• penon au vent
    tutos

    3 repères efficaces pour le réglage de voile

    Un bon réglage de voiles, c’est d’abord l’assurance de les garder plus longtemps en bon état. Mais c’est aussi beaucoup plus de plaisir et de confort pour tout l’équipage. Les sensations à bord d’un voilier bien équilibré sont grisantes! Sans parler du bonheur de dépasser les autres bateaux: eux ne savent peut-être pas que vous êtes en course, mais vous, si!

    Alors comment obtenir ce résultat?

    Quand j’ai passé mon monitorat de voile, j’ai fait tout un exposé sur l’hydrodynamique et l’aérodynamique des voiliers. Un long discours ponctué de schémas qui aboutissaient à la conclusion suivante: pour bien régler les voiles, le meilleur indicateur: ce sont les penons!

    Sauf qu’ils ne sont pas les seuls. Pour cet article j’ai retenu 3 principaux repères, à évaluer dans un ordre bien précis pour optimiser vos réglages de voiles.

    Je vais essayer de vous traduire tout ceci le plus simplement possible. Et à la fin de l’article, vous saurez régler vos voiles en 3 coups d’œil!

    Pour commencer je vous livre un scoop:

    Premier scoop: le vent qui souffle dans vos voile n’est pas le vent réel, mais le vent apparent.

    Quand le bateau se déplace, il crée un vent qui est égal à sa vitesse. Il en va de même pour les vélos, les voitures, pour tout objet qui se déplace dans l’air.

    Ce vent vitesse s’additionne au vent réel pour créer un vent que l’on nomme vent apparent. C’est le vent apparent qui souffle sur votre visage, et sur votre girouette quand vous êtes à bord. Pour ressentir le vent réel, il faut que le vent vitesse soit nul, donc il faut être à l’arrêt.

    réglage des voiles suivant le vent apparent

    Sur le schéma ci-dessus, j’ai dessiné le triangle des forces qui permet de calculer le vent apparent. On voit qu’il est la somme VA = VR+VV.

    En conséquence, du travers au près, le vent apparent est moins favorable au voilier et plus fort que le vent réel. Au portant c’est l’inverse.

    Dans la suite de cet article, le vent à partir duquel nous règlerons nos voiles sera toujours le vent apparent.

    Deuxième scoop: Savez-vous que le vent ne pousse pas votre voilier?

    Je sais, ça peut paraître fou, mais le vent ne pousse pas votre voilier, il l’aspire!

    Exactement comme un avion ne s’appuie pas sur l’air pour voler, mais est aspiré par la dépression générée par la circulation de l’air sur les deux faces profilée de ses ailes.

    Les voiles sont aspirées par une dépression

    Lorsque le vent rencontre la voile, il se sépare en deux filets d’air qui longent chacun la face externe (l’extrados) et interne (l’intrados) de la voile. Quand les voiles sont bien réglées, l’air circule sans former de tourbillons, on dit que l’écoulement est laminaire.

    Ce phénomène crée une différence de pression entre les deux côtés de la voile. Sous le vent l’air dévié par la voile accélère, créant une dépression. Au vent, l’air s’étale dans le creux et ralentit. l’air qui circule dans l’intrados exerce tout de même une pression sur la voile, mais celle-ci est deux fois moins forte que la dépression sous le vent. Voilà pourquoi on considère que les voiles sont plus aspirées que poussées.

    Le cumul des deux forces donne la force aérodynamique totale qui s’exerce sur la voile.

    réglage des voiles aérodynamique

     

    Ce phénomène fonctionne pour tous les fluides circulant sur une surface convexe. Vous pouvez l’expérimenter vous même en plaçant une cuillère verticale sous un filet d’eau du robinet. La cuillère sera aspirée par son coté bombé. Si vous coupez l’eau, elle redevient parfaitement verticale.

    Augmenter la puissance d’une voile

    Pour augmenter la puissance d’une voile, il faut augmenter la force aérodynamique.

    Or plus les filets d’airs sont déviés de leur direction initiale, plus cette force augmente. Pour augmenter la déviation de l’air, nous avons deux possibilités:

    • accentuer le creux de la voile
    • border la voile

    Cependant il y a des limites!

     

    réglage incidence voile

    Quand on creuse une voile, la force aérodynamique augmente mais elle change légèrement de direction. Elle tire un peu moins vers l’avant. Si vous voulez naviguer au près vous ferez donc moins de cap. Cette solution fonctionne bien dans le petit temps, ou dans le clapot, deux situations où on va privilégier la puissance.

    Quand on borde une voile, on augmente certes la puissance, mais à partir d’un certain angle de la voile par rapport au vent (que l’on appelle “incidence“), les flux d’airs sur l’extrados décrochent.

    Ainsi si vous abattez du près vers le travers mais que vous ne choquez pas vos voiles, le bateau va ralentir.

    Au portant l’écoulement de l’air est très perturbé

    Tout ce que vous venez de lire ci-dessous n’est valable que lorsque l’écoulement du vent est laminaire. Sur un voilier de croisière, les filets d’airs commencent à décrocher à partir du travers. Ensuite plus vous abattez, plus la pression directe du vent dans l’intrados prend le dessus. Au vent arrière, la force aérodynamique devient proportionnelle à la poussée du vent apparent dans vos voiles. A ce moment là on peut vraiment dire que nos voiliers sont poussés par le vent.

    réglage voile portant

    Maintenir un écoulement laminaire

    Vous l’avez compris, pour bénéficier de la composante d’aspiration de la force aérodynamique, nous avons tout intérêt à maintenir un écoulement le plus laminaire possible dans nos voiles.

    Pour obtenir les meilleurs réglages de voile nous allons observer attentivement les indicateurs dont nous disposons. Sur l’eau, réglez de préférence le génois avant la grand-voile.

    Régler ses voiles en trois coups d’œil

    Si vous voulez vraiment progresser, oubliez un instant vos girouettes et autres lochs électroniques. Le secret d’un bon réglage de voile passe d’abord par l’observation des voiles elle-mêmes. L’électronique vous donnera confirmation ensuite de la pertinence de vos choix.

    regarder ses voiles

    Premier coup d’œil: pas de plis dans les voiles

    Sachez d’abord que bien étarquer les voiles ne veut absolument pas dire qu’il faut souquer tous les bouts. Surtout pas! Ce serait le meilleur moyen de les déformer rapidement. Et comme chacun sait, les voiles sont un gros poste dans le budget d’un voilier!

    Quand vous hissez vos voiles, observez le tissu le long du guindant. Tendez la drisse jusqu’à effacer les plis horizontaux dans la voile. Si vous voyez un pli vertical se former à l’avant de la voile, c’est qu’elle est trop étarquée.

    Par contre si vous avez une grand-voile entièrement lattée, et que des plis verticaux apparaissent au niveau des goussets de latte, c’est que les lattes ne sont pas suffisamment tendues. Quand elles sont trop tendues, elles peuvent former un S dans le petit temps, ou bien elles restent à contre après un virement ou un empannage.

    régler la grand voile
    Ici les lattes forment un S: elles sont trop étarquées et le creux est trop avancé.

    Deuxième coup d’œil: visualisation du creux des voiles

    En principe vous avez pour vous aider des bandes de visualisation du creux de vos voiles. Vous pouvez régler deux paramètres du creux de la voile:

    • Sa position d’avant en arrière
    • Sa profondeur

    Le creux d’une voile est calculé dès sa conception pour se situer à un peu plus du tiers de son bord d’attaque. En agissant sur la tension du guindant vous pouvez l’avancer ou le reculer jusqu’à ce qu’il se trouve à sa place.

    Note: le bord d’attaque est l’avant de la voile, le bord qui attaque le vent en premier…

    Réglage du génois:

    Une fois qu’il est correctement étarqué et bordé à la limite du fasseyement vous pouvez observer le creux. En augmentant la tension dans l’étai, donc en reprenant du pataras, vous ferez avancer le creux du foc et inversement.

    Réglage de la grand-voile:

    Comme pour le génois vous pouvez agir sur la tension du pataras et cintrer légèrement le mât pour avancer le creux. Une autre possibilité est de reprendre de la drisse ou du cunningham, toujours pour avancer le creux. Inversement si vous relâchez la tension dans le guindant, le creux reculera.

    La profondeur du creux est plus délicate à régler. Plus haut nous avons vu qu’elle détermine la puissance de la voile, mais qu’elle peut engendrer un décrochage de l’écoulement de l’air. Nous allons donc passer au troisième indicateur.

    Troisième coup d’œil: penons et faveurs

    Ce qui suit est très utile quand votre voilier suit toujours le même cap par rapport au vent apparent. Avec un vent irrégulier ou un barreur qui fait des zigzags, vous devrez trouver un compromis.

    Les penons, ce sont ces petits brins de laine fixées à la voile en trois étages le long du guindant. Le long de la chute vous pouvez également placer des petits rubans de nylon en toile à spi. Ils nous permettent de “voir” l’écoulement de l’air sur les deux faces de la voile et à sa sortie.

    Quand  l’écoulement est laminaire, ils sont à peu près horizontaux, parallèles entre eux. Par contre, dès que vous abattez au delà du travers, les penons décrochent sous le vent, ils ne vous seront plus très utiles pour vos réglages.

    penon au vent
    Au près si le penon au vent décroche, l’écoulement est perturbé. Pour recoller le vent à la voile, il faut soit border le foc, soit abattre. (photo Sun2k – Flickr)

    Votre voile toujours bordée à la limite du fasseyement, vos penons peuvent dévier. Vous devez alors régler l’incidence de la voile avec le vent apparent pour retrouver un écoulement laminaire. Autrement dit, vous aller border ou choquer de l’écoute et du chariot d’écoute.

    Réglage du génois:

    Quand vous abattez vous pouvez creuser la voile en avançant le chariot d’écoute de génois. Pour cela choquez suffisamment d’écoute, déplacez le chariot et bordez à nouveau. Quand vos trois étages de penons sont bien orientés, votre voile est réglée.

    Inversement quand vous lofez il faut reculer le point de tire du génois (le chariot d’écoute).

    Note: Quand vous prenez des tours dans un génois, avancez également le point de tire, sinon la chute sera complètement détendue tandis que la bordure sera elle, trop tendue, et vous n’avancerez plus.

    Réglage de la grand-voile:

    Si vous voulez lui donner de la puissance, augmentez le creux en relâchant de la bordure. Cependant là aussi, quelque soit votre réglage de creux, les penons et les faveurs du haut de la voile risquent de décrocher quand vous abattez vers le bon plein et le travers. Cela vous indique que le haut de votre voile déverse. Votre grand-voile présente un vrillage et perd de la puissance en laissant s’échapper l’air dans les hauts. Cela peut-être utile si vous êtes un peu trop toilé dans les surventes.

    Mais si ce n’est pas le cas, vous perdez inutilement de la vitesse. Le meilleur réglage serait de conserver une chute droite plutôt que vrillée. Comment s’y prendre?

    C’est simple: au fur et à mesure que vous choquez l’écoute, il vous suffit de déplacer le chariot d’écoute de la grand-voile sous le vent. Ainsi vous alignerez le haut et le bas de la voile: la chute se tendra. N’oubliez pas de remonter le chariot si vous devez à nouveau lofer.

    réglage du chariot de génois
    A bord de ce voilier le chariot d’écoute de génois est bien positionné pour le près. Il tire dans l’axe de la bissectrice de l’angle formé par le point d’écoute. A noter le chariot de grand voile bien au milieu du rail.

    Concrètement, comment retenir tout cela?

    Le principe est simple: du près au travers, l’écoulement de l’air doit être le plus laminaire possible. Dans les faits:

    1. Pas de plis dans les voiles, pas de tensions excessives.
    2. Un creux situé légèrement en arrière du tiers de la voile
    3. Un creux plus profond pour gagner de la puissance dans le petit temps ou contre le clapot.
    4. Un creux diminué pour réduire la puissance dans la brise et au près.
    5. les voiles réglées à la limite du fasseyement
    6. Les penons sont alignés du près au travers.

    Pour vous former chez vous au réglage de voile, regardez des vidéos de voile et essayez de deviner si les voiles sont bien réglées. Tapez simplement le mot “régate” pour de belles images et de beaux réglages. Imaginez les réglages que vous pourriez faire pour améliorer la situation. Dès que vous serez sur l’eau, vous pourrez vérifier vos déductions!

     

  • entretenir son moteur de voilier
    tutos

    Comment apprendre à entretenir le moteur de son voilier?

    Voilà deux samedi que je consacre à entretenir le moteur diesel du voilier d’un bon ami. Je n’avais pas fait de mécanique depuis des années, et je ne connaissais pas spécialement ce moteur là, alors comment ai-je fait?

    En réalité une fois que vous savez prendre soin d’un moteur marin, vous pouvez exporter vos connaissances sur bien d’autres modèles de puissance similaire. Ici il s’agit d’un moteur Diesel, mais cela vaut aussi pour les moteurs hors-bord. Les principes de fonctionnement n’ont pas changé depuis des décennies. Les organes des moteurs sont toujours les mêmes, les différents circuits qui les alimentent aussi dans leur principe: électricité, eau, huile, carburant, liquide de refroidissement, air.

    Seulement je n’ai pas toujours eu ces connaissances ni ce savoir-faire. Alors par où commencer quand on n’y connaît rien en mécanique?

    1.Quand j’ai commencé à naviguer j’avais peur du moteur!

    J’avais 19 ans quand j’ai commencé à skipper le Brise de Mer 28 que ma mère avait acheté. J’avais un bac scientifique en poche, ce qui signifiait très concrètement que je ne savais rien faire! A part peut-être les cours d’électricité, je crois que rien de ce que j’avais appris à l’école ne pouvait m’aider à préparer ce voilier. Heureusement que j’ai toujours aimé bricoler 🙂

    Ce petit voilier était équipé d’un moteur Renault Couach, de type RC8D. Ce qui veut dire qu’il avait une puissance de 8 chevaux, c’était un tout petit moteur finalement. Il était assez sympa parce qu’il pouvait démarrer à la ficelle en cas de panne de électrique.

    entretenir un moteur de voilier

    Dès le début j’ai su que même si j’en avais un peu peur, je devrais faire ami-ami avec lui. Ma petite expérience de stagiaire en école de croisière me l’avait bien appris.

    A bord d’un bateau de croisière, même quand les voiles sont le principal moyen de propulsion, le moteur sert souvent

    • par calme plat,
    • dans les ports,
    • dans les rivières,
    • quand on veut accélérer le pas parce que la marée n’attend pas,
    • pour recharger les batteries,
    • pour alimenter le guindeau

    Or la loi de Murphy veut que s’il tombe en panne, c’est plutôt dans des situations limites. Du style quand vous entrez à Zumaïa avec de la houle au cul. Vraiment ce n’est pas le moment!

     

    Pour éviter ces désagréments il faut entretenir régulièrement le moteur de votre voilier. Impossible de l’ignorer, sinon je vous promets qu’il ne manquera pas de vous rappeler son existence.

    Sauf que moi, non seulement je n’y connaissais rien en mécanique, mais en plus j’étais impressionnée par le bruit et les vibrations du moteur en fonctionnement. Déjà j’osais à peine le regarder tourner. Toutes ces poulies, ces courroies, ces odeurs d’hydrocarbures, me repoussaient totalement. Je vous ai déjà écrit quelque part qu’à mes débuts j’avais pas mal d’angoisse à l’idée de prendre la mer. Et bien pour m’approcher du moteur je n’étais pas beaucoup plus à l’aise.

    Alors je me suis forcée. J’ai démarré le moteur et je suis descendue dans la cabine. J’ai ouvert le compartiment moteur et je me suis forcée à le regarder tourner. Au bout de quelques minutes, avant qu’il ne soit trop chaud, je me suis obligée à poser une main sur le cache-culbuteur. Et à la laisser là plusieurs secondes, malgré le bruit, les vibrations et le mouvement des courroies.

    Ensuite j’ai ouvert la notice d’utilisation et j’ai fait l’effort d’apprendre à en reconnaître tous les organes: pompe à gas-oil, pompe à injection, pompe à eau de mer, alternateur, démarreur, collecteur d’échappement etc.

    2. Ma première vidange

    Je ne sais pas pourquoi, quand on se décide à entretenir soi-même son moteur, la première fois, on commence toujours par la vidange d’huile. C’est vrai pour vous aussi?

    A l’époque il n’y avait pas d’Internet (je sais, c’est la phrase-type qui caractérise tous les gens nés avant 1990).

    Donc j’ai demandé à un copain de me montrer comment faire. On a acheté de l’huile, un filtre correspondant au RC8D et une petite pompe manuelle de vidange. Comme c’était le première fois, j’en ai mis un peu partout, mais j’étais quand même très fière. A tel point que je m’en suis vantée auprès d’un voisin de ponton qui était mécanicien à l’arsenal de Brest. Et là il m’a demandé: “Et l’inverseur? tu l’as vidangé aussi?”

    Le lendemain j’ai vidangé l’inverseur. Puis quand j’ai embrayé le moteur, il s’est mis à faire des bruits étranges. Normal: j’avais mis trop d’huile. Pas grave, je l’ai re-vidangé.

    Par contre j’ai mis au moins deux ans avant de toucher au circuit de gas-oil. J’avais peur de créer des prises d’air et je détestais l’odeur. Je me suis arrangée pour que d’autres la fassent pour moi. Cela dit il a bien fallu que j’apprenne cela aussi.

     

    changer filtre gasoil

    3. Mes premières pannes de moteur

    A la vérité, ma première panne de moteur a été surtout une panne de batterie. Nous naviguions au large de la Corogne, ma mère, ma sœur et moi-même. Le vent était complètement tombé et nous dérivions vers le rail du Cap Finisterre. Privées de batteries nous n’avions pas non plus de feux de mât ni de VHF pour avertir les cargos de notre situation. Comme le RC8D pouvait démarrer à la ficelle j’ai réussi à m’en sortir. Non sans difficultés car la place manquait dans la descente pour effectuer un geste ample et vigoureux sans se blesser.

    L’année suivante sur mon propre voilier, le coude d’échappement a cassé. Les conséquences étaient impressionnantes: un mélange d’eau et de suie d’échappement giclant à toute force dans le compartiment du moteur. J’ai accosté au ponton à la voile et mon voisin mécanicien m’a fait fabriquer une nouvelle pièce par ses collègues de l’Arsenal de Brest…

    Pendant le tour du monde à la voile nous avons eu également quelques soucis mécaniques: ruptures de durites, problème d’injecteur, d’alternateur, prise d’air introuvable sur le circuit de gas-oil… Ceci sans parler du petit moteur hors-bord de l’annexe qui a connu également quelques aléas.

    J’ai souvent navigué avec des moteurs assez anciens, donc exposés à l’usure. A chaque nouvelle panne on apprend, on progresse (surtout en manœuvres de port à la voile) et on devient plus apte à prévenir la suivante.

    4. Comment apprendre la mécanique marine?

    Dès que vous devenez propriétaire d’un voilier, vous avez tout intérêt à savoir entretenir votre moteur. Vous serez ainsi en mesure de vous dépanner tout seul en mer ou à l’escale et surtout de repérer les symptômes d’usure avant que la panne ne survienne.

    Je suis convaincue qu’il n’y a pas une seule bonne manière d’apprendre, dans aucun domaine que ce soit. Mon parcours d’apprentissage est lié à mon histoire et à ma personnalité, il en va ainsi pour chaque marin. Une seule chose est certaine: vous gagnerez du temps en alternant régulièrement théorie et pratique, explications et expérimentation.

    Inutile d’accumuler les manuels de mécanique si vous n’essayez pas vous-même de changer vos filtres.

    Inutile également de tourner avec une clé autour du bloc moteur si vous n’êtes pas capable d’identifier l’origine d’un dysfonctionnement.

    Pour apprendre à entretenir le moteur de votre voilier vous pouvez recourir à:

    • l’aide d’un ami qui vous montre comment faire
    • un mécanicien professionnel qui réalise l’entretien de votre moteur devant vous
    • Aux vidéos nombreuses postées par des amateurs sur le web
    • la notice d’entretien de votre moteur
    • un guide de mécanique marine
    • Un stage de mécanique marine, comme proposé sur le site STW

    Enfin, entraînez vous à manœuvrer à la voile dans les ports. Au minimum vous devez savoir prendre un corps-mort et accoster un quai à la voile. Soyez prêts également à plonger sous la coque pour dégager l’hélice au besoin. Ceci devrait déjà vous permettre de rentrer au port dans la plupart des cas sans avoir à appeler la SNSM!

     

    clés mécanicien

     

  • voilier de Saint-Malo à Chausey
    idées de croisière,  tutos

    De Saint Malo à Chausey, 130 îlots pour un voilier

    Sur les brochures touristiques nous pouvons lire que l’archipel de Chausey compte 365 îles et îlots. C’est du folklore, du boniment à touristes. Chausey n’a pas besoin du calendrier grégorien pour séduire le marin. Le temps d’un week-end en voilier depuis Saint Malo, je vous propose de mouiller dans le sound de Chausey, au pied du village des Blainvillais. En plein hiver, et part une bonne brise de sud-ouest. Nous serions seuls au mouillage, et peut-être aurions nous le privilège de rencontrer l’un ou l’autre des 10 habitants de l’île.

    Chausey n’est pas en Bretagne?

    Je sais, j’avais écris que je proposerai 52 idées de croisière en Bretagne. Oui, l’archipel de Chausey est normand. Incontestablement. Mais Saint-Malo est bien bretonne, et ce n’est pas près de changer. En plus il serait ballot de se priver d’une si jolie navigation en voilier pour des considérations administratives. Les oiseaux, les homards et les dauphins se moquent bien de savoir s’ils se promènent en Bretagne ou en Normandie. Suivons les, je parie qu’ils nous ouvriront la route pour nous en mettre plein les mirettes.

    dauphin entre les voiliers de chausey
    photo Claire André – Flickr

    En réalité ce défi est intenable. Découvrir un nouveau port chaque week-end de l’année en naviguant le samedi et le dimanche s’avère très compliqué quand les dépressions se succèdent sur la façade Atlantique. Les jours de mauvais temps, j’ai découvert en Bretagne deux zones qui permettent quand même de sortir en voilier sans risquer sa vie et celle des sauveteurs en mer. Il s’agit de la rade de Brest et de la zone comprise entre Bréhat et Saint-Malo précisément. Il en est même une troisième dont je n’ai pas encore parlé qui serait le golfe du Morbihan. Une image vaut mieux qu’un long discours, regardez par exemple ces prévisions de houle pour la nuit du samedi au dimanche:

    windy bretagne chausey

     

    Vous voyez un petit bug sur cette image, car il n’y a jamais 4m de houle dans la rade de Brest. Le logiciel ne tient pas toujours compte précisément de la configuration de la côte.

    L’autre contrainte que je me suis fixée est de naviguer le plus possible avec le vent et le courant. Or là le vent est de sud-ouest tout le week-end. La solution serait donc de naviguer plus ou moins travers au vent, ou bien au largue dans un sens et au près dans l’autre, mais sans louvoyer.

     

    Bon, en partant de Granville cela aurait été possible, mais nous ne sommes plus du tout en Bretagne et puis Granville n’est qu’à 8 milles de Chausey en voilier. En choisissant Saint-Malo, je commets donc une entorse à la règle habituelle, car il faudra bel et bien tirer des bords au retour.

    Il reste à prendre les marées en considération car cette zone est celle où le marnage est le plus élevé en Europe! D’ailleurs si vous voulez en savoir plus à ce sujet je vous invite à lire cet article très complet sur les marées.

    Alors, que nous dit marée.info?

    marées à Chausey
    marée à Saint Malo

     

    Bonne nouvelle, nous naviguerons en morte-eau!

    Ce qui ne signifie pas que le marnage soit insignifiant, ni les courants de marées. Mais l’avantage est que nous pourrons sortir du port de plaisance des Sablons quand il nous plaira, ou presque!

    Comment entrer ou sortir d’un port à seuil

    Il s’agit d’un port à seuil, lequel rajoute un obstacle à 2.00m au dessus du zéro des cartes.

    Pour savoir si notre voilier peut entrer ou sortir du port des Sablons, nous devrons donc avoir une hauteur d’eau supérieure ou égale à notre tirant d’eau + la hauteur du seuil + un pied de pilote.

    HE >ou = TE+Hseuil+PP

    Dans ces tutos, je considère que nous naviguons à bord d’un Océanis 31, avec un tirant d’eau d’1,70m. Prenons un pied de pilote de 50cm. Il nous faut donc une hauteur d’eau minimale de 4.20m pour passer avec certitude. Sans pied de pilote, c’est 3,70m, mais il est aussi très risqué de s’en passer. Quoiqu’il en soit la plus basse mer du week-end, le samedi matin, offre une hauteur de 3,88m à Saint-Malo. Le marnage est de 9.73-3.88=5.85m ce qui nous donne 1/12e à 48cm. Une heure après la basse mer, ou à BM+1h, nous aurons donc 3.88+0.48=4.36m

    Vous pouvez également vous référer aux tables données sur le site du port des Sablons pour connaître les heures de passage au-dessus de seuil. Cependant faites attention: ces tables sont calculées pour un tirant d’eau d’1.70m !

    seuil port des sablons

     

    Voyons maintenant la route que nous suivrons. Le coin est pavé de rochers, il s’agit donc de bien respecter les chenaux. Comme d’habitude, j’ai tracé la route sur Open CPN, qui est un logiciel de cartographie et routage open source et gratuit. Le balisage est suffisamment fourni pour ne pas se perdre.

    route du port de Saint-Malo à Chausey en voilier

     

    Nous avons 17 milles à parcourir avec le vent portant, sous spi pour les plus expérimentés, sous génois tangonné pour les autres. Il est possible également de tirer des bords de largue jusqu’à Chausey si votre voilier est vraiment plus performant à cette allure. Bref, amusez-vous!

    A l’arrivée dans le Sound de Chausey, vous trouverez une zone de mouillage pour votre voilier avec des bouées visiteurs. Vous y serez abrité du vent de sud-ouest par Grande-île. Cette zone de mouillage est réglementée, reportez-vous à cette page pour des informations détaillées.

    Prenez votre annexe en toute sécurité

    Je suggère de partir assez tôt pour avoir le temps de vous promener en annexe dans l’archipel avant de vous dégourdir les jambes sur grande-île. Les courants dans l’archipel n’étant pas une légende, en plus du vent de sud-ouest, il est souhaitable de prendre quelques précautions avec l’annexe.

    voilier dans le sound de chausey
    Le Sound de Chausey – photo James Stringer – Flickr

    A Chausey, la promenade et les aller-retours à terre en annexe s’effectuent avec:

    • un moteur hors-bord,
    • des rames en secours,
    • un mouillage,
    • des gilets de sauvetage
    • et un téléphone, ou une VHF dans une housse étanche.

    Le lendemain partez assez tôt car au louvoyage vous aurez le double de route à parcourir. 35 milles au près minimum avec des voiles bien plates et un bon barreur. La voile n’est pas que de la promenade de plaisance, elle est aussi un sport!

     

  • louer ou acheter un voilier aux grenadines
    tutos

    Louer ou acheter son voilier: comment concilier passion et raison?

    Louer ou acheter son voilier? A force d’écrire des articles sur la croisière le désir de posséder à nouveau un voilier s’accroît semaine après semaine. Pourtant, ce n’est pas pour moi le bon moment pour y céder. Et pour bien m’en convaincre j’ai décidé d’écrire sur ce sujet de manière à poser le problème raisonnablement.

    Est-il vraiment nécessaire de posséder un bateau pour assouvir sa passion? La location, l’emprunt à des amis, sont des alternatives à considérer avec attention tant que l’on peut se contenter de navigations relativement courtes.

    Oui, mais quand la passion nous étreint il est difficile de conserver les idées claires.

    Ici, point de poésie. Pour ne pas transformer notre rêve en interminable galère, nous devons considérer le projet d’acheter un voilier avec réalisme. Voyons donc en premier lieu les obstacles qui nous attendent.

    Les freins à l’acquisition d’un voilier

    Voici les 4 éléments principaux qui peuvent nous amener à louer un voilier plutôt que de l’acheter.

    Le véritable coût d’un voilier

    Comme tout bien d’importance, posséder un voilier entraîne deux types de coûts: le coût d’acquisition et le coût d’entretien.

    Lorsque nous achetons un voilier nous immobilisons un capital financier pour une durée indéterminée. Pire encore: comme une voiture plus un voilier est récent, plus rapidement il se dévalorise. Pour limiter les pertes il peut être judicieux de se pencher sur le marché de l’occasion. Le marché français des voiliers d’occasion est très favorable aux acheteurs. Beaucoup de voiliers de qualité se négocient à des prix très bas par rapport au marché du neuf.

    Le revers de cette situation est que si vous savez quand vous achetez votre voilier, vous ne savez pas quand ni à quel prix vous le revendrez.

    Les coûts d’entretien varient selon le prix de votre emplacement et les améliorations ou réparations que vous devez engager chaque année. Il est assez réaliste de compter une moyenne de 10% de la valeur du bateau par an. Évidemment un voilier de 30 ans récupéré pour une bouchée de pain risque de vous coûter plus en frais d’amélioration qu’à l’achat.

    acheter ou louer un beau voilier

    Les coûts annuels inévitables sont à ventiler suivant les postes suivants:

    • Frais de stationnement
    • Assurance (minimum 1% de la valeur du voilier)
    • Révision du moteur, des voiles, du gréement, du matériel de sécurité
    • Frais de carénage
    • Renouvellement des équipements
    • Petites réparations

    A titre d’exemple je prends soin actuellement de l‘Oceanis 31 d’un ami. Le voilier est stationné au ponton à Brest (2000€/an). Coût d’achat au salon du Crouesty pour une unité âgée de 10 ans: 50 000€.

    Cette année il envisage de renouveler le génois, la capote et le lazy bag. En plus de cela l’antenne VHF a été emportée dans un coup de vent. Le coût d’entretien annuel devrait monter à environ 7000 €. l’année suivante il changera probablement la grand voile seulement , et le coût redescendra à 6000 €.

    Je ne suis pas devin, mais au vu de l’évolution actuelle du marché de la plaisance, il est probable que d’ici 10 ans ce voilier ait perdu la moitié de sa valeur sur le marché de l’occasion, même s’il est bien entretenu. Ainsi perd t-il 2500€ en valeur de possession, chaque année.

    Si l’on ajoute cette décote au coût d’entretien annuel, nous obtenons un coût de 7500 à 8500€/an pour un bateau de 9m âgé de 10 ans.

    Bien sûr il est possible de réduire ces dépenses en cherchant un emplacement moins coûteux sur bouée, ou en louant son bateau à des particuliers. On peut aussi trouver un voilier en bon état mais plus ancien qui se dévalorisera moins vite. Enfin on trouve parfois des voiles d’occasion en très bon état, si on a de la chance et du temps pour les chercher.

    Le temps

    Comme je viens de le mentionner un propriétaire de voilier devra consacrer un temps non négligeable à l’entretien et à la surveillance de son bateau. Il peut déléguer une partie de ce travail, mais s’il le confie systématiquement à des professionnels cela lui reviendra assez cher.

    louer ou acheter et entretenir son voilier

    Voici les activités qui nous demandent un investissement significatif en temps:

    • La coordination des professionnels
    • Les révisions du moteur
    • Le carénage
    • L’hivernage
    • Les petites réparations
    • Les améliorations et changement d’équipement
    • la surveillance du poste d’amarrage, nettoyage du pont, charge des batteries.

    Outre le temps dédié à l’entretien, il nous faut du temps pour naviguer! Ben oui, si vous prenez des vacances pour bricoler à bord, vous en restera t-il pour vos croisières?

    Ainsi il peut être intéressant de calculer le prix de revient d’une journée de navigation. Si votre voilier vous revient à 8000€/an et que vous naviguez X jours par an, est-ce que le rapport coût/plaisir vous convient? A titre de comparaison un voilier comparable se loue environ 200€/jours en Bretagne. Il faudrait naviguer 40 jours par an pour parvenir à un coût équivalent à la location, sans compter le temps passé à entretenir notre bateau. Bien sûr, vous pouvez compter ce temps comme un loisir où comme un travail, tout dépend de vos goûts personnels 😉

    A ce stade de la réflexion, qu’en pensez-vous? Vous voulez louer ou acheter votre voilier?

    La place de port

    Un matin je me lève avec la certitude que je tiens absolument à acheter un petit voilier pour filmer mes prochains tutos. Pour ne pas déséquilibrer mon budget, je choisirais un voilier petit, relativement ancien, mais véloce, avec une multitude de réglages pour tout vous expliquer en profondeur. Il aurait une quille relevable pour explorer tous les recoins de la côte bretonne sans craindre l’échouage. Peut-être un Surprise ou un First Class 8?

    Oui mais… je le mets où ce petit bolide? La liste d’attente au port le plus proche est de un à deux ans. Ce qui est très peu comparativement aux autres ports de plaisance.

    Il faudrait un voilier transportable du coup. Si quelqu’un me prête un terrain pour le stocker… et sa boule de remorquage… et son permis de tracter des engins lourds. A moins que je ne déniche un corps-mort?

    louer à majorque

    Bref, difficile de se lancer sur un coup de tête. Si vous envisagez d’acheter un voilier, essayer d’anticiper et de réserver votre place de port à l’avance. Il faut bien calculer son coup pour être prêt le jour où on vous appelle pour vous dire que vous pouvez obtenir une place… suivant les ports on vous laisse 2 ou 3 chances avant de vous radier de la liste d’attente. D’ailleurs je file me réinscrire, à tout de suite 🙂

    La compétence

    Le premier voilier que j’ai acheté, alors que j’avais 19 ans, ne m’était pas destiné. Ma mère m’avait demandé de lui apprendre à naviguer sur son propre voilier. Nous l’avons choisi ensemble: un Brise de mer 28 en aluminium qui rentrait d’une année sabbatique en Atlantique. Ce voilier m’a tout de suite inspiré confiance. Il était robuste, marin, adapté à tous les programmes de navigation, à condition de ne pas être trop pressée. Quand je suis montée sur le pont alors qu’il était au sec, j’ai levé la tête vers le haut du mât et j’ai senti que je n’aurai pas peur d’envoyer le spi. Il avait juste la bonne taille pour apprendre tout en naviguant loin.

    J’avais déjà une petite expérience de la navigation hauturière et côtière. J’avais navigué en école de croisière un mois autour des îles britanniques, jusqu’aux Orcades ainsi qu’en Espagne depuis Brest. Sans compter mon monitorat de dériveur. Par contre j’étais une quiche en bricolage…

    Une certaine compétence est néanmoins nécessaire pour bien choisir votre voilier. Si vous ne l’avez pas, demandez à quelqu’un de plus expérimenté de vous aider. D’ailleurs je propose un accompagnement complet à l’achat de voilier sur ma page de coaching.

    Pour le reste il faut bien commencer un jour. Vous pouvez par exemple suivre les conseils que je vous donne pour vous former dans le livret gratuit “progresser en voile” téléchargeable à la fin de cet article. Certaines personnes se lancent avec très peu d’expérience, d’autres préfèrent passer tous les niveaux proposés par une célèbre école de croisière avant de skipper leur propre bateau.

    se former aux glénans

    Quoiqu’il en soit si vous n’avez jamais navigué, évitez d’acheter – ou de construire, ça arrive – un voilier: vous ne savez même pas si ça vous plaira! Fixez-vous comme strict minimum d’avoir passé au moins 3 semaines complètes en mer ou une dizaine de week-end. Vous aurez acquis des bases, et vous saurez à quel point vous êtes sensibles au mal de mer 😉

    L’équilibre de votre couple

    Si tous les points précédents ne vous freinent pas, il reste à savoir de quel soutien vous bénéficierez dans votre entreprise. Les marins qui vivent en couple achètent rarement un voilier sans consulter leur moitié. Quand cette passion n’est pas partagé, elle peut devenir rapidement source de conflits. En effet elle implique autant d’y passer la majorité de son temps libre que d’y engloutir un budget conséquent.

    Comment donner goût à la navigation à son/sa partenaire? Avant d’acheter ou de louer un voilier,  lisez les 10 raisons pour lesquelles votre femme n’aime pas le bateau, vous y trouverez peut-être des pistes d’amélioration!

    Les avantages de la location de voilier

    Un budget et un emploi du temps maîtrisé

    En principe quand vous louez un voilier, vous savez exactement combien vous allez dépenser. La location terminée, vous n’y pensez plus, sauf pour vous remémorer vos vacances. Pas d’entretien à prévoir, pas d’amarrage à surveiller, vous êtes libre comme l’air. Si vous avez des emprunts en cours ou les études de vos enfants à financer, c’est peut-être la solution la plus sage.

    De la même façon, quand votre temps est compté, ou lorsque vous avez d’autres passions à assouvir, la location avec des professionnels vous permet de ne pas tout sacrifier à la navigation.

    Faites tout de même attention si vous louez à des particuliers plutôt qu’à des loueurs professionnels. Les bateaux sont parfois moins bien entretenus et souvent plus anciens. De plus les propriétaires peuvent se désister brutalement, sans vous proposer de solution de rechange. J’ai un mauvais souvenir d’une expérience de location à un particulier que je relate dans cet article sur la sécurité en mer. Ces vacances auraient pu très mal tourner…

    Essayer des bateaux différents

    Tant que vous n’êtes pas prêt à sauter le pas, pourquoi ne pas en profiter pour tester le bateau de vos rêves? Pour ma part je crois que je me laisserai bien tenter par la location d’un RM 10.50 biquille. Ces bateaux sont réputés bons marcheurs et faciles à échouer. Le pied pour naviguer en Bretagne!

    louer ou acheter un voilier rm

    Tout à fait différemment, j’aimerais effectuer une navigation à bord d’un Django, Malango ou autre Mojito. L’idée est de naviguer pleine balle et de relever la quille pour se nicher délicatement à l’abri des arrières ports, loin de la houle, de la foule et du clapot. Si cela s’avère trop inconfortable, pas de regrets: je rendrai le bateau à son propriétaire et passerai à d’autres programmes de navigation.

    Par contre j’ai un projet plus lointain de navigation dans les glaces à bord d’un voilier en aluminium. Là je ne pense pas trouver chaussure à mon pied dans l’univers de la location. Mais pour ce genre de voyage le mieux sera de sonder ceux qui l’ont déjà fait sur les forums internet, et d’en rencontrer quelques-uns.

    Des destinations variées

    Pourquoi pas Saint-Malo ou la méditerranée cet été? Ou La Grèce et la Croatie? Et les Antilles à Noël? L’Ecosse ou la Norvège? Tant qu’il y a des bateaux à louer, il est possible de faire l’impasse sur les looooooongues traversées pour se concentrer sur la découvertes de côtes inconnues. Le tourisme nautique a l’avantage de la diversité, et peut-être un prélude à de futures aventures à bord de votre propre voilier cette fois.

    Pour être franche, j’adore les traversées. Elles me donnent l’impression de “mériter” ma destination. Elles me reconnectent avec les éléments naturels: la nuit, le jour, les animaux marins et le temps de la navigation qui marque la distance. Cependant il est des moments de la vie où on ne peut pas être tout le temps sur l’eau, en attendant d’acheter son voilier, louer permet de patienter...

    Quand la passion vous appelle…

    Certains passionnés vont balayer d’un revers de manche toutes les précautions que je viens de citer. L’argent? Ils en trouveront. Les compétences? Elles viendront avec la pratique. La place de port? Il y a toujours une solution. Quant au couple: ça passe ou ça casse. Bref ils ne vont pas louer, ils vont acheter tout de suite leur voilier!

    Il est évidemment très risqué de procéder ainsi. Disons qu’en se préparant un peu mieux on augmente ses chances de profiter au mieux de son voilier. D’un autre côté, la procrastination peut faire hésiter fort longtemps.

    acheter un voilier pour partir
    photo Sailing Nomad – Flickr

    Mais pourquoi s’embêter à acheter et entretenir un voilier quand on peut en louer où on veut et quand on veut?

    Réaliser un rêve

    Nous ne mesurons pas assez la chance que nous avons d’avoir une passion!

    Cette passion donne un sens, une direction à notre existence, parce que grâce à elle nous savons exactement ce qui peut contribuer à notre bonheur! La plupart des gens ne savent pas ce qu’ils veulent.

    Nous, si. Nous savons que nous voulons naviguer.

    Au fil de vos expériences nautiques, vous allez vous orienter vers telle ou telle pratique de la voile. D’une certaine manière il existe autant de façon d’apprécier la voile que de voileux. La passion du sport, la fierté de se dépasser, la soif de liberté, le goût du voyage, l’amour de la nature, le désir d’une vie plus simple… les raisons qui nous font aimer la voile sont à la fois multiples et différentes.

    Investir dans sa passion

    L’argent est un moyen de réaliser nos rêves de navigateurs. Ces rêves sont les scénarios de nos passions, ils prennent parfois des formes très diverses. Par exemple vous pouvez acheter un voilier pour (plusieurs points peuvent se cumuler):

    • Vivre à bord à l’année
    • En faire une maison secondaire
    • Partir autour du monde
    • Faire du cabotage le week-end
    • Régater
    • bricoler tout votre saoul
    • épater les copains
    • Avoir une garçonnière 😉

    Vous voyez bien que louer un bateau ne nous permettra pas de réaliser ce type de rêves. Ou alors très ponctuellement. Il s’agit d’inclure notre voilier dans nos vies au même titre que votre famille, vos amis ou votre travail.

    Ce n’est plus un hobby, mais une part de notre identité!

    Un voilier à votre mesure

    Sans doute est-ce l’avantage décisif à posséder son propre voilier. Nous pouvons alors le personnaliser.

    Les voiliers un peu anciens se prêtent merveilleusement bien à un relooking complet. Vous pouvez échanger les sombres vernis pour des couleurs claires. Redistribuer l’espace, réagencer l’accastillage, choisir l’équipement que vous préférez.

    Avec pas mal d’huile de coude comme nous le montre The Sailing Frenchman vous obtiendrez un bateau à votre mesure, parfaitement adapté à ce que vous voulez en faire.

    Alors, maintenant que vous avez lu cet article, vous comptez le louer ou bien l’acheter, ce voilier?

     

     

  • comprendre calcul marée
    tutos

    comprendre le calcul de marée

    Qui n’a jamais talonné? Allez, dans une vie de marin ça finit toujours par arriver. Erreur de navigation, calcul de marée fait à l’arrache, bateau qui dérape au mouillage. Il m’est même arriver de m’échouer exprès, à marée montante, parce que je cherchais mon passage en mode bateau-cross dans une rivière non balisée.

    Mais ça, c’était avant.

    Désormais, grâce à cet article, ça ne vous arrivera plus jamais! Dans la première partie je vous rappelle le mécanisme à l’origine des marées. Un peu de culture scientifique, ça ne fait pas de mal! Dans la seconde vous apprendrez à faire un calcul de hauteur d’eau avec la fameuse règle des douzièmes. Je vous ai même concocté un petit tableau pour vous faciliter le travail. Et à la fin nous verrons comment les applis de marée peuvent nous simplifier grandement le travail!

     

    horloge des marées

    Si la mer Méditerranée est moins affectée par le phénomènes des marées, d’autres zones de navigation se caractérisent par un marnage impressionnant. C’est le cas du nord de la Bretagne, où des marnages supérieurs à 10 mètres vous invitent à ne pas jeter l’ancre n’importe où. Je pense à l’île de Bréhat pour laquelle j’ai rédigé un tuto croisière en période de vives-eaux. Mais pourquoi la marée n’est-elle pas la même en tout point du globe? Et pourquoi les hauteurs et les heures changent-elles tout le temps?

    Je ne le savais pas moi-même dans le détail. Mais je suis allée chercher ces informations pour vous les résumer et les simplifier autant que possible. Je vous promets que vous allez apprendre des trucs que vous ne connaissiez pas!

    Qu’est-ce qu’une marée?

    calcul de marée nécessaire au mouillage

    Une marée est un cycle de variation de la hauteur des océans sur la Terre, sous l’action des forces gravitationnelles et orbitales de la Lune, du Soleil et de la Terre.

    Le cycle de la marée comprend 4 phases:

    • Le flot ou flux: période de marée montante.
    • l’étale de haute mer : période où l’eau est à son plus haut niveau
    • le jusant ou reflux: période de marée descendante
    • l’étale de basse mer: période ou l’eau est à son plus bas niveau

    Jusque là tout le monde suit. Ok, mais attendez la suite les amis.

    Dans nos régions, (en Europe occidentale) la marée est semi-diurne. C’est à dire qu’un cycle de marée dure environ 12h, et donc, il s’en produit 2 par 24 heures. Ailleurs elle peut être diurne, ou mixte.

    Pour procéder aux calculs de marée on découpe la durée d’une marée diurne en 12 heures marées de durée égale. Mais ces heures ne durent pas 60 minutes, vous allez comprendre pourquoi dans quelques lignes.

    Qu’est ce qui fait monter et descendre la mer?

    Le premier qui me répond “la lune, bien sûr!” passe sous la quille! Ce n’est pas si simple en effet. Pour bouger une telle masse d’eau il faut de la force. Et quelle force! Ou plutôt quelles forces!

    calcul de marées forces

     

    3 forces principales sont en jeu ici:

    La force centrifuge

    Grâce à vous j’ai ainsi découvert que la Lune ne tourne pas autour de la Terre. Non, je n’ai pas bu, et je ne délire pas non plus. La vérité, on ne vous la cache pas, mais on ne vous l’explique pas pour ne pas compliquer l’affaire. Mais moi je vous dis tout 😉

    Il faut imaginer des haltères avec la Lune à un bout de la barre, et la Terre à l’autre bout. Le point d’équilibre des deux masses, ou Barycentre, se situe à 4650 km du centre de la Terre.

    Et tenez vous bien: ce sont la Lune ET la Terre qui tournent, mais autour de ce point B. C’est donc la co-rotation des deux astres qui génère la force centrifuge qui est en partie à l’origine des marées!!!

    Merci wikipedia

     

    Ainsi la force centrifuge liée à la rotation du système Terre-Lune projette la masse des océans vers l’extérieur de la course de la Terre. Un peu comme quand vous prenez un virage un peu vite en voiture: vous êtes repoussé vers l’extérieur de la courbe.

     

    La force gravitationnelle de la Lune

    Exactement comme le marin et la bouteille de rhum, les astres s’attirent entre eux. La force, appelée gravitationnelle, est proportionnelle à la masse des corps et à leur proximité dans l’espace. Plus la Lune est proche de la Terre, plus sa force gravitationnelle est élevée. Plus la bouteille de rhum est pleine… à moins que ce soit l’inverse?

     

     

    la force gravitationnelle du Soleil: ils est bien plus gros que la Lune, mais il est aussi vraiment beaucoup plus éloigné. Du coup la force gravitationnelle qu’il exerce sur la Terre et ses océans est deux fois moindre que celle de la Lune. Mais quand même, il tire fort lui aussi!

    Voyons comment cela fonctionne globalement:

    Ces forces s’additionnent ou se soustraient selon les positions du Soleil et de la Lune par rapport à la Terre. Suivant ces paramètres orbitaux la force gravitationnelle change de direction et d’intensité. La force centrifuge ne change pas car la vitesse de rotation du système Terre-Lune est toujours la même.

    Les grandes marées ou vives-eaux sont provoquées par l’alignement des trois astres (pleine lune et nouvelle lune).

    Dans cette configuration l’effet des forces gravitationnelles s’additionnent. Elles déforment la Terre et ses océans en une ellipsoïde, lui donnant la forme d’un ballon de rugby.

    En revanche, si le Soleil et la Lune forment un angle droit par rapport au centre de la Terre, leurs effets se soustraient, les marées sont beaucoup plus faibles, appelées mortes-eaux.

    Pourquoi il n’y a pas de marées en Méditerranée?

    Nous avons vu que la masse de l’océan est attirée aux deux extrémité du ballon de Rugby, créant deux niveaux de pleine mer et de basse mer à la surface du globe.

    Or la Terre tourne sur elle-même. Cela crée une onde, appelée onde de marée dont le trajet est modifié par le relief de la Terre. Les continents, leurs côtes et les variations de profondeur des océans contraignent le déplacement des masses d’eau.

    La Méditerranée par exemple est reliée aux océans par le détroit de Gibraltar. Mais celui-ci ne laisse pas entrer suffisamment d’eau pour que le niveau puisse monter autant que dans l’Atlantique le temps d’une marée. Il y a donc bien des marées en mer Méditerranée, mais le marnage ne dépasse pas 50 cm.

    La Manche de son côté reçoit en un espace restreint et dans peu de profondeur l’onde de marée des énormes masses d’eau de l’Atlantique. A l’approche des côtes l’onde ralentit mais son amplitude augmente d’où l’importance du marnage.

    marée basse au mont saint michel
    photo Karrez Majik – Flickr

    Au Mont Saint Michel, face à la Manche justement, toute cette eau déviée par la presqu’île du Cotentin doit se répartir dans une zone de faible profondeur. Résultat la marée s’étale dans l’immensité de la baie, parcourant des kilomètres le temps d’une marée.

    Enfin selon la topographie l’onde marée se réfracte sur le relief, générant de nouvelles ondes qui ont la propriété de se soustraire ou de s’additionner entre elles. On voit que le phénomène est complexe.

    Pourquoi un cycle de marée ne dure pas exactement 12 heures (et nous oblige à calculer des heures-marées)?

    Encore un truc qui nous complique la navigation. La coupable, c’est la Lune. Tout simplement parce qu’elle effectue un tour complet de la Terre non pas en 24 heures, mais en 24 heures ET 50 minutes. Du coup un cycle de marée dure 12h 25 minutes, et une marée dure 6h 13 minutes, approximativement.

     

    La météo agit-elle sur la marée? Ou bien c’est l’inverse?

    Des croyances circulent selon lesquelles si le beau temps prend avec la marée il va durer etc. Ce sont de pures croyances. Par contre la hauteur d’eau varie légèrement selon la pression atmosphérique. Quand la pression est élevée, en présence d’un anticyclone, la hauteur d’eau subira une décote de quelques dizaines de centimètres. Inversement en présence d’une dépression importante, l’eau subira une surcote.

    surcalcul des surcote et décote des marées

    Comment calculer la surcote ou la décote du niveau de la mer?

    Il faut savoir que le niveau zéro des cartes est calculé pour une pression atmosphérique de référence de 1013,25 hPa. On ajoute alors 1cm d’élévation de l’eau par hectopascal en moins.

    Exemple: Si la carte indique des fonds de 1m à marée basse (par coefficient de 120), avec un baromètre à 1003 hPa il faut rajouter 10cm à cette mesure. Dans l’autre sens, si la pression augmente de 10 hPa, la hauteur diminuera de 10 cm.

    Mais ce n’est pas tout: un vent fort soufflant depuis le large peut provoquer une élévation du niveau de la mer jusqu’à un mètre. Un vent aussi fort soufflant depuis la terre aura l’effet inverse: il diminuera le niveau de l’eau.

    Ainsi la combinaison d’une pleine mer de vives-eau avec une dépression très creuse soufflant depuis le large peut générer des inondations à la pleine mer sur des terres peu élevés, typiquement des îles.

    Pour en savoir plus je vous suggère de vous référer à ce cours délivré par Ifremer ou à la video ci-dessous.

    L’importance du pied de pilote

    Si vous êtes encore là à me lire, bravo, vous êtes de la graine de scientifique! Ou bien vous voulez juste savoir à quelle heure vous vous échouerez – volontairement – au mouillage?

    Le calcul nous allons le voir ci-dessous permet une grande précision… théorique! En effet plusieurs erreurs indépendantes de notre volonté peuvent se glisser dans nos estimations.

    – Les fonds évoluent: la vase, le sable se déplacent avec les courants. Les indications portées sur les cartes, surtout si elles ne sont pas à jour, sont donc à considérer avec prudence.

    – L’impact du vent est difficile à estimer.

    – En navigation, la houle peut modifier la hauteur d’eau disponible sous la quille, en plus ou en moins… Une houle de 2 mètres par exemple va osciller de 1m au dessus et en dessous du niveau de la mer.

    source Ifremer

    – Au mouillage, le bateau évite sur son ancre, et même sur sa bouée. Les fonds peuvent remonter à quelques mètres de l’endroit ou vous avez initialement positionné votre voilier.

    – Le marin est faillible. Surtout s’il boit du rhum.

    Donc la prudence impose de rajouter à vos calculs de marée une marge d’erreur, appelée Pied de pilote.

    Je vous conseille d’utiliser dans vos calculs de marée un pied de pilote de:

    • 50 cm minimum au mouillage
    • 1m minimum en navigation.
    • évitez les hauts-fonds quand la houle est significative

    Comment faire un calcul de marée?

    simple calcul de marée

    Matériel nécessaire:

    • Annuaire des marées papier ou électronique
    • carte marine détaillée de votre mouillage
    • Papier,
    • crayon,
    • cerveau ou calculatrice.

    Connaître l’heure de la haute ou de la basse mer

    Imaginons que nous voulions passer le Raz de Sein en voilier. Nous faisons route de Brest vers Concarneau. Pour profiter au mieux des courants et par sécurité, nous avons intérêt à le franchir au tout début de la renverse, peu après l’étale de haute mer.

    Sites et applications de marées

    Tapons “marées pointe du raz” ou “marées raz de sein” sur un moteur de recherche, et nous obtiendrons notre information sous forme d’annuaire des marées.

    C’est super pratique, car tous les ports principaux français et leurs ports rattachés s’y trouvent répertoriés sur de nombreux sites.

    Vous pouvez aussi télécharger l’appli Marée.info sur votre téléphone, elle fait également très bien le job.

    Si vous naviguez à l’étranger par contre il vous faudra chercher d’autres applications et d’autres sites dans la langue du pays où vous naviguez.

    Pour info en anglais annuaire des marées se dit “tide times”. Donc pour trouver l’horaire des marées à Plymouth vous pouvez écrire “tide times Plymouth” 🙂

    Or il se peut que vous n’obteniez pas de réponses satisfaisantes. Dans ce cas vous aurez besoin d’un annuaire des marées papier et des corrections à appliquer pour les ports rattachés. Pour les passages délicats, il faudra vous référer également à un guide nautique qui vous indiquera à quel moment de la marée vous y présenter.

    Calcul du Marnage

    Le marnage est la différence de hauteur d’eau entre la basse mer et la pleine mer. Il permet de répondre à la question suivante:

    Aurons nous assez d’eau pour mouiller à Molène ce soir?

    calcul marée molène

    1. Regardons les coefficients de marée pour savoir quelle marée prendre en compte. Ici ils diminuent, cela veut dire que le marnage diminue aussi. A la basse mer de dimanche matin la hauteur d’eau sera plus élevée.

    Nous devons prendre en compte la hauteur d’eau la plus basse que nous pourrons trouver pendant notre séjour au mouillage.

    2. Nous savons à présent que nous aurons au minimum 2,38m de hauteur d’eau au-dessus des cartes.

    Nous pouvons corriger cette hauteur en ajoutant la décote ou la surcote liée à la pression barométrique.

    La pression est de 1023 hP. Nous perdons 1 cm d’eau par hP au dessus de 1013hP donc encore 10 cm d’eau.

    La hauteur d’eau à 17h46, à la basse mer sera de 2.28m au dessus du niveau des cartes.

    4. Notre voilier à un tirant d’eau de 1,70m. Ajoutons le pied de pilote de 50 cm, cela porte à 2.20m la hauteur minimum que nous voulons trouver à marée basse.

    5. Sachant que la mer aura une hauteur de 2,28m au dessus du zéro des cartes, nous pouvons mouiller dans une zone ou la carte indique 0m et même une hauteur négative de -8 cm. (Bon, je sais, en réalité aucune carte n’est aussi précise, ça n’aurait pas de sens.)

    Mais voilà, c’est ça la mesure qui nous permet de savoir où nous pourrons jeter l’ancre. Il nous faut une zone d’évitage où la hauteur sur la carte soit au minimum de – 8 cm.

    Donc nous pouvons regarder la carte du mouillage et retenir une zone qui nous conviendrait. Ici toute la zone en bleu convient.

    calcul de marée molène

    Calcul de la hauteur d’eau nécessaire pour mouiller sans s’échouer suivant notre heure d’arrivée

    Si nous arrivons pile poil à la basse mer, donc à 17h46, nous saurons que la mer ne descendra plus, et nous pourrons simplement nous fier à la carte et au sondeur pour trouver le meilleur endroit. Notre sondeur devra afficher 2,20m minimum (avec la décote météo)

    Mais dans la vraie vie, les choses ne se déroulent pas comme ça. Admettons que nous arrivions à 15h15 au port de Molène.

    Quelle est la hauteur minimum que le sondeur doit nous indiquer à 15h15 pour ne pas nous échouer ensuite à basse mer?

    C’est là que nous aurons besoin de la règle des douzièmes.

    La règle de douzièmes

    Durant les 6 heures que dure une marée, la hauteur d’eau et les courants varient selon une courbe en cloche, d’abord doucement, puis rapidement en milieu de marée puis à nouveau doucement.

    règle des douzième

    Pour faciliter les calculs, on divise le marnage en 12 parties égales. Ensuite on considère que la hauteur d’eau varie d’1 à 3 douzième suivant l’heure de marée.

    heure marée123456
    variation de hauteur d'eau/marnage1/12e2/12e3/12e3/12e2/12e1/12e

    Calcul du douzième de marnage

    Dans notre exemple nous voyons que la mer est haute à 11h07 et qu’à la pleine mer, la hauteur d’eau au-dessus du zéro des cartes sera de 6,38m.

    Puis la mer sera basse à 17h46 pour une hauteur de 2,38m (sans la décote)

    Donc le marnage est de 4 mètres. Par conséquent le douzième de marée vaut 4/12= 0.33m ou 33cm.

    Calcul de l’heure-marée

    La marée dure de 11h07 à 17h46, soit 6h39 minutes, soit 399 minutes. L’heure marée vaut 399/6=66,5 minutes ou 1h 06 minutes et 30 secondes.

    A partir de là on peut remplir notre tableau des douzièmes avec ces valeurs pour connaître la hauteur d’eau à chaque heure. Comme le 12e vaut en réalité 0.333333etc. j’avais 4 cm en rab que j’ai répartis dans le tableau. Même raisonnement pour les 30 secondes de l’heure marée.

    heure marée11h0712h1313h2014h2615h3316h3917h46
    hauteur d'eau6,38m6,04m5,394,393,412,712,38

    Calcul de la hauteur d’eau à l’heure voulue

    A partir du tableau nous voyons que 15h15 se situe entre la 3e et 4e heure de marée. Pendant ces 66 minutes l’eau monte de 3/12e soit de 1 mètre. Donc elle descend en moyenne de 100cm/66 min= 1.5cm/minute

    De 14h26 à 15h15 il s’est écoulé 49 minutes, donc l’eau est descendue de 49*1.5=74 cm.

    A 14h26 la hauteur était de 4.39m, donc à 15h15 la hauteur est de 4.39-0.74= 3,65m au dessus du zero des cartes.

    Elle va donc descendre encore de 3,65-2,38=1,27m.

    Si  on veut 2,20 m à la basse mer, il nous faudra 3,47m au sondeur à 15h15 pour jeter l’ancre!!!

    Et puis on peut tenir compte de la décote et considérer qu’elle va descendre de 10 cm de plus… donc là je préfère les rajouter au sondeur et porter mon pied de pilote à 60cm, c’est plus simple. Alors là je chercherai un minimum de 3,57m au sondeur.

    CQFD

    Méthode super simple et rapide pour connaître la hauteur d’eau à tout moment

    La méthode que je viens de vous donner est celle qu’on utilise quand on n’a pas accès à un logiciel ou à un site de marée. Parce qu’en réalité, la plupart d’entre eux nous donnent aussi la courbe de la marée… il suffit donc de chercher sur cette courbe la hauteur d’eau à l’heure voulue. Plus besoin de calculer les douzièmes. C’est évidemment plus précis, vu que la règle des douzièmes est une approximation. Donc on voit que là où avec la règle des douzièmes j’ai trouvé 3,65m, eux ils trouvent 3,78 cm à 15h15.

    Et en plus sur marée.info ils proposent en option de calculer la surcote ou la décote météo!!!

    Franchement, il ne faut pas s’en priver!!

     

    Et vous, vous êtes plutôt crayon-papier ou appli de marée???

     

     

  • a la recherche d'un mouillage à Bréhat
    idées de croisière,  tutos

    Mouillage à l’île de Bréhat, la perle des côtes d’Armor

    Pour ce 13e week-end de croisière en Bretagne j’ai voulu prendre un mouillage autour de l’île de Bréhat. Je ne connais pas du tout cette zone de navigation. Je vais donc vous montrer comment construire un plan de navigation dans une zone que vous ne connaissez pas encore.

    Pourquoi choisir la baie de Saint Brieuc?

    Il y a au moins trois raisons à cela. La première est que nous avons fait le tour des principaux mouillages de mer d’Iroise. Il en reste quelques uns, moins connus, mais qui demandent des conditions de navigation spécifiques. Quand elles seront là, je ne manquerait pas de vous partager mes derniers secrets.

    La seconde raison est qu’en ce début de janvier, la météo en Bretagne n’est pas très engageante pour le marin. Beaucoup de houle était attendue dans la nuit de samedi à dimanche sur toute la façade atlantique. Windy annonçait des creux jusqu’à 3 mètres aux Glénans. Les seules zones navigables dans de bonnes conditions s’étendaient au nord est de Belle-île pour l’une, depuis la baie de Saint Brieuc jusqu’au mont Saint-Michel pour la seconde. La baie de Saint Brieuc et ses abords sont bien protégés des vents d’ouest. Une image vaut mieux qu’un long discours, regardez.

    houle bretagne

     

    J’ai aussi voulu me challenger un peu, c’est pourquoi j’ai choisi la seconde où je n’ai encore jamais navigué. Honte à moi d’ailleurs, en 30 années de croisière au départ de Brest! En consultant les documents de navigation et les photographies des mouillages j’ai compris mon erreur, et je me promets de la réparer rapidement! A quoi bon chercher l’aventure à l’autre bout de la planète quand de magnifiques mouillages se nichent à quelques pas de chez nous?

    Alors, maintenant que nous avons notre zone de navigation comment fait-on pour établir un plan de navigation?

    Commençons par prendre connaissance de la météo et des marées.

    Nous voyons que le vent de sud-ouest sera maître de nos choix. Les marées également car les coefficients sont importants. Le marnage ici est bien plus important qu’à Brest. Près de 10 mètres entre la basse mer et la haute mer, ce n’est pas un point de détail! Un gros marnage implique de bien choisir son mouillage, mais aussi de s’attendre à de forts courants de marée.

    windguru saint brieuc marées binic

     

    La seconde étape consiste à regarder la carte.

    Je vais chercher à naviguer à l’abri des rafales de sud-ouest, et si possible éviter d’avoir à tirer des bords à l’aller ou au retour. Pour la démonstration j’ai aussi choisi un port de départ qui me facilite la tâche. En effet aux abords de la Manche, le marnage est tel que beaucoup de ports ne sont pas accessibles à tout moment de la marée.

    Vous trouverez ainsi des ports d’échouage, réservés uniquement aux bateaux qui peuvent se poser. Des ports à seuil: ce sont des bassins dont l’accès est protégé par un mur construit sur le fond à une hauteur suffisante pour conserver les bateaux à flot à basse mer. Ils sont parfois dotés en plus d’une porte comme celles des écluses qui n’est ouvertes qu’aux alentours de la pleine mer. Pour entrer ou sortir il faut attendre qu’il y ait suffisamment d’eau au-dessus du seuil pour votre bateau. Enfin des ports à flots généralement situés près de l’embouchure de rivières dont l’accès est protégé par des écluses.

    Pour ce tuto nous partirons de Saint Quay port d’Armor qui est un port à flot accessible en permanence.

    Nous continuerons à naviguer sur Utopia, notre voilier de 31 pieds doté d’un tirant d’eau d’1.70m. Il est clair qu’un dériveur ou un voilier biquille serait plus approprié dans une telle zone en navigation côtière. Cependant la plupart des plaisanciers naviguent à bord de quillards. Quant aux autres, ils échouent peu leurs bateaux, même quand c’est possible. Je vais donc attendre d’avoir fait le tour des mouillages accessibles en Bretagne avec un quillard pour me pencher sur les joies et les peines de l’échouage.

    Voici donc la carte de notre terrain de jeu pour ce week-end d’hiver. Les îles anglo-normandes: Jersey, Guernesey, Sark et Chausey, sont hors champ, plus au nord et à l’est mais accessibles dans un rayon de 50 milles maximum. Je ne les oublierai pas dans de prochains tutos.

    navigation vers île de Bréhat

    Port d’armor se situe sur la côte ouest de la baie de Saint Brieuc, la côte est orientée suivant une ligne sud-est/nord ouest. En la suivant nous resterons abrités de la mer et des rafales de sud-ouest, et nous pourrons naviguer au débridé pendant tout le week-end. A l’extrémité nord de la côte, nous trouvons un des joyaux des côtes d’Armor: l’île de Bréhat recèle de magnifiques mouillages.

    La principale difficulté est liée au marnage et au secteur du vent.

    Pourrons nous trouver un mouillage abrité d’ouest à sud-ouest et suffisamment profond pour passer la nuit à Bréhat?

    Pour le savoir, il faut déjà zoomer pour voir les mouillages sur la carte de Bréhat. Ensuite nous pourrons nous référer aux guides nautiques ou bien à Navily pour connaître les observations des autres plaisanciers concernant ces mouillages.

    mouillage à bréhat

    Déjà nous pouvons constater que le coin est assez mal pavé. Par ailleurs l’étroitesse des chenaux augure de courants importants. L’application Juzzy m’a confirmé qu’il pouvait y avoir jusqu’à 3 noeuds de courant ce week-end en milieu de marée dans ces chenaux.

    J’ai retenu 3 mouillages potentiels, plus ou moins bien abrités du sud-ouest.

    Le plus abrité d’après la configuration de la côté serait celui de l’anse de Pommelin, à l’ouest. Mais pour visiter l’île il est trop loin. Il peut convenir en revanche pour y passer la nuit. Si par malheur le bateau dérapait, avec du sud-ouest, nous aurions un peu d’eau à courir pour rétablir la situation.

    Celui du nord n’est pas protégé du vent, mais seulement de la mer et encore, si le vent passe à l’ouest il faudra être bien enfoncé dans l’anse pour ne pas être gêné en plus par le clapot. A dire vrai dans cette configuration je n’oserai pas laisser mon voilier sur ancre sans surveillance.

    Au sud-ouest de l’île j’ai repéré une petite zone d’eau profonde. Situé aux abords du chenal entre Bréhat et l’île de Raguenes, ce mouillage est probablement exposé à un courant de marée assez fort. Rappelez-vous: les passages étroits sont toujours des facteurs d’accélération des courants de marée. l’endroit est  protégé des vents d’ouest par de nombreux ilots.

    panoramique mouillage à Bréhat
    panoramique de l’île de Bréhat – photo Jordi Carrio – Flickr

    Pour m’aider à décider j’ai regardé les commentaires sur Navily.

    J’obtiens confirmation que le mouillage de Pommelin est le plus sûr. Celui du nord de Bréhat, appelé la Corderie n’est pas du tout protégé des vents ouest. Il est interdit d’y jeter l’ancre mais des bouées de mouillages y ont été installées à l’entrée. Enfin c’est semble t-il un des plus beaux mouillages de Bréhat.

    Le dernier mouillage n’a pas de nom. Les usagers signalent que le courant y est important. L’application indique qu’il est protégé de tous les vents sauf vent de nord et de sud-est. Enfin un câble sous-marin parcourt le fond. Quoiqu’il en soit avec ce vent, il me semble qu’il soit le meilleur mouillage autour de l’île de Bréhat si nous voulons débarquer. Il paraît même assez abrité pour y passer la nuit.

    Pour achever de me décider j’ai consulté la vue satellite de ce mouillage à Bréhat sur Google Maps.

    bréhat mouillage vue satellite

    On y voit deux voiliers à l’ancre sur les bords du chenal et un quai qui devrait permettre de débarquer. Il faudra placer un orin sur l’ancre au cas où elle se prenne dans un câble. nous aurons également besoin d’un bon moteur d’annexe pour débarquer malgré le courant. Et dernière remarque: afin de faciliter l’accès à ce mouillage, nous essaierons d’y arriver aux alentours de l’étale de basse mer. Ainsi si nous nous échouons, nous n’aurons pas longtemps à attendre pour flotter, et nous ne serons pas gênés par le courant.

    Voici donc ma proposition de plan de navigation entre Saint Quay et l’île de Bréhat.

    Nous visons une arrivée au mouillage à Bréhat à 14h. La marée descend, nous aurons le courant et le vent avec nous. Nous pouvons donc miser sur une moyenne de 7 noeuds. Il nous suffit de partir vers 11h30. Si nous voulons naviguer le matin, il est possible de mouiller le long de la côte pour déjeuner par exemple à l’anse de Bréhec. Une autre possibilité serait de contourner l’île par le nord pour admirer le paysage. En ce cas il faudra probablement s’aider du moteur dans les chenaux.

    Enfin si passer la nuit au mouillage ne vous enchante pas, il est tout à fait possible de remonter la rivière jusqu’au port de Paimpol avec le jusant. Cela vous rajoutera 6 milles nautiques. Les portes des écluses sont ouvertes 2h30 avant et après la pleine mer. A mon avis il vaut mieux téléphoner à la capitainerie (02 96 20 47 65) avant d’arriver pour vous assurer qu’on vous ouvre les portes. Vous repartirez le lendemain dans la matinée avec la marée descendante et le vent portant dans la rivière.

    Tout ceci me donne très envie de louer un voilier pour découvrir cette jolie côte! Peut-être même un dériveur ou un biquille! Qui a déjà mouillé à Bréhat?

    mouillage en rose à Bréhat
    photo Lilly Bzh – Flickr