• louer ou acheter un voilier aux grenadines
    tutos

    Louer ou acheter son voilier: comment concilier passion et raison?

    Louer ou acheter son voilier? A force d’écrire des articles sur la croisière le désir de posséder à nouveau un voilier s’accroît semaine après semaine. Pourtant, ce n’est pas pour moi le bon moment pour y céder. Et pour bien m’en convaincre j’ai décidé d’écrire sur ce sujet de manière à poser le problème raisonnablement.

    Est-il vraiment nécessaire de posséder un bateau pour assouvir sa passion? La location, l’emprunt à des amis, sont des alternatives à considérer avec attention tant que l’on peut se contenter de navigations relativement courtes.

    Oui, mais quand la passion nous étreint il est difficile de conserver les idées claires.

    Ici, point de poésie. Pour ne pas transformer notre rêve en interminable galère, nous devons considérer le projet d’acheter un voilier avec réalisme. Voyons donc en premier lieu les obstacles qui nous attendent.

    Les freins à l’acquisition d’un voilier

    Voici les 4 éléments principaux qui peuvent nous amener à louer un voilier plutôt que de l’acheter.

    Le véritable coût d’un voilier

    Comme tout bien d’importance, posséder un voilier entraîne deux types de coûts: le coût d’acquisition et le coût d’entretien.

    Lorsque nous achetons un voilier nous immobilisons un capital financier pour une durée indéterminée. Pire encore: comme une voiture plus un voilier est récent, plus rapidement il se dévalorise. Pour limiter les pertes il peut être judicieux de se pencher sur le marché de l’occasion. Le marché français des voiliers d’occasion est très favorable aux acheteurs. Beaucoup de voiliers de qualité se négocient à des prix très bas par rapport au marché du neuf.

    Le revers de cette situation est que si vous savez quand vous achetez votre voilier, vous ne savez pas quand ni à quel prix vous le revendrez.

    Les coûts d’entretien varient selon le prix de votre emplacement et les améliorations ou réparations que vous devez engager chaque année. Il est assez réaliste de compter une moyenne de 10% de la valeur du bateau par an. Évidemment un voilier de 30 ans récupéré pour une bouchée de pain risque de vous coûter plus en frais d’amélioration qu’à l’achat.

    acheter ou louer un beau voilier

    Les coûts annuels inévitables sont à ventiler suivant les postes suivants:

    • Frais de stationnement
    • Assurance (minimum 1% de la valeur du voilier)
    • Révision du moteur, des voiles, du gréement, du matériel de sécurité
    • Frais de carénage
    • Renouvellement des équipements
    • Petites réparations

    A titre d’exemple je prends soin actuellement de l‘Oceanis 31 d’un ami. Le voilier est stationné au ponton à Brest (2000€/an). Coût d’achat au salon du Crouesty pour une unité âgée de 10 ans: 50 000€.

    Cette année il envisage de renouveler le génois, la capote et le lazy bag. En plus de cela l’antenne VHF a été emportée dans un coup de vent. Le coût d’entretien annuel devrait monter à environ 7000 €. l’année suivante il changera probablement la grand voile seulement , et le coût redescendra à 6000 €.

    Je ne suis pas devin, mais au vu de l’évolution actuelle du marché de la plaisance, il est probable que d’ici 10 ans ce voilier ait perdu la moitié de sa valeur sur le marché de l’occasion, même s’il est bien entretenu. Ainsi perd t-il 2500€ en valeur de possession, chaque année.

    Si l’on ajoute cette décote au coût d’entretien annuel, nous obtenons un coût de 7500 à 8500€/an pour un bateau de 9m âgé de 10 ans.

    Bien sûr il est possible de réduire ces dépenses en cherchant un emplacement moins coûteux sur bouée, ou en louant son bateau à des particuliers. On peut aussi trouver un voilier en bon état mais plus ancien qui se dévalorisera moins vite. Enfin on trouve parfois des voiles d’occasion en très bon état, si on a de la chance et du temps pour les chercher.

    Le temps

    Comme je viens de le mentionner un propriétaire de voilier devra consacrer un temps non négligeable à l’entretien et à la surveillance de son bateau. Il peut déléguer une partie de ce travail, mais s’il le confie systématiquement à des professionnels cela lui reviendra assez cher.

    louer ou acheter et entretenir son voilier

    Voici les activités qui nous demandent un investissement significatif en temps:

    • La coordination des professionnels
    • Les révisions du moteur
    • Le carénage
    • L’hivernage
    • Les petites réparations
    • Les améliorations et changement d’équipement
    • la surveillance du poste d’amarrage, nettoyage du pont, charge des batteries.

    Outre le temps dédié à l’entretien, il nous faut du temps pour naviguer! Ben oui, si vous prenez des vacances pour bricoler à bord, vous en restera t-il pour vos croisières?

    Ainsi il peut être intéressant de calculer le prix de revient d’une journée de navigation. Si votre voilier vous revient à 8000€/an et que vous naviguez X jours par an, est-ce que le rapport coût/plaisir vous convient? A titre de comparaison un voilier comparable se loue environ 200€/jours en Bretagne. Il faudrait naviguer 40 jours par an pour parvenir à un coût équivalent à la location, sans compter le temps passé à entretenir notre bateau. Bien sûr, vous pouvez compter ce temps comme un loisir où comme un travail, tout dépend de vos goûts personnels 😉

    A ce stade de la réflexion, qu’en pensez-vous? Vous voulez louer ou acheter votre voilier?

    La place de port

    Un matin je me lève avec la certitude que je tiens absolument à acheter un petit voilier pour filmer mes prochains tutos. Pour ne pas déséquilibrer mon budget, je choisirais un voilier petit, relativement ancien, mais véloce, avec une multitude de réglages pour tout vous expliquer en profondeur. Il aurait une quille relevable pour explorer tous les recoins de la côte bretonne sans craindre l’échouage. Peut-être un Surprise ou un First Class 8?

    Oui mais… je le mets où ce petit bolide? La liste d’attente au port le plus proche est de un à deux ans. Ce qui est très peu comparativement aux autres ports de plaisance.

    Il faudrait un voilier transportable du coup. Si quelqu’un me prête un terrain pour le stocker… et sa boule de remorquage… et son permis de tracter des engins lourds. A moins que je ne déniche un corps-mort?

    louer à majorque

    Bref, difficile de se lancer sur un coup de tête. Si vous envisagez d’acheter un voilier, essayer d’anticiper et de réserver votre place de port à l’avance. Il faut bien calculer son coup pour être prêt le jour où on vous appelle pour vous dire que vous pouvez obtenir une place… suivant les ports on vous laisse 2 ou 3 chances avant de vous radier de la liste d’attente. D’ailleurs je file me réinscrire, à tout de suite 🙂

    La compétence

    Le premier voilier que j’ai acheté, alors que j’avais 19 ans, ne m’était pas destiné. Ma mère m’avait demandé de lui apprendre à naviguer sur son propre voilier. Nous l’avons choisi ensemble: un Brise de mer 28 en aluminium qui rentrait d’une année sabbatique en Atlantique. Ce voilier m’a tout de suite inspiré confiance. Il était robuste, marin, adapté à tous les programmes de navigation, à condition de ne pas être trop pressée. Quand je suis montée sur le pont alors qu’il était au sec, j’ai levé la tête vers le haut du mât et j’ai senti que je n’aurai pas peur d’envoyer le spi. Il avait juste la bonne taille pour apprendre tout en naviguant loin.

    J’avais déjà une petite expérience de la navigation hauturière et côtière. J’avais navigué en école de croisière un mois autour des îles britanniques, jusqu’aux Orcades ainsi qu’en Espagne depuis Brest. Sans compter mon monitorat de dériveur. Par contre j’étais une quiche en bricolage…

    Une certaine compétence est néanmoins nécessaire pour bien choisir votre voilier. Si vous ne l’avez pas, demandez à quelqu’un de plus expérimenté de vous aider. D’ailleurs je propose un accompagnement complet à l’achat de voilier sur ma page de coaching.

    Pour le reste il faut bien commencer un jour. Vous pouvez par exemple suivre les conseils que je vous donne pour vous former dans le livret gratuit “progresser en voile” téléchargeable à la fin de cet article. Certaines personnes se lancent avec très peu d’expérience, d’autres préfèrent passer tous les niveaux proposés par une célèbre école de croisière avant de skipper leur propre bateau.

    se former aux glénans

    Quoiqu’il en soit si vous n’avez jamais navigué, évitez d’acheter – ou de construire, ça arrive – un voilier: vous ne savez même pas si ça vous plaira! Fixez-vous comme strict minimum d’avoir passé au moins 3 semaines complètes en mer ou une dizaine de week-end. Vous aurez acquis des bases, et vous saurez à quel point vous êtes sensibles au mal de mer 😉

    L’équilibre de votre couple

    Si tous les points précédents ne vous freinent pas, il reste à savoir de quel soutien vous bénéficierez dans votre entreprise. Les marins qui vivent en couple achètent rarement un voilier sans consulter leur moitié. Quand cette passion n’est pas partagé, elle peut devenir rapidement source de conflits. En effet elle implique autant d’y passer la majorité de son temps libre que d’y engloutir un budget conséquent.

    Comment donner goût à la navigation à son/sa partenaire? Avant d’acheter ou de louer un voilier,  lisez les 10 raisons pour lesquelles votre femme n’aime pas le bateau, vous y trouverez peut-être des pistes d’amélioration!

    Les avantages de la location de voilier

    Un budget et un emploi du temps maîtrisé

    En principe quand vous louez un voilier, vous savez exactement combien vous allez dépenser. La location terminée, vous n’y pensez plus, sauf pour vous remémorer vos vacances. Pas d’entretien à prévoir, pas d’amarrage à surveiller, vous êtes libre comme l’air. Si vous avez des emprunts en cours ou les études de vos enfants à financer, c’est peut-être la solution la plus sage.

    De la même façon, quand votre temps est compté, ou lorsque vous avez d’autres passions à assouvir, la location avec des professionnels vous permet de ne pas tout sacrifier à la navigation.

    Faites tout de même attention si vous louez à des particuliers plutôt qu’à des loueurs professionnels. Les bateaux sont parfois moins bien entretenus et souvent plus anciens. De plus les propriétaires peuvent se désister brutalement, sans vous proposer de solution de rechange. J’ai un mauvais souvenir d’une expérience de location à un particulier que je relate dans cet article sur la sécurité en mer. Ces vacances auraient pu très mal tourner…

    Essayer des bateaux différents

    Tant que vous n’êtes pas prêt à sauter le pas, pourquoi ne pas en profiter pour tester le bateau de vos rêves? Pour ma part je crois que je me laisserai bien tenter par la location d’un RM 10.50 biquille. Ces bateaux sont réputés bons marcheurs et faciles à échouer. Le pied pour naviguer en Bretagne!

    louer ou acheter un voilier rm

    Tout à fait différemment, j’aimerais effectuer une navigation à bord d’un Django, Malango ou autre Mojito. L’idée est de naviguer pleine balle et de relever la quille pour se nicher délicatement à l’abri des arrières ports, loin de la houle, de la foule et du clapot. Si cela s’avère trop inconfortable, pas de regrets: je rendrai le bateau à son propriétaire et passerai à d’autres programmes de navigation.

    Par contre j’ai un projet plus lointain de navigation dans les glaces à bord d’un voilier en aluminium. Là je ne pense pas trouver chaussure à mon pied dans l’univers de la location. Mais pour ce genre de voyage le mieux sera de sonder ceux qui l’ont déjà fait sur les forums internet, et d’en rencontrer quelques-uns.

    Des destinations variées

    Pourquoi pas Saint-Malo ou la méditerranée cet été? Ou La Grèce et la Croatie? Et les Antilles à Noël? L’Ecosse ou la Norvège? Tant qu’il y a des bateaux à louer, il est possible de faire l’impasse sur les looooooongues traversées pour se concentrer sur la découvertes de côtes inconnues. Le tourisme nautique a l’avantage de la diversité, et peut-être un prélude à de futures aventures à bord de votre propre voilier cette fois.

    Pour être franche, j’adore les traversées. Elles me donnent l’impression de “mériter” ma destination. Elles me reconnectent avec les éléments naturels: la nuit, le jour, les animaux marins et le temps de la navigation qui marque la distance. Cependant il est des moments de la vie où on ne peut pas être tout le temps sur l’eau, en attendant d’acheter son voilier, louer permet de patienter...

    Quand la passion vous appelle…

    Certains passionnés vont balayer d’un revers de manche toutes les précautions que je viens de citer. L’argent? Ils en trouveront. Les compétences? Elles viendront avec la pratique. La place de port? Il y a toujours une solution. Quant au couple: ça passe ou ça casse. Bref ils ne vont pas louer, ils vont acheter tout de suite leur voilier!

    Il est évidemment très risqué de procéder ainsi. Disons qu’en se préparant un peu mieux on augmente ses chances de profiter au mieux de son voilier. D’un autre côté, la procrastination peut faire hésiter fort longtemps.

    acheter un voilier pour partir
    photo Sailing Nomad – Flickr

    Mais pourquoi s’embêter à acheter et entretenir un voilier quand on peut en louer où on veut et quand on veut?

    Réaliser un rêve

    Nous ne mesurons pas assez la chance que nous avons d’avoir une passion!

    Cette passion donne un sens, une direction à notre existence, parce que grâce à elle nous savons exactement ce qui peut contribuer à notre bonheur! La plupart des gens ne savent pas ce qu’ils veulent.

    Nous, si. Nous savons que nous voulons naviguer.

    Au fil de vos expériences nautiques, vous allez vous orienter vers telle ou telle pratique de la voile. D’une certaine manière il existe autant de façon d’apprécier la voile que de voileux. La passion du sport, la fierté de se dépasser, la soif de liberté, le goût du voyage, l’amour de la nature, le désir d’une vie plus simple… les raisons qui nous font aimer la voile sont à la fois multiples et différentes.

    Investir dans sa passion

    L’argent est un moyen de réaliser nos rêves de navigateurs. Ces rêves sont les scénarios de nos passions, ils prennent parfois des formes très diverses. Par exemple vous pouvez acheter un voilier pour (plusieurs points peuvent se cumuler):

    • Vivre à bord à l’année
    • En faire une maison secondaire
    • Partir autour du monde
    • Faire du cabotage le week-end
    • Régater
    • bricoler tout votre saoul
    • épater les copains
    • Avoir une garçonnière 😉

    Vous voyez bien que louer un bateau ne nous permettra pas de réaliser ce type de rêves. Ou alors très ponctuellement. Il s’agit d’inclure notre voilier dans nos vies au même titre que votre famille, vos amis ou votre travail.

    Ce n’est plus un hobby, mais une part de notre identité!

    Un voilier à votre mesure

    Sans doute est-ce l’avantage décisif à posséder son propre voilier. Nous pouvons alors le personnaliser.

    Les voiliers un peu anciens se prêtent merveilleusement bien à un relooking complet. Vous pouvez échanger les sombres vernis pour des couleurs claires. Redistribuer l’espace, réagencer l’accastillage, choisir l’équipement que vous préférez.

    Avec pas mal d’huile de coude comme nous le montre The Sailing Frenchman vous obtiendrez un bateau à votre mesure, parfaitement adapté à ce que vous voulez en faire.

    Alors, maintenant que vous avez lu cet article, vous comptez le louer ou bien l’acheter, ce voilier?

     

     

  • comprendre calcul marée
    tutos

    comprendre le calcul de marée

    Qui n’a jamais talonné? Allez, dans une vie de marin ça finit toujours par arriver. Erreur de navigation, calcul de marée fait à l’arrache, bateau qui dérape au mouillage. Il m’est même arriver de m’échouer exprès, à marée montante, parce que je cherchais mon passage en mode bateau-cross dans une rivière non balisée.

    Mais ça, c’était avant.

    Désormais, grâce à cet article, ça ne vous arrivera plus jamais! Dans la première partie je vous rappelle le mécanisme à l’origine des marées. Un peu de culture scientifique, ça ne fait pas de mal! Dans la seconde vous apprendrez à faire un calcul de hauteur d’eau avec la fameuse règle des douzièmes. Je vous ai même concocté un petit tableau pour vous faciliter le travail. Et à la fin nous verrons comment les applis de marée peuvent nous simplifier grandement le travail!

     

    horloge des marées

    Si la mer Méditerranée est moins affectée par le phénomènes des marées, d’autres zones de navigation se caractérisent par un marnage impressionnant. C’est le cas du nord de la Bretagne, où des marnages supérieurs à 10 mètres vous invitent à ne pas jeter l’ancre n’importe où. Je pense à l’île de Bréhat pour laquelle j’ai rédigé un tuto croisière en période de vives-eaux. Mais pourquoi la marée n’est-elle pas la même en tout point du globe? Et pourquoi les hauteurs et les heures changent-elles tout le temps?

    Je ne le savais pas moi-même dans le détail. Mais je suis allée chercher ces informations pour vous les résumer et les simplifier autant que possible. Je vous promets que vous allez apprendre des trucs que vous ne connaissiez pas!

    Qu’est-ce qu’une marée?

    calcul de marée nécessaire au mouillage

    Une marée est un cycle de variation de la hauteur des océans sur la Terre, sous l’action des forces gravitationnelles et orbitales de la Lune, du Soleil et de la Terre.

    Le cycle de la marée comprend 4 phases:

    • Le flot ou flux: période de marée montante.
    • l’étale de haute mer : période où l’eau est à son plus haut niveau
    • le jusant ou reflux: période de marée descendante
    • l’étale de basse mer: période ou l’eau est à son plus bas niveau

    Jusque là tout le monde suit. Ok, mais attendez la suite les amis.

    Dans nos régions, (en Europe occidentale) la marée est semi-diurne. C’est à dire qu’un cycle de marée dure environ 12h, et donc, il s’en produit 2 par 24 heures. Ailleurs elle peut être diurne, ou mixte.

    Pour procéder aux calculs de marée on découpe la durée d’une marée diurne en 12 heures marées de durée égale. Mais ces heures ne durent pas 60 minutes, vous allez comprendre pourquoi dans quelques lignes.

    Qu’est ce qui fait monter et descendre la mer?

    Le premier qui me répond “la lune, bien sûr!” passe sous la quille! Ce n’est pas si simple en effet. Pour bouger une telle masse d’eau il faut de la force. Et quelle force! Ou plutôt quelles forces!

    calcul de marées forces

     

    3 forces principales sont en jeu ici:

    La force centrifuge

    Grâce à vous j’ai ainsi découvert que la Lune ne tourne pas autour de la Terre. Non, je n’ai pas bu, et je ne délire pas non plus. La vérité, on ne vous la cache pas, mais on ne vous l’explique pas pour ne pas compliquer l’affaire. Mais moi je vous dis tout 😉

    Il faut imaginer des haltères avec la Lune à un bout de la barre, et la Terre à l’autre bout. Le point d’équilibre des deux masses, ou Barycentre, se situe à 4650 km du centre de la Terre.

    Et tenez vous bien: ce sont la Lune ET la Terre qui tournent, mais autour de ce point B. C’est donc la co-rotation des deux astres qui génère la force centrifuge qui est en partie à l’origine des marées!!!

    Merci wikipedia

     

    Ainsi la force centrifuge liée à la rotation du système Terre-Lune projette la masse des océans vers l’extérieur de la course de la Terre. Un peu comme quand vous prenez un virage un peu vite en voiture: vous êtes repoussé vers l’extérieur de la courbe.

     

    La force gravitationnelle de la Lune

    Exactement comme le marin et la bouteille de rhum, les astres s’attirent entre eux. La force, appelée gravitationnelle, est proportionnelle à la masse des corps et à leur proximité dans l’espace. Plus la Lune est proche de la Terre, plus sa force gravitationnelle est élevée. Plus la bouteille de rhum est pleine… à moins que ce soit l’inverse?

     

     

    la force gravitationnelle du Soleil: ils est bien plus gros que la Lune, mais il est aussi vraiment beaucoup plus éloigné. Du coup la force gravitationnelle qu’il exerce sur la Terre et ses océans est deux fois moindre que celle de la Lune. Mais quand même, il tire fort lui aussi!

    Voyons comment cela fonctionne globalement:

    Ces forces s’additionnent ou se soustraient selon les positions du Soleil et de la Lune par rapport à la Terre. Suivant ces paramètres orbitaux la force gravitationnelle change de direction et d’intensité. La force centrifuge ne change pas car la vitesse de rotation du système Terre-Lune est toujours la même.

    Les grandes marées ou vives-eaux sont provoquées par l’alignement des trois astres (pleine lune et nouvelle lune).

    Dans cette configuration l’effet des forces gravitationnelles s’additionnent. Elles déforment la Terre et ses océans en une ellipsoïde, lui donnant la forme d’un ballon de rugby.

    En revanche, si le Soleil et la Lune forment un angle droit par rapport au centre de la Terre, leurs effets se soustraient, les marées sont beaucoup plus faibles, appelées mortes-eaux.

    Pourquoi il n’y a pas de marées en Méditerranée?

    Nous avons vu que la masse de l’océan est attirée aux deux extrémité du ballon de Rugby, créant deux niveaux de pleine mer et de basse mer à la surface du globe.

    Or la Terre tourne sur elle-même. Cela crée une onde, appelée onde de marée dont le trajet est modifié par le relief de la Terre. Les continents, leurs côtes et les variations de profondeur des océans contraignent le déplacement des masses d’eau.

    La Méditerranée par exemple est reliée aux océans par le détroit de Gibraltar. Mais celui-ci ne laisse pas entrer suffisamment d’eau pour que le niveau puisse monter autant que dans l’Atlantique le temps d’une marée. Il y a donc bien des marées en mer Méditerranée, mais le marnage ne dépasse pas 50 cm.

    La Manche de son côté reçoit en un espace restreint et dans peu de profondeur l’onde de marée des énormes masses d’eau de l’Atlantique. A l’approche des côtes l’onde ralentit mais son amplitude augmente d’où l’importance du marnage.

    marée basse au mont saint michel
    photo Karrez Majik – Flickr

    Au Mont Saint Michel, face à la Manche justement, toute cette eau déviée par la presqu’île du Cotentin doit se répartir dans une zone de faible profondeur. Résultat la marée s’étale dans l’immensité de la baie, parcourant des kilomètres le temps d’une marée.

    Enfin selon la topographie l’onde marée se réfracte sur le relief, générant de nouvelles ondes qui ont la propriété de se soustraire ou de s’additionner entre elles. On voit que le phénomène est complexe.

    Pourquoi un cycle de marée ne dure pas exactement 12 heures (et nous oblige à calculer des heures-marées)?

    Encore un truc qui nous complique la navigation. La coupable, c’est la Lune. Tout simplement parce qu’elle effectue un tour complet de la Terre non pas en 24 heures, mais en 24 heures ET 50 minutes. Du coup un cycle de marée dure 12h 25 minutes, et une marée dure 6h 13 minutes, approximativement.

     

    La météo agit-elle sur la marée? Ou bien c’est l’inverse?

    Des croyances circulent selon lesquelles si le beau temps prend avec la marée il va durer etc. Ce sont de pures croyances. Par contre la hauteur d’eau varie légèrement selon la pression atmosphérique. Quand la pression est élevée, en présence d’un anticyclone, la hauteur d’eau subira une décote de quelques dizaines de centimètres. Inversement en présence d’une dépression importante, l’eau subira une surcote.

    surcalcul des surcote et décote des marées

    Comment calculer la surcote ou la décote du niveau de la mer?

    Il faut savoir que le niveau zéro des cartes est calculé pour une pression atmosphérique de référence de 1013,25 hPa. On ajoute alors 1cm d’élévation de l’eau par hectopascal en moins.

    Exemple: Si la carte indique des fonds de 1m à marée basse (par coefficient de 120), avec un baromètre à 1003 hPa il faut rajouter 10cm à cette mesure. Dans l’autre sens, si la pression augmente de 10 hPa, la hauteur diminuera de 10 cm.

    Mais ce n’est pas tout: un vent fort soufflant depuis le large peut provoquer une élévation du niveau de la mer jusqu’à un mètre. Un vent aussi fort soufflant depuis la terre aura l’effet inverse: il diminuera le niveau de l’eau.

    Ainsi la combinaison d’une pleine mer de vives-eau avec une dépression très creuse soufflant depuis le large peut générer des inondations à la pleine mer sur des terres peu élevés, typiquement des îles.

    Pour en savoir plus je vous suggère de vous référer à ce cours délivré par Ifremer ou à la video ci-dessous.

    L’importance du pied de pilote

    Si vous êtes encore là à me lire, bravo, vous êtes de la graine de scientifique! Ou bien vous voulez juste savoir à quelle heure vous vous échouerez – volontairement – au mouillage?

    Le calcul nous allons le voir ci-dessous permet une grande précision… théorique! En effet plusieurs erreurs indépendantes de notre volonté peuvent se glisser dans nos estimations.

    – Les fonds évoluent: la vase, le sable se déplacent avec les courants. Les indications portées sur les cartes, surtout si elles ne sont pas à jour, sont donc à considérer avec prudence.

    – L’impact du vent est difficile à estimer.

    – En navigation, la houle peut modifier la hauteur d’eau disponible sous la quille, en plus ou en moins… Une houle de 2 mètres par exemple va osciller de 1m au dessus et en dessous du niveau de la mer.

    source Ifremer

    – Au mouillage, le bateau évite sur son ancre, et même sur sa bouée. Les fonds peuvent remonter à quelques mètres de l’endroit ou vous avez initialement positionné votre voilier.

    – Le marin est faillible. Surtout s’il boit du rhum.

    Donc la prudence impose de rajouter à vos calculs de marée une marge d’erreur, appelée Pied de pilote.

    Je vous conseille d’utiliser dans vos calculs de marée un pied de pilote de:

    • 50 cm minimum au mouillage
    • 1m minimum en navigation.
    • évitez les hauts-fonds quand la houle est significative

    Comment faire un calcul de marée?

    simple calcul de marée

    Matériel nécessaire:

    • Annuaire des marées papier ou électronique
    • carte marine détaillée de votre mouillage
    • Papier,
    • crayon,
    • cerveau ou calculatrice.

    Connaître l’heure de la haute ou de la basse mer

    Imaginons que nous voulions passer le Raz de Sein en voilier. Nous faisons route de Brest vers Concarneau. Pour profiter au mieux des courants et par sécurité, nous avons intérêt à le franchir au tout début de la renverse, peu après l’étale de haute mer.

    Sites et applications de marées

    Tapons “marées pointe du raz” ou “marées raz de sein” sur un moteur de recherche, et nous obtiendrons notre information sous forme d’annuaire des marées.

    C’est super pratique, car tous les ports principaux français et leurs ports rattachés s’y trouvent répertoriés sur de nombreux sites.

    Vous pouvez aussi télécharger l’appli Marée.info sur votre téléphone, elle fait également très bien le job.

    Si vous naviguez à l’étranger par contre il vous faudra chercher d’autres applications et d’autres sites dans la langue du pays où vous naviguez.

    Pour info en anglais annuaire des marées se dit “tide times”. Donc pour trouver l’horaire des marées à Plymouth vous pouvez écrire “tide times Plymouth” 🙂

    Or il se peut que vous n’obteniez pas de réponses satisfaisantes. Dans ce cas vous aurez besoin d’un annuaire des marées papier et des corrections à appliquer pour les ports rattachés. Pour les passages délicats, il faudra vous référer également à un guide nautique qui vous indiquera à quel moment de la marée vous y présenter.

    Calcul du Marnage

    Le marnage est la différence de hauteur d’eau entre la basse mer et la pleine mer. Il permet de répondre à la question suivante:

    Aurons nous assez d’eau pour mouiller à Molène ce soir?

    calcul marée molène

    1. Regardons les coefficients de marée pour savoir quelle marée prendre en compte. Ici ils diminuent, cela veut dire que le marnage diminue aussi. A la basse mer de dimanche matin la hauteur d’eau sera plus élevée.

    Nous devons prendre en compte la hauteur d’eau la plus basse que nous pourrons trouver pendant notre séjour au mouillage.

    2. Nous savons à présent que nous aurons au minimum 2,38m de hauteur d’eau au-dessus des cartes.

    Nous pouvons corriger cette hauteur en ajoutant la décote ou la surcote liée à la pression barométrique.

    La pression est de 1023 hP. Nous perdons 1 cm d’eau par hP au dessus de 1013hP donc encore 10 cm d’eau.

    La hauteur d’eau à 17h46, à la basse mer sera de 2.28m au dessus du niveau des cartes.

    4. Notre voilier à un tirant d’eau de 1,70m. Ajoutons le pied de pilote de 50 cm, cela porte à 2.20m la hauteur minimum que nous voulons trouver à marée basse.

    5. Sachant que la mer aura une hauteur de 2,28m au dessus du zéro des cartes, nous pouvons mouiller dans une zone ou la carte indique 0m et même une hauteur négative de -8 cm. (Bon, je sais, en réalité aucune carte n’est aussi précise, ça n’aurait pas de sens.)

    Mais voilà, c’est ça la mesure qui nous permet de savoir où nous pourrons jeter l’ancre. Il nous faut une zone d’évitage où la hauteur sur la carte soit au minimum de – 8 cm.

    Donc nous pouvons regarder la carte du mouillage et retenir une zone qui nous conviendrait. Ici toute la zone en bleu convient.

    calcul de marée molène

    Calcul de la hauteur d’eau nécessaire pour mouiller sans s’échouer suivant notre heure d’arrivée

    Si nous arrivons pile poil à la basse mer, donc à 17h46, nous saurons que la mer ne descendra plus, et nous pourrons simplement nous fier à la carte et au sondeur pour trouver le meilleur endroit. Notre sondeur devra afficher 2,20m minimum (avec la décote météo)

    Mais dans la vraie vie, les choses ne se déroulent pas comme ça. Admettons que nous arrivions à 15h15 au port de Molène.

    Quelle est la hauteur minimum que le sondeur doit nous indiquer à 15h15 pour ne pas nous échouer ensuite à basse mer?

    C’est là que nous aurons besoin de la règle des douzièmes.

    La règle de douzièmes

    Durant les 6 heures que dure une marée, la hauteur d’eau et les courants varient selon une courbe en cloche, d’abord doucement, puis rapidement en milieu de marée puis à nouveau doucement.

    règle des douzième

    Pour faciliter les calculs, on divise le marnage en 12 parties égales. Ensuite on considère que la hauteur d’eau varie d’1 à 3 douzième suivant l’heure de marée.

    heure marée123456
    variation de hauteur d'eau/marnage1/12e2/12e3/12e3/12e2/12e1/12e

    Calcul du douzième de marnage

    Dans notre exemple nous voyons que la mer est haute à 11h07 et qu’à la pleine mer, la hauteur d’eau au-dessus du zéro des cartes sera de 6,38m.

    Puis la mer sera basse à 17h46 pour une hauteur de 2,38m (sans la décote)

    Donc le marnage est de 4 mètres. Par conséquent le douzième de marée vaut 4/12= 0.33m ou 33cm.

    Calcul de l’heure-marée

    La marée dure de 11h07 à 17h46, soit 6h39 minutes, soit 399 minutes. L’heure marée vaut 399/6=66,5 minutes ou 1h 06 minutes et 30 secondes.

    A partir de là on peut remplir notre tableau des douzièmes avec ces valeurs pour connaître la hauteur d’eau à chaque heure. Comme le 12e vaut en réalité 0.333333etc. j’avais 4 cm en rab que j’ai répartis dans le tableau. Même raisonnement pour les 30 secondes de l’heure marée.

    heure marée11h0712h1313h2014h2615h3316h3917h46
    hauteur d'eau6,38m6,04m5,394,393,412,712,38

    Calcul de la hauteur d’eau à l’heure voulue

    A partir du tableau nous voyons que 15h15 se situe entre la 3e et 4e heure de marée. Pendant ces 66 minutes l’eau monte de 3/12e soit de 1 mètre. Donc elle descend en moyenne de 100cm/66 min= 1.5cm/minute

    De 14h26 à 15h15 il s’est écoulé 49 minutes, donc l’eau est descendue de 49*1.5=74 cm.

    A 14h26 la hauteur était de 4.39m, donc à 15h15 la hauteur est de 4.39-0.74= 3,65m au dessus du zero des cartes.

    Elle va donc descendre encore de 3,65-2,38=1,27m.

    Si  on veut 2,20 m à la basse mer, il nous faudra 3,47m au sondeur à 15h15 pour jeter l’ancre!!!

    Et puis on peut tenir compte de la décote et considérer qu’elle va descendre de 10 cm de plus… donc là je préfère les rajouter au sondeur et porter mon pied de pilote à 60cm, c’est plus simple. Alors là je chercherai un minimum de 3,57m au sondeur.

    CQFD

    Méthode super simple et rapide pour connaître la hauteur d’eau à tout moment

    La méthode que je viens de vous donner est celle qu’on utilise quand on n’a pas accès à un logiciel ou à un site de marée. Parce qu’en réalité, la plupart d’entre eux nous donnent aussi la courbe de la marée… il suffit donc de chercher sur cette courbe la hauteur d’eau à l’heure voulue. Plus besoin de calculer les douzièmes. C’est évidemment plus précis, vu que la règle des douzièmes est une approximation. Donc on voit que là où avec la règle des douzièmes j’ai trouvé 3,65m, eux ils trouvent 3,78 cm à 15h15.

    Et en plus sur marée.info ils proposent en option de calculer la surcote ou la décote météo!!!

    Franchement, il ne faut pas s’en priver!!

     

    Et vous, vous êtes plutôt crayon-papier ou appli de marée???

     

     

  • a la recherche d'un mouillage à Bréhat
    idées de croisière,  tutos

    Mouillage à l’île de Bréhat, la perle des côtes d’Armor

    Pour ce 13e week-end de croisière en Bretagne j’ai voulu prendre un mouillage autour de l’île de Bréhat. Je ne connais pas du tout cette zone de navigation. Je vais donc vous montrer comment construire un plan de navigation dans une zone que vous ne connaissez pas encore.

    Pourquoi choisir la baie de Saint Brieuc?

    Il y a au moins trois raisons à cela. La première est que nous avons fait le tour des principaux mouillages de mer d’Iroise. Il en reste quelques uns, moins connus, mais qui demandent des conditions de navigation spécifiques. Quand elles seront là, je ne manquerait pas de vous partager mes derniers secrets.

    La seconde raison est qu’en ce début de janvier, la météo en Bretagne n’est pas très engageante pour le marin. Beaucoup de houle était attendue dans la nuit de samedi à dimanche sur toute la façade atlantique. Windy annonçait des creux jusqu’à 3 mètres aux Glénans. Les seules zones navigables dans de bonnes conditions s’étendaient au nord est de Belle-île pour l’une, depuis la baie de Saint Brieuc jusqu’au mont Saint-Michel pour la seconde. La baie de Saint Brieuc et ses abords sont bien protégés des vents d’ouest. Une image vaut mieux qu’un long discours, regardez.

    houle bretagne

     

    J’ai aussi voulu me challenger un peu, c’est pourquoi j’ai choisi la seconde où je n’ai encore jamais navigué. Honte à moi d’ailleurs, en 30 années de croisière au départ de Brest! En consultant les documents de navigation et les photographies des mouillages j’ai compris mon erreur, et je me promets de la réparer rapidement! A quoi bon chercher l’aventure à l’autre bout de la planète quand de magnifiques mouillages se nichent à quelques pas de chez nous?

    Alors, maintenant que nous avons notre zone de navigation comment fait-on pour établir un plan de navigation?

    Commençons par prendre connaissance de la météo et des marées.

    Nous voyons que le vent de sud-ouest sera maître de nos choix. Les marées également car les coefficients sont importants. Le marnage ici est bien plus important qu’à Brest. Près de 10 mètres entre la basse mer et la haute mer, ce n’est pas un point de détail! Un gros marnage implique de bien choisir son mouillage, mais aussi de s’attendre à de forts courants de marée.

    windguru saint brieuc marées binic

     

    La seconde étape consiste à regarder la carte.

    Je vais chercher à naviguer à l’abri des rafales de sud-ouest, et si possible éviter d’avoir à tirer des bords à l’aller ou au retour. Pour la démonstration j’ai aussi choisi un port de départ qui me facilite la tâche. En effet aux abords de la Manche, le marnage est tel que beaucoup de ports ne sont pas accessibles à tout moment de la marée.

    Vous trouverez ainsi des ports d’échouage, réservés uniquement aux bateaux qui peuvent se poser. Des ports à seuil: ce sont des bassins dont l’accès est protégé par un mur construit sur le fond à une hauteur suffisante pour conserver les bateaux à flot à basse mer. Ils sont parfois dotés en plus d’une porte comme celles des écluses qui n’est ouvertes qu’aux alentours de la pleine mer. Pour entrer ou sortir il faut attendre qu’il y ait suffisamment d’eau au-dessus du seuil pour votre bateau. Enfin des ports à flots généralement situés près de l’embouchure de rivières dont l’accès est protégé par des écluses.

    Pour ce tuto nous partirons de Saint Quay port d’Armor qui est un port à flot accessible en permanence.

    Nous continuerons à naviguer sur Utopia, notre voilier de 31 pieds doté d’un tirant d’eau d’1.70m. Il est clair qu’un dériveur ou un voilier biquille serait plus approprié dans une telle zone en navigation côtière. Cependant la plupart des plaisanciers naviguent à bord de quillards. Quant aux autres, ils échouent peu leurs bateaux, même quand c’est possible. Je vais donc attendre d’avoir fait le tour des mouillages accessibles en Bretagne avec un quillard pour me pencher sur les joies et les peines de l’échouage.

    Voici donc la carte de notre terrain de jeu pour ce week-end d’hiver. Les îles anglo-normandes: Jersey, Guernesey, Sark et Chausey, sont hors champ, plus au nord et à l’est mais accessibles dans un rayon de 50 milles maximum. Je ne les oublierai pas dans de prochains tutos.

    navigation vers île de Bréhat

    Port d’armor se situe sur la côte ouest de la baie de Saint Brieuc, la côte est orientée suivant une ligne sud-est/nord ouest. En la suivant nous resterons abrités de la mer et des rafales de sud-ouest, et nous pourrons naviguer au débridé pendant tout le week-end. A l’extrémité nord de la côte, nous trouvons un des joyaux des côtes d’Armor: l’île de Bréhat recèle de magnifiques mouillages.

    La principale difficulté est liée au marnage et au secteur du vent.

    Pourrons nous trouver un mouillage abrité d’ouest à sud-ouest et suffisamment profond pour passer la nuit à Bréhat?

    Pour le savoir, il faut déjà zoomer pour voir les mouillages sur la carte de Bréhat. Ensuite nous pourrons nous référer aux guides nautiques ou bien à Navily pour connaître les observations des autres plaisanciers concernant ces mouillages.

    mouillage à bréhat

    Déjà nous pouvons constater que le coin est assez mal pavé. Par ailleurs l’étroitesse des chenaux augure de courants importants. L’application Juzzy m’a confirmé qu’il pouvait y avoir jusqu’à 3 noeuds de courant ce week-end en milieu de marée dans ces chenaux.

    J’ai retenu 3 mouillages potentiels, plus ou moins bien abrités du sud-ouest.

    Le plus abrité d’après la configuration de la côté serait celui de l’anse de Pommelin, à l’ouest. Mais pour visiter l’île il est trop loin. Il peut convenir en revanche pour y passer la nuit. Si par malheur le bateau dérapait, avec du sud-ouest, nous aurions un peu d’eau à courir pour rétablir la situation.

    Celui du nord n’est pas protégé du vent, mais seulement de la mer et encore, si le vent passe à l’ouest il faudra être bien enfoncé dans l’anse pour ne pas être gêné en plus par le clapot. A dire vrai dans cette configuration je n’oserai pas laisser mon voilier sur ancre sans surveillance.

    Au sud-ouest de l’île j’ai repéré une petite zone d’eau profonde. Situé aux abords du chenal entre Bréhat et l’île de Raguenes, ce mouillage est probablement exposé à un courant de marée assez fort. Rappelez-vous: les passages étroits sont toujours des facteurs d’accélération des courants de marée. l’endroit est  protégé des vents d’ouest par de nombreux ilots.

    panoramique mouillage à Bréhat
    panoramique de l’île de Bréhat – photo Jordi Carrio – Flickr

    Pour m’aider à décider j’ai regardé les commentaires sur Navily.

    J’obtiens confirmation que le mouillage de Pommelin est le plus sûr. Celui du nord de Bréhat, appelé la Corderie n’est pas du tout protégé des vents ouest. Il est interdit d’y jeter l’ancre mais des bouées de mouillages y ont été installées à l’entrée. Enfin c’est semble t-il un des plus beaux mouillages de Bréhat.

    Le dernier mouillage n’a pas de nom. Les usagers signalent que le courant y est important. L’application indique qu’il est protégé de tous les vents sauf vent de nord et de sud-est. Enfin un câble sous-marin parcourt le fond. Quoiqu’il en soit avec ce vent, il me semble qu’il soit le meilleur mouillage autour de l’île de Bréhat si nous voulons débarquer. Il paraît même assez abrité pour y passer la nuit.

    Pour achever de me décider j’ai consulté la vue satellite de ce mouillage à Bréhat sur Google Maps.

    bréhat mouillage vue satellite

    On y voit deux voiliers à l’ancre sur les bords du chenal et un quai qui devrait permettre de débarquer. Il faudra placer un orin sur l’ancre au cas où elle se prenne dans un câble. nous aurons également besoin d’un bon moteur d’annexe pour débarquer malgré le courant. Et dernière remarque: afin de faciliter l’accès à ce mouillage, nous essaierons d’y arriver aux alentours de l’étale de basse mer. Ainsi si nous nous échouons, nous n’aurons pas longtemps à attendre pour flotter, et nous ne serons pas gênés par le courant.

    Voici donc ma proposition de plan de navigation entre Saint Quay et l’île de Bréhat.

    Nous visons une arrivée au mouillage à Bréhat à 14h. La marée descend, nous aurons le courant et le vent avec nous. Nous pouvons donc miser sur une moyenne de 7 noeuds. Il nous suffit de partir vers 11h30. Si nous voulons naviguer le matin, il est possible de mouiller le long de la côte pour déjeuner par exemple à l’anse de Bréhec. Une autre possibilité serait de contourner l’île par le nord pour admirer le paysage. En ce cas il faudra probablement s’aider du moteur dans les chenaux.

    Enfin si passer la nuit au mouillage ne vous enchante pas, il est tout à fait possible de remonter la rivière jusqu’au port de Paimpol avec le jusant. Cela vous rajoutera 6 milles nautiques. Les portes des écluses sont ouvertes 2h30 avant et après la pleine mer. A mon avis il vaut mieux téléphoner à la capitainerie (02 96 20 47 65) avant d’arriver pour vous assurer qu’on vous ouvre les portes. Vous repartirez le lendemain dans la matinée avec la marée descendante et le vent portant dans la rivière.

    Tout ceci me donne très envie de louer un voilier pour découvrir cette jolie côte! Peut-être même un dériveur ou un biquille! Qui a déjà mouillé à Bréhat?

    mouillage en rose à Bréhat
    photo Lilly Bzh – Flickr

     

     

     

  • port de l'île de Sein
    idées de croisière,  tutos

    Mouillage ou échouage à l’île de Sein

    L’île de Sein est dans le top 3 de mes escales préférées en mer d’Iroise.

    Pourtant je ne m’y rends pas très souvent. Pourquoi? Quand s’y rendre en voilier?

    Lorqu’elle se présente, il ne faut pas rater la fenêtre météo et marée qui permet de se rendre à l’île de Sein. Cette escale magique requiert des conditions particulières pour les voiliers qui ne peuvent pas échouer.

    En effet le port de l’île de Sein échoue en grande partie à marée basse. Quant à la partie qui reste à flot: elle offre peu de place pour éviter tandis que les fonds sont souvent couverts d’algues qui empêchent l’ancre d’accrocher.

    Ce week-end, les conditions sont presque idéales. Petits coefficients de marées, donc faible marnage qui augmente la taille de la zone de mouillage, vents faibles la nuit, et du portant pour rentrer à Brest. De plus la houle est peu significative.

    Il est vrai que le samedi il faudra probablement s’appuyer du moteur pour naviguer à une vitesse suffisante. C’est le seul bémol de cette configuration.

    Dans le chenal de l’île de Sein il n’est pas rare de rencontrer des dauphins. En pêchant à la traîne à l’approche du chenal d’entrée vous aurez peut-être la surprise de dîner d’un lieu frais.

    maisons de l'île de sein

    A terre, vous ferez le tour de l’île en une heure à pied, ou bien plus si vous êtes photographe, tant elle est belle! Puis vous pourrez vous perdre dans les minuscules ruelles abritées du vent qui séparent les petites maisons colorées blotties les unes contre les autres.

    route Brest île de Sein

    Comment mouiller en sécurité à l’île de Sein?

    La première des sécurités est de s’y rendre dans les conditions de vent et de marées les plus favorables. Le mouillage est protégé des vents de sud à ouest. Il est ouvert au Nord-ouest, et la barre rocheuse qui couvre et découvre à l’Est n’est pas suffisamment haute pour arrêter les vents de ce secteur.

    Le peu de place disponible pour les quillards, qui doivent laisser une place suffisante pour permettre à la navette de l’île de manœuvrer, invite à ne s’y rendre que par des coefficients inférieurs à 60.

    au mouillage à l'île de Sein

    En hiver les algues sont moins nombreuses et il est plus facile de trouver une zone de sable clair pour déposer son ancre. Pour cela il vaut mieux arriver bien avant la nuit. Il est prudent de placer un orin sur l’ancre, si vous deviez plonger pour la dégager l’eau est vraiment froide!

    N’hésitez pas à tester la tenue de votre mouillage en mettant progressivement les gaz en marche arrière. Évidemment cette manœuvre peut se solder par un dérapage. Mais une fois que vous saurez que le mouillage tient, vous serez infiniment plus tranquille pour dormir. Les nombreux rochers qui cernent le port devraient achever de vous convaincre de l’utilité de ce genre de précautions.

    Vous pouvez bien sûr utiliser une alarme de mouillage, mais sachez que vous n’aurez pas beaucoup de temps pour réagir, donc mettez le son de l’alarme à fond…

    Comment s’échouer dans l’arrière-port?

    A Sein les voiliers qui peuvent s’échouer ou à faible tirant d’eau sont les rois! D’ailleurs c’est vrai dans beaucoup de ports à marée. Bien à l’abri du clapot au fin fond des anses derrière plusieurs digues, les propriétaires de dériveurs et de catamarans ne craignent pas de voir leur bateau filer en haute mer sans leur permission.

    Globalement les fonds sont de sable, mais méfiance, quelques roches plates affleurent ça et là. Si vous échouez votre bateau sur une de ces dalles, il risque de glisser. C’est la mésaventure qui est arrivée à une amie au printemps passé. Prudence donc. Les eaux claires devraient tout de même vous faciliter la tâche.

    Enfin, même si vous n’êtes pas gênés par la hauteur d’eau, privilégiez aussi les petits coefficients de marée ou naviguez à l’étale dans le chenal pour ne pas être surpris par les courants.

    Vous vous êtes peut-être déjà échoués dans l’arrière-port de l’île de Sein? Vos témoignages dans les commentaires seront les bienvenus.

    raz de l'île de Sein
    photo James Stringer – Flickr
  • naviguer avec ipad
    tutos

    Mes applications de navigation en mer: le choix de la simplicité

    Slalomer entre les rochers de la pointe de Penmarc’h à 9 noeuds sous spi, ça vous semble fou?

    Dans cet article vous découvrirez comment j’ai choisi 4 applications de navigation, dont deux seulement me semblent indispensables en navigation côtière.

    Quand j’ai commencé à naviguer, le GPS était réservé aux navires militaires et les applications de navigation n’existaient pas, faute de tablette ou de téléphone portable. Pour le plaisancier, la navigation à l’estime faisait partie des compétences indispensables sous peine de terminer sa course sur un récif. En Bretagne où les courants et les marées sont importants, cette tâche suffisait à occuper pleinement un équipier.

    30 ans plus tard, la donne a complètement changé. L’équipier navigateur peut être aisément remplacé par une application de navigation. Aisément, vraiment?

    Un été avec un ami, nous convoyons un Sunshine 38 de Brest à Concarneau. Le vent ne se lève que dans la baie d’Audierne. Une petite brise de nord propice à l’envoi du spi symétrique. Après plusieurs heures de moteur, la délivrance! A la hauteur de Penmarc’h, nous lofons vers l’est. Au travers le bateau accélère, nous offrant une pointe à 9 noeuds sur mer plate: le rêve.

    naviguer sous spi avec une application de navigation

    Je suis à la barre, la tablette sur les genoux. Je consulte la carte sur mon application de navigation. La côte est dangereuse, truffée de récifs. Une ribambelle de balises nous invite à abattre pour nous en écarter largement. En suivant cette route nous devrons affaler le spi au droit de Loctudy pour lofer vers Concarneau. A moins que…

    En coupant à l’intérieur des rochers, et à condition que le vent ne monte pas, il sera peut-être possible de ne pas perdre de cap, et de tout faire sous spi!
    Les conditions météo sont idéales, je consulte mon coéquipier. Il est partant, prêt à choquer ou à affaler rapidement si besoin.

    Le Sunshine file à bonne allure, je régule à la barre ses velléités de départ au lof, tout en surveillant les fonds qui défilent sur mon écran. Nous glissons entre les rochers dans la tiédeur de cette fin d’après-midi. Je sens le poids du bateau dans le gouvernail, mais je sais que je peux compter sur mon partenaire.

    Je fais de mon mieux pour gagner au vent sans nous échouer. Nous passons les derniers rochers, la chance est avec nous, le vent adonne et faiblit légèrement. Le tangon quasiment dans l’étai nous conservons le spi au bon plein jusqu’à l’entrée du chenal. Nous l’affalons enfin sous un ciel flamboyant au coucher du soleil.

    coucher de soleil sur locéan

    Simples et efficaces, les applications de navigation m’offrent de nouveaux terrains de jeu dans une zone de navigation que je connais pourtant bien.

    En terme de sécurité en mer, cet exemple n’est pas forcément à suivre cependant. Pour s’affranchir du balisage avec une appli de navigation, il faut bien maîtriser de nombreux paramètres:

    • Connaître son bateau et son équipage
    • Manœuvrer rapidement
    • Identifier les obstacles visibles sur l’eau rapidement, pour anticiper toute forme de défaillance du positionnement
    • Prévoir une solution de rechange au cas ou la tablette tombe en panne

    Cependant, cette expérience montre comment les applications de navigation peuvent vous libérer des ressources pour vous consacrer essentiellement à la marche de votre bateau. Votre bateau évolue sur la carte électronique comme dans un jeu vidéo, il ne vous reste plus qu’à projeter ce que vous voyez sur l’écran sur l’horizon.

    application de navigation ou jeu video?

    A la différence néanmoins que vous n’avez qu’une vie, qu’un bateau, et que si vous vous échouez, vous ne pouvez pas recommencer la partie de zéro. Ceci nous mène à un point qui est souvent discuté.

    Faut-il savoir naviguer à l’estime pour utiliser correctement une application de navigation?

    J’aurais très envie de vous dire oui. Parce que je considère que connaître les techniques de navigation à l’estime sécurisent et augmentent mon expérience de la navigation électronique. En effet si mon appli de navigation déraille, j’ai toutes les chances de m’en apercevoir bien plus vite qu’un novice en navigation traditionnelle. En plus j’ai pris l’habitude de chercher les amers mentionnés sur la carte pour les relever au compas.

    navigation à l'estime

    Je suppose que je sais “lire” mon environnement marin plus rapidement et plus efficacement grâce à ces années de navigation à l’estime. Je pense que je repère les courants, la couleur des fonds, les lignes de grain assez tôt pour en anticiper les conséquences. Ce qu’une application de navigation ne fera jamais pour vous.

    Mais je n’ai pas confronté mes capacités à celles d’autres plaisanciers qui se seraient entraînés à naviguer uniquement avec des applis de navigation. En effet, à force de transférer son regard de l’écran à la mer, on devient capable de traduire de plus en plus efficacement les données virtuelles en obstacles bien réels. Dans les deux cas, c’est surtout la pratique, l’expérience qui fait la différence.

    Comprendre les applications de navigation

    Afin de comprendre ce qu’affichent les applis de navigation et en exploiter toutes les possibilités, il faut quand même quelques bases.

    Pour le moment elles n’effectuent pas les calculs de marée à votre place, mais elles n’en sont pas loin. Elles affichent la hauteur d’eau en temps réel au-dessus du zéro des cartes dans certains ports de référence. Elles donnent aussi la valeur des courants, tout comme le faisaient les anciennes cartes papier, dans des zones précises. Mais ces données sont théoriques, elles peuvent varier en fonction de la pression atmosphériques pour les marées, de particularités topographiques pour les courants. Bref il faut connaître la logique de ces calculs pour adapter les informations des applis de navigation à vos besoins.

    photo Thierry Cormerais – Flickr

    Il en va de même pour les directions du compas par exemple, ou les notions de vitesse fond et surface. Une application de cartographie ne va pas tout faire à votre place. Ce sont des aides à la navigation dont les données restent à interpréter.

    Si vous voulez vous familiariser avec l’usage de ces programmes, je vous invite à lire mes tutos de croisière en Bretagne. Pour chaque destination je vous explique comment construire votre plan de navigation à partir de ces outils.

    Que faire si mon application de navigation tombe en panne?

    Un de mes amis, Laurent, diffuse depuis son voilier Liane un podcast dans lequel il discute de cette question. Nous en avons débattu tous les deux.

    iphone cassé

    Pour faire face à une panne des outils électroniques de navigation, Laurent prône la redondance. Effectivement, si votre application de navigation tourne sur votre tablette, la plupart du temps elle peut aussi fonctionner sur votre téléphone. Vous avez peu de chance de voir les deux vous lâcher en même temps.

    Sauf si… vous avez un problème de charge électrique. Pour parer à ce danger je conseille de préparer une carte de la zone, un crayon gris, une règle et un GPS portable muni de piles neuves dans une boîte étanche. Ce peut-être un bidon de survie d’ailleurs. Cela suppose que vous sachiez reporter des coordonnées géographiques sur une carte. Mais ce n’est vraiment pas difficile à apprendre.

    Quelles applications de navigation choisir?

    En parlant d’applications, j’exclus dans cet article la question des logiciels. Pourquoi?

    Parce que ce qui m’importe ici c’est la mobilité.

    Tous les plaisanciers ne sont pas propriétaires de leur bateau. Mais la quasi totalité d’entre eux dispose d’au moins un téléphone portable. A partir de là, vous pouvez naviguer sur n’importe quel voilier avec vos propres outils de navigation. Vous avez le temps de vous familiariser avec leur fonctionnement et leur style d’affichage, depuis votre canapé.

    L’autre critère que je privilégie est la simplicité.

    Si le but est d’abord naviguer, il ne me paraît pas utile de s’attarder sur des programmes, ni des applications de navigation aux fonctionnalités complexes. Le temps passé à configurer et comprendre des programmes nous distrait d’autres aspects essentiels de la navigation: le réglage et l’équilibre de la voilure, l’observation du ciel, de la faune, et l’attention portée à la route des autres bateaux.

    J’exclus donc les logiciels et les applications dédiés au routage. Je les réserve à la préparation de traversées ou de convoyages sur des distances importantes. Pour la navigation côtière à la journée ils me semblent peu pertinents.

    Je mets également de côté des applications open source, telles qu’Open CPN parce qu’elles demandent quelques manipulations techniques sur un téléphone ou une tablette avant d’être opérationnelles.

    Au final j’ai sélectionné des applications utilisables immédiatement, que beaucoup connaissent déjà, mais qui aideront les débutants à faire un choix cohérent. Je précise que je ne perçois pas de commissions sur leur vente.

    Pour la cartographie:

    Boating HD mers et Lacs, disponible sous Android et IOS

    navionics boating HD

    J’apprécie cette application pour la lisibilité de ses cartes et l’ergonomie de la navigation. Il ne lui manque que le routage. Elle fonctionne par abonnement, mais les fonctionnalités essentielles et les cartes restent disponibles même quand l’abonnement est terminé. Cerise sur le gâteau: c’est probablement le choix le plus économique.

    Faut-il mettre à jour ces cartes tous les ans?

    Si vous naviguez toujours dans la même zone, je pense que vous pouvez vous en passer. Ce qui peut changer est généralement balisé et renseigné dans la presse locale: construction de digues,nouvelles épaves, ou des zones interdites à la navigation qui évoluent.

    Quand vous naviguez plus loin, il vaut mieux vous doter d’informations récentes. En mer du Nord par exemple les plates-formes pétrolières se déplacent et les éoliennes se multiplient: il vaut mieux savoir où elles se trouvent. De même à l’approche d’un port dont la configuration a évolué, de nuit et ou dans le mauvais temps, il est préférable de s’appuyer sur une carte récente.

    Météorologie

    applications meteo de navigation

     

    Windy est une application gratuite et performante. Ses animations sont claires et esthétiques. Les informations de vent, pluie, visibilité, houle, vagues, sont très complètes et plutôt fiables.  A télécharger sans modération. Si vous devez naviguer sans couverture Internet, prenez des copies d’écran des prévisions avant le départ.

    Courants

    juzzy courants four

    Juzzy est une jeune application qui couvre une partie du littoral Atlantique. Elle vous donne la direction et la force des courants heure par heure, de manière assez fine. Elle n’est pas indispensable car vous avez déjà une partie de ces informations sur Navionics. Mais sa précision permet d’affiner vos plans de navigation si vous devez ruser avec les courants. L’abonnement est mensuel, à petit prix et sans engagement de durée.

    Marées

    appli de navigation marée

    J’utilise l’application Marées, tout simplement. Elle est gratuite et présente l’information de manière très simple. Navionics donne les mêmes informations de marées, avec quelques variations de hauteur a priori peu significatives (de l’ordre de 10cm). Dans tous les cas il convient de prévoir un pied de pilote de 50 cm pour parer aux imprécisions des calculs de hauteur d’eau.

    Au final, vous voyez que j’ai retenu 4 applications de navigation, dont les 2 premières seulement sont indispensables.

    Les geeks seront frustrés, mais les marins inexpérimentés y gagneront en clarté. Les navigateurs au long cours y ajouteront des programmes de routage et de navigation open source tels Open CPN ou QTVLM. Peut-être iront-ils jusqu’à les installer sur un Raspberry configuré par leurs soins. Autres projets, autres solutions.

    Et vous qu’utilisez-vous? Vous avez d’autres choix? Partagez vos idées, si vous avez trouvé plus simple, plus facile à prendre en main ou si vous privilégiez d’autres critères.

     

  • hélicoptère de sauvetage en mer
    tutos

    Comment assurer vous-même votre sécurité en mer

    Les récits de naufrages et de survie au large font fantasmer le grand public. Le jour où ça nous arrive, nous sommes moins fiers. Le bateau qui dérape au mouillage par nuit noire, le moteur qui vous lâche dans un chenal étroit et venté. La grand-voile qui se déchire jusqu’au troisième ris au près dans un coup de vent… voilà des situations qui finissent toujours pas se produire quand nous naviguons régulièrement. En mer, comme sur la route, il n’est pas si rare de frôler le drame. Alors, apprenons à mieux assurer notre sécurité en mer.

    Bien préparés, entraînés et équipés, nous savons généralement faire face aux situations les plus critiques. Cependant l’expérience joue un rôle crucial dans la prise de décision. Dans cet article je  partage certaines des miennes et j’essaie de faire le point sur les dangers de la navigation. Je ne souhaite pas être exhaustive ici: un tel sujet ne peut pas être traité en un seul article.

    J’ai donc pris le parti de lister les principaux dangers, de vous exposer les moyens de les prévenir et d’y faire face si nécessaire. Je ne développe pas toutes les procédures, mais je pense que vous trouverez là une bonne source d’inspiration pour assurer vous-même votre sécurité en mer.

    Enfin pour ne pas écrire une encyclopédie j’ai délibérément choisi de ne pas parler des techniques de survie, de la réglementation ni des procédures de signalisation.

    Mon pari est qu’en prenant en main votre sécurité vous-même dès maintenant, vous parviendrez à éviter le plus souvent ces situations et vous gagnerez en assurance.

    Bonne lecture, et n’hésitez pas à me faire part de vos propres expériences en commentaire de l’article.

    bouée couronne sécurité en mer

    Comment le froid m’a jetée à l’eau

    Nous sommes en 1990 dans la rade de Brest à Pâques. La météo est exécrable: pluie, vent fort, creux de près d’un mètre par endroits. Nous sortons quand même à bord des 420 du club nautique. Tous les jours nous changeons de support. Hier nous avons navigué en solo sur des Lasers, sans gouvernail. J’ai passé la moitié de la séance à cheval sur la dérive… Notre instructeur Philippe Rodet nous apprend tout ce qu’il peut en cette semaine intense de formation au monitorat fédéral de voile.

    Les manœuvres s’enchaînent et malgré ma combinaison intégrale j’ai de plus en plus froid. La vedette de Philippe s’approche, il me hurle pour la 15e fois de m’attacher les cheveux. Un jour je finirai scalpée par une poulie dans un empannage…

    C’est un banal virement de bord qui a raison de mon engourdissement. Je ne sais plus si j’étais à la barre ou au foc, mais je me souviens de glisser comme dans un film au ralenti, doucement sous le vent dans l’eau glaciale de ce mois d’avril. Elle ne m’a paru ni froide, ni tiède parce que je crois bien que j’ai aussitôt perdu connaissance.

    Un changement de voile périlleux

    La même année, en décembre cette fois, je suis stagiaire à bord d’un Melody, un sloop de 10m. Nous naviguons au près, au large de l’île de Sein. Le vent a considérablement forci et la mer s’est levée. Je file à l’avant avec le skipper pour affaler le génois et endrailler un foc intermédiaire. L’étrave plonge dans les vagues qui inondent le pont. Je ne porte ni brassière, ni harnais, ni pantalon de ciré. Mais j’ai 17 ans et je suis indestructible.

    Le barreur est inexpérimenté, dans une survente il s’accroche à la barre au lieu de laisser aller. Le voilier se couche brutalement tandis qu’une trombe d’eau s’abat sur l’avant. Déséquilibrée je glisse et passe sous les filières. Tout va très vite, je ne trouve rien pour retenir ma chute, si ce n’est la poigne vigoureuse du skipper qui parvient au dernier moment à accrocher l’arrière de mon ciré.

    Trente ans plus tard, que ce soit en France ou aux Etats-Unis parmi les accidents affectant les marins, pêcheurs ou plaisanciers, l’homme à la mer demeure la première cause de décès.

    Heureusement les équipements de sécurité en mer se sont nettement améliorés. En 1990 il fallait tellement de temps pour enfiler un harnais par-dessus votre ciré, que vous aviez toutes les chances d’attraper le mal de mer. Les brassières étaient énormes et inconfortables. Aujourd’hui je n’hésite plus à porter mon gilet autogonflant et à m’attacher avant de manœuvrer sur le pont. Je ne bénéficierai peut-être pas d’une 3e chance..

    1. Assurer sa propre sécurité en mer est avant tout une affaire d’anticipation.

    La réglementation vous impose un armement minimum de sécurité en mer. Votre bateau doit aussi être homologué par les affaires maritimes. Cela ne vous dispense pas d’aller au-delà en vous préparant sérieusement aux situations les plus courantes.

    L’anticipation est le maître mot. A tête reposée, comme lorsque vous lisez cet article, vous pouvez réfléchir tranquillement aux moyens de protection qui vous correspondent le mieux. En mer, avant chaque manœuvre, posez vous les bonnes questions: que se passera t-il si… je rate mon empannage, si ma femme ou mon fils tombe à l’eau, si le moteur cale dans ce chenal entouré de roches?

    Préparez une parade à ces situations, de sorte à ne pas être dépassé par les événements quand elles surviendront. Cela peut vous paraître contradictoire, mais l’anticipation des risques diminue le stress et l’inconfort. Quand vos enfants portent systématiquement un gilet de sauvetage, vous avez beaucoup moins besoin de surveiller leurs gestes. Quand le moteur a des ratés, vous savez que votre ancre est prête, et que vous aurez le temps de renvoyer une voile s’il cale. L’anticipation fera de vous quelqu’un d’assuré et de serein. Vos équipiers seront en confiance et reviendront avec plaisir à votre bord.

    skipper en sécurité en mer

    2. Un bateau sûr est un bateau entretenu

    Voici un exemple de ce qu’il ne faut absolument pas faire:

    Un été j’ai loué un Sun Fast 32 à un particulier.  Mal m’en a pris. Ce voilier, n’était absolument pas entretenu, si bien que j’ai passé l’essentiel de la croisière à réparer. La pompe de WC était morte, les penderies dégageaient une infâme odeur de fromage, les batteries ne tenaient pas la charge et la centrale de navigation est tombée en panne au bout de 2 jours. Le 4e jour en quittant le port de Concarneau au moteur j’ai senti une odeur de brûlé. J’ai inspecté le circuit électrique et j’ai découvert dans le coffre à voile, contre le robinet de gas-oil du réservoir, les cosses d’une ancienne batterie, dénudées et… toujours alimentées! A chaque fois que je mettais le contact moteur, ces cosses entraient en court-circuit. Nous avions donc frôlé l’incendie!

    J’ai appelé le propriétaire et je lui ai passé un savon. D’autant plus que la veille, en quittant l’archipel des Glénans, nous avons failli couler!

    Un des adolescents présents à bord est descendu dans la cabine et m’a demandé s’il était normal que les planchers flottent. J’ai lancé le moteur pour pomper l’eau, sans effet (peut-être n’y avait-il pas de pompe attelée), la pompe électrique ne marchait pas et la poignée de la pompe manuelle demeurait introuvable. L’eau montant rapidement j’ai commencé à faire le tour des vannes pour découvrir que le tuyau d’évacuation de l’évier s’était rompu. Ce tuyau n’était pas du tout aux normes maritimes. Il s’agissait d’un tuyau en plastique gris, annelé mais pas armé, relié par un embout de PVC à la vanne, le tout collé au sikaflex noir…

    Pourtant le Sun Fst 32 est un excellent voilier. Quand il est entretenu.

    Bref ce n’est pas la première fois que je navigue sur une poubelle. Il m’est arrivé de rencontrer des problèmes de sécurité en mer aussi graves en essayant des bateaux mis à la vente. Je déconseille désormais de louer un voilier à un particulier si vous ne connaissez pas, non pas le propriétaire, mais le voilier lui-même!

    3. Adapter les mesures de sécurité aux circonstances

    Pour aller au delà de ce que la réglementation vous impose, vous aurez envie de compléter votre matériel fonction de votre programme de navigation et de vos équipiers. Cela ne suffit pas: vous devrez apprendre à tout l’équipage à s’en servir et élaborer vos propres règles de sécurité en mer.

    Les possibilités d’être secouru.

    Tomber à l’eau n’a pas les mêmes conséquences à 300m du bord, 3 milles d’un abri, 30 milles ou 300 milles nautiques. Dans le premier cas vous pourrez peut-être gagner la terre à la nage. Dans la bande des 3 milles d’autres bateau pourront vous aiser à retrouver votre équipier et la mer sera sans doute moins formée. Au delà, les secours mettront de plus en plus de temps à arriver, trop de temps sans doute pour vous venir en aide efficacement.

    Les conditions météorologiques et la visibilité vont bien évidemment avoir un impact sur la rapidité des secours. Dans le brouillard, la tempête ou la nuit, il n’est pas toujours possible de localiser et de rejoindre un navire en difficulté.

    Votre zone de navigation et son climat.

    le brouillard en mer
    Dans la brume, mieux vaut avoir un radar

    Votre zone de navigation vous oblige à anticiper des risques différents. L’été Austral en Patagonie, les dépressions se succèdent toutes les 48h . Pour ne pas être drossé à la côte par les vents catabatiques les bateaux mouillent au ras de la côte et s’attachent aux arbres. Il faut donc prévoir un matériel adapté et surveiller de près le baromètre. En Bretagne ce sont les hauteurs d’eau et les courants de marée qui demandent une vigilance particulière, et une ligne de mouillage adaptée. Les spécificités climatiques : si vous n’êtes pas suffisamment équipé contre le froid , vous risquez véritablement de perdre vos forces et votre jugement. A l’inverse le soleil sous les tropiques peut devenir votre pire ennemi sans protection adaptée.

    La composition de l’équipage

    Quand on voit les photos de familles en balade autour du monde, on se dit que ces enfants vivent une expérience merveilleuse. Certes, mais pour les parents naviguer avec des enfants implique de mettre en place des règles de sécurité strictes en mer et de s’équiper de gilets à leur taille. Au mouillage ou au ponton, la vigilance se relâche, et c’est là qu’ils tombent à l’eau. Apprenez donc leur à nager le plus tôt possible, en sachant qu’ils ne flotteront pas avant l’âge de 5-6 ans. S’ils sont plus jeunes, habituez les à nager avec des brassards là où ils n’ont pas pied (sous surveillance). Montrez leur comment appeler les secours dès que possible, et apprenez leur à utiliser l’annexe et le hors-bord. Plus ils seront autonomes et responsabilisés, plus ils seront en sécurité.

    gilet de sauvetage enfant

    Pour les débutants, il en va de même que pour les enfants. Ils doivent savoir dès le départ ou se trouve le matériel de sécurité, comment arrêter le bateau et appeler les secours. Ensuite vous devrez tout leur expliquer, patiemment, gentiment…y compris comment ne pas se coincer les doigts entre l’écoute et le winch.

    Enfin la navigation en solitaire pose des problèmes spécifiques. Si vous tombez à l’eau, qui arrête le bateau? Et s’il s’arrête, comment remontez vous à bord? La nuit, comment veiller aux cargos? Quand vous partez seul, prévenez quelqu’un absolument de votre heure de retour approximative, au cas où…

    4. Les principaux risques: prévention et conduite en cas d’accident

    L’homme à la mer

    La prévention passe avant tout par le port du gilet et l’usage harnais. Je n’ai pas le moindre scrupule à me répéter ici. Sur ce blog américain, il est rappelé que l’homme à la mer est la principale de cause de décès des plaisanciers, mais aussi que la plupart des accidents se produisent par temps calme.

    A part quelques inconscients, beaucoup de marins portent un gilet quand la mer se lève. Mais ils sont déjà moins nombreux à s’attacher, parfois faute de ligne de vie.

    Quels sont les moments où l’on risque le plus de tomber à l’eau?

    Le cas plus typique est celui du gars qui va se soulager sous le vent, et qui est déséquilibré à un moment où sa tâche requiert l’usage de ses deux mains. Bien sûr notre homme ne porte ni brassière, ni harnais… alors que dans ce cas précis il faudrait porter les deux.

    Toutes les manœuvres réalisées depuis le pont peuvent se terminer dans l’eau. Que le bateau soit en marche… ou presque à l’arrêt! Par exemple quand un équipier saisit un corps-mort avec une gaffe et que le bateau a encore trop d’erre…

    sécurité en mer dans une annexe
    Il leur manque quelque chose, non?

    Ensuite il y a les débarquements en solitaire avec l’annexe. Ou bien à deux, mais à la rame, avec du vent et du clapot. Ou encore après une soirée arrosée sur un bateau voisin dans le mouillage.

    Enfin quand la mer est un peu agitée et que vous prenez des passes (le raz de sein, le Fromveur…) où le courant est important des vagues pyramidales peuvent se former sans prévenir et précipiter tout le monde à la mer.

    Comment prévenir la chute à la mer?

    Installez une ligne de vie de chaque côté de votre bateau. Choisissez plutôt une sangle réglable dotée d’un absorbeur d’énergie. En cas de chute à la mer, l’absorbeur se découd et amortit le choc pour votre équipier.

    Ayez à bord un gilet-harnais par équipier, à la taille de chacun. Ajustez bien les sangles pour qu’elles ne se prennent pas dans l’accastillage. Marquez chaque équipement au nom de chacun. En outre chaque gilet doit être complété d’une longe de harnais. Attention, tous les gilets auto-gonflants ne sont pas équipés de harnais.

    Ce matériel doit en outre être vérifié en début de saison. Les bouteilles et les dispositifs de déclenchement se périment. Les mousquetons des longes se grippent. Les lignes de vie s’abiment avec les UV et le sel… d’ailleurs vous pouvez les enlever pour l’hivernage.

    Si vous n’avez pas de voilier: procurez-vous quand même cet équipement de sécurité en mer, comme cela vous serez certain d’avoir toujours du bon matériel à votre taille.

    Pour le repérage:

    Vous pouvez placer une lampe étanche à éclat et un sachet de fluorescéine dans les poches de vos cirés ou de vos gilets s’ils en ont.

    Dans une mer creuse, une perche IOR permet de baliser le lieu de la chute, reliée à la bouée couronne.

    Si vous naviguez en solitaire plusieurs solutions peuvent vous sauver la vie.

    Portez une longe dont le mousqueton est largable sous charge et amarrez vous assez court pour avoir le moins de chance possible de tomber à l’eau. Si vous tombez vous pourrez donc vous libérer si vous le jugez nécessaire.

    Installez une marche, ou une échelle, ou laissez pendre une boucle qui vous aidera à remonter à bord par l’arrière de votre bateau.

    Portez autour du cou une VHF portable étanche pour appeler les secours.

    Achetez une télécommande pour votre pilote. Elle lui donnera l’ordre de pousser la barre sous le vent si vous tombez à l’eau. Certaines télécommandes déclenchent en plus un appel de détresse par ASN.

    Imposez-vous des règles précises et soyez discipliné

    imposer des règles de sécurité en mer

    Tout ce bel équipement ne sert à rien si vous ne le portez pas… Le mieux serait que tout le monde porte un gilet dès que le bateau navigue ainsi que dans l’annexe. Quant aux enfants, tant qu’ils ne savent pas nager, il faut qu’ils en portent systématiquement y compris au mouillage. A moins que vous n’ayez l’œil sur eux en permanence.

    Quand vous êtes le skipper, il est de votre responsabilité d’imposer ces règles à votre équipage. Pour vous aider à prendre les bonnes décisions posez-vous toujours la question suivante: que se passera t-il si je tombe à l’eau? Que se passera t-il si un de mes équipier passe par dessus-bord? Quelle sont ses/mes chances de remonter à bord et comment?

    Un jour il m’est arrivé qu’un équipier refuse de porter une brassière pour descendre à terre. Nous étions au mouillage au Scilly à Pâques. Le courant de marée atteignait au moins 2 noeuds sous le bateau. Voici ce que je lui ai dit:

    – Tu sais nager?

    – Non.

    – Tu vois les algues qui passent derrière nous?

    -Oui.

    – Elles sont emportées par le courant. Tu pèses combien?

    – 95 kilos

    – Moi je pèse 60 kilos. Si tu tombes à l’eau en montant dans l’annexe tu vas partir avec le courant comme les algues. L’eau est très froide. Tu crois qu’avec mes petits bras j’arriverai à te repêcher avant que tu te noies?

    – Non.

    Et il a mis sa brassière.

    Les manœuvres d’homme à la mer

    Je ne peux pas les détailler ici, ce serait trop long. Mais vous devriez vous entraîner régulièrement avec vos équipiers habituels.

    1. prévenez l’équipage

    2. jetez une bouée couronne à la mer + une perche IOR

    3. revenez vers l’homme à la mer, aidez vous du moteur si nécessaire.

    4. récupérez le sous le vent, éventuellement au moyen d’une Silzig

    sécurité en mer récupérer homme à la mer

    Certaines écoles vous proposeront de récupérer le naufragé au vent pour que le bateau ne lui passe pas dessus, mais avec du vent fort sur un voilier, vous risquez de dériver loin de lui. Testez, choisissez ce qui vous convient le mieux en fonction de votre voilier, de votre équipage et des conditions extérieures.

    Vous trouverez de nombreuses videos sur Youtube proposant diverses techniques. Gardez à l’esprit que quelque soit le chemin pour y parvenir, vous devez arrêter votre bateau au vent de votre équipier, hélice débrayée pour ne pas le découper en rondelles.

    Parmi les dispositifs de récupération, il me paraît judicieux d’investir dans une saucisse (silzig en breton) reliée à 40m de bout lové dans un sac. En manœuvrant rapidement vous enfermerez votre Man Over Board dans ce dispositif qui se resserrera autour de lui.

    Enfin pour remonter votre MOB à bord, s’il ne peut pas utiliser l’échelle du bord, frappez une drisse ou la balancine de grand-voile sur son harnais ou sur le dispositif de récupération, hissez et faites le glisser à bord.

    Le froid

    Dans un post récent sur Facebook, Erik Aanderaa, auteur de la chaîne NBJS sur Youtube, raconte comment il est allé à la côte parce que le froid l’avait paralysé. C’est aussi ce qui m’est arrivé lors de la session de dériveur dont je parle au début de cet article. (J’avais posté la video ici, mais elle n’est plus accessible, désolée.)

    Les symptômes de l’hypothermie:

    • Les tremblements et le trouble d’élocution sont les premiers signes.
    • La victime est consciente, mais distraite.
    • Son pouls diminue et sa respiration ralentit.
    • Sa coordination est approximative, elle devient confuse et somnolente.
    • À l’étape finale, elle respire à peine, son pouls est irrégulier et presque inexistant.
    • Elle risque de perdre conscience et des soins s’imposent.

    Prévenir l’hypothermie

    La première chose est de s’habiller chaudement. Pas d’excuse avec les textiles modernes vous ne serez pas engoncés dans vos vêtements. Portez bien sûr les fameuses 3 couches respirantes conseillées par tous les magasins de sport. Sous-couche polaire, polaire bien chaude et coupe-vent. Personnellement je n’hésite pas à superposer les sous-couches et les polaires. Mais tout ceci sera peu efficace si vous ne protégez pas vos extrémités: la tête en premier lieu. Portez un bonnet ou plusieurs capuches, ou les deux. Protégez bien votre cou, mettez des gants, des chaussettes de ski et des bottes…de mer 🙂

    Ensuite vous pouvez faire poser une capote sur la descente de votre voilier. Pendant vos quarts elle vous protégera du vent et des embruns tout en captant la chaleur du carré.

    Pour ceux qui seraient tombés à l’eau malgré mes conseils: repliez les jambes contre votre corps et tenez les avec vos bras en position fœtale pour conserver le maximum de chaleur. Cependant je n’ai pas essayé, je ne sais pas si votre gilet gonflant et les vagues vous le permettront.

    Soigner l’hypothermie

    Pour réchauffer quelqu’un en hypothermie, n’utilisez jamais d’alcool. Ni en boisson, ni en friction. Enlevez lui ses vêtements mouillés, et emballez la dans plusieurs sacs de couchage. Couvrez lui le cou, la nuque, la tête. Donnez lui une bouillotte ou couchez vous avec elle pour la réchauffer. Faites lui boire une tisane ou une soupe chaude.

    Le soleil

    Après 30 année de navigation sans toujours bien me protéger du soleil, je dois rendre visite à ma dermatologue préférée assez régulièrement. La Bretagne où il pleut si souvent est aussi la région de France où l’incidence des cancers de la peau est trois fois supérieure à la moyenne nationale!

    Selon la ligue contre le cancer: “Il semble bien qu’en réalité l’exposition soit aussi intense en Atlantique qu’en Méditerranée, mais qu’elle soit masquée par un ressenti moins agressif dû aux nuages et au vent, et que, de ce fait, on s’en protège moins

    Voilà c’est dit. On croit qu’il n’y a pas de danger puisque le soleil est caché et qu’il ne fait pas si chaud. C’est ignorer la réverbération des rayons lumineux sur l’eau et sur les parois blanches de votre bateau.

    Les solutions sont connues: crème solaire de forte protection, lunettes de soleil de bonne qualité, casquette, taud de soleil, chemise à manches longues et boire de l’eau.

    L’avarie: panne de moteur, démâtage, voile déchirée.

    La plupart de ces accidents peuvent être prévenus par un entretien rigoureux. Posséder un bateau est une servitude: vous découvrirez rapidement qu’un voilier demande beaucoup d’attention. Pour ne pas exploser votre budget, vous devrez acquérir de nombreuses compétences en bricolage. Sinon il faudra confier tout cela à un professionnel en croisant les doigts pour que rien ne casse en mer.

    démâtage

    Révisez vos voiles et votre moteur chaque hiver. Même si vous n’êtes pas un fan de la mécanique, apprenez à en réaliser vous-même l’entretien courant. Ouvrez régulièrement le compartiment moteur pour vérifier que tout va bien. Au démarrage vérifiez systématiquement que le refroidissement se fait bien.

    Les câbles du gréement doivent être changés tous les dix ans selon les assurances. Le risque est statistique: cela signifie que certains câbles se briseront plus tard, ou plus tôt, ou jamais… L’inox en vieillissant devient cassant, et les torons cassent au niveau des sertissages où le métal est fragilisé par la compression. L’étai caché par l’enrouleur subit des effets de torsion quand les émerillons se grippent. Bref, s’il fallait ne changer qu’un câble, je choisirai l’étai et je surveillerai tous les sertissages.

    La voie d’eau

    Si vous voyez les planchers flotter c’est mauvais signe. Cela m’est arrivé à bord d’un Sun Fast 32 que j’avais loué à un particulier. Ce bateau était très mal entretenu, je l’ai appris à mes dépends. Mon premier réflexe a été de démarrer le moteur pour qu’il pompe l’eau. Le niveau ne baissait toujours pas. Je n’ai pas trouvé l’interrupteur de pompe électrique ni la poignée de la pompe manuelle. Donc j’ai sorti un seau. Mais l’eau montait quand même. J’ai vérifié les vannes des toilettes et du lavabo. Pas de souci de ce côté là. J’ai écopé encore un peu. Puis j’ai regardé sous l’évier. Bingo! Le tuyau d’évacuation s’était rompu au-dessus de la vanne.

    Donc les vannes et les tuyaux , notamment des WC sont les premiers points à vérifier quand vous coulez sans raison apparentes. Le presse-étoupe aussi peut fuir. pensez à tout ce qui traverse la coque et vérifiez chaque orifice.

    Suivant l’origine de la voie d’eau les techniques de prévention diffèrent. L’entretien du bateau est bien sûr en cause pour ce qui relève de la tuyauterie. Sur ce Sun Fast 32, l’évacuation de l’évier avait été bricolée avec un tuyau souple annelé gris, des raccords en pvc gris du bâtiment le tout collé au sika noir, sans le moindre collier. On aurait dit que cette réparation avait été faite exprès pour couler le bateau. Il existe des raccords et des tuyaux spécifiques, bien plus solides pour cet usage. Entretenir soi-même son bateau permet de mieux le connaître, mais il faut quand même prendre quelques renseignements avant de se lancer!

    Au delà de ces problèmes de tuyauterie un abordage, un échouement ou une collision avec un OFNI peuvent provoquer des dégâts sur la coque elle-même.

    Comment s’en prémunir?

    Les OFNI

    Les Objets Flottants Non Identifiés sont particulièrement redoutés par les coureurs transocéaniques. Il peut s’agir de containers tombés des cargos, d’épaves diverses, mais aussi malheureusement de baleines et de tortues de mer endormies. Les multicoques de course sont trop silencieux et rapides pour que les cétacés les entendent suffisamment tôt pour avoir le temps de sonder.

    Le magazine Voiles et Voilier a posté un article très complet sur cette question. Il recense parmi les OFNI outre les animaux marins et les épaves, les containers, les balises océanographiques, les drones à voiles et même des sous-marins de surface jetables utilisés par les trafiquants de drogue!

    Côté prévention, il existe des sonars à balayage vers l’avant qui fonctionnent donc comme des sondeurs. Le problème est qu’ils n’ont pas une très grande portée et qu’ils coûtent minimum 2500€

    Les moyens d’assèchement

    Sur le voilier que j’avais loué, les pompes n’étaient pas utilisables. Il a fallu tout vider au seau. Ce n’est évidemment pas sérieux.

    Le minimum est d’avoir une pompe manuelle que vous pouvez actionner depuis le cockpit. Ensuite selon la taille du bateau prévoyez une ou deux pompes électriques de bon débit. Certains moteurs disposent d’une pompe attelée, vérifiez si c’est le cas du votre.

    Contrôlez régulièrement leur fonctionnement, et assurez-vous que les crépines ne se bouchent pas.

    Pour la croisière hauturière, vous pouvez améliorer encore vos chances en équipant votre voilier d’une porte étanche à l’avant ou de bricoler une crash-box à l’étrave.

    Réparer une voie d’eau sur la coque en mer

    bateau coulé

    Quand l’intégrité de la coque est atteinte, si les pompes de cales parviennent à stabiliser la fuite, vous pouvez tenter de colmater la brèche vous-même. Pour cela je vous conseille d’avoir à bord:

    Ces trois produits durcissent sous l’eau. Le sika appliqué en masse sur un morceau de bois vissé autour de la brèche fera des merveilles. Il m’est même arrivé de réparer dans un calme plat au large une durite de refroidissement du moteur avec de la gaze et du sikaflex. Ce produit est vraiment étonnant: la réparation a tenu plus d’une centaine d’heures de moteur!

    L’incendie

    Lors d’un atterrissage près de l’île de Valentia sur la côte Ouest de l’Irlande, à bord du Mélody cité plus haut, nous avons du faire face à un départ d’incendie. Voiles affalées, nous approchions du mouillage, poussés par le moteur et un fort vent d’ouest. Une odeur âcre nous a alerté, rapidement suivie de l’émission d’une fumée dense émanant du compartiment du moteur. Immédiatement nous l’avons coupé, ainsi que les batteries.

    Le bateau s’est mis a dériver rapidement vers le pont qui relie l’île au continent. Très vite nous nous sommes trouvés en travers de l’ouvrage, les haubans appuyant dangereusement sur le parapet. Les équipiers débordaient à la main de toutes leur force, mais les câbles commençaient à ployer. Pendant ce temps le skipper essayait d’isoler sans succès le circuit électrique défectueux. Alors que le démâtage semblait inévitable, il a réussi à relancer le moteur et nous avons pris le premier corps mort venu.

    Un câble électrique mal fixé était à l’origine de ce départ d’incendie. Avec les mouvements du bateau il est entré en contact avec le moteur. Les vibrations ont eu progressivement raison de la gaine isolante jusqu’à provoquer le court-circuit. Le simple fait de tout arrêter et de confiner la cale a suffit à éteindre le feu.

    incendie voilier

    A bord d’un voilier les principales causes d’incendie sont

    • le circuit électrique du moteur
    • la cuisine.
    • le circuit 220v au ponton

    La prévention passe par un entretien régulier du moteur, mais aussi par des vérifications visuelles régulières. Ouvrez régulièrement le capot moteur pour vous assurer que tout va bien. Soyez attentifs à la fixation des câbles électriques mais aussi aux fuites d’eau qui font très mauvais ménage avec l’électricité. Enfin ne laissez pas stagner d’huile ni de gas-oil dans la cale moteur.

    La gazinière doit être équipée d’une protection contre l’ouverture intempestive des robinets de gaz.

    Le circuit 220v doit être protégé par un disjoncteur différentiel 30mA. Sinon ne l’utilisez pas. De plus faites attention à l’ampérage que peut supporter le câble avec lequel vous vous branchez au ponton. Une de mes amies a failli perdre son bateau à cause d’un câble au diamètre insuffisant, dont l’isolant a fondu, mettant le feu au coffre à voile dans lequel il passait.

    Si le feu se déclare dans le moteur , coupez les batteries, et confinez la cale moteur pour étouffer le départ de feu. Ne l’ouvrez surtout pas, cela amènerait de l’air et relancerait l’incendie. Idéalement il faudrait disposer d’un dispositif anti-feu placé dans le compartiment moteur et actionnable de l’extérieur.

    Devant un feu de moteur trop important, avant d’évacuer je crois que je tenterai d’ouvrir une vanne pour inonder les fonds et donc noyer le moteur. Bien sûr l’eau fera énormément de dégâts , mais si tout paraît perdu, pourquoi pas?

    Pour la cuisine et le carré, utilisez une couverture anti-feu en priorité, puis des extincteurs à CO2 ou a poudre selon la nature du feu.

    La foudre

    orage en mer

    Lorsque la foudre tombe sur le mât, l’électricité prend le chemin le plus court vers l’eau. Sur un bateau en métal, l’affaire est vite réglée puisque le courant peut s’échapper dans l’eau.

    Pour les autres matériaux le problème de la continuité électrique se pose. En arrivant aux cadènes, le bois et le composite vont résister au passage du courant. A ces endroits le matériau va chauffer puis fondre ou brûler, entraînant la chute du mât et éventuellement un incendie.

    En prévention il est conseillé d’installer un dispositif anti-foudre reliant le pied de mat et les haubans à la quille. Si vous êtes pris dans un orage sans ce dispositif, entourez chacun des haubans avec votre chaîne de mouillage et laissez la traîner dans l’eau pour conduire la foudre. N’oubliez pas de débrancher toutes les antennes de vos appareils électroniques et de les éteindre.

    Le chavirage

    Ce point de sécurité en mer relève des techniques de navigation dans le gros temps, je vais donc rester succincte. Si vous voulez en savoir plus, procurez vous le célèbre ouvrage d’Adlard Coles Navigation par gros temps.

    Pour faire chavirer un voilier habitable il faut des conditions de vent et de mer particulières. Cependant les multicoques, surtout les catamarans, sont plus exposés à ce risque que les autres.

    Mon expérience du catamaran est limitée: j’ai surtout pratiqué sur Hobbie Cat et KL28. Je peux quand même en déduire quelques principes

    Sur un catamaran, la prévention consiste à réduire la toile suffisamment tôt. Au travers et au bon plein dans du vent fort, il faut être tout le temps prêt à choquer les écoutes ou bien naviguer carrément en fuite dans le gros temps. Enfin si vous avez des dérives, relevez-les, ainsi le bateau dérapera dans les surventes au lieu de se lever.

    Sur les monocoques le lest de la quille ou des fonds pour les dériveurs engendre un couple de rappel suffisant pour empêcher le bateau de se retourner. Au pire, il peut se coucher momentanément sur le flanc dans un départ à l’abattée ou à cause d’une vague. Cependant dans une mer vraiment grosse, la quille et la dérive peuvent donner un point d’appui aux plus grosses vagues quand elles vous prennent par le travers pour vous retourner comme une crêpe! Les dériveurs navigueront donc dérive relevée dans le gros temps, comme les catamarans. Et tout le monde prendra la fuite ou la cape.

    Maladie ou blessure

    Ce sera le dernier point de ma liste “sécurité en mer” . Là encore les mesures de prévention varient en fonction du temps nécessaire pour être secouru. Vous composerez donc votre trousse à pharmacie en conséquence. Encore faut-il savoir quels soins donner, et comment faire!

    Pour cela le mieux serait de vous conformer aux indications d’un médecin. Je vous propose de vous procurer le petit manuel de médecine à bord, rédigé pour les plaisanciers par un médecin spécialiste de la mer et de la montagne.

    Conclusion: Bien se former pour mieux assurer sa sécurité en mer

    Si vous êtes parvenu à lire cet article en entier, bravo! Vous êtes sur la bonne voie pour assurer votre sécurité en mer. En effet la prévention des accidents repose sur l’information et la formation des équipages.

    Pour votre sécurité en mer, continuez à apprendre. Lisez les récits de marins expérimentés: leurs fortunes de mer vous enseigneront beaucoup. Prenez aussi connaissance des sauvetages menés par la SNSM. Ne croyez pas que les sauveteurs en mer parviendront toujours à vous sauver. Parfois eux-mêmes perdent leur vie en essayant de sauver celles d’autres marins. Respectons leur engagement en prenant nos responsabilités.

    Voici quelques formations qui pourraient améliorer votre sécurité en mer:

    • perfectionner vos techniques de navigation à la voile
    • passer le Certificat Restreint de Radiotéléphoniste
    • Apprendre les bases de la navigation sur carte
    • Comprendre la météo
    • Stages de survie, de mécanique, d’électricité marine
    • Stage de secourisme
    • apprendre la plongée (pour dégager une ancre, une hélice)

    Cet article m’a demandé pas mal de travail… dites moi en commentaire ce que vous en pensez!  Et n’hésitez pas à partager ici vos propres fortunes de mer ainsi que vos choix de sécurité en mer.