et renseigné dans la presse locale: construction de digues,nouvelles épaves, ou des zones interdites à la navigation qui évoluent.

    Quand vous naviguez plus loin, il vaut mieux vous doter d’informations récentes. En mer du Nord par exemple les plates-formes pétrolières se déplacent et les éoliennes se multiplient: il vaut mieux savoir où elles se trouvent. De même à l’approche d’un port dont la configuration a évolué, de nuit et ou dans le mauvais temps, il est préférable de s’appuyer sur une carte récente.

    Météorologie

    applications meteo de navigation

     

    Windy est une application gratuite et performante. Ses animations sont claires et esthétiques. Les informations de vent, pluie, visibilité, houle, vagues, sont très complètes et plutôt fiables.  A télécharger sans modération. Si vous devez naviguer sans couverture Internet, prenez des copies d’écran des prévisions avant le départ.

    Courants

    juzzy courants four

    Juzzy est une jeune application qui couvre une partie du littoral Atlantique. Elle vous donne la direction et la force des courants heure par heure, de manière assez fine. Elle n’est pas indispensable car vous avez déjà une partie de ces informations sur Navionics. Mais sa précision permet d’affiner vos plans de navigation si vous devez ruser avec les courants. L’abonnement est mensuel, à petit prix et sans engagement de durée.

    Marées

    appli de navigation marée

    J’utilise l’application Marées, tout simplement. Elle est gratuite et présente l’information de manière très simple. Navionics donne les mêmes informations de marées, avec quelques variations de hauteur a priori peu significatives (de l’ordre de 10cm). Dans tous les cas il convient de prévoir un pied de pilote de 50 cm pour parer aux imprécisions des calculs de hauteur d’eau.

    Au final, vous voyez que j’ai retenu 4 applications de navigation, dont les 2 premières seulement sont indispensables.

    Les geeks seront frustrés, mais les marins inexpérimentés y gagneront en clarté. Les navigateurs au long cours y ajouteront des programmes de routage et de navigation open source tels Open CPN ou QTVLM. Peut-être iront-ils jusqu’à les installer sur un Raspberry configuré par leurs soins. Autres projets, autres solutions.

    Et vous qu’utilisez-vous? Vous avez d’autres choix? Partagez vos idées, si vous avez trouvé plus simple, plus facile à prendre en main ou si vous privilégiez d’autres critères.

     

  • hélicoptère de sauvetage en mer
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    Comment assurer vous-même votre sécurité en mer

    Les récits de naufrages et de survie au large font fantasmer le grand public. Le jour où ça nous arrive, nous sommes moins fiers. Le bateau qui dérape au mouillage par nuit noire, le moteur qui vous lâche dans un chenal étroit et venté. La grand-voile qui se déchire jusqu’au troisième ris au près dans un coup de vent… voilà des situations qui finissent toujours pas se produire quand nous naviguons régulièrement. En mer, comme sur la route, il n’est pas si rare de frôler le drame. Alors, apprenons à mieux assurer notre sécurité en mer.

    Bien préparés, entraînés et équipés, nous savons généralement faire face aux situations les plus critiques. Cependant l’expérience joue un rôle crucial dans la prise de décision. Dans cet article je  partage certaines des miennes et j’essaie de faire le point sur les dangers de la navigation. Je ne souhaite pas être exhaustive ici: un tel sujet ne peut pas être traité en un seul article.

    J’ai donc pris le parti de lister les principaux dangers, de vous exposer les moyens de les prévenir et d’y faire face si nécessaire. Je ne développe pas toutes les procédures, mais je pense que vous trouverez là une bonne source d’inspiration pour assurer vous-même votre sécurité en mer.

    Enfin pour ne pas écrire une encyclopédie j’ai délibérément choisi de ne pas parler des techniques de survie, de la réglementation ni des procédures de signalisation.

    Mon pari est qu’en prenant en main votre sécurité vous-même dès maintenant, vous parviendrez à éviter le plus souvent ces situations et vous gagnerez en assurance.

    Bonne lecture, et n’hésitez pas à me faire part de vos propres expériences en commentaire de l’article.

    bouée couronne sécurité en mer

    Comment le froid m’a jetée à l’eau

    Nous sommes en 1990 dans la rade de Brest à Pâques. La météo est exécrable: pluie, vent fort, creux de près d’un mètre par endroits. Nous sortons quand même à bord des 420 du club nautique. Tous les jours nous changeons de support. Hier nous avons navigué en solo sur des Lasers, sans gouvernail. J’ai passé la moitié de la séance à cheval sur la dérive… Notre instructeur Philippe Rodet nous apprend tout ce qu’il peut en cette semaine intense de formation au monitorat fédéral de voile.

    Les manœuvres s’enchaînent et malgré ma combinaison intégrale j’ai de plus en plus froid. La vedette de Philippe s’approche, il me hurle pour la 15e fois de m’attacher les cheveux. Un jour je finirai scalpée par une poulie dans un empannage…

    C’est un banal virement de bord qui a raison de mon engourdissement. Je ne sais plus si j’étais à la barre ou au foc, mais je me souviens de glisser comme dans un film au ralenti, doucement sous le vent dans l’eau glaciale de ce mois d’avril. Elle ne m’a paru ni froide, ni tiède parce que je crois bien que j’ai aussitôt perdu connaissance.

    Un changement de voile périlleux

    La même année, en décembre cette fois, je suis stagiaire à bord d’un Melody, un sloop de 10m. Nous naviguons au près, au large de l’île de Sein. Le vent a considérablement forci et la mer s’est levée. Je file à l’avant avec le skipper pour affaler le génois et endrailler un foc intermédiaire. L’étrave plonge dans les vagues qui inondent le pont. Je ne porte ni brassière, ni harnais, ni pantalon de ciré. Mais j’ai 17 ans et je suis indestructible.

    Le barreur est inexpérimenté, dans une survente il s’accroche à la barre au lieu de laisser aller. Le voilier se couche brutalement tandis qu’une trombe d’eau s’abat sur l’avant. Déséquilibrée je glisse et passe sous les filières. Tout va très vite, je ne trouve rien pour retenir ma chute, si ce n’est la poigne vigoureuse du skipper qui parvient au dernier moment à accrocher l’arrière de mon ciré.

    Trente ans plus tard, que ce soit en France ou aux Etats-Unis parmi les accidents affectant les marins, pêcheurs ou plaisanciers, l’homme à la mer demeure la première cause de décès.

    Heureusement les équipements de sécurité en mer se sont nettement améliorés. En 1990 il fallait tellement de temps pour enfiler un harnais par-dessus votre ciré, que vous aviez toutes les chances d’attraper le mal de mer. Les brassières étaient énormes et inconfortables. Aujourd’hui je n’hésite plus à porter mon gilet autogonflant et à m’attacher avant de manœuvrer sur le pont. Je ne bénéficierai peut-être pas d’une 3e chance..

    1. Assurer sa propre sécurité en mer est avant tout une affaire d’anticipation.

    La réglementation vous impose un armement minimum de sécurité en mer. Votre bateau doit aussi être homologué par les affaires maritimes. Cela ne vous dispense pas d’aller au-delà en vous préparant sérieusement aux situations les plus courantes.

    L’anticipation est le maître mot. A tête reposée, comme lorsque vous lisez cet article, vous pouvez réfléchir tranquillement aux moyens de protection qui vous correspondent le mieux. En mer, avant chaque manœuvre, posez vous les bonnes questions: que se passera t-il si… je rate mon empannage, si ma femme ou mon fils tombe à l’eau, si le moteur cale dans ce chenal entouré de roches?

    Préparez une parade à ces situations, de sorte à ne pas être dépassé par les événements quand elles surviendront. Cela peut vous paraître contradictoire, mais l’anticipation des risques diminue le stress et l’inconfort. Quand vos enfants portent systématiquement un gilet de sauvetage, vous avez beaucoup moins besoin de surveiller leurs gestes. Quand le moteur a des ratés, vous savez que votre ancre est prête, et que vous aurez le temps de renvoyer une voile s’il cale. L’anticipation fera de vous quelqu’un d’assuré et de serein. Vos équipiers seront en confiance et reviendront avec plaisir à votre bord.

    skipper en sécurité en mer

    2. Un bateau sûr est un bateau entretenu

    Voici un exemple de ce qu’il ne faut absolument pas faire:

    Un été j’ai loué un Sun Fast 32 à un particulier.  Mal m’en a pris. Ce voilier, n’était absolument pas entretenu, si bien que j’ai passé l’essentiel de la croisière à réparer. La pompe de WC était morte, les penderies dégageaient une infâme odeur de fromage, les batteries ne tenaient pas la charge et la centrale de navigation est tombée en panne au bout de 2 jours. Le 4e jour en quittant le port de Concarneau au moteur j’ai senti une odeur de brûlé. J’ai inspecté le circuit électrique et j’ai découvert dans le coffre à voile, contre le robinet de gas-oil du réservoir, les cosses d’une ancienne batterie, dénudées et… toujours alimentées! A chaque fois que je mettais le contact moteur, ces cosses entraient en court-circuit. Nous avions donc frôlé l’incendie!

    J’ai appelé le propriétaire et je lui ai passé un savon. D’autant plus que la veille, en quittant l’archipel des Glénans, nous avons failli couler!

    Un des adolescents présents à bord est descendu dans la cabine et m’a demandé s’il était normal que les planchers flottent. J’ai lancé le moteur pour pomper l’eau, sans effet (peut-être n’y avait-il pas de pompe attelée), la pompe électrique ne marchait pas et la poignée de la pompe manuelle demeurait introuvable. L’eau montant rapidement j’ai commencé à faire le tour des vannes pour découvrir que le tuyau d’évacuation de l’évier s’était rompu. Ce tuyau n’était pas du tout aux normes maritimes. Il s’agissait d’un tuyau en plastique gris, annelé mais pas armé, relié par un embout de PVC à la vanne, le tout collé au sikaflex noir…

    Pourtant le Sun Fst 32 est un excellent voilier. Quand il est entretenu.

    Bref ce n’est pas la première fois que je navigue sur une poubelle. Il m’est arrivé de rencontrer des problèmes de sécurité en mer aussi graves en essayant des bateaux mis à la vente. Je déconseille désormais de louer un voilier à un particulier si vous ne connaissez pas, non pas le propriétaire, mais le voilier lui-même!

    3. Adapter les mesures de sécurité aux circonstances

    Pour aller au delà de ce que la réglementation vous impose, vous aurez envie de compléter votre matériel fonction de votre programme de navigation et de vos équipiers. Cela ne suffit pas: vous devrez apprendre à tout l’équipage à s’en servir et élaborer vos propres règles de sécurité en mer.

    Les possibilités d’être secouru.

    Tomber à l’eau n’a pas les mêmes conséquences à 300m du bord, 3 milles d’un abri, 30 milles ou 300 milles nautiques. Dans le premier cas vous pourrez peut-être gagner la terre à la nage. Dans la bande des 3 milles d’autres bateau pourront vous aiser à retrouver votre équipier et la mer sera sans doute moins formée. Au delà, les secours mettront de plus en plus de temps à arriver, trop de temps sans doute pour vous venir en aide efficacement.

    Les conditions météorologiques et la visibilité vont bien évidemment avoir un impact sur la rapidité des secours. Dans le brouillard, la tempête ou la nuit, il n’est pas toujours possible de localiser et de rejoindre un navire en difficulté.

    Votre zone de navigation et son climat.

    le brouillard en mer
    Dans la brume, mieux vaut avoir un radar

    Votre zone de navigation vous oblige à anticiper des risques différents. L’été Austral en Patagonie, les dépressions se succèdent toutes les 48h . Pour ne pas être drossé à la côte par les vents catabatiques les bateaux mouillent au ras de la côte et s’attachent aux arbres. Il faut donc prévoir un matériel adapté et surveiller de près le baromètre. En Bretagne ce sont les hauteurs d’eau et les courants de marée qui demandent une vigilance particulière, et une ligne de mouillage adaptée. Les spécificités climatiques : si vous n’êtes pas suffisamment équipé contre le froid , vous risquez véritablement de perdre vos forces et votre jugement. A l’inverse le soleil sous les tropiques peut devenir votre pire ennemi sans protection adaptée.

    La composition de l’équipage

    Quand on voit les photos de familles en balade autour du monde, on se dit que ces enfants vivent une expérience merveilleuse. Certes, mais pour les parents naviguer avec des enfants implique de mettre en place des règles de sécurité strictes en mer et de s’équiper de gilets à leur taille. Au mouillage ou au ponton, la vigilance se relâche, et c’est là qu’ils tombent à l’eau. Apprenez donc leur à nager le plus tôt possible, en sachant qu’ils ne flotteront pas avant l’âge de 5-6 ans. S’ils sont plus jeunes, habituez les à nager avec des brassards là où ils n’ont pas pied (sous surveillance). Montrez leur comment appeler les secours dès que possible, et apprenez leur à utiliser l’annexe et le hors-bord. Plus ils seront autonomes et responsabilisés, plus ils seront en sécurité.

    gilet de sauvetage enfant

    Pour les débutants, il en va de même que pour les enfants. Ils doivent savoir dès le départ ou se trouve le matériel de sécurité, comment arrêter le bateau et appeler les secours. Ensuite vous devrez tout leur expliquer, patiemment, gentiment…y compris comment ne pas se coincer les doigts entre l’écoute et le winch.

    Enfin la navigation en solitaire pose des problèmes spécifiques. Si vous tombez à l’eau, qui arrête le bateau? Et s’il s’arrête, comment remontez vous à bord? La nuit, comment veiller aux cargos? Quand vous partez seul, prévenez quelqu’un absolument de votre heure de retour approximative, au cas où…

    4. Les principaux risques: prévention et conduite en cas d’accident

    L’homme à la mer

    La prévention passe avant tout par le port du gilet et l’usage harnais. Je n’ai pas le moindre scrupule à me répéter ici. Sur ce blog américain, il est rappelé que l’homme à la mer est la principale de cause de décès des plaisanciers, mais aussi que la plupart des accidents se produisent par temps calme.

    A part quelques inconscients, beaucoup de marins portent un gilet quand la mer se lève. Mais ils sont déjà moins nombreux à s’attacher, parfois faute de ligne de vie.

    Quels sont les moments où l’on risque le plus de tomber à l’eau?

    Le cas plus typique est celui du gars qui va se soulager sous le vent, et qui est déséquilibré à un moment où sa tâche requiert l’usage de ses deux mains. Bien sûr notre homme ne porte ni brassière, ni harnais… alors que dans ce cas précis il faudrait porter les deux.

    Toutes les manœuvres réalisées depuis le pont peuvent se terminer dans l’eau. Que le bateau soit en marche… ou presque à l’arrêt! Par exemple quand un équipier saisit un corps-mort avec une gaffe et que le bateau a encore trop d’erre…

    sécurité en mer dans une annexe
    Il leur manque quelque chose, non?

    Ensuite il y a les débarquements en solitaire avec l’annexe. Ou bien à deux, mais à la rame, avec du vent et du clapot. Ou encore après une soirée arrosée sur un bateau voisin dans le mouillage.

    Enfin quand la mer est un peu agitée et que vous prenez des passes (le raz de sein, le Fromveur…) où le courant est important des vagues pyramidales peuvent se former sans prévenir et précipiter tout le monde à la mer.

    Comment prévenir la chute à la mer?

    Installez une ligne de vie de chaque côté de votre bateau. Choisissez plutôt une sangle réglable dotée d’un absorbeur d’énergie. En cas de chute à la mer, l’absorbeur se découd et amortit le choc pour votre équipier.

    Ayez à bord un gilet-harnais par équipier, à la taille de chacun. Ajustez bien les sangles pour qu’elles ne se prennent pas dans l’accastillage. Marquez chaque équipement au nom de chacun. En outre chaque gilet doit être complété d’une longe de harnais. Attention, tous les gilets auto-gonflants ne sont pas équipés de harnais.

    Ce matériel doit en outre être vérifié en début de saison. Les bouteilles et les dispositifs de déclenchement se périment. Les mousquetons des longes se grippent. Les lignes de vie s’abiment avec les UV et le sel… d’ailleurs vous pouvez les enlever pour l’hivernage.

    Si vous n’avez pas de voilier: procurez-vous quand même cet équipement de sécurité en mer, comme cela vous serez certain d’avoir toujours du bon matériel à votre taille.

    Pour le repérage:

    Vous pouvez placer une lampe étanche à éclat et un sachet de fluorescéine dans les poches de vos cirés ou de vos gilets s’ils en ont.

    Dans une mer creuse, une perche IOR permet de baliser le lieu de la chute, reliée à la bouée couronne.

    Si vous naviguez en solitaire plusieurs solutions peuvent vous sauver la vie.

    Portez une longe dont le mousqueton est largable sous charge et amarrez vous assez court pour avoir le moins de chance possible de tomber à l’eau. Si vous tombez vous pourrez donc vous libérer si vous le jugez nécessaire.

    Installez une marche, ou une échelle, ou laissez pendre une boucle qui vous aidera à remonter à bord par l’arrière de votre bateau.

    Portez autour du cou une VHF portable étanche pour appeler les secours.

    Achetez une télécommande pour votre pilote. Elle lui donnera l’ordre de pousser la barre sous le vent si vous tombez à l’eau. Certaines télécommandes déclenchent en plus un appel de détresse par ASN.

    Imposez-vous des règles précises et soyez discipliné

    imposer des règles de sécurité en mer

    Tout ce bel équipement ne sert à rien si vous ne le portez pas… Le mieux serait que tout le monde porte un gilet dès que le bateau navigue ainsi que dans l’annexe. Quant aux enfants, tant qu’ils ne savent pas nager, il faut qu’ils en portent systématiquement y compris au mouillage. A moins que vous n’ayez l’œil sur eux en permanence.

    Quand vous êtes le skipper, il est de votre responsabilité d’imposer ces règles à votre équipage. Pour vous aider à prendre les bonnes décisions posez-vous toujours la question suivante: que se passera t-il si je tombe à l’eau? Que se passera t-il si un de mes équipier passe par dessus-bord? Quelle sont ses/mes chances de remonter à bord et comment?

    Un jour il m’est arrivé qu’un équipier refuse de porter une brassière pour descendre à terre. Nous étions au mouillage au Scilly à Pâques. Le courant de marée atteignait au moins 2 noeuds sous le bateau. Voici ce que je lui ai dit:

    – Tu sais nager?

    – Non.

    – Tu vois les algues qui passent derrière nous?

    -Oui.

    – Elles sont emportées par le courant. Tu pèses combien?

    – 95 kilos

    – Moi je pèse 60 kilos. Si tu tombes à l’eau en montant dans l’annexe tu vas partir avec le courant comme les algues. L’eau est très froide. Tu crois qu’avec mes petits bras j’arriverai à te repêcher avant que tu te noies?

    – Non.

    Et il a mis sa brassière.

    Les manœuvres d’homme à la mer

    Je ne peux pas les détailler ici, ce serait trop long. Mais vous devriez vous entraîner régulièrement avec vos équipiers habituels.

    1. prévenez l’équipage

    2. jetez une bouée couronne à la mer + une perche IOR

    3. revenez vers l’homme à la mer, aidez vous du moteur si nécessaire.

    4. récupérez le sous le vent, éventuellement au moyen d’une Silzig

    sécurité en mer récupérer homme à la mer

    Certaines écoles vous proposeront de récupérer le naufragé au vent pour que le bateau ne lui passe pas dessus, mais avec du vent fort sur un voilier, vous risquez de dériver loin de lui. Testez, choisissez ce qui vous convient le mieux en fonction de votre voilier, de votre équipage et des conditions extérieures.

    Vous trouverez de nombreuses videos sur Youtube proposant diverses techniques. Gardez à l’esprit que quelque soit le chemin pour y parvenir, vous devez arrêter votre bateau au vent de votre équipier, hélice débrayée pour ne pas le découper en rondelles.

    Parmi les dispositifs de récupération, il me paraît judicieux d’investir dans une saucisse (silzig en breton) reliée à 40m de bout lové dans un sac. En manœuvrant rapidement vous enfermerez votre Man Over Board dans ce dispositif qui se resserrera autour de lui.

    Enfin pour remonter votre MOB à bord, s’il ne peut pas utiliser l’échelle du bord, frappez une drisse ou la balancine de grand-voile sur son harnais ou sur le dispositif de récupération, hissez et faites le glisser à bord.

    Le froid

    Dans un post récent sur Facebook, Erik Aanderaa, auteur de la chaîne NBJS sur Youtube, raconte comment il est allé à la côte parce que le froid l’avait paralysé. C’est aussi ce qui m’est arrivé lors de la session de dériveur dont je parle au début de cet article. (J’avais posté la video ici, mais elle n’est plus accessible, désolée.)

    Les symptômes de l’hypothermie:

    • Les tremblements et le trouble d’élocution sont les premiers signes.
    • La victime est consciente, mais distraite.
    • Son pouls diminue et sa respiration ralentit.
    • Sa coordination est approximative, elle devient confuse et somnolente.
    • À l’étape finale, elle respire à peine, son pouls est irrégulier et presque inexistant.
    • Elle risque de perdre conscience et des soins s’imposent.

    Prévenir l’hypothermie

    La première chose est de s’habiller chaudement. Pas d’excuse avec les textiles modernes vous ne serez pas engoncés dans vos vêtements. Portez bien sûr les fameuses 3 couches respirantes conseillées par tous les magasins de sport. Sous-couche polaire, polaire bien chaude et coupe-vent. Personnellement je n’hésite pas à superposer les sous-couches et les polaires. Mais tout ceci sera peu efficace si vous ne protégez pas vos extrémités: la tête en premier lieu. Portez un bonnet ou plusieurs capuches, ou les deux. Protégez bien votre cou, mettez des gants, des chaussettes de ski et des bottes…de mer 🙂

    Ensuite vous pouvez faire poser une capote sur la descente de votre voilier. Pendant vos quarts elle vous protégera du vent et des embruns tout en captant la chaleur du carré.

    Pour ceux qui seraient tombés à l’eau malgré mes conseils: repliez les jambes contre votre corps et tenez les avec vos bras en position fœtale pour conserver le maximum de chaleur. Cependant je n’ai pas essayé, je ne sais pas si votre gilet gonflant et les vagues vous le permettront.

    Soigner l’hypothermie

    Pour réchauffer quelqu’un en hypothermie, n’utilisez jamais d’alcool. Ni en boisson, ni en friction. Enlevez lui ses vêtements mouillés, et emballez la dans plusieurs sacs de couchage. Couvrez lui le cou, la nuque, la tête. Donnez lui une bouillotte ou couchez vous avec elle pour la réchauffer. Faites lui boire une tisane ou une soupe chaude.

    Le soleil

    Après 30 année de navigation sans toujours bien me protéger du soleil, je dois rendre visite à ma dermatologue préférée assez régulièrement. La Bretagne où il pleut si souvent est aussi la région de France où l’incidence des cancers de la peau est trois fois supérieure à la moyenne nationale!

    Selon la ligue contre le cancer: “Il semble bien qu’en réalité l’exposition soit aussi intense en Atlantique qu’en Méditerranée, mais qu’elle soit masquée par un ressenti moins agressif dû aux nuages et au vent, et que, de ce fait, on s’en protège moins

    Voilà c’est dit. On croit qu’il n’y a pas de danger puisque le soleil est caché et qu’il ne fait pas si chaud. C’est ignorer la réverbération des rayons lumineux sur l’eau et sur les parois blanches de votre bateau.

    Les solutions sont connues: crème solaire de forte protection, lunettes de soleil de bonne qualité, casquette, taud de soleil, chemise à manches longues et boire de l’eau.

    L’avarie: panne de moteur, démâtage, voile déchirée.

    La plupart de ces accidents peuvent être prévenus par un entretien rigoureux. Posséder un bateau est une servitude: vous découvrirez rapidement qu’un voilier demande beaucoup d’attention. Pour ne pas exploser votre budget, vous devrez acquérir de nombreuses compétences en bricolage. Sinon il faudra confier tout cela à un professionnel en croisant les doigts pour que rien ne casse en mer.

    démâtage

    Révisez vos voiles et votre moteur chaque hiver. Même si vous n’êtes pas un fan de la mécanique, apprenez à en réaliser vous-même l’entretien courant. Ouvrez régulièrement le compartiment moteur pour vérifier que tout va bien. Au démarrage vérifiez systématiquement que le refroidissement se fait bien.

    Les câbles du gréement doivent être changés tous les dix ans selon les assurances. Le risque est statistique: cela signifie que certains câbles se briseront plus tard, ou plus tôt, ou jamais… L’inox en vieillissant devient cassant, et les torons cassent au niveau des sertissages où le métal est fragilisé par la compression. L’étai caché par l’enrouleur subit des effets de torsion quand les émerillons se grippent. Bref, s’il fallait ne changer qu’un câble, je choisirai l’étai et je surveillerai tous les sertissages.

    La voie d’eau

    Si vous voyez les planchers flotter c’est mauvais signe. Cela m’est arrivé à bord d’un Sun Fast 32 que j’avais loué à un particulier. Ce bateau était très mal entretenu, je l’ai appris à mes dépends. Mon premier réflexe a été de démarrer le moteur pour qu’il pompe l’eau. Le niveau ne baissait toujours pas. Je n’ai pas trouvé l’interrupteur de pompe électrique ni la poignée de la pompe manuelle. Donc j’ai sorti un seau. Mais l’eau montait quand même. J’ai vérifié les vannes des toilettes et du lavabo. Pas de souci de ce côté là. J’ai écopé encore un peu. Puis j’ai regardé sous l’évier. Bingo! Le tuyau d’évacuation s’était rompu au-dessus de la vanne.

    Donc les vannes et les tuyaux , notamment des WC sont les premiers points à vérifier quand vous coulez sans raison apparentes. Le presse-étoupe aussi peut fuir. pensez à tout ce qui traverse la coque et vérifiez chaque orifice.

    Suivant l’origine de la voie d’eau les techniques de prévention diffèrent. L’entretien du bateau est bien sûr en cause pour ce qui relève de la tuyauterie. Sur ce Sun Fast 32, l’évacuation de l’évier avait été bricolée avec un tuyau souple annelé gris, des raccords en pvc gris du bâtiment le tout collé au sika noir, sans le moindre collier. On aurait dit que cette réparation avait été faite exprès pour couler le bateau. Il existe des raccords et des tuyaux spécifiques, bien plus solides pour cet usage. Entretenir soi-même son bateau permet de mieux le connaître, mais il faut quand même prendre quelques renseignements avant de se lancer!

    Au delà de ces problèmes de tuyauterie un abordage, un échouement ou une collision avec un OFNI peuvent provoquer des dégâts sur la coque elle-même.

    Comment s’en prémunir?

    Les OFNI

    Les Objets Flottants Non Identifiés sont particulièrement redoutés par les coureurs transocéaniques. Il peut s’agir de containers tombés des cargos, d’épaves diverses, mais aussi malheureusement de baleines et de tortues de mer endormies. Les multicoques de course sont trop silencieux et rapides pour que les cétacés les entendent suffisamment tôt pour avoir le temps de sonder.

    Le magazine Voiles et Voilier a posté un article très complet sur cette question. Il recense parmi les OFNI outre les animaux marins et les épaves, les containers, les balises océanographiques, les drones à voiles et même des sous-marins de surface jetables utilisés par les trafiquants de drogue!

    Côté prévention, il existe des sonars à balayage vers l’avant qui fonctionnent donc comme des sondeurs. Le problème est qu’ils n’ont pas une très grande portée et qu’ils coûtent minimum 2500€

    Les moyens d’assèchement

    Sur le voilier que j’avais loué, les pompes n’étaient pas utilisables. Il a fallu tout vider au seau. Ce n’est évidemment pas sérieux.

    Le minimum est d’avoir une pompe manuelle que vous pouvez actionner depuis le cockpit. Ensuite selon la taille du bateau prévoyez une ou deux pompes électriques de bon débit. Certains moteurs disposent d’une pompe attelée, vérifiez si c’est le cas du votre.

    Contrôlez régulièrement leur fonctionnement, et assurez-vous que les crépines ne se bouchent pas.

    Pour la croisière hauturière, vous pouvez améliorer encore vos chances en équipant votre voilier d’une porte étanche à l’avant ou de bricoler une crash-box à l’étrave.

    Réparer une voie d’eau sur la coque en mer

    bateau coulé

    Quand l’intégrité de la coque est atteinte, si les pompes de cales parviennent à stabiliser la fuite, vous pouvez tenter de colmater la brèche vous-même. Pour cela je vous conseille d’avoir à bord:

    Ces trois produits durcissent sous l’eau. Le sika appliqué en masse sur un morceau de bois vissé autour de la brèche fera des merveilles. Il m’est même arrivé de réparer dans un calme plat au large une durite de refroidissement du moteur avec de la gaze et du sikaflex. Ce produit est vraiment étonnant: la réparation a tenu plus d’une centaine d’heures de moteur!

    L’incendie

    Lors d’un atterrissage près de l’île de Valentia sur la côte Ouest de l’Irlande, à bord du Mélody cité plus haut, nous avons du faire face à un départ d’incendie. Voiles affalées, nous approchions du mouillage, poussés par le moteur et un fort vent d’ouest. Une odeur âcre nous a alerté, rapidement suivie de l’émission d’une fumée dense émanant du compartiment du moteur. Immédiatement nous l’avons coupé, ainsi que les batteries.

    Le bateau s’est mis a dériver rapidement vers le pont qui relie l’île au continent. Très vite nous nous sommes trouvés en travers de l’ouvrage, les haubans appuyant dangereusement sur le parapet. Les équipiers débordaient à la main de toutes leur force, mais les câbles commençaient à ployer. Pendant ce temps le skipper essayait d’isoler sans succès le circuit électrique défectueux. Alors que le démâtage semblait inévitable, il a réussi à relancer le moteur et nous avons pris le premier corps mort venu.

    Un câble électrique mal fixé était à l’origine de ce départ d’incendie. Avec les mouvements du bateau il est entré en contact avec le moteur. Les vibrations ont eu progressivement raison de la gaine isolante jusqu’à provoquer le court-circuit. Le simple fait de tout arrêter et de confiner la cale a suffit à éteindre le feu.

    incendie voilier

    A bord d’un voilier les principales causes d’incendie sont

    • le circuit électrique du moteur
    • la cuisine.
    • le circuit 220v au ponton

    La prévention passe par un entretien régulier du moteur, mais aussi par des vérifications visuelles régulières. Ouvrez régulièrement le capot moteur pour vous assurer que tout va bien. Soyez attentifs à la fixation des câbles électriques mais aussi aux fuites d’eau qui font très mauvais ménage avec l’électricité. Enfin ne laissez pas stagner d’huile ni de gas-oil dans la cale moteur.

    La gazinière doit être équipée d’une protection contre l’ouverture intempestive des robinets de gaz.

    Le circuit 220v doit être protégé par un disjoncteur différentiel 30mA. Sinon ne l’utilisez pas. De plus faites attention à l’ampérage que peut supporter le câble avec lequel vous vous branchez au ponton. Une de mes amies a failli perdre son bateau à cause d’un câble au diamètre insuffisant, dont l’isolant a fondu, mettant le feu au coffre à voile dans lequel il passait.

    Si le feu se déclare dans le moteur , coupez les batteries, et confinez la cale moteur pour étouffer le départ de feu. Ne l’ouvrez surtout pas, cela amènerait de l’air et relancerait l’incendie. Idéalement il faudrait disposer d’un dispositif anti-feu placé dans le compartiment moteur et actionnable de l’extérieur.

    Devant un feu de moteur trop important, avant d’évacuer je crois que je tenterai d’ouvrir une vanne pour inonder les fonds et donc noyer le moteur. Bien sûr l’eau fera énormément de dégâts , mais si tout paraît perdu, pourquoi pas?

    Pour la cuisine et le carré, utilisez une couverture anti-feu en priorité, puis des extincteurs à CO2 ou a poudre selon la nature du feu.

    La foudre

    orage en mer

    Lorsque la foudre tombe sur le mât, l’électricité prend le chemin le plus court vers l’eau. Sur un bateau en métal, l’affaire est vite réglée puisque le courant peut s’échapper dans l’eau.

    Pour les autres matériaux le problème de la continuité électrique se pose. En arrivant aux cadènes, le bois et le composite vont résister au passage du courant. A ces endroits le matériau va chauffer puis fondre ou brûler, entraînant la chute du mât et éventuellement un incendie.

    En prévention il est conseillé d’installer un dispositif anti-foudre reliant le pied de mat et les haubans à la quille. Si vous êtes pris dans un orage sans ce dispositif, entourez chacun des haubans avec votre chaîne de mouillage et laissez la traîner dans l’eau pour conduire la foudre. N’oubliez pas de débrancher toutes les antennes de vos appareils électroniques et de les éteindre.

    Le chavirage

    Ce point de sécurité en mer relève des techniques de navigation dans le gros temps, je vais donc rester succincte. Si vous voulez en savoir plus, procurez vous le célèbre ouvrage d’Adlard Coles Navigation par gros temps.

    Pour faire chavirer un voilier habitable il faut des conditions de vent et de mer particulières. Cependant les multicoques, surtout les catamarans, sont plus exposés à ce risque que les autres.

    Mon expérience du catamaran est limitée: j’ai surtout pratiqué sur Hobbie Cat et KL28. Je peux quand même en déduire quelques principes

    Sur un catamaran, la prévention consiste à réduire la toile suffisamment tôt. Au travers et au bon plein dans du vent fort, il faut être tout le temps prêt à choquer les écoutes ou bien naviguer carrément en fuite dans le gros temps. Enfin si vous avez des dérives, relevez-les, ainsi le bateau dérapera dans les surventes au lieu de se lever.

    Sur les monocoques le lest de la quille ou des fonds pour les dériveurs engendre un couple de rappel suffisant pour empêcher le bateau de se retourner. Au pire, il peut se coucher momentanément sur le flanc dans un départ à l’abattée ou à cause d’une vague. Cependant dans une mer vraiment grosse, la quille et la dérive peuvent donner un point d’appui aux plus grosses vagues quand elles vous prennent par le travers pour vous retourner comme une crêpe! Les dériveurs navigueront donc dérive relevée dans le gros temps, comme les catamarans. Et tout le monde prendra la fuite ou la cape.

    Maladie ou blessure

    Ce sera le dernier point de ma liste “sécurité en mer” . Là encore les mesures de prévention varient en fonction du temps nécessaire pour être secouru. Vous composerez donc votre trousse à pharmacie en conséquence. Encore faut-il savoir quels soins donner, et comment faire!

    Pour cela le mieux serait de vous conformer aux indications d’un médecin. Je vous propose de vous procurer le petit manuel de médecine à bord, rédigé pour les plaisanciers par un médecin spécialiste de la mer et de la montagne.

    Conclusion: Bien se former pour mieux assurer sa sécurité en mer

    Si vous êtes parvenu à lire cet article en entier, bravo! Vous êtes sur la bonne voie pour assurer votre sécurité en mer. En effet la prévention des accidents repose sur l’information et la formation des équipages.

    Pour votre sécurité en mer, continuez à apprendre. Lisez les récits de marins expérimentés: leurs fortunes de mer vous enseigneront beaucoup. Prenez aussi connaissance des sauvetages menés par la SNSM. Ne croyez pas que les sauveteurs en mer parviendront toujours à vous sauver. Parfois eux-mêmes perdent leur vie en essayant de sauver celles d’autres marins. Respectons leur engagement en prenant nos responsabilités.

    Voici quelques formations qui pourraient améliorer votre sécurité en mer:

    • perfectionner vos techniques de navigation à la voile
    • passer le Certificat Restreint de Radiotéléphoniste
    • Apprendre les bases de la navigation sur carte
    • Comprendre la météo
    • Stages de survie, de mécanique, d’électricité marine
    • Stage de secourisme
    • apprendre la plongée (pour dégager une ancre, une hélice)

    Cet article m’a demandé pas mal de travail… dites moi en commentaire ce que vous en pensez!  Et n’hésitez pas à partager ici vos propres fortunes de mer ainsi que vos choix de sécurité en mer.

  • naviguer en équipage,  tutos

    10 raisons pour lesquelles votre femme n’aime pas le bateau

    Naviguer en couple est le rêve de nombreux plaisanciers. Malheureusement il semble que ce ne soit pas toujours partagé, loin de là. Beaucoup d’hommes se désolent que leur femme n’aime pas le bateau.

    De fait la voile, et le monde maritime en général, reste un milieu très masculin, même s’il est beaucoup moins machiste qu’il ne l’était il y a encore 20 ans. J’en veux pour exemple cette édition du Télégramme Tresco Trophée que j’ai courue avec un équipage féminin en 2014. Sur une centaine de voiliers inscrits, j’étais la seule femme skipper, et nous étions le seul équipage féminin. Pour autant personne ne s’est moqué de nous, sauf peut-être quand j’ai oublié une de mes équipière à Tresco 🙂 Mais ceci est une autre histoire.

    En réalité je crois que beaucoup d’hommes et de femmes apprécient la mixité sur les bateaux. Mais quelles sont donc les raisons qui retiennent certaines femmes de naviguer avec leur conjoint? Vraiment, elles n’aiment pas la voile? A moins que…

    trois femmes sur un bateau
    Sauras-tu me retrouver? Je suis cachée derrière la bouteille de rhum 🙂

    Cela fait longtemps que j’ai envie de donner mon avis sur ce point, car derrière ce constat désespéré: “ma femme n’aime pas le bateau”, peut se cacher une autre réalité comme “ma femme n’aime pas Mon bateau” et/ou “Ma femme n’aime pas naviguer AVEC moi”.

    Je vais donc vous détailler les principales raisons qui selon mon expérience et celle de mes copines peuvent amener n’importe quelle femme la mieux intentionnée à renoncer à partager votre passion.

    Mais comme je suis là pour vous aider, je vais essayer de trouver une solution à chacun de ces problèmes 😉

    Dernier point; pour des raisons de facilité je l’avoue, j’ai pris le parti de considérer que la difficulté venait du refus d’une femme de naviguer avec son mari/compagnon/petit ami etc. Cependant vous pouvez très bien décliner ces situations dans toutes les variations de la vie conjugale ou inverser la situation.

    1. Elle n’aime pas la voile, point.

    Elle n’apprécie ni le vent, ni le froid, ni la pluie, ni l’inconfort de la gîte. Elle déteste les longs bords interminables et l’impossibilité de brancher son sèche-cheveux au mouillage. Même la présence des dauphins ne la fait pas changer d’avis: globalement elle s’ennuie, la lenteur et l’ascétisme ne la font pas rêver.

    femme sur un bateau de croisière

    Solution: Louez un catamaran de 16 mètres en Grèce, en lui permettant d’inviter sa meilleure amie et naviguez exclusivement la nuit quand elles dorment. Là, elle va craquer, non?

    2. Elle a le mal de mer

    Et ça ne lui passe pas. Impossible de s’amariner. A moins de dormir pendant toute la balade, elle ne peut pas parcourir plus de 3 milles sans sortir le seau. Question de psychologie ou trouble de l’oreille interne? Le second cas est malheureusement sans solution.

    Solution: Vous ne pourrez pas naviguer ensemble, mais peut-être appréciera t-elle de vous rejoindre à l’escale? Pour ce qui relèverait de la psychologie, référez-vous aux raisons suivantes.

    3. Elle a peur

    Comme votre femme ne maîtrise pas le voilier, ou qu’elle ne parvient pas à lire les éléments (direction du vent, présence du courant, position du bateau relativement à la côte etc.), il se peut que votre compagne éprouve une certaine angoisse. Elle est alors obligée de s’en remettre à vos compétences, mais êtes-vous réellement rassurant en mer?

    Si vous regardez mon parcours nautique, vous lirez que quand j’ai commencé à naviguer j’avais peur. Ensuite c’est l’angoisse qui a pris le relais. J’avais toujours une boule au ventre avant de prendre la mer, ou avant d’exécuter une manœuvre de port. Pourtant mes équipiers se sentaient en pleine confiance avec moi. Pourquoi donc? Et bien, ils disaient tous que je restais calme et lucide en toute circonstances.

    Solution 1: Soyez toujours calme et ne vous énervez JAMAIS sur votre équipière

    Solution 2: Une excellente parade à son angoisse, si votre femme le souhaite, serait qu’elle se forme. Mais pas n’importe comment.

    Je vous arrête tout de suite: initier soi-même sa moitié à la navigation est une entreprise délicate. Tous les couples ne le supportent pas car cela induit une forte dissymétrie source de conflits et condamne souvent l’équipière (ou l’équipier) à le rester. Or, passé un certain niveau, le seul moyen de progresser est bien de prendre la responsabilité d’une sortie, c’est-à-dire de skipper un voilier.

    Un ou plusieurs stages en école de voile peuvent donc améliorer considérablement la situation. L’idéal étant de commencer par la voile légère, j’y reviendrai dans un prochain article.

    Solution 3: Si votre compagne ne souhaite pas se former, c’est vous qui devrez vous perfectionner jusqu’à ce que vous soyez suffisamment sûr de vous pour ne plus transmettre d’inquiétude.

    Autre solution: Achetez vous la collection des dessins de Mike Peyton dédiés à la voile 😉

    ma femme n'aime pas le bateau

    4. Vous êtes agressif et impatient

    Nous avons tous en tête ces arrivées de port loufoques où monsieur, derrière sa barre à roue, arrête son bateau trop loin du ponton et enguirlande copieusement son équipière, laquelle juchée dans le balcon avant, brandit inutilement une gaffe télescopique à bout de bras. Soyez sûr que ces femmes-là détestent naviguer avec leur mari!

    Solution: Ne dramatisez pas chaque manœuvre, en prédisant une catastrophe ou en criant sur votre équipage si celle-ci n’est pas exécutée exactement selon vos consignes. Cela fait inutilement monter la tension, transformant la plus petite promenade en odyssée infernale.

     

    5. “Elle est tannée de se faire mansplainer”

    Il s’agit du commentaire d’une navigatrice possiblement d’origine québécoise. Je l’ai trouvé plutôt pertinent, et dans un soucis de clarté je cite la définition de Wikipédia:

    “Le mansplaining est un concept popularisé par les féministes américaines dans les années 2010 qui désigne une situation où un homme (en anglais « man ») expliquerait (en anglais « explain ») à une femme quelque chose qu’elle sait déjà, sur un ton généralement paternaliste ou condescendant”

    Certains marins éprouvent effectivement le besoin de faire valoir ostensiblement leur savoir nautique auprès de la gente féminine, et ceci à des fins qui me restent passablement obscures.

    Solution: attendez qu’elle vous demande une explication pour la lui donner.

     

    6. Les winchs sont trop petits ou le bateau est trop grand

    femme se musclant pour faire du bateau
    pour que votre femme aime le bateau, ne l’obligez pas à ça!

    Encore une histoire vécue. Lorsque mon compagnon a fait l’acquisition du voilier avec lequel nous devions partir autour du monde, j’ai lourdement insisté pour qu’il change les winchs. Ben oui, même lui pourtant hyper baraqué avait du mal à border le génois en début de saison!

    De manière générale, il est difficile de débuter sur un grand voilier. Les forces en jeu sont plus importantes, les conséquences des erreurs plus impressionnantes.

    Or la majorité des femmes n’ont pas une force physique comparable à celle d’un homme de même taille, faut-il le rappeler. De plus nous ne sommes pas habituées à compter sur nos muscles pour maîtriser notre environnement. En général quand l’armoire est trop lourde à descendre, nous faisons appel à un homme.

    Donc, en phase d’initiation, un bateau qui s’arrête à la force des bras au ponton est un meilleur choix qu’un croiseur de 8 tonnes. Ceci est valable pour tout un chacun, remarquez.

    Ensuite, se trouver dans l’incapacité de dominer physiquement son bateau est dangereux. Il est essentiel de pouvoir border les voiles ou remonter une ancre sans risquer un arrêt cardiaque à tout bout de champ.

    Solution: évitez les winchs de Muscadet sur un 41 pieds.

     

    7. Le bateau est mal entretenu

    Une femme ne montera jamais sur un bateau si mal entretenu!

    L’anti-dérapant glisse et les voiles se déchirent. Les batteries se déchargent tout le temps, le moteur cale et les fonds sont crasseux. Quand à chaque virement de bord on se demande ce qui va casser, le plaisir devient très relatif. Une femme n’appréciera pas de vous suivre sur un bateau qui dégage une odeur de renfermé et/ou de gas-oil. Non, un bateau ça ne sent pas forcément l’humidité. On peut aérer les cabines et nettoyer les fonds régulièrement. Même les housses des coussins se lavent. Soignez aussi l’étanchéité du pont: panneaux de pont, pieds de chandelier, cadènes, rail de fargue… la pluie et l’eau de mer sur les duvets et dans les équipets au bout d’un moment, ça lasse.

    Solution: Maintenir un voilier en bon état demande du temps ou de l’argent, le mieux étant d’avoir les deux. Si ce n’est pas le cas, la location peut vous simplifier la vie.

     

    8. Elle est aussi ou plus compétente que vous et ça vous met en difficulté

    Le cas n’est pas si fréquent, mais ça peut arriver… Vous étiez habituer à régner sans contestation sur votre yacht et voilà que vous rencontrez une navigatrice expérimentée. Quand j’ai posé la question des 10 raisons sur Facebook à un groupe de navigatrices, certaines m’ont répondu que le coskippage n’était pas de tout repos avec leur conjoint. Un rapport de force s’installe et chacun veut imposer une solution différente.

    Pour ma part j’ai connu toutes les configurations, celles ou j’étais moins qualifiée, autant ou plus. Le plaisir est incontestablement plus grand quand chacun sait naviguer suffisamment pour prendre des décisions sans réveiller l’autre. Mais cela est vrai uniquement si ces compétences sont reconnues de part et d’autre.

    Dans le cas contraire cela signifie  que vous n’arrivez pas à vous faire mutuellement confiance. Ou que vous avez un besoin inaltérable de dominer. A vous de vous interroger, si du moins vous souhaitez continuer à naviguer ensemble.

    Solution: Faites une thérapie de couple 🙂

     

    9. Vous n’avez pas les mêmes exigences de confort

    Peut-être êtes-vous un aventurier? De ceux qui dorment dans les spis et se passent de douche chaude pendant une semaine sans difficulté? Mon compagnon est de ceux-là. Il peut vivre plusieurs jours dans les coques vides de son trimaran de course. Il n’est pas concerné par les 9 autres raisons, mais peut-être par celle-ci… Personnellement au-delà de 3-4h de run à 17 nœuds de moyenne je commence à fatiguer. Quand on arrive au port j’ai parfois tellement mal au dos que je suis pliée en deux comme une vieille dame. Ce qui ne m’a pas empêchée de partir avec lui pour un raid de quelques jours vers les Glénans depuis Brest. Quand on aime… Mais bon, j’aime bien aussi avoir des toilettes à bord et une bannette confortable pour me reposer.

    Sans tomber dans ces extrêmes, en bateau chaque femme à ses exigences de confort . Certaines ne voient pas d’objection à se passer de WC, d’autres ne conçoivent pas d’escales en dehors des marinas. Et encore faut-il que les sanitaires soient bien équipés. Tout cela coûte un peu plus cher, mais ne soyez pas trop radins sur ce point. Une de mes amies garde le souvenir dégoûté de matelas de service de soins palliatifs que son ex avait recyclés pour son voilier… Et il s’étonnait encore que sa femme n’aime pas le bateau!

    Solution: Un bateau qui sent bon, des coussins en bon état, des toilettes fonctionnelles, de bons petits plats à réchauffer et un peu de musique… Avec en prime un éclairage tamisé dans le carré la nuit, vous la ferez fondre!

     

    10. Vous ne la laissez pas manœuvrer

    Parce qu’elle n’est pas aussi rapide que vous, parce qu’elle risque de se tromper ou de se blesser, elle est cantonnée à jouer les sirènes dans le cockpit. Si elle trouve que tout est très bien comme cela, pourquoi pas?

    Or bien des femmes n’osent pas prendre d’initiative sur un bateau sans y être invitées. On leur a tellement dit que les hommes manœuvraient mieux les voitures qu’elles croient que pour les bateaux c’est pareil. Alors forcément, au bout d’un moment elles s’ennuient.

    Dans d’autres cas elles sont frustrées parce qu’elles aussi elles aimeraient bien jouer, mais vous ne leur en laissez pas la possibilité.

    Solution: Encouragez les à manœuvrer et à barrer. Expliquez tranquillement, prenez tout le temps nécessaire sans agir à leur place.

    Voilà donc dans le désordre les 10 raisons majeures pour lesquelles certaines femmes n’aiment pas le bateau

    Je ne sais pas si vous vous y reconnaîtrez. Mais je veux bien parier que ça vous rappelle quelqu’un. Je me trompe?

    Sinon vous avez le droit de trouver cet article un peu caricatural ou trop féministe. Prenez-le plutôt comme les confidences d’une navigatrice qui a des copines qui aiment naviguer (et aussi la salade de fruit arrosée de rhum). Ça peut toujours servir, sait-on jamais ☺

     

     

     

  • naviguer en équipage

    20 idées de cadeaux pour les voileux

    Si vous lisez cet article, vous avez sûrement un (ou une) voileux dans votre entourage à qui vous voudriez offrir un super chouette cadeau! Mais voilà, vous n’y connaissez rien et votre budget n’est pas illimité.

    A moins que ça ne soit vous, le marin, et là, vous cherchez l’article que vous aller partager sur Facebook pour que vos proches sachent enfin quoi vous offrir!

    Bref, laissez-moi vous aider.

    Je vous propose  20 idées de cadeaux pour les voileux classées par ordre de prix.

     

    1. Un savon ou un shampoing qui mousse à l’eau de mer

    Très pratique pour économiser l’eau douce en traversée, ces savons doivent hydrater la peau, malgré le sel ET laver le marin… A partir de 8€50, vous pouvez essayer le cococéan de fabrication artisanale.

    2. Un roman de mer

    Je ne vais citer que quelques uns de mes préférés, parce qu’il y en a des milliers!

    L’expédition du Kon Tiki sur un radeau à travers le Pacifique

    Cent fois meilleur que le film, l’aventure véritable de Thor Heyerdahl et ses 5 équipiers qui tentent la traversée du Pacifique sur radeau de bois. Elle se lit d’une traite, et vous emmène naviguer au milieu des requins et des poissons volants sans que vous ayez besoin de quitter votre lit 😉

    Le voyage du Brendan

    A bord d’un bateau de peaux de vache cousues sur une armature de bois, Tim Séverin a reconstitué le voyage d’un moine Irlandais du 6e siècle, dans les mêmes conditions, ou presque. Un périple dantesque jusqu’à l’embouchure du Saint-Laurent en passant par les Hébrides, les Féroé, l’Islande et les eaux glacées groenlandaises.

    Le bateau qui ne voulait pas flotter

    Drôle et poétique à la fois. Pas sûr que vous l’offriez: je suis sûre vous allez le garder pour vous!

    Entre les brumes persistantes de Terre Neuve, le café infusé au rhum bouillant (fuite d’eau douce à bord) et le “monstre vert” (moteur antique et caractériel), c’est l’histoire d’une petite goélette qui s’entête à couler dès que son propriétaire (l’auteur) veut mettre le cap à l’ouest.

    Partis à l’âge de 20 ans de La Rochelle sur Damien, leur cotre en bois de 10 mètres, Jérôme Poncet et Gérard Janichon naviguent cinq ans durant. Leur parcours de 55 000 milles est jalonné de grandes premières : le Spitzberg, la remontée de l’Amazone, le cap Horn, les îles australes, la péninsule Antarctique…

    Le monde selon Guirec et Monique

    La poule est-elle le meilleur ami du marin? C’est en tout cas ce qu’a testé Guirec Soudée qui vient de boucler un tour du monde à la voile par les 2 pôles. Il est le plus jeune navigateur à avoir franchi le passage du Nord-Ouest. Un cocktail d’humour, d’audace et de chance.

    3. Un journal de bord

    A vous de trouver un joli cahier de format A4 ou légèrement plus petit avec une couverture solide, mais belle. N’oubliez pas de le dédicacer!

    C’est peut-être une affaire de goût, mais les couteaux Wichard me semblent parfaits. Juste une lame, un démanilleur et manche ergonomique. Indispensable!

    5. Des gants de voile

    Les bouts en textiles modernes arrachent les mains. Le froid aussi. Des gants de voile confortables, ouverts aux extrémités avec des renforts en cuir seront un cadeau bienvenu. Pour l’hiver, préférez les gants fermés en néoprène.

     

    6.Un manuel de voile

    Voici parmi les plus connus, 4 ouvrages que personne n’osera jamais critiquer:

    7.Un guide Nautique

    Choisissez en cadeau un guide décrivant les ports et les mouillages de la zone de navigation ou votre voileux préféré rêve de se rendre prochainement. Ceux que je préfère sont les guides Imray Vagnon.

     

    8. Une pince multifonction type leatherman

    Ce genre d’outil, en inox, est idéal pour effectuer des travaux dans le mât. Il est aussi très pratique de le garder à portée de main pour éviter de plonger dans la caisse à outil à la moindre bricole. Il en existe de toute taille selon le nombre d’outils présents. Je pense qu’il ne faut pas les choisir trop épais, après cela devient inconfortable à manipuler.

    9. Une batterie Powerbank solaire

    Grace à ce cadeau malin fini les portables et les tablettes déchargés. Très pratique quand tout le monde veut brancher son téléphone sur la seule prise USB du bord. Ou quand il n’y a pas de prise USB…

    Voilà un cadeau original pour un voileux qui veut apprendre à prendre soin de son premier bateau.

    Florian du blog Nautisme Pratique vous propose cette formation, c’est un professionnel du nautisme et il répond aux mails.

     

    11. Un sac étanche

    Ici il existe plusieurs gammes de prix selon l’usage et la marque. Du gros sac de trek au petit sac à dos Cotten qui permet de débarquer sans risquer la vie de son téléphone portable.

    12. Un diable en aluminium

    Pour les propriétaires de voiliers. Le diable est un cadeau bien utile pour transporter l’avitaillement et toute sorte de matériel de voile un peu lourd sur les pontons.

    13. Une veste polaire

    Le choix est vaste…

     

    14. Une liseuse étanche

    Les livres sur un bateau c’est bien. Mais c’est lourd, volumineux et ça supporte mal l’humidité. Les liseuses récentes sont éclairées et étanches et ont une autonomie très importante. Plus besoin de lampe frontale pour lire en bateau, ni de bibliothèque. Ci-dessous une Kindle qui répond à ces exigences.

    15. Un sextant

    Cadeau pour navigateur mathématicien: le sextant sert essentiellement en traversée océanique, quand le voileux s’ennuie et se prend pour Vasco de Gama (qui n’en avait pas: le sextant a été inventé en 1730). C’est aussi un bel objet, et une occasion de s’assurer que la terre est bien ronde, sait-on jamais!

    Attention à bien choisir un VRAI sextant, utilisable en mer, pas un objet de décoration.

     

    16. Une veste ou une salopette de quart

    De mon côté j’ai choisi un équipement Musto, après avoir été déçue par la marque Décathlon. J’ai aussi passé le Cap Horn avec une veste de quart Cotten, et je n’ai pas été mouillée. Evitez donc les marques discount, sauf si vous êtes fauchés. Il faudrait un article complet pour vous conseiller correctement sur ce sujet. Aussi essayez de cuisiner votre marin pour savoir quelles sont ses préférences en la matière.

    17. Un stage de mécanique ou d’électricité marine

    Pour les bricoleurs et tout ceux qui veulent naviguer loin. Allez faire un tour sur Sail The World, vous y trouverez sans doute votre bonheur.

    18. Des bottes respirantes

    Confortables, esthétiques, en principe elles sont étanches. J’ai remarqué que beaucoup d’hommes les adorent. ça leur donne un look de vieux loup de mer sans doute 🙂

    19. Un stage de voile aux Glénans

    Attention de ne pas vexer votre ami, il pourrait penser que vous ne lui faites plus confiance en mer!

    A moins qu’il le sache déjà… si c’est le cas, proposez lui la lecture de mon article 10 raisons pour lesquelles votre femme n’aime pas le bateau.

     

    20. Une sortie sur un multicoque océanique de course

    Si votre voileux aime les sensations fortes, qu’il est passionné de course au large, vous pourriez lui faire un super cadeau en lui offrant une place sur un bolide des mers.

    cadeau voileux

     

    Voilà j’espère vous avoir donné quelques idées, si vous en avez d’autres, mettez les en commentaire!

  • la cordelière coulée en mer d'Iroise
    idées de croisière

    En mer d’Iroise, vous naviguez au-dessus de mille épaves

    De la pointe du Raz à Ouessant, s’étend la mer d’Iroise, son parc naturel, sa faune abondante, sa flore et ses innombrables récifs.

    Les courants et les tempêtes, les avaries, les erreurs de navigation et les batailles navales y ont envoyé depuis des siècles des centaines de navires par le fond.

    Toutes ces épaves ne sont pas connues, et lorsqu’elles le sont leur position demeure parfois secrète, le temps pour les archéologues sous-marins d’en inventorier et d’en extraire les trésors. Quand nous naviguons en mer d’Iroise, nous n’avons pas conscience de ce qui gît à quelques dizaines de mètres sous la surface des flots. Alors que les cormorans juchés sur un rocher sèchent leurs ailes sous nos yeux ravis, des bancs de lançons slaloment sous leur regard affuté entre les vestiges d’une chaudière à charbon ou les futs de vieux canons. Mais le plus souvent nous ne nous doutons de rien…

    épave en mer d'Iroise

     

    Ce week-end de décembre, nous pourrons naviguer en mer d’Iroise toute la journée du samedi.

    Les courants ne nous dérangeront pas beaucoup: c’est marée de morte-eau. Dimanche par contre l’arrivée d’une belle dépression centrée sur les îles britanniques nous vaudra de sérieuses rafales, jusqu’à 40 noeuds dimanche et 50 noeuds lundi. Comment dans ces conditions allons-nous répondre à notre défi hebdomadaire?

    marée mer d'iroise
    marées à Brest

    windguru mer d'Iroise

     

    windy mer d'Iroise
    Ce qui nous attend dimanche 8/12/19 à midi

    Les occasions de sortir de la rade se font rares en cette saison, aussi je propose de ne pas rater la courte fenêtre météo de samedi. Tant pis si nous devons tirer des bords pour gagner la mer d’Iroise, nous nous rattraperons au retour!

    En partant suffisamment tôt, vers 9h, nous pourrons déjeuner à 13h au fond de l’anse de Pen Hir, juste derrière les Tas de Pois. La route compte 13 milles nautiques, dont la moitié à tirer des bords. Le  courant dans le goulet sera contraire jusqu’à 13h38, voilà qui complique notre tâche.

    Jusqu’ici j’ai toujours proposé de suivre le vent et le courant. Mais avec du vent d’ouest à sud-ouest et la marée montante cette condition nous amènerait à naviguer jusqu’à … Landerneau. Cela est possible pour les bateaux qui échouent, mais pas pour nous. En plus le retour dimanche au moteur dans la rivière contre 30 noeuds de suroît serait franchement désagréable.

    Est-il possible sortir du goulet de Brest contre le courant?

    Idéalement il faudrait que le vent soit portant, mais par petit coefficient de marée, même en louvoyant, ça passe!

    Le secret est de naviguer le plus près possible de la côte, côté sud ou côté nord. Le plus fort du courant, comme dans toutes les passes, se situe au milieu du chenal. En s’approchant du bord il est beaucoup moins puissant. Au ras des falaises, notamment sur la rive sud du Goulet, si vous regardez bien le mouvement des algues à la dérive, vous verrez même une zone de contre-courants.

    Comme je suis toujours abonnée à Juzzy, je vous montre une copie d’écran du courant samedi matin.

    courant en mer d'Iroise

    Plus les flèches tirent vers le rouge, plus le courant est fort. Le maximum est de 2 noeuds vers 10h au  sud du phare du Porzic. La carte montre que nous avons intérêt à passer le plus près possible de cette pointe, disons vers 11h15. Nous louvoierons ensuite au plus près de la côte nord jusqu’à ce qu’il soit possible de passer la balise des Fillettes pour rejoindre la pointe du Toulinguet tribord amure au près serré.

    Ce faisant nous passerons à proximité de la Barge du Dellec, coulée à proximité du Fort du même nom. réquisitionnée par les Allemands pendant la 2e guerre mondiale, elle avait été équipée de 4 tubes lance-torpilles pour empêcher les navires ennemis d’accéder à la rade.

    Nous arriverons dans le Toulinguet en fin de marée montante, toujours à contre-courant, mais celui-ci n’excèdera pas 0,5 noeuds. Le passage s’effectue entre la Louve et les rochers du Toulinguet, en se méfiant du Pohen qui affleure à peine à marée haute, notamment en vives-eaux.

    Le 31 décembre 1790, le Rhône, une Gabare de 37 mètres transportant des ancres, s’est brisée sur ce rocher. sur les 98 membres d’équipages, 88 ont pu être sauvés. Ils doivent leur vie au courage d’un de leurs officiers. Le lieutenant de vaisseau François-Hyacinthe de Bédée s’est jeté à l’eau pour installer un va et vient entre le navire qui coulait et le rocher du Lion. La chaloupe a ensuite gagné Brest pour organiser les secours. Les marins ont attendu une trentaine d’heure avant d’être secourus. L’épave se trouve au sud du Pohen, par 15 mètres de fond.

    Ensuite, si vous aimez les raccourcis, et que la mer est calme, vous pouvez vous glisser entre les deux derniers des Tas de Pois, en restant bien au milieu. Anticipez bien les turbulences et la dévente en approchant du rocher Ouest, lequel s’appelle Bern Id ou Tas de Blé en breton. Soyez près à démarrer le moteur si vous ne voulez pas rejoindre les restes d’un cargo Panaméen: l’Hydo qui s’est abîmé à la pointe de Pen-Hir en 1983.

    les Tas de Pois

    Nous mouillerons sur fond de sable dans l’angle nord-ouest de l’Anse de Pen-hir, qui devrait nous abriter de la houle d’ouest.

    La mer d’Iroise ne sera pas fréquentable le dimanche. Aussi je suggère d’appareiller de l’anse au plus tard à 15h pour trouver un abri pour la soirée dans la Rade de Brest. Le port du Tinduff peut-être un bon choix, ou la marina du Château.

    Qui sait si en revenant nous ne survolerons pas la Marie-Cordelière. Ce navire de 40 mètres, construit sur ordre d’Anne de Bretagne, a sombré en 1512 dans les parages de la pointe du Minou, lors d’une bataille contre les Anglais. Malgré les documents historiques et ses 200 canons, on la cherche encore

    Le lendemain nous pourrons nous exercer dans la rade de Brest aux manœuvres de gros temps, ou rester au port.

    Bonne navigation!

     

     

  • aber wrac'h
    idées de croisière

    Cap sur l’Aber Wrac’h, le chenal du Four à pleine balle!

    Si le vent est incontestablement plus soutenu en hiver, le défi que je me suis lancée de vous proposer une idée de croisière en condition réelle chaque week-end n’a pas encore été mis en défaut. La rade de Brest y est pour beaucoup. Ce plan d’eau très bien abrité de la houle du large m’a permis de vous proposer de vous exercer en toute sécurité tout en profitant de mouillages très variés.

    Ce soir, j’ouvre Windguru, puis l’annuaire des marées. La question de chaque fin de semaine à l’esprit: où irions nous naviguer ce week-end?

    Les circonstances ne sont pas idéales, car il tombe des cordes samedi matin et dimanche les rafales monteront à 25 noeuds. Pour autant c’est navigable, nous avons vu nettement pire! Or les vents et les marées nous sont très favorables pour une incursion vers le nord de la mer d’Iroise, et tout particulièrement pour nous rendre à l’Aber Wrac’h.

    windguru camaret

    windguru camaret
    windguru camaret

     

     

     

    marée brest

     

    Si vous avez suivi les précédents articles, vous devez commencer à connaître ma logique: trouver le combo navigation le plus portant possible et marées favorables pour définir notre destination.

    Samedi matin le vent de sud-est faiblit l’après-midi pour virer au nord-est assez soutenu le dimanche. Ce vent est généralement assez froid, il faudra aussi penser aux gants!

    Ce virage au nord-est est le fait d’un gros anticyclone qui se forme au large des îles britanniques Le dimanche il va repousser la petite dépression installée sur le golfe de Gascogne.

    samedi 12h source météo france
    frontologie
    dimanche 6h – source meteo france

    Ainsi la pluie intense du samedi matin et la chute du vent qui suit est liée à l’arrivée d’un front occlus,

    Je ne l’expliquerai jamais aussi bien que Claire de Nomazy, formatrice méteo à l’Ecole Nationale de Voile et de Sports Nautiques (ENVSN):

     

     

    Quoiqu’il en soit, nous n’oublierons pas nos bonnets, et notre pot de fleur-chauffage, et nous filerons au portant, ou au moteur, vers le nord de la mer d’Iroise samedi. Comme il risque de pleuvoir beaucoup le matin, nous partirons le plus tard plus possible, soit vers 10h30.

    La marée nous permet de sortir du Goulet de Brest dans la matinée et de nous engager dans le chenal du Four dès la renverse, vers13h30. La pluie devrait s’arrêter à ce moment là. d’après Windy. Le soleil se couche à 17h26, il nous restera 4h pour gagner le port avant la nuit.

    De Brest à l’Aber Wrac’h, la route est relativement longue: 42 milles.

    Depuis le Four nous aurons encore 25 milles à parcourir. Il faudra donc naviguer à 6 noeuds minimum, avec notre voilier de 31 pied, celui que j’avais nommé Utopia, est-ce réaliste?

    navigation vers l'Aber Wrac'h
    navigation vers l’Aber Wrac’h

    Pour maintenir une telle moyenne nous devrons nous appuyer sur le courant, le spi et éventuellement le moteur en fin de période.

    Il existe plusieurs méthodes pour connaître la force et la direction des courants de marée. La plus ancienne nécessite interpoler les données des cartes papier. Vous pouvez aussi vous procurer une bonne fois pour toute l’atlas des courants de marée du SHOM qui correspond à votre zone de navigation. Les plus récentes consistent à se servir des applis et des logiciels de navigation. Pour cette fois j’ai pris un abonnement gratuit (quelques jours d’essai sont offerts) pour tester une appli récente nommée Juzzy, disponible sur le Play store pour les appareils fonctionnant sous Android. Elle couvre toute la façade Manche et Atlantique des côtes françaises.

    Selon Juzzy, nous bénéficierons d’un courant moyen de 1.5 noeuds jusqu’à l’entrée de l’Aber Wrac’h en entrant dans le Chenal du Four à l’heure de la Basse Mer. Il nous faudra donc assurer une vitesse fond de 4.5 nœuds, ce qui semble tout à fait faisable.

    o courants vers l'aber wrac'h juzzy courants four

    Par ailleurs j’obtiens le même résultat, mais avec moins de précision sur l’appli de navigation Boating HD (anciennement Navionics.. Voilà qui est plutôt rassurant 🙂

    Les coefficients de marée étant raisonnables, il est aussi possible de raccourcir le trajet en s’arrêtant à l’Aber Ildut ou même à Molène.

    Cliquez sur le lien pour plus d’info sur les services du port de l’Aber Wrac’h, notamment si vous comptez leur demander d’accéder aux douches en hiver sachant que le week-end d’octobre à mars le bureau du port est fermé.

    entrée de l' Aber Wrac'h
    Entrée de l’Aber Wrac’h.  Photo Jean-Louis Potier – Flickr

    Au lendemain, le dimanche, il faudra sortir du chenal du Four au plus tard à la BM, soit à 14h13. Notez que si vous arrivez une heure plus tôt à la balise des Vieux Moines vous risquez d’avoir une mer localement très agitée car il y a là une zone de remous liée au courant. D’un autre côté si vous arrivez plus tard, vous ne passerez plus!

    . Ceci impose d’appareiller de l’Aber Wrac’h vers 10h au plus tard. Le vent sera assez fort, au travers dans le chenal. De ce fait, il sera aisé d’avancer pendant 2 milles nautiques sous grand-voile arisée jusqu’à la balise du Libenter. n’hésitez pas à porter suffisamment de toile pour bien négocier la houle de nord assez significative (2à 3m) à la sortie de la ria.  Ensuite il sera possible d’abattre franchement, ce qui devrait permettre de tenir une moyenne de 7 à 8 noeuds minimum avec de beaux surfs sur la houle jusqu’à la pointe saint Mathieu.

    L’entrée dans le Goulet sera un peu plus sportive avec vent contre courant. Il faudra peut-être tirer quelques bords.  Mais si vous faites marcher votre bateau en profitant des courants et du vent portant dans le Four les 41 milles ne prendront pas plus de 6 heures.

    Bilan du week-end: beaucoup de pluie le samedi matin, de belles lumières entre les nuages, la douceur d’un Aber et du portant pleine balle presque tout du long!

    Au fait, quel est votre record de vitesse au portant? Racontez!