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    Avec ou sans cours de voile? 5 profils d’apprentissage de la croisière

    Tout le monde n’aime pas l’école. Mais tous les voileux ont eu besoin un jour de se former. Je crois même qu’on n’arrête jamais de progresser car la mer nous réserve sans cesse de nouvelles surprises. Chaque situation scabreuse continue de remplir l’escarcelle de notre expérience nautique. Pouvons-nous nous fier uniquement à notre capacité d’adaptation pour apprendre à naviguer ou bien faut-il absolument prendre des cours de voile?

    Aujourd’hui je ne veux pas débattre de ce serpent de mer. Je vous ai déjà expliqué comment vous pourriez apprendre la voile, de manière personnalisée. Je l’avoue, j’ai tendance à penser qu’on gagne un temps fou en prenant des cours de voile quand on est un débutant total. Une fois les bases acquises, vous pouvez faire varier les parcours d’apprentissage, tous les chemins dit-on mènent à Rome. La preuve?

    Voici 5 profils d’apprentissage de la voile inspirés de personnes que j’ai rencontrées: des amis, des navigateurs croisés au gré des mouillages, et des lecteurs de ce blog. Vous vous y reconnaîtrez peut-être.

    1.La complète:  Du dériveur à la plaisance en passant par la régate.

    Il se dit sur les forums que le parcours idéal du voileux débute sur le banc d’un Optimist en école de voile, se poursuit en voile olympique vers la vingtaine. Il s’ensuit plusieurs années de régate en équipage. Puis l’âge venant forcément on s’assagit ou on prend des responsabilités. Est-il sage d’ailleurs de cumuler les responsabilités? Je vous laisse réfléchir. Bref quand on commence à vivre en couple et à fonder une famille, nos exigences de confort sont de moins en moins négociables: le voilier de croisière rapide remplace le pur sang de course.

    au rappel en régate

     

    On se dit qu’un tel marin, avec tous les cours de voile qu’il a reçu, en sait forcément bien plus que les autres. Assurément il sait faire marcher un bateau, c’est un atout formidable. Cependant quand il passera à la croisière il devra apprendre comme les autres, sur le tas: la mécanique, l’électricité, l’hydraulique, les formalités de douane, la bidouille et la gestion du gros temps au large.

    Ce marin existe. Cependant vous ne le verrez jamais à bord d’un Rêve d’Antilles. Si vous voulez le rencontrer, prenez la table Osiris habitable des ratings. Plus le rating est élevé, plus le bateau s’est montré rapide en régate et en course-croisière. Comme la longueur de la coque joue sur les performances, relevez tous les bateaux de croisière qui ont le meilleur rapport longueur/rating. Maintenant vous savez sur quels voiliers trouver notre marin!

    2.L’épicurien: les copains d’abord, la technique après

    Il existe mille raisons d’aimer la voile. L’épicurien aime les plaisirs simples de la vie. La convivialité, la douceur du petit temps, la cocotte minute qui mijote au près sur le four à cardan et le rhum arrangé le soir quand le soleil se couche sur le mouillage.

    apéro en navigation

    Il n’a pas forcément un gros niveau technique. L’épicurien sait conduire un voilier, mais sans s’attarder sur les détails. L’important est de naviguer, et si possible avec un équipage de joyeux drilles ou une femme amoureuse. Notre plaisancier n’a rien contre la régate, bien au contraire car il pense que l’important est de participer. Cependant il le reconnaît lui-même, il n’est pas un as du réglage de voiles!

    Souvent il n’a pas pris de cours de voile. Sauf à l’école s’il vivait au bord de la mer. Il se souviendra surtout des dessalages volontaires qui le faisaient tant rire, lui et ses camarades de classe. Il a donc appris par imprégnation, presque sans s’en rendre compte. Admiratif des navigateurs plus expérimentés il ne les jalouse absolument pas. Grâce à sa bonne humeur indestructible à bord d’un voilier, Il est apprécié autant comme skipper que comme équipier. Quand vous avez un voileux épicurien dans votre entourage prenez en soin, il vous accompagnera joyeusement sans vous contredire dans vos rêves de mer les plus fous.

    3.Le débutant enthousiaste: de l’école de croisière à l’achat

    Voici un candidat à la navigation qui veut absolument tout savoir. Sa soif de connaissances voilistiques est telle qu’il ou elle ne sait plus ou donner de la tête. J’ai remarqué qu’on trouve pas mal de femmes dans cette catégorie de passionnés. Beaucoup de femmes adorent qu’on leur apprennent des choses qu’elles ne connaissent pas… à condition qu’elles en aient fait la demande explicite bien entendu.

    Le débutant enthousiaste prendra donc des cours de voile aux beaux jours, et mettra à profit l’hiver pour passer son permis hauturier, le CRR et un brevet de secouriste. Sa bibliothèque se remplira de manuels de navigation et de récits de voyage en bateau. Il passera toutes ses vacances sur l’eau en testant différentes formules: école de croisière, co-baturage, régates conviviales et parfois même bateau-stop. Assez rapidement lui viendra le désir de posséder son propre voilier. Il fera tout son possible pour réaliser ce rêve, économisant sous par sou, quitte à vivre à bord si les finances l’exigent.

    Le virus de la voile peut piquer ainsi n’importe qui à n’importe quel âge. Très virulent, relativement contagieux, il peut conduire à une forme de folie permanente: la monomanie de la voile.

    4.Le tour du mondiste pressé : apprendre sur son propre bateau en un mois avec un pro

    En fait de tour du monde, il s’agit le plus souvent de cadres supérieurs ou de chefs d’entreprises qui veulent s’offrir un tour d’Atlantique soit dans le cadre d’une année sabbatique soit après avoir vendu leur affaire. Certains pousseront jusqu’au Pacifique, mais ils sont déjà moins nombreux, à moins qu’ils n’y vivent déjà avant le départ.

    Ces candidats au grand voyage sont très pragmatiques: ils raisonnent en terme d’objectifs et de moyens. Ils définissent leur cahier des charges, leur budget et planifient les étapes à franchir avant le départ. Les cours de voile font partie de ces étapes. Ils peuvent avoir déjà loué des voiliers ici où là mais ils n’ont jamais vraiment pris le temps d’apprendre correctement la voile. Là ils s’apprêtent à partir sur un grand bateau de croisière confortable et bien équipé: parfois un catamaran de 15 mètres, qu’ils ne savent pas encore manœuvrer. Le plus rationnel à leurs yeux est donc de louer avant le départ les services d’un skipper professionnel qui les coachera à bord de leur propre voilier.

    cours de voile sur un catamaran de croisière

    Tous n’ont pas des budgets faramineux, mais ces plaisanciers sont habitués à réussir ce qu’ils entreprennent. Ils sont confiants, ils ont de l’argent pour les coups durs, et savent que même s’ils mettent une grande part de leurs économies dans leur projet, ils pourront revendre le bateau au retour et rebondir facilement.

    L’objectif étant de partir rapidement ils ne s’attardent pas sur des détails tels que barrer avec des penons. L’électronique du bord leur donnera toute les indications nécessaires à la bonne marche du  bateau et ils n’ont pas l’intention de barrer leur voilier. Les grands voiles à enrouleur, le pilote hydraulique et les winchs électriques feront le job tandis qu’ils se concentreront sur l’essentiel: le plaisir d’être au large, seuls au monde et de visiter les plus beaux mouillages tropicaux de la planète.

    5.L’autodidacte: partir et apprendre tout seul sur son propre bateau

    Voilà une personne qui ne prendra jamais de cours de voile. Amoureux de la mer et des bateaux, il sait lire et il n’aime pas trop qu’on lui dise ce qu’il doit faire. Il va donc tenter de se passer de moniteur de voile. Ce genre de marin est tout à fait capable de s’acheter un voilier et de prendre le large après avoir fait 3 ronds dans l’eau pour apprendre à hisser les voiles et les border approximativement. Quelquefois c’est toute une famille qui s’embarque ainsi dans l’aventure, pour le meilleur et pour le pire. Pour eux, la soif de liberté et d’action est plus forte que l’appréhension. De plaisirs en galères ils apprennent ce dont ils ont besoin au moment où ils en ont besoin, ou juste après… D’autres l’ont fait donc pourquoi pas eux?

    apprendre la voile sans prendre de cours

    En mer dans les situations difficiles l’expérience et la préparation feront la différence. Mais en évitant au maximum les conditions dangereuses, et avec un petit peu de chance, il est vrai qu’il est possible de se promener en bateau autour du globe et d’apprendre au fil de l’eau.

    Ce constat donne raison aux plus téméraires, tant qu’ils ne rencontrent pas une difficulté mal anticipée. Un homme à la mer par exemple, ou une erreur de navigation. Lisez l’expédition du Kon Tiki: on y apprend qu’il est tout à fait possible de traverser le Pacifique sur un radeau de troncs d’arbre. Lisez le jusqu’au bout et voyez la fin. On en reparle quand vous l’aurez terminé 😉

    Plus proche de nous si vous avez suivi l’hivernage de Guirec Soudée dans les glaces du Groenland, vous aurez une idée de ce qu’autodidacte peut signifier d’approximation et d’inconscience. Est-ce une caractéristique inévitable des aventuriers débutants?

    Conclusion:

    Ces profils d’apprentissages reflètent la psychologie de chaque marin ainsi que ses influences. Quand vos parents vous plongent dans la marmite tout jeune, si vous y prenez goût vous aurez très tôt de solides compétences nautiques. Pour tous les autres qui découvrent la voile à l’âge adulte un parcours d’apprentissage est à construire.

    Ce que montre aussi cette diversité, c’est que lorsque nous apprenons la voile nous avons tous une question à résoudre: à quel moment nous jeter à l’eau (avec une brassière) en prenant la responsabilité de notre bateau?

    Pour ma part je vous conseillerai de le faire le plus tôt possible, mais en minimisant les risques. Prenez quelques cours, choisissez un plan de navigation réputé facile avec des conditions météorologiques clémentes et lancez-vous.

    Au fait, vous êtes-vous reconnu dans un de ces profils?

     

    on se jete à l'eau, on prend des cours de voile!

     

  • apprendre la voile pour réaliser ses rêves
    tutos

    Apprendre la voile: quel parcours suivre?

    Quand la passion vous prend rien ne peut plus vous arrêter. Vous débutez la voile et déjà vous vous imaginez traverser les océans, explorer les plus belles baies du monde et mouiller dans la baie des Vierges aux îles Marquises tandis que le soleil couchant illumine les palmiers sur le rivage. Comment apprendre la voile le plus vite possible pour  réaliser vos rêves d’aventure?

    Quand j’ai fait circuler sur les réseaux sociaux mon livret gratuit intitulé progresser en voile sans prendre de cours, j’ai du faire face à quelques commentaires indignés. Ce qui m’était reproché? Rien moins que de mettre vos vies en danger!  Alors j’ai mis un point d’interrogation à la fin du titre, pour amener les lecteurs à réfléchir plutôt qu’à polémiquer.

    Peut-on progresser sans prendre de cours de voile?

    Vous trouverez ma réponse dans le livret en question en vous inscrivant sur le blog.

    Peut-on apprendre la voile sans prendre de cours, et en partant de zéro?

    Quelques débutants ont en effet réussi cet exploit, c’est donc possible. De là à conseiller cette option, je ne m’y risquerai certainement pas ici. Disons qu’ils ont peut-être eu aussi beaucoup de chance.

    Il n’est pas bien difficile en effet d’acquérir des rudiments de voile pour s’amuser rapidement sur l’eau. Mais il est préférable d’accompagner ces rudiments de notions de sécurité incontournables: prendre la météo, s’attacher quand la mer est agitée, tenir compte des courants, du balisage, connaître les procédures d’appel de détresse etc. Des notions qui ne peuvent pas faire appel au seul bon sens.

    Parce que tout le monde n’a pas le même bon sens, voire pas de bon sens du tout.

    Et puis les sauveteurs en mer ont autre chose à faire qu’à risquer leur vie pour des accidents qui auraient pu facilement être évités. Je pense que vous aussi vous voulez apprendre à naviguer mais pas apprendre à couler.

    opération de sauvetage en mer

    Comment alors apprendre la voile, aussi vite que possible et en sécurité?

    S’il existe un domaine où l’expérience et l’autonomie sont des qualités essentielles, c’est bien la voile.

    L’autonomie désigne la capacité d’un individu à se gouverner soi-même. En mer c’est une nécessité. Comment acquérir cette qualité?

    En l’exerçant tout de suite, dans vos apprentissages. Vous pouvez construire vous-même votre propre parcours d’apprentissage de la voile. Vous n’êtes absolument pas obligé de passer des niveaux, jusqu’à obtenir un diplôme de “Chef de bord” comme à l’école. Les programmes scolaires ne rendent pas autonome.

    Soyez autonomes dans vos apprentissages

    Les écoles de voile, les formations en ligne et les livres vous donneront des connaissances. En pratiquant vous transformerez ces connaissances en compétences: vous saurez faire un nœud de chaise, border une voile, barrer au près.

    Les moniteurs de voile et les skippers professionnels vous permettront d’apprendre dans un environnement sécurisé. Ils prendront en charge tout ce que vous ne savez pas encore. Ils vous diront à quel moment appliquer nos connaissances, puis nos compétences. Ils vous donneront les bases de la sécurité en mer.

    A la fin de vos stages de voile vous obtiendrez des diplômes plus ou moins officiels. Par exemple la FFV (Fédération Française de Voile) a prévu toute une progression d’acquisition de connaissances et de compétences attestées dans des livrets remis aux pratiquants.

    Vous pouvez obtenir le même résultat (mais sans diplôme) en naviguant avec des plaisanciers expérimentés et pédagogues. Il peut s’agir d’amis, ou de propriétaires de voiliers qui cherchent des équipiers sur les plateformes de cobaturage. Vous compléterez votre formation en lisant des manuels de voile et en regardant des vidéos d’initiation.

    apprendre à naviguer en s'amusant

    Tout ceci est indispensable, mais vous allez me détester de vous dire ici que cela ne fera pas de nous un marin autonome. Ce n’est pas suffisant. Vraiment pas.

    Si vous aspirez à prendre un jour la responsabilité d’un équipage, d’un voilier, ou seulement seconder efficacement votre skipper, vous ne pouvez pas vous contenter de faire des stages de voile.

    Vous devrez vous mettre en situation de prendre des décisions tout seul. Vous aurez à compléter vos apprentissages en vous perfectionnant vous même. Apprendre à apprendre. Se poser sans cesse des questions et chercher partout les réponses. Comme cela vous progresserez même sans prendre de cours et vous deviendrez autonome.

    Ensuite vous cumulerez de l’expérience. Vous varierez les situations, les zones de navigations, les saisons, les supports.  Vous serez alors prêt à affronter les situations les plus inattendues, sans perdre votre sang-froid. Ce qui fait l’étoffe d’un bon skipper.

    Donc si vous voulez vraiment apprendre la voile, ne vous prenez pas la tête avec l’ordre dans lequel vous devrez passer tel ou tel niveau ou toute sorte de diplôme plus ou moins utile.

    Alternez régulièrement théorie et pratique.

    1. Commencez par trouver des gens pour vous montrer le b.a.-ba de la voile: professionnels ou amis, peu importe.
    2. Lisez, apprenez le vocabulaire de la voile, regardez des vidéos, posez des questions partout et à tout le monde
    3. Pratiquez autant que vous pouvez.
    4. Revenez au point numéro 1. Ou au point numéro 2. On s’en fiche. L’important c’est de progresser.
    5. Quand vous êtes prêts, testez votre autonomie en prenant la responsabilité d’un bateau.
    6. Revenez au point qui vous intéresse…

    Peut-on apprendre la voile rapidement?

    Vous pouvez accélérez le processus en pratiquant le plus possible et en diversifiant les situations. Cependant accumuler de l’expérience prend du temps. En mer rien n’est jamais tout à fait semblable, sauf si vous naviguez toujours au même endroit, à bord du même bateau avec la même météo, le même équipage et encore…

    hisser les voiles

    Vous-même vous sentirez différent! Vous allez vous découvrir face à l’imprévu, à la nécessité de réagir rapidement, la peur. Vous devrez composer avec des équipages et des skippers plus ou moins sympathiques. Serez vous patient et discipliné?  Êtes-vous plutôt destiné à naviguer en équipage ou en solitaire?

    Evitez de vous faire peur inutilement

    Le risque si vous allez trop vite ou si vous débutez avec des personnes incompétentes ou peu sûres d’elle-même est de vous faire peur. Vous aurez du mal à vous débarrassez de cette peur ensuite. Vous pourriez même vous dégoûter de la voile. Ce serait vraiment dommage!

    Pour ces raisons, même si vous êtes pressés, choisissez bien avec qui vous embarquez. Ne commencez pas à naviguer avec des personnes peu sûres d’elle-mêmes, stressantes ni qui vous crient dessus pendant les manœuvres. Choisissez toujours des voiliers bien entretenus.

    Prenez la météo même si vous n’êtes pas le skipper: vous avez quand même le droit de décider jusqu’au dernier moment si vous voulez embarquer ou non! Vous expérimenterez le mauvais temps plus tard, en ayant pris les précautions nécessaires s’il s’agit d’un entraînement.

    Votre apprentissage doit rester un plaisir, et surtout pas devenir une galère!

    Où trouver une place d’équipier pour apprendre la voile?

    La réponse paraîtra évidente aux habitués des pontons. Cependant les précisions ci-dessous peuvent vous aider à choisir.

    les écoles de voile

    La pratique du dériveur et du catamaran de sport vous donnera un avantage pour faire marcher votre voilier. Vous y apprendrez à vous repérer sur l’eau sans électronique. L’observation sera votre instrument de navigation principal: direction du vent, anticipation des risées et des courants, vous deviendrez un maître dans la lecture du plan d’eau. Dans le même esprit vous apprendrez à régler finement vos voiles et à optimiser la répartition des poids sur le bateau.

    catamarans école de voile

    L’inconvénient est que pour parvenir à ce résultat il faudra quand même compter quelques semaines de pratique. Il vous faudra aussi une bonne condition physique et accepter de passer du temps dans l’eau au début… Enfin il est probable que vous deviez naviguer avec des adolescents car peu de cours en voile légère sont réservés aux adultes. Pour ces raisons les plaisanciers qui ont débuté de cette manière ont souvent démarré la pratique de la voile très jeunes.

    les écoles de croisière

    Dans ces écoles vous naviguerez sur des voiliers habitables. Ces voiliers appartiennent soit à des associations, soit à des sociétés. Dans le premier cas vos instructeurs seront des moniteurs formés par la FFV, dans le second ce seront des skippers professionnels titulaires d’un brevet de la marine marchande tel que le Capitaine 200 option voile.

    A bord d’un croiseur, outre la manœuvre à la voile vous découvrirez bien d’autres aspects de la navigation, entre adultes. En l’occurrence vous apprendrez à faire le point , exécuter des manœuvres de port au moteur, mouiller une ancre, tenir un quart etc. Si ce type de navigation est généralement plus confortable que la pratique du dériveur, les forces en jeu sont bien plus impressionnantes. La taille du voilier et la surface des voiles peuvent vous intimider et retarder le moment où vous prendrez votre envol.  Votre courbe d’apprentissage sera fonction de votre motivation, de la pédagogie du skipper et de la bonne entente de l’équipage.

    les associations de plaisanciers et de régatiers

    Il en existe dans la plupart des ports de plaisance. Les plus dynamiques organisent des navigations conviviales à plusieurs bateaux, ou carrément des régates et des entraînements à la régate. En plus de cela vous aurez parfois accès à des formations à l’électricité marine, à la mécanique ou à la météo. Fréquenter les associations de plaisanciers ou un yacht-club vous garantit de trouver des embarquements, pourvu que vous ayez le sourire! Les skippers que vous rencontrerez auront une expérience et un sens de la pédagogie extrêmement variable. A vous de multiplier les expériences pour trouver le bon capitaine et découvrir les astuces des uns et des autres!

    apprendre la régate

    les bourses des équipiers

    Si l’association de plaisanciers la plus proche de vous n’en propose pas, vous en trouverez plusieurs sur Internet. Il existe des groupes Facebook de bourse des équipiers, ainsi que des sites dédiés. Tapez “bourse des équipiers voile” dans votre moteur de recherche pour y accéder.

    Ces offres d’embarquement sont proposées par des particuliers, des propriétaires de voilier qui cherchent à compléter leur équipage pour toutes sortes de destinations. Par ce moyen, vous pouvez aussi bien naviguer un week-end en Bretagne que traverser l’Atlantique par les alizés. Sachez qu’il vous sera demandé une participation aux frais, laquelle est très variable. Parfois les prix se rapprochent de ceux d’une prestation professionnelle sans que cela soit justifié.

    Quelques précautions peuvent être nécessaires avant d’embarquer via une bourse des équipiers. Si vous voulez en savoir plus, je vous explique dans mon ebook gratuit “progresser en voile dans prendre de cours” comment choisir votre embarquement.

    les amis

    C’est une solution très conviviale, forcément, qui devrait booster votre motivation. Sachant qu’un voilier demande beaucoup d’entretien, pensez à proposer votre aide pour le carénage des voiliers sur lesquels vous êtes invités, cela est toujours bienvenu. A défaut, ou en complément vous pouvez embarquer avec votre cocotte-minute remplie d’un délicieux ragoût maison, et une bonne bouteille. Ces attentions feront de vous un équipier très apprécié, même si vous débutez.

    Enfin comme pour la solution précédente, ne vous contentez pas d’embarquer toujours avec les mêmes personnes. Vous pouvez d’ailleurs mixer ces 4 possibilités d’embarquement pour vous former au mieux.

    Votre conjoint-e

    C’est un sujet délicat. Vous pouvez vous référez aux 10 raisons pour lesquelles votre femme n’aime pas le bateau pour vous donner un aperçu de la difficulté. De manière générale, je pense qu’il vaut mieux apprendre la voile avec un ou une skipper plus neutre. La relation de couple engendre souvent un excès de protection de la part de celui qui sait, la peu de décevoir de l’autre côté… bref ça peut vite être compliqué. Après il y a toujours des exceptions. Lisez l’article précité et dites moi ce que vous en pensez.

    Les meilleures sources pour acquérir la théorie et les notions de sécurité

    apprendre la navigation

    Les manuels de voile

    Cette liste n’est absolument pas exhaustive, n’hésitez pas à la compléter ici dans les commentaires sous l’article. Si vous les achetez en cliquant sur les liens ci-dessus je vous informe que je toucherais une petite commission pour le blog.

    Les vidéos d’initiation

    Allez sur YouTube, et tapez votre question dans la barre de recherche. Vous aurez des explications pour la plupart des manœuvres de base, y compris des exemples de manœuvres d’homme à la mer. Vous pouvez aussi gagner pas mal de temps en vous rendant sur Eskif.com. Ce site regroupe un grand nombre de chaînes de tutos videos sur la voile.

    Les forums et les groupes facebook

    Pour ma part je connais surtout le forum Hisse et Oh, extrêmement réactif et fourni en informations de tous ordres. Mais vraiment de tous ordres… Le problème dans ce genre de forum est que vous ne savez pas qui est vraiment compétent et qui vous raconte n’importe quoi. Il arrive également que certains participants soient désagréables. Mais ces inconvénients mis à part, si vos questions sont précises, vous pouvez obtenir une aide précieuse par cet intermédiaire.

    Quant aux groupes Facebook, le choix ne manque pas. Ils prennent la relève des forums avec les mêmes avantages et les mêmes inconvénients, plus ceux de Facebook…

    Passer le permis hauturier et le CRR

    Quelque soit votre parcours pour apprendre la voile, vous ne regretterez JAMAIS d’avoir passé le permis hauturier! Il n’est pas obligatoire pour mener un voilier en France, mais vous y apprendrez à faire la navigation sur une carte avec une grande précision. Vous deviendrez incollables en calcul de marée. Vous recevrez aussi quelques enseignements sur la météo et la sécurité.

    Quant au CRR il est très facile à passer et surtout il est obligatoire à bord des voiliers équipés de VHF-ASN, et si vous naviguez à l’étranger. Si vous êtes titulaires d’un permis de plaisance côtier ou hauturier, vous n’avez pas besoin du CRR tant que vous restez en France. Il vous donnera connaissance des procédures d’appels de détresse et des règles d’utilisation de la VHF. Si vous envisagez de naviguer à l’étranger, même comme équipier, il vaut mieux que vous l’ayez.

    Enfin pour les Canadiens, la carte de conducteur d’embarcation de plaisance est obligatoire dès lors que la puissance du moteur atteint 10 CV, même sur les voiliers.

    Skipper un bateau

    Quand vous aurez atteint un niveau  suffisant pour quitter le port et y revenir sans encombres, je vous conseille fortement de prendre de temps en temps la responsabilité d’un petit bateau, puis d’un moyen, puis d’un grand…

    apprendre la voile skipper

    Choisissez des conditions de navigation plus faciles (excellente météo, courants faibles, bateau et équipage en bon état) au début, sur de courtes distances. Vous augmenterez votre rayon d’action quand vous aurez pris de l’assurance.

    Ce passage au grade de skipper, même pour une journée, vous fera énormément progresser. Vous pouvez alterner le poste d’équipier et de skipper d’une sortie à l’autre. Ce n’est pas parce qu’on a déjà dirigé un voilier que l’on ne peut plus être équipier, bien au contraire!

    Pour cela vous pouvez louer, acheter ou emprunter un voilier. J’ai rédigé un article sur l’opportunité de louer ou d’acheter un bateau, vous pouvez vous y référer avant de commettre l’irréparable 😉

    Quant à l’emprunt, cela reste un peu délicat quand on est inexpérimenté. Si vous abimez le bateau d’un ami, restera-t-il votre ami par la suite? Je vous suggère plutôt d’attendre qu’on vous le propose. Ne vous formalisez pas si cela ne se produit pas. Un bateau est pour certains marins comme une extension d’eux-mêmes: ils ne le prêteront jamais.

    Et maintenant…lancez-vous!

    Vous avez à présent les informations nécessaires pour vous lancer. Vous savez que pour devenir un marin autonome vous devez vous composer un parcours d’apprentissage sur mesure. Autonomes dans vos apprentissages, vous avez toutes les chances de l’être également sur l’eau.

    Passez le permis hauturier pendant l’hiver et trouvez un embarquement aux beaux jours. Ne restez pas équipier toute votre vie! Même si vous n’avez pas l’âme d’un skipper, tentez le coup sur de petits voiliers au moins deux ou trois fois dans des conditions faciles.

    A présent dites-moi ce qui vous tente: par quoi allez-vous commencer? L’école de croisière? Les copains? Ecrivez-le sous l’article dans les commentaires!

     

  • quel bateau choisir pour débuter
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    Quel bateau choisir pour débuter?

    Depuis des mois, des années parfois, vous caressez l’idée de devenir propriétaire de votre voilier. Vous avez accumulé un peu d’expérience, mais pour aller plus loin vous sentez qu’il faut que vous soyez votre propre skipper. Après de longues nuits blanches à tergiverser, vous avez tranché entre l’opportunité de louer ou d’acheter un bateau. Pour vous ce sera l’achat, cette fois-ci vous en êtes certain. Armé de cette certitude rassurante vous replongez immédiatement dans la perplexité: quel bateau allez vous choisir pour débuter?

    J’étais dans cet état d’esprit il y a presque 30 ans quand je cherchais avec ma mère son premier voilier. J’avais un début de compétence et elle avait les finances nécessaires. L’idée était de trouver un bateau facile à manœuvrer et capable de naviguer loin. Le second point était que je m’engageais à transmettre à ma mère mes connaissances assez rapidement pour qu’elle soit autonome avec son voilier. Je reconnais que ce genre de situation est un peu originale, mais les questions que nous nous avons rencontrées sont bien celles que tout débutant doit se poser lors de l’achat de son premier bateau.

    Vous me direz que depuis les années 90 les choses ont bien changé.

    Oui et non. Les questions de fond restent les mêmes. Deux choses ont évolué cependant: le marché de l’occasion s’est considérablement développé. Aujourd’hui on peut trouver son bonheur pour très peu d’argent, du moins lors de l’achat. Le second point qui a évolué, ce sont les aides à la navigation. Du pilote électrique à la cartographie électronique, les équipements modernes facilitent énormément la prise en main d’un premier voilier. Ce qui ne justifie pas de faire l’impasse sur certains apprentissages, mais ceci fera l’objet d’un autre article 😉

    quel équipement de bateau choisir pour débuter

    Au fait, deux petites mises en garde:

    • N’achetez JAMAIS un voilier si vous n’avez jamais navigué auparavant. Entre ce que vous imaginez et la réalité de l’expérience il peut y avoir un énorme fossé.
    • N’achetez JAMAIS un voilier sans l’avoir vu au sec. Même si c’est une affaire, en apparence.

    A présent nous allons rédiger ensemble le cahier des charges qui va nous permettre de définir quel bateau choisir pour débuter.

    Voici les caractéristiques idéales du voilier du débutant.

    1. Un voilier facile à manœuvrer

    Apprendre la voile ne nécessite pas forcément de relever des défis toutes les cinq minutes. Vous finiriez par abandonner.

    Déjà dans les ports: imaginez-vous vous garer entre deux travées de bateaux par fort vent traversier. Si vous êtes novice en manœuvres de port vous vous ferez vite des cheveux blancs en choisissant un “camion”.

    Qu’est-ce qu’un camion?

    Le camion est un voilier lourd qui a besoin de place pour tourner. Il a des superstructures importantes qui donnent beaucoup de prise au vent : beaucoup de fardage donc. Son pas d’hélice vous conduit inexorablement vers tribord (ou bâbord, c’est selon) en marche arrière. Son plan de voilure est celui des anciens sloop: petite grand-voile et génois à fort recouvrement. Autant dire qu’il faudra des bras pour border aux virements de bord. A la barre il vous donne peu de plaisir, par contre là aussi il exige une bonne musculature.

    Donc si vous débutez, à moins que le confort au port ne prime sur tout le reste, évitez ce type de voilier.

    A l’inverse j’ai rencontré un jeune homme qui avait débuté sur un First Class 8. Il l’a acheté et il a appris à naviguer presque tout seul. Ce garçon ne doit pas lire ce blog. Il est d’une trempe particulière, du genre qui n’a peur de rien et tout dessus par 40 noeuds de vent.

    quel bateau rapide choisir pour débuter

    Le First Class 8 est un petit bolide, conçu pour la régate. Il a des bastaques. Il réagit tout de suite aux réglages. Pour débuter en voile comme équipier c’est un très bon support. Pour vos premiers skippages en revanche, ce n’est pas impossible, mais alors allez-y progressivement, d’abord par petit temps puis augmentez la difficulté. Je vous donne d’ailleurs des conseils à ce sujet dans mon livret “progresser en voile sans prendre de cours”, c’est le moment de le télécharger si vous ne l’avez pas encore fait (formulaire bleu à droite de votre écran et en fin d’article)

    Une taille comprise entre 24 et 32 pieds

    A ce sujet je vous déconseille de dépasser 32 pieds pour un premier voilier. Je pense même que le top pour s’initier à la croisière serait de démarrer sur un bateau entre 24 et 28 pieds. Ils sont plus facile à prendre en main, pardonnent mieux les erreurs et accessibles à toutes les bourses.

    N’oubliez pas cet adage : petit bateau = petits soucis + petit budget.

    2. Vivant

    L’inverse du camion en voile, ce serait la mobylette. Il s’agirait d’un voilier léger, réactif et capable de se faufiler dans les ports sans égratignures.

    Un voilier de ce type vous enseignera le réglage de voile presque autant qu’un dériveur léger, tout en vous initiant à la croisière. Alors qu’à bord d’un camion vos réglages fins n’auront aucun effet perceptible.

    Pour la majorité des débutants, des bateaux vivants mais un peu moins toilés que le Class 8 conviendront mieux. Vous aurez plus le temps de vous concentrer sur d’autres aspects que la manœuvre et les réglages: la navigation par exemple, ou votre équipage

    En réalité, nombre de petits voiliers de croisière habitables , lorsqu’on les dote de belles voiles peuvent vous donner de belles sensations. J’appelle cela réveiller un voilier 😉

    3. Un bateau prêt à naviguer?

    Êtes-vous bricoleur? Si non, oubliez l’idée d’acheter un bateau.

    A quel point aimez-vous bricoler?

    quel bateau de croisière chosir pour débuter

    Ceci déterminera votre choix. Certains marins prennent autant, voire plus, de plaisir à rénover des voiliers qu’à naviguer. Le premier avantage de cette démarche est qu’elle vous amènera à connaître votre destrier de fond en comble. Cela est très utile en cas d’avarie en mer. Le second avantage est que si vous êtes vraiment motivé, vous pouvez faire des affaires intéressantes en achetant de vieux voiliers à l’abandon.

    L’inconvénient majeur est bien sûr que pendant que vous retapez votre bateau, vous n’êtes pas sur l’eau. A vous de voir quel est votre objectif immédiat.

    4. Quel confort?

    Cette question rejoint celle du programme de navigation. Disons que si vous voulez dormir à bord, quel est le niveau de services qui vous est indispensable? Posez vous la question à vous-même mais aussi à votre futur équipage. Sinon vous n’aurez peut-être pas d’équipage.

    Entre le seau et le wc, la douche solaire en pied de mât et la salle de bain avec eau chaude sous pression, les mini-cabines où l’on vit à 4 pattes et les hauteurs sous barrot de cathédrale, vous aurez des choix à poser.

    Retenez tout de même que plus vous avez d’équipements de confort et plus vous aurez de pannes potentielles.

    Souvent les bateaux légers et rapides sont très spartiates. Il en existe qui sont légers, rapides et confortables, mais ils sont plus chers. A l’inverse il existe sur le marché de l’occasion quantité de petits bateaux à bon marché que l’on peut équiper pour vivre à bord sans risquer le lumbago.

    5. La place de port

    Dans certaines zones tendues, les places de port se font vraiment rares. Bonne nouvelle: la situation est amenée à s’améliorer, en partie grâce à des innovations dans les modes de stationnement proposées par les marinas.

    Parfois le premier bateau vient donc avec sa place au ponton. Il faut y penser avant d’acheter, sinon vous allez vous trouver devant un gros problème. Autre alternative plus économique:  louer un corps-mort coûte beaucoup moins cher qu’une place en marina.

    6. Accessible financièrement

    Le bon bateau est d’abord celui que l’on peut s’acheter.

    Franchement, dès que vous avez résolu le problème du stationnement, vous n’avez plus d’excuse. Il existe des voiliers aujourd’hui pour absolument tous les budgets. Le marché de l’occasion est immense. Les bateaux mais aussi les voiles, les moteurs, l’accastillage, tout peut s’acheter d’occasion!

    Le truc pour ne pas vous trouver en banqueroute: établissez un budget prévisionnel AVANT d’acheter. Le prix que vous pouvez mettre doit englober tous les postes, plus une réserve de sécurité. Si vous respectez ce principe tout devrait bien se passer.

    7. Revendable

    Si vous tombez en arrêt devant un joli proto en contreplaqué-epoxy, réfléchissez bien avant d’acheter. Le jour où vous voudrez un plus grand bateau, ou bien plus de bateau du tout, pourrez vous le revendre facilement? Et à quel prix?

    Les voiliers d’occasion qui se vendent le mieux sont des bateaux de série dont la réputation est solide. Les autres sont réservés à des passionnés. Ils peuvent vous rester longtemps sur les bras.

    D’autre part quand vous achetez un bateau vraiment ancien, sa valeur dépend essentiellement de son équipement. Une voile neuve peut coûter aussi cher que le voilier nu, mais elle se dévalorise vite. Donc quand vous revendrez ce voilier, c’est l’équipement et sa pose qui fera monter le prix, mais à la moitié du neuf évidemment.

    8. Le programme de navigation

    Admettons que vous débutiez, mais pas totalement non plus. Vous pouvez avoir des tas de raisons d’acheter ce premier voilier. Dans cet article, comme dans tout ceux du blog, je suis partie de l’idée que vous vouliez progresser en voile. Il n’empêche que vous pouvez aussi aspirer à naviguer très loin et très longtemps. A moins que la navigation côtière ait votre préférence. Tout est possible.

    J’ai restreint la longueur à 32 pieds parce qu’au delà sans expérience je pense que vous courrez le risque d’être dépassés. Or vous pouvez tout à fait faire un tour du monde à bord d’un 32 pieds. Et même avec un 28 pieds. Ce qui change avec la taille: le confort, la vitesse, le coût.

    Le programme de navigation vous amènera à définir les critères suivants:

    • tirant d’eau souhaité
    • dériveur, quillard, quille relevable
    • performances
    • solidité
    • confort

    9. Le coup de cœur

    Revenons sur le joli proto en CP de tout à l’heure. Mettons qu’il soit bien équipé, entièrement rénové et qu’il réponde à votre programme de navigation. Alors que faites-vous? Sera t-il le bateau que vous devrez choisir pour débuter?

    Calculez sa valeur au plus juste en tenant compte de l’ancienneté, du matériau et de l’équipement. Négociez autant que possible sans vexer le vendeur. Et puis foncez si tous les voyants sont au vert! On n’a qu’une vie!

    Quelque soit votre choix: vous serez bien plus motivé pour naviguer sur un voilier que vous aimez. Vous apprendrez mieux et plus vite!

    10. Quelques voiliers indémodables pour débuter

    Nous arrivons au terme de cet article. Tout au long de votre lecture vous voyez que j’ai cité très peu de modèles pour que vous restiez focalisés sur votre cahier des charges. Par ailleurs je connais le marché français, mais pas le marché canadien par exemple. Si d’aventure quelques lecteurs québecois passaient par là je leur serais reconnaissante de nous renseigner.

    Un écume de mer en vente sur le bon coin

    Quel bateau choisir pour débuter?

    Voici quelques petits voiliers de croisière anciens pour débuter en France, peu chers, aux performances honorables et qui vieillissent bien, dans le désordre :

    First 210 ou 211, First 21.7, Trident 80, Sangria, Ecume de Mer, First 25, Kelt 8m, Brise de mer 28, Aquila, RM 900, first 29, Dehler 28, Flush Poker, Fantasia, Arcadia,  First 285 GTE …

    Pour des budgets plus confortables: Django 7.60, RM 8,80m, Sun Fast 32, First 31.7 etc.

    Conclusion

    Voilà, vous savez que avez du choix. Les sites de bateaux d’occasion vous tendent les bras, tout comme les chantiers nautiques et les marinas. Promenez-vous, soyez curieux, dressez votre cahier des charges. Quand vous aurez visité un voilier qui vous plaît, dressez un budget exhaustif, essayez-le, voyez-le au sec. Et puis cessez de procrastiner: lancez-vous et dites-nous quel bateau vous avez choisi pour débuter!

     

  • penon au vent
    tutos

    3 repères efficaces pour le réglage de voile

    Un bon réglage de voiles, c’est d’abord l’assurance de les garder plus longtemps en bon état. Mais c’est aussi beaucoup plus de plaisir et de confort pour tout l’équipage. Les sensations à bord d’un voilier bien équilibré sont grisantes! Sans parler du bonheur de dépasser les autres bateaux: eux ne savent peut-être pas que vous êtes en course, mais vous, si!

    Alors comment obtenir ce résultat?

    Quand j’ai passé mon monitorat de voile, j’ai fait tout un exposé sur l’hydrodynamique et l’aérodynamique des voiliers. Un long discours ponctué de schémas qui aboutissaient à la conclusion suivante: pour bien régler les voiles, le meilleur indicateur: ce sont les penons!

    Sauf qu’ils ne sont pas les seuls. Pour cet article j’ai retenu 3 principaux repères, à évaluer dans un ordre bien précis pour optimiser vos réglages de voiles.

    Je vais essayer de vous traduire tout ceci le plus simplement possible. Et à la fin de l’article, vous saurez régler vos voiles en 3 coups d’œil!

    Pour commencer je vous livre un scoop:

    Premier scoop: le vent qui souffle dans vos voile n’est pas le vent réel, mais le vent apparent.

    Quand le bateau se déplace, il crée un vent qui est égal à sa vitesse. Il en va de même pour les vélos, les voitures, pour tout objet qui se déplace dans l’air.

    Ce vent vitesse s’additionne au vent réel pour créer un vent que l’on nomme vent apparent. C’est le vent apparent qui souffle sur votre visage, et sur votre girouette quand vous êtes à bord. Pour ressentir le vent réel, il faut que le vent vitesse soit nul, donc il faut être à l’arrêt.

    réglage des voiles suivant le vent apparent

    Sur le schéma ci-dessus, j’ai dessiné le triangle des forces qui permet de calculer le vent apparent. On voit qu’il est la somme VA = VR+VV.

    En conséquence, du travers au près, le vent apparent est moins favorable au voilier et plus fort que le vent réel. Au portant c’est l’inverse.

    Dans la suite de cet article, le vent à partir duquel nous règlerons nos voiles sera toujours le vent apparent.

    Deuxième scoop: Savez-vous que le vent ne pousse pas votre voilier?

    Je sais, ça peut paraître fou, mais le vent ne pousse pas votre voilier, il l’aspire!

    Exactement comme un avion ne s’appuie pas sur l’air pour voler, mais est aspiré par la dépression générée par la circulation de l’air sur les deux faces profilée de ses ailes.

    Les voiles sont aspirées par une dépression

    Lorsque le vent rencontre la voile, il se sépare en deux filets d’air qui longent chacun la face externe (l’extrados) et interne (l’intrados) de la voile. Quand les voiles sont bien réglées, l’air circule sans former de tourbillons, on dit que l’écoulement est laminaire.

    Ce phénomène crée une différence de pression entre les deux côtés de la voile. Sous le vent l’air dévié par la voile accélère, créant une dépression. Au vent, l’air s’étale dans le creux et ralentit. l’air qui circule dans l’intrados exerce tout de même une pression sur la voile, mais celle-ci est deux fois moins forte que la dépression sous le vent. Voilà pourquoi on considère que les voiles sont plus aspirées que poussées.

    Le cumul des deux forces donne la force aérodynamique totale qui s’exerce sur la voile.

    réglage des voiles aérodynamique

     

    Ce phénomène fonctionne pour tous les fluides circulant sur une surface convexe. Vous pouvez l’expérimenter vous même en plaçant une cuillère verticale sous un filet d’eau du robinet. La cuillère sera aspirée par son coté bombé. Si vous coupez l’eau, elle redevient parfaitement verticale.

    Augmenter la puissance d’une voile

    Pour augmenter la puissance d’une voile, il faut augmenter la force aérodynamique.

    Or plus les filets d’airs sont déviés de leur direction initiale, plus cette force augmente. Pour augmenter la déviation de l’air, nous avons deux possibilités:

    • accentuer le creux de la voile
    • border la voile

    Cependant il y a des limites!

     

    réglage incidence voile

    Quand on creuse une voile, la force aérodynamique augmente mais elle change légèrement de direction. Elle tire un peu moins vers l’avant. Si vous voulez naviguer au près vous ferez donc moins de cap. Cette solution fonctionne bien dans le petit temps, ou dans le clapot, deux situations où on va privilégier la puissance.

    Quand on borde une voile, on augmente certes la puissance, mais à partir d’un certain angle de la voile par rapport au vent (que l’on appelle “incidence“), les flux d’airs sur l’extrados décrochent.

    Ainsi si vous abattez du près vers le travers mais que vous ne choquez pas vos voiles, le bateau va ralentir.

    Au portant l’écoulement de l’air est très perturbé

    Tout ce que vous venez de lire ci-dessous n’est valable que lorsque l’écoulement du vent est laminaire. Sur un voilier de croisière, les filets d’airs commencent à décrocher à partir du travers. Ensuite plus vous abattez, plus la pression directe du vent dans l’intrados prend le dessus. Au vent arrière, la force aérodynamique devient proportionnelle à la poussée du vent apparent dans vos voiles. A ce moment là on peut vraiment dire que nos voiliers sont poussés par le vent.

    réglage voile portant

    Maintenir un écoulement laminaire

    Vous l’avez compris, pour bénéficier de la composante d’aspiration de la force aérodynamique, nous avons tout intérêt à maintenir un écoulement le plus laminaire possible dans nos voiles.

    Pour obtenir les meilleurs réglages de voile nous allons observer attentivement les indicateurs dont nous disposons. Sur l’eau, réglez de préférence le génois avant la grand-voile.

    Régler ses voiles en trois coups d’œil

    Si vous voulez vraiment progresser, oubliez un instant vos girouettes et autres lochs électroniques. Le secret d’un bon réglage de voile passe d’abord par l’observation des voiles elle-mêmes. L’électronique vous donnera confirmation ensuite de la pertinence de vos choix.

    regarder ses voiles

    Premier coup d’œil: pas de plis dans les voiles

    Sachez d’abord que bien étarquer les voiles ne veut absolument pas dire qu’il faut souquer tous les bouts. Surtout pas! Ce serait le meilleur moyen de les déformer rapidement. Et comme chacun sait, les voiles sont un gros poste dans le budget d’un voilier!

    Quand vous hissez vos voiles, observez le tissu le long du guindant. Tendez la drisse jusqu’à effacer les plis horizontaux dans la voile. Si vous voyez un pli vertical se former à l’avant de la voile, c’est qu’elle est trop étarquée.

    Par contre si vous avez une grand-voile entièrement lattée, et que des plis verticaux apparaissent au niveau des goussets de latte, c’est que les lattes ne sont pas suffisamment tendues. Quand elles sont trop tendues, elles peuvent former un S dans le petit temps, ou bien elles restent à contre après un virement ou un empannage.

    régler la grand voile
    Ici les lattes forment un S: elles sont trop étarquées et le creux est trop avancé.

    Deuxième coup d’œil: visualisation du creux des voiles

    En principe vous avez pour vous aider des bandes de visualisation du creux de vos voiles. Vous pouvez régler deux paramètres du creux de la voile:

    • Sa position d’avant en arrière
    • Sa profondeur

    Le creux d’une voile est calculé dès sa conception pour se situer à un peu plus du tiers de son bord d’attaque. En agissant sur la tension du guindant vous pouvez l’avancer ou le reculer jusqu’à ce qu’il se trouve à sa place.

    Note: le bord d’attaque est l’avant de la voile, le bord qui attaque le vent en premier…

    Réglage du génois:

    Une fois qu’il est correctement étarqué et bordé à la limite du fasseyement vous pouvez observer le creux. En augmentant la tension dans l’étai, donc en reprenant du pataras, vous ferez avancer le creux du foc et inversement.

    Réglage de la grand-voile:

    Comme pour le génois vous pouvez agir sur la tension du pataras et cintrer légèrement le mât pour avancer le creux. Une autre possibilité est de reprendre de la drisse ou du cunningham, toujours pour avancer le creux. Inversement si vous relâchez la tension dans le guindant, le creux reculera.

    La profondeur du creux est plus délicate à régler. Plus haut nous avons vu qu’elle détermine la puissance de la voile, mais qu’elle peut engendrer un décrochage de l’écoulement de l’air. Nous allons donc passer au troisième indicateur.

    Troisième coup d’œil: penons et faveurs

    Ce qui suit est très utile quand votre voilier suit toujours le même cap par rapport au vent apparent. Avec un vent irrégulier ou un barreur qui fait des zigzags, vous devrez trouver un compromis.

    Les penons, ce sont ces petits brins de laine fixées à la voile en trois étages le long du guindant. Le long de la chute vous pouvez également placer des petits rubans de nylon en toile à spi. Ils nous permettent de “voir” l’écoulement de l’air sur les deux faces de la voile et à sa sortie.

    Quand  l’écoulement est laminaire, ils sont à peu près horizontaux, parallèles entre eux. Par contre, dès que vous abattez au delà du travers, les penons décrochent sous le vent, ils ne vous seront plus très utiles pour vos réglages.

    penon au vent
    Au près si le penon au vent décroche, l’écoulement est perturbé. Pour recoller le vent à la voile, il faut soit border le foc, soit abattre. (photo Sun2k – Flickr)

    Votre voile toujours bordée à la limite du fasseyement, vos penons peuvent dévier. Vous devez alors régler l’incidence de la voile avec le vent apparent pour retrouver un écoulement laminaire. Autrement dit, vous aller border ou choquer de l’écoute et du chariot d’écoute.

    Réglage du génois:

    Quand vous abattez vous pouvez creuser la voile en avançant le chariot d’écoute de génois. Pour cela choquez suffisamment d’écoute, déplacez le chariot et bordez à nouveau. Quand vos trois étages de penons sont bien orientés, votre voile est réglée.

    Inversement quand vous lofez il faut reculer le point de tire du génois (le chariot d’écoute).

    Note: Quand vous prenez des tours dans un génois, avancez également le point de tire, sinon la chute sera complètement détendue tandis que la bordure sera elle, trop tendue, et vous n’avancerez plus.

    Réglage de la grand-voile:

    Si vous voulez lui donner de la puissance, augmentez le creux en relâchant de la bordure. Cependant là aussi, quelque soit votre réglage de creux, les penons et les faveurs du haut de la voile risquent de décrocher quand vous abattez vers le bon plein et le travers. Cela vous indique que le haut de votre voile déverse. Votre grand-voile présente un vrillage et perd de la puissance en laissant s’échapper l’air dans les hauts. Cela peut-être utile si vous êtes un peu trop toilé dans les surventes.

    Mais si ce n’est pas le cas, vous perdez inutilement de la vitesse. Le meilleur réglage serait de conserver une chute droite plutôt que vrillée. Comment s’y prendre?

    C’est simple: au fur et à mesure que vous choquez l’écoute, il vous suffit de déplacer le chariot d’écoute de la grand-voile sous le vent. Ainsi vous alignerez le haut et le bas de la voile: la chute se tendra. N’oubliez pas de remonter le chariot si vous devez à nouveau lofer.

    réglage du chariot de génois
    A bord de ce voilier le chariot d’écoute de génois est bien positionné pour le près. Il tire dans l’axe de la bissectrice de l’angle formé par le point d’écoute. A noter le chariot de grand voile bien au milieu du rail.

    Concrètement, comment retenir tout cela?

    Le principe est simple: du près au travers, l’écoulement de l’air doit être le plus laminaire possible. Dans les faits:

    1. Pas de plis dans les voiles, pas de tensions excessives.
    2. Un creux situé légèrement en arrière du tiers de la voile
    3. Un creux plus profond pour gagner de la puissance dans le petit temps ou contre le clapot.
    4. Un creux diminué pour réduire la puissance dans la brise et au près.
    5. les voiles réglées à la limite du fasseyement
    6. Les penons sont alignés du près au travers.

    Pour vous former chez vous au réglage de voile, regardez des vidéos de voile et essayez de deviner si les voiles sont bien réglées. Tapez simplement le mot “régate” pour de belles images et de beaux réglages. Imaginez les réglages que vous pourriez faire pour améliorer la situation. Dès que vous serez sur l’eau, vous pourrez vérifier vos déductions!

     

  • entretenir son moteur de voilier
    tutos

    Comment apprendre à entretenir le moteur de son voilier?

    Voilà deux samedi que je consacre à entretenir le moteur diesel du voilier d’un bon ami. Je n’avais pas fait de mécanique depuis des années, et je ne connaissais pas spécialement ce moteur là, alors comment ai-je fait?

    En réalité une fois que vous savez prendre soin d’un moteur marin, vous pouvez exporter vos connaissances sur bien d’autres modèles de puissance similaire. Ici il s’agit d’un moteur Diesel, mais cela vaut aussi pour les moteurs hors-bord. Les principes de fonctionnement n’ont pas changé depuis des décennies. Les organes des moteurs sont toujours les mêmes, les différents circuits qui les alimentent aussi dans leur principe: électricité, eau, huile, carburant, liquide de refroidissement, air.

    Seulement je n’ai pas toujours eu ces connaissances ni ce savoir-faire. Alors par où commencer quand on n’y connaît rien en mécanique?

    1.Quand j’ai commencé à naviguer j’avais peur du moteur!

    J’avais 19 ans quand j’ai commencé à skipper le Brise de Mer 28 que ma mère avait acheté. J’avais un bac scientifique en poche, ce qui signifiait très concrètement que je ne savais rien faire! A part peut-être les cours d’électricité, je crois que rien de ce que j’avais appris à l’école ne pouvait m’aider à préparer ce voilier. Heureusement que j’ai toujours aimé bricoler 🙂

    Ce petit voilier était équipé d’un moteur Renault Couach, de type RC8D. Ce qui veut dire qu’il avait une puissance de 8 chevaux, c’était un tout petit moteur finalement. Il était assez sympa parce qu’il pouvait démarrer à la ficelle en cas de panne de électrique.

    entretenir un moteur de voilier

    Dès le début j’ai su que même si j’en avais un peu peur, je devrais faire ami-ami avec lui. Ma petite expérience de stagiaire en école de croisière me l’avait bien appris.

    A bord d’un bateau de croisière, même quand les voiles sont le principal moyen de propulsion, le moteur sert souvent

    • par calme plat,
    • dans les ports,
    • dans les rivières,
    • quand on veut accélérer le pas parce que la marée n’attend pas,
    • pour recharger les batteries,
    • pour alimenter le guindeau

    Or la loi de Murphy veut que s’il tombe en panne, c’est plutôt dans des situations limites. Du style quand vous entrez à Zumaïa avec de la houle au cul. Vraiment ce n’est pas le moment!

     

    Pour éviter ces désagréments il faut entretenir régulièrement le moteur de votre voilier. Impossible de l’ignorer, sinon je vous promets qu’il ne manquera pas de vous rappeler son existence.

    Sauf que moi, non seulement je n’y connaissais rien en mécanique, mais en plus j’étais impressionnée par le bruit et les vibrations du moteur en fonctionnement. Déjà j’osais à peine le regarder tourner. Toutes ces poulies, ces courroies, ces odeurs d’hydrocarbures, me repoussaient totalement. Je vous ai déjà écrit quelque part qu’à mes débuts j’avais pas mal d’angoisse à l’idée de prendre la mer. Et bien pour m’approcher du moteur je n’étais pas beaucoup plus à l’aise.

    Alors je me suis forcée. J’ai démarré le moteur et je suis descendue dans la cabine. J’ai ouvert le compartiment moteur et je me suis forcée à le regarder tourner. Au bout de quelques minutes, avant qu’il ne soit trop chaud, je me suis obligée à poser une main sur le cache-culbuteur. Et à la laisser là plusieurs secondes, malgré le bruit, les vibrations et le mouvement des courroies.

    Ensuite j’ai ouvert la notice d’utilisation et j’ai fait l’effort d’apprendre à en reconnaître tous les organes: pompe à gas-oil, pompe à injection, pompe à eau de mer, alternateur, démarreur, collecteur d’échappement etc.

    2. Ma première vidange

    Je ne sais pas pourquoi, quand on se décide à entretenir soi-même son moteur, la première fois, on commence toujours par la vidange d’huile. C’est vrai pour vous aussi?

    A l’époque il n’y avait pas d’Internet (je sais, c’est la phrase-type qui caractérise tous les gens nés avant 1990).

    Donc j’ai demandé à un copain de me montrer comment faire. On a acheté de l’huile, un filtre correspondant au RC8D et une petite pompe manuelle de vidange. Comme c’était le première fois, j’en ai mis un peu partout, mais j’étais quand même très fière. A tel point que je m’en suis vantée auprès d’un voisin de ponton qui était mécanicien à l’arsenal de Brest. Et là il m’a demandé: “Et l’inverseur? tu l’as vidangé aussi?”

    Le lendemain j’ai vidangé l’inverseur. Puis quand j’ai embrayé le moteur, il s’est mis à faire des bruits étranges. Normal: j’avais mis trop d’huile. Pas grave, je l’ai re-vidangé.

    Par contre j’ai mis au moins deux ans avant de toucher au circuit de gas-oil. J’avais peur de créer des prises d’air et je détestais l’odeur. Je me suis arrangée pour que d’autres la fassent pour moi. Cela dit il a bien fallu que j’apprenne cela aussi.

     

    changer filtre gasoil

    3. Mes premières pannes de moteur

    A la vérité, ma première panne de moteur a été surtout une panne de batterie. Nous naviguions au large de la Corogne, ma mère, ma sœur et moi-même. Le vent était complètement tombé et nous dérivions vers le rail du Cap Finisterre. Privées de batteries nous n’avions pas non plus de feux de mât ni de VHF pour avertir les cargos de notre situation. Comme le RC8D pouvait démarrer à la ficelle j’ai réussi à m’en sortir. Non sans difficultés car la place manquait dans la descente pour effectuer un geste ample et vigoureux sans se blesser.

    L’année suivante sur mon propre voilier, le coude d’échappement a cassé. Les conséquences étaient impressionnantes: un mélange d’eau et de suie d’échappement giclant à toute force dans le compartiment du moteur. J’ai accosté au ponton à la voile et mon voisin mécanicien m’a fait fabriquer une nouvelle pièce par ses collègues de l’Arsenal de Brest…

    Pendant le tour du monde à la voile nous avons eu également quelques soucis mécaniques: ruptures de durites, problème d’injecteur, d’alternateur, prise d’air introuvable sur le circuit de gas-oil… Ceci sans parler du petit moteur hors-bord de l’annexe qui a connu également quelques aléas.

    J’ai souvent navigué avec des moteurs assez anciens, donc exposés à l’usure. A chaque nouvelle panne on apprend, on progresse (surtout en manœuvres de port à la voile) et on devient plus apte à prévenir la suivante.

    4. Comment apprendre la mécanique marine?

    Dès que vous devenez propriétaire d’un voilier, vous avez tout intérêt à savoir entretenir votre moteur. Vous serez ainsi en mesure de vous dépanner tout seul en mer ou à l’escale et surtout de repérer les symptômes d’usure avant que la panne ne survienne.

    Je suis convaincue qu’il n’y a pas une seule bonne manière d’apprendre, dans aucun domaine que ce soit. Mon parcours d’apprentissage est lié à mon histoire et à ma personnalité, il en va ainsi pour chaque marin. Une seule chose est certaine: vous gagnerez du temps en alternant régulièrement théorie et pratique, explications et expérimentation.

    Inutile d’accumuler les manuels de mécanique si vous n’essayez pas vous-même de changer vos filtres.

    Inutile également de tourner avec une clé autour du bloc moteur si vous n’êtes pas capable d’identifier l’origine d’un dysfonctionnement.

    Pour apprendre à entretenir le moteur de votre voilier vous pouvez recourir à:

    • l’aide d’un ami qui vous montre comment faire
    • un mécanicien professionnel qui réalise l’entretien de votre moteur devant vous
    • Aux vidéos nombreuses postées par des amateurs sur le web
    • la notice d’entretien de votre moteur
    • un guide de mécanique marine
    • Un stage de mécanique marine, comme proposé sur le site STW

    Enfin, entraînez vous à manœuvrer à la voile dans les ports. Au minimum vous devez savoir prendre un corps-mort et accoster un quai à la voile. Soyez prêts également à plonger sous la coque pour dégager l’hélice au besoin. Ceci devrait déjà vous permettre de rentrer au port dans la plupart des cas sans avoir à appeler la SNSM!

     

    clés mécanicien

     

  • voilier de Saint-Malo à Chausey
    idées de croisière,  tutos

    De Saint Malo à Chausey, 130 îlots pour un voilier

    Sur les brochures touristiques nous pouvons lire que l’archipel de Chausey compte 365 îles et îlots. C’est du folklore, du boniment à touristes. Chausey n’a pas besoin du calendrier grégorien pour séduire le marin. Le temps d’un week-end en voilier depuis Saint Malo, je vous propose de mouiller dans le sound de Chausey, au pied du village des Blainvillais. En plein hiver, et part une bonne brise de sud-ouest. Nous serions seuls au mouillage, et peut-être aurions nous le privilège de rencontrer l’un ou l’autre des 10 habitants de l’île.

    Chausey n’est pas en Bretagne?

    Je sais, j’avais écris que je proposerai 52 idées de croisière en Bretagne. Oui, l’archipel de Chausey est normand. Incontestablement. Mais Saint-Malo est bien bretonne, et ce n’est pas près de changer. En plus il serait ballot de se priver d’une si jolie navigation en voilier pour des considérations administratives. Les oiseaux, les homards et les dauphins se moquent bien de savoir s’ils se promènent en Bretagne ou en Normandie. Suivons les, je parie qu’ils nous ouvriront la route pour nous en mettre plein les mirettes.

    dauphin entre les voiliers de chausey
    photo Claire André – Flickr

    En réalité ce défi est intenable. Découvrir un nouveau port chaque week-end de l’année en naviguant le samedi et le dimanche s’avère très compliqué quand les dépressions se succèdent sur la façade Atlantique. Les jours de mauvais temps, j’ai découvert en Bretagne deux zones qui permettent quand même de sortir en voilier sans risquer sa vie et celle des sauveteurs en mer. Il s’agit de la rade de Brest et de la zone comprise entre Bréhat et Saint-Malo précisément. Il en est même une troisième dont je n’ai pas encore parlé qui serait le golfe du Morbihan. Une image vaut mieux qu’un long discours, regardez par exemple ces prévisions de houle pour la nuit du samedi au dimanche:

    windy bretagne chausey

     

    Vous voyez un petit bug sur cette image, car il n’y a jamais 4m de houle dans la rade de Brest. Le logiciel ne tient pas toujours compte précisément de la configuration de la côte.

    L’autre contrainte que je me suis fixée est de naviguer le plus possible avec le vent et le courant. Or là le vent est de sud-ouest tout le week-end. La solution serait donc de naviguer plus ou moins travers au vent, ou bien au largue dans un sens et au près dans l’autre, mais sans louvoyer.

     

    Bon, en partant de Granville cela aurait été possible, mais nous ne sommes plus du tout en Bretagne et puis Granville n’est qu’à 8 milles de Chausey en voilier. En choisissant Saint-Malo, je commets donc une entorse à la règle habituelle, car il faudra bel et bien tirer des bords au retour.

    Il reste à prendre les marées en considération car cette zone est celle où le marnage est le plus élevé en Europe! D’ailleurs si vous voulez en savoir plus à ce sujet je vous invite à lire cet article très complet sur les marées.

    Alors, que nous dit marée.info?

    marées à Chausey
    marée à Saint Malo

     

    Bonne nouvelle, nous naviguerons en morte-eau!

    Ce qui ne signifie pas que le marnage soit insignifiant, ni les courants de marées. Mais l’avantage est que nous pourrons sortir du port de plaisance des Sablons quand il nous plaira, ou presque!

    Comment entrer ou sortir d’un port à seuil

    Il s’agit d’un port à seuil, lequel rajoute un obstacle à 2.00m au dessus du zéro des cartes.

    Pour savoir si notre voilier peut entrer ou sortir du port des Sablons, nous devrons donc avoir une hauteur d’eau supérieure ou égale à notre tirant d’eau + la hauteur du seuil + un pied de pilote.

    HE >ou = TE+Hseuil+PP

    Dans ces tutos, je considère que nous naviguons à bord d’un Océanis 31, avec un tirant d’eau d’1,70m. Prenons un pied de pilote de 50cm. Il nous faut donc une hauteur d’eau minimale de 4.20m pour passer avec certitude. Sans pied de pilote, c’est 3,70m, mais il est aussi très risqué de s’en passer. Quoiqu’il en soit la plus basse mer du week-end, le samedi matin, offre une hauteur de 3,88m à Saint-Malo. Le marnage est de 9.73-3.88=5.85m ce qui nous donne 1/12e à 48cm. Une heure après la basse mer, ou à BM+1h, nous aurons donc 3.88+0.48=4.36m

    Vous pouvez également vous référer aux tables données sur le site du port des Sablons pour connaître les heures de passage au-dessus de seuil. Cependant faites attention: ces tables sont calculées pour un tirant d’eau d’1.70m !

    seuil port des sablons

     

    Voyons maintenant la route que nous suivrons. Le coin est pavé de rochers, il s’agit donc de bien respecter les chenaux. Comme d’habitude, j’ai tracé la route sur Open CPN, qui est un logiciel de cartographie et routage open source et gratuit. Le balisage est suffisamment fourni pour ne pas se perdre.

    route du port de Saint-Malo à Chausey en voilier

     

    Nous avons 17 milles à parcourir avec le vent portant, sous spi pour les plus expérimentés, sous génois tangonné pour les autres. Il est possible également de tirer des bords de largue jusqu’à Chausey si votre voilier est vraiment plus performant à cette allure. Bref, amusez-vous!

    A l’arrivée dans le Sound de Chausey, vous trouverez une zone de mouillage pour votre voilier avec des bouées visiteurs. Vous y serez abrité du vent de sud-ouest par Grande-île. Cette zone de mouillage est réglementée, reportez-vous à cette page pour des informations détaillées.

    Prenez votre annexe en toute sécurité

    Je suggère de partir assez tôt pour avoir le temps de vous promener en annexe dans l’archipel avant de vous dégourdir les jambes sur grande-île. Les courants dans l’archipel n’étant pas une légende, en plus du vent de sud-ouest, il est souhaitable de prendre quelques précautions avec l’annexe.

    voilier dans le sound de chausey
    Le Sound de Chausey – photo James Stringer – Flickr

    A Chausey, la promenade et les aller-retours à terre en annexe s’effectuent avec:

    • un moteur hors-bord,
    • des rames en secours,
    • un mouillage,
    • des gilets de sauvetage
    • et un téléphone, ou une VHF dans une housse étanche.

    Le lendemain partez assez tôt car au louvoyage vous aurez le double de route à parcourir. 35 milles au près minimum avec des voiles bien plates et un bon barreur. La voile n’est pas que de la promenade de plaisance, elle est aussi un sport!