• hélicoptère de sauvetage en mer
    tutos

    Comment assurer vous-même votre sécurité en mer

    Les récits de naufrages et de survie au large font fantasmer le grand public. Le jour où ça nous arrive, nous sommes moins fiers. Le bateau qui dérape au mouillage par nuit noire, le moteur qui vous lâche dans un chenal étroit et venté. La grand-voile qui se déchire jusqu’au troisième ris au près dans un coup de vent… voilà des situations qui finissent toujours pas se produire quand nous naviguons régulièrement. En mer, comme sur la route, il n’est pas si rare de frôler le drame. Alors, apprenons à mieux assurer notre sécurité en mer.

    Bien préparés, entraînés et équipés, nous savons généralement faire face aux situations les plus critiques. Cependant l’expérience joue un rôle crucial dans la prise de décision. Dans cet article je  partage certaines des miennes et j’essaie de faire le point sur les dangers de la navigation. Je ne souhaite pas être exhaustive ici: un tel sujet ne peut pas être traité en un seul article.

    J’ai donc pris le parti de lister les principaux dangers, de vous exposer les moyens de les prévenir et d’y faire face si nécessaire. Je ne développe pas toutes les procédures, mais je pense que vous trouverez là une bonne source d’inspiration pour assurer vous-même votre sécurité en mer.

    Enfin pour ne pas écrire une encyclopédie j’ai délibérément choisi de ne pas parler des techniques de survie, de la réglementation ni des procédures de signalisation.

    Mon pari est qu’en prenant en main votre sécurité vous-même dès maintenant, vous parviendrez à éviter le plus souvent ces situations et vous gagnerez en assurance.

    Bonne lecture, et n’hésitez pas à me faire part de vos propres expériences en commentaire de l’article.

    bouée couronne sécurité en mer

    Comment le froid m’a jetée à l’eau

    Nous sommes en 1990 dans la rade de Brest à Pâques. La météo est exécrable: pluie, vent fort, creux de près d’un mètre par endroits. Nous sortons quand même à bord des 420 du club nautique. Tous les jours nous changeons de support. Hier nous avons navigué en solo sur des Lasers, sans gouvernail. J’ai passé la moitié de la séance à cheval sur la dérive… Notre instructeur Philippe Rodet nous apprend tout ce qu’il peut en cette semaine intense de formation au monitorat fédéral de voile.

    Les manœuvres s’enchaînent et malgré ma combinaison intégrale j’ai de plus en plus froid. La vedette de Philippe s’approche, il me hurle pour la 15e fois de m’attacher les cheveux. Un jour je finirai scalpée par une poulie dans un empannage…

    C’est un banal virement de bord qui a raison de mon engourdissement. Je ne sais plus si j’étais à la barre ou au foc, mais je me souviens de glisser comme dans un film au ralenti, doucement sous le vent dans l’eau glaciale de ce mois d’avril. Elle ne m’a paru ni froide, ni tiède parce que je crois bien que j’ai aussitôt perdu connaissance.

    Un changement de voile périlleux

    La même année, en décembre cette fois, je suis stagiaire à bord d’un Melody, un sloop de 10m. Nous naviguons au près, au large de l’île de Sein. Le vent a considérablement forci et la mer s’est levée. Je file à l’avant avec le skipper pour affaler le génois et endrailler un foc intermédiaire. L’étrave plonge dans les vagues qui inondent le pont. Je ne porte ni brassière, ni harnais, ni pantalon de ciré. Mais j’ai 17 ans et je suis indestructible.

    Le barreur est inexpérimenté, dans une survente il s’accroche à la barre au lieu de laisser aller. Le voilier se couche brutalement tandis qu’une trombe d’eau s’abat sur l’avant. Déséquilibrée je glisse et passe sous les filières. Tout va très vite, je ne trouve rien pour retenir ma chute, si ce n’est la poigne vigoureuse du skipper qui parvient au dernier moment à accrocher l’arrière de mon ciré.

    Trente ans plus tard, que ce soit en France ou aux Etats-Unis parmi les accidents affectant les marins, pêcheurs ou plaisanciers, l’homme à la mer demeure la première cause de décès.

    Heureusement les équipements de sécurité en mer se sont nettement améliorés. En 1990 il fallait tellement de temps pour enfiler un harnais par-dessus votre ciré, que vous aviez toutes les chances d’attraper le mal de mer. Les brassières étaient énormes et inconfortables. Aujourd’hui je n’hésite plus à porter mon gilet autogonflant et à m’attacher avant de manœuvrer sur le pont. Je ne bénéficierai peut-être pas d’une 3e chance..

    1. Assurer sa propre sécurité en mer est avant tout une affaire d’anticipation.

    La réglementation vous impose un armement minimum de sécurité en mer. Votre bateau doit aussi être homologué par les affaires maritimes. Cela ne vous dispense pas d’aller au-delà en vous préparant sérieusement aux situations les plus courantes.

    L’anticipation est le maître mot. A tête reposée, comme lorsque vous lisez cet article, vous pouvez réfléchir tranquillement aux moyens de protection qui vous correspondent le mieux. En mer, avant chaque manœuvre, posez vous les bonnes questions: que se passera t-il si… je rate mon empannage, si ma femme ou mon fils tombe à l’eau, si le moteur cale dans ce chenal entouré de roches?

    Préparez une parade à ces situations, de sorte à ne pas être dépassé par les événements quand elles surviendront. Cela peut vous paraître contradictoire, mais l’anticipation des risques diminue le stress et l’inconfort. Quand vos enfants portent systématiquement un gilet de sauvetage, vous avez beaucoup moins besoin de surveiller leurs gestes. Quand le moteur a des ratés, vous savez que votre ancre est prête, et que vous aurez le temps de renvoyer une voile s’il cale. L’anticipation fera de vous quelqu’un d’assuré et de serein. Vos équipiers seront en confiance et reviendront avec plaisir à votre bord.

    skipper en sécurité en mer

    2. Un bateau sûr est un bateau entretenu

    Voici un exemple de ce qu’il ne faut absolument pas faire:

    Un été j’ai loué un Sun Fast 32 à un particulier.  Mal m’en a pris. Ce voilier, n’était absolument pas entretenu, si bien que j’ai passé l’essentiel de la croisière à réparer. La pompe de WC était morte, les penderies dégageaient une infâme odeur de fromage, les batteries ne tenaient pas la charge et la centrale de navigation est tombée en panne au bout de 2 jours. Le 4e jour en quittant le port de Concarneau au moteur j’ai senti une odeur de brûlé. J’ai inspecté le circuit électrique et j’ai découvert dans le coffre à voile, contre le robinet de gas-oil du réservoir, les cosses d’une ancienne batterie, dénudées et… toujours alimentées! A chaque fois que je mettais le contact moteur, ces cosses entraient en court-circuit. Nous avions donc frôlé l’incendie!

    J’ai appelé le propriétaire et je lui ai passé un savon. D’autant plus que la veille, en quittant l’archipel des Glénans, nous avons failli couler!

    Un des adolescents présents à bord est descendu dans la cabine et m’a demandé s’il était normal que les planchers flottent. J’ai lancé le moteur pour pomper l’eau, sans effet (peut-être n’y avait-il pas de pompe attelée), la pompe électrique ne marchait pas et la poignée de la pompe manuelle demeurait introuvable. L’eau montant rapidement j’ai commencé à faire le tour des vannes pour découvrir que le tuyau d’évacuation de l’évier s’était rompu. Ce tuyau n’était pas du tout aux normes maritimes. Il s’agissait d’un tuyau en plastique gris, annelé mais pas armé, relié par un embout de PVC à la vanne, le tout collé au sikaflex noir…

    Pourtant le Sun Fst 32 est un excellent voilier. Quand il est entretenu.

    Bref ce n’est pas la première fois que je navigue sur une poubelle. Il m’est arrivé de rencontrer des problèmes de sécurité en mer aussi graves en essayant des bateaux mis à la vente. Je déconseille désormais de louer un voilier à un particulier si vous ne connaissez pas, non pas le propriétaire, mais le voilier lui-même!

    3. Adapter les mesures de sécurité aux circonstances

    Pour aller au delà de ce que la réglementation vous impose, vous aurez envie de compléter votre matériel fonction de votre programme de navigation et de vos équipiers. Cela ne suffit pas: vous devrez apprendre à tout l’équipage à s’en servir et élaborer vos propres règles de sécurité en mer.

    Les possibilités d’être secouru.

    Tomber à l’eau n’a pas les mêmes conséquences à 300m du bord, 3 milles d’un abri, 30 milles ou 300 milles nautiques. Dans le premier cas vous pourrez peut-être gagner la terre à la nage. Dans la bande des 3 milles d’autres bateau pourront vous aiser à retrouver votre équipier et la mer sera sans doute moins formée. Au delà, les secours mettront de plus en plus de temps à arriver, trop de temps sans doute pour vous venir en aide efficacement.

    Les conditions météorologiques et la visibilité vont bien évidemment avoir un impact sur la rapidité des secours. Dans le brouillard, la tempête ou la nuit, il n’est pas toujours possible de localiser et de rejoindre un navire en difficulté.

    Votre zone de navigation et son climat.

    le brouillard en mer
    Dans la brume, mieux vaut avoir un radar

    Votre zone de navigation vous oblige à anticiper des risques différents. L’été Austral en Patagonie, les dépressions se succèdent toutes les 48h . Pour ne pas être drossé à la côte par les vents catabatiques les bateaux mouillent au ras de la côte et s’attachent aux arbres. Il faut donc prévoir un matériel adapté et surveiller de près le baromètre. En Bretagne ce sont les hauteurs d’eau et les courants de marée qui demandent une vigilance particulière, et une ligne de mouillage adaptée. Les spécificités climatiques : si vous n’êtes pas suffisamment équipé contre le froid , vous risquez véritablement de perdre vos forces et votre jugement. A l’inverse le soleil sous les tropiques peut devenir votre pire ennemi sans protection adaptée.

    La composition de l’équipage

    Quand on voit les photos de familles en balade autour du monde, on se dit que ces enfants vivent une expérience merveilleuse. Certes, mais pour les parents naviguer avec des enfants implique de mettre en place des règles de sécurité strictes en mer et de s’équiper de gilets à leur taille. Au mouillage ou au ponton, la vigilance se relâche, et c’est là qu’ils tombent à l’eau. Apprenez donc leur à nager le plus tôt possible, en sachant qu’ils ne flotteront pas avant l’âge de 5-6 ans. S’ils sont plus jeunes, habituez les à nager avec des brassards là où ils n’ont pas pied (sous surveillance). Montrez leur comment appeler les secours dès que possible, et apprenez leur à utiliser l’annexe et le hors-bord. Plus ils seront autonomes et responsabilisés, plus ils seront en sécurité.

    gilet de sauvetage enfant

    Pour les débutants, il en va de même que pour les enfants. Ils doivent savoir dès le départ ou se trouve le matériel de sécurité, comment arrêter le bateau et appeler les secours. Ensuite vous devrez tout leur expliquer, patiemment, gentiment…y compris comment ne pas se coincer les doigts entre l’écoute et le winch.

    Enfin la navigation en solitaire pose des problèmes spécifiques. Si vous tombez à l’eau, qui arrête le bateau? Et s’il s’arrête, comment remontez vous à bord? La nuit, comment veiller aux cargos? Quand vous partez seul, prévenez quelqu’un absolument de votre heure de retour approximative, au cas où…

    4. Les principaux risques: prévention et conduite en cas d’accident

    L’homme à la mer

    La prévention passe avant tout par le port du gilet et l’usage harnais. Je n’ai pas le moindre scrupule à me répéter ici. Sur ce blog américain, il est rappelé que l’homme à la mer est la principale de cause de décès des plaisanciers, mais aussi que la plupart des accidents se produisent par temps calme.

    A part quelques inconscients, beaucoup de marins portent un gilet quand la mer se lève. Mais ils sont déjà moins nombreux à s’attacher, parfois faute de ligne de vie.

    Quels sont les moments où l’on risque le plus de tomber à l’eau?

    Le cas plus typique est celui du gars qui va se soulager sous le vent, et qui est déséquilibré à un moment où sa tâche requiert l’usage de ses deux mains. Bien sûr notre homme ne porte ni brassière, ni harnais… alors que dans ce cas précis il faudrait porter les deux.

    Toutes les manœuvres réalisées depuis le pont peuvent se terminer dans l’eau. Que le bateau soit en marche… ou presque à l’arrêt! Par exemple quand un équipier saisit un corps-mort avec une gaffe et que le bateau a encore trop d’erre…

    sécurité en mer dans une annexe
    Il leur manque quelque chose, non?

    Ensuite il y a les débarquements en solitaire avec l’annexe. Ou bien à deux, mais à la rame, avec du vent et du clapot. Ou encore après une soirée arrosée sur un bateau voisin dans le mouillage.

    Enfin quand la mer est un peu agitée et que vous prenez des passes (le raz de sein, le Fromveur…) où le courant est important des vagues pyramidales peuvent se former sans prévenir et précipiter tout le monde à la mer.

    Comment prévenir la chute à la mer?

    Installez une ligne de vie de chaque côté de votre bateau. Choisissez plutôt une sangle réglable dotée d’un absorbeur d’énergie. En cas de chute à la mer, l’absorbeur se découd et amortit le choc pour votre équipier.

    Ayez à bord un gilet-harnais par équipier, à la taille de chacun. Ajustez bien les sangles pour qu’elles ne se prennent pas dans l’accastillage. Marquez chaque équipement au nom de chacun. En outre chaque gilet doit être complété d’une longe de harnais. Attention, tous les gilets auto-gonflants ne sont pas équipés de harnais.

    Ce matériel doit en outre être vérifié en début de saison. Les bouteilles et les dispositifs de déclenchement se périment. Les mousquetons des longes se grippent. Les lignes de vie s’abiment avec les UV et le sel… d’ailleurs vous pouvez les enlever pour l’hivernage.

    Si vous n’avez pas de voilier: procurez-vous quand même cet équipement de sécurité en mer, comme cela vous serez certain d’avoir toujours du bon matériel à votre taille.

    Pour le repérage:

    Vous pouvez placer une lampe étanche à éclat et un sachet de fluorescéine dans les poches de vos cirés ou de vos gilets s’ils en ont.

    Dans une mer creuse, une perche IOR permet de baliser le lieu de la chute, reliée à la bouée couronne.

    Si vous naviguez en solitaire plusieurs solutions peuvent vous sauver la vie.

    Portez une longe dont le mousqueton est largable sous charge et amarrez vous assez court pour avoir le moins de chance possible de tomber à l’eau. Si vous tombez vous pourrez donc vous libérer si vous le jugez nécessaire.

    Installez une marche, ou une échelle, ou laissez pendre une boucle qui vous aidera à remonter à bord par l’arrière de votre bateau.

    Portez autour du cou une VHF portable étanche pour appeler les secours.

    Achetez une télécommande pour votre pilote. Elle lui donnera l’ordre de pousser la barre sous le vent si vous tombez à l’eau. Certaines télécommandes déclenchent en plus un appel de détresse par ASN.

    Imposez-vous des règles précises et soyez discipliné

    imposer des règles de sécurité en mer

    Tout ce bel équipement ne sert à rien si vous ne le portez pas… Le mieux serait que tout le monde porte un gilet dès que le bateau navigue ainsi que dans l’annexe. Quant aux enfants, tant qu’ils ne savent pas nager, il faut qu’ils en portent systématiquement y compris au mouillage. A moins que vous n’ayez l’œil sur eux en permanence.

    Quand vous êtes le skipper, il est de votre responsabilité d’imposer ces règles à votre équipage. Pour vous aider à prendre les bonnes décisions posez-vous toujours la question suivante: que se passera t-il si je tombe à l’eau? Que se passera t-il si un de mes équipier passe par dessus-bord? Quelle sont ses/mes chances de remonter à bord et comment?

    Un jour il m’est arrivé qu’un équipier refuse de porter une brassière pour descendre à terre. Nous étions au mouillage au Scilly à Pâques. Le courant de marée atteignait au moins 2 noeuds sous le bateau. Voici ce que je lui ai dit:

    – Tu sais nager?

    – Non.

    – Tu vois les algues qui passent derrière nous?

    -Oui.

    – Elles sont emportées par le courant. Tu pèses combien?

    – 95 kilos

    – Moi je pèse 60 kilos. Si tu tombes à l’eau en montant dans l’annexe tu vas partir avec le courant comme les algues. L’eau est très froide. Tu crois qu’avec mes petits bras j’arriverai à te repêcher avant que tu te noies?

    – Non.

    Et il a mis sa brassière.

    Les manœuvres d’homme à la mer

    Je ne peux pas les détailler ici, ce serait trop long. Mais vous devriez vous entraîner régulièrement avec vos équipiers habituels.

    1. prévenez l’équipage

    2. jetez une bouée couronne à la mer + une perche IOR

    3. revenez vers l’homme à la mer, aidez vous du moteur si nécessaire.

    4. récupérez le sous le vent, éventuellement au moyen d’une Silzig

    sécurité en mer récupérer homme à la mer

    Certaines écoles vous proposeront de récupérer le naufragé au vent pour que le bateau ne lui passe pas dessus, mais avec du vent fort sur un voilier, vous risquez de dériver loin de lui. Testez, choisissez ce qui vous convient le mieux en fonction de votre voilier, de votre équipage et des conditions extérieures.

    Vous trouverez de nombreuses videos sur Youtube proposant diverses techniques. Gardez à l’esprit que quelque soit le chemin pour y parvenir, vous devez arrêter votre bateau au vent de votre équipier, hélice débrayée pour ne pas le découper en rondelles.

    Parmi les dispositifs de récupération, il me paraît judicieux d’investir dans une saucisse (silzig en breton) reliée à 40m de bout lové dans un sac. En manœuvrant rapidement vous enfermerez votre Man Over Board dans ce dispositif qui se resserrera autour de lui.

    Enfin pour remonter votre MOB à bord, s’il ne peut pas utiliser l’échelle du bord, frappez une drisse ou la balancine de grand-voile sur son harnais ou sur le dispositif de récupération, hissez et faites le glisser à bord.

    Le froid

    Dans un post récent sur Facebook, Erik Aanderaa, auteur de la chaîne NBJS sur Youtube, raconte comment il est allé à la côte parce que le froid l’avait paralysé. C’est aussi ce qui m’est arrivé lors de la session de dériveur dont je parle au début de cet article. (J’avais posté la video ici, mais elle n’est plus accessible, désolée.)

    Les symptômes de l’hypothermie:

    • Les tremblements et le trouble d’élocution sont les premiers signes.
    • La victime est consciente, mais distraite.
    • Son pouls diminue et sa respiration ralentit.
    • Sa coordination est approximative, elle devient confuse et somnolente.
    • À l’étape finale, elle respire à peine, son pouls est irrégulier et presque inexistant.
    • Elle risque de perdre conscience et des soins s’imposent.

    Prévenir l’hypothermie

    La première chose est de s’habiller chaudement. Pas d’excuse avec les textiles modernes vous ne serez pas engoncés dans vos vêtements. Portez bien sûr les fameuses 3 couches respirantes conseillées par tous les magasins de sport. Sous-couche polaire, polaire bien chaude et coupe-vent. Personnellement je n’hésite pas à superposer les sous-couches et les polaires. Mais tout ceci sera peu efficace si vous ne protégez pas vos extrémités: la tête en premier lieu. Portez un bonnet ou plusieurs capuches, ou les deux. Protégez bien votre cou, mettez des gants, des chaussettes de ski et des bottes…de mer 🙂

    Ensuite vous pouvez faire poser une capote sur la descente de votre voilier. Pendant vos quarts elle vous protégera du vent et des embruns tout en captant la chaleur du carré.

    Pour ceux qui seraient tombés à l’eau malgré mes conseils: repliez les jambes contre votre corps et tenez les avec vos bras en position fœtale pour conserver le maximum de chaleur. Cependant je n’ai pas essayé, je ne sais pas si votre gilet gonflant et les vagues vous le permettront.

    Soigner l’hypothermie

    Pour réchauffer quelqu’un en hypothermie, n’utilisez jamais d’alcool. Ni en boisson, ni en friction. Enlevez lui ses vêtements mouillés, et emballez la dans plusieurs sacs de couchage. Couvrez lui le cou, la nuque, la tête. Donnez lui une bouillotte ou couchez vous avec elle pour la réchauffer. Faites lui boire une tisane ou une soupe chaude.

    Le soleil

    Après 30 année de navigation sans toujours bien me protéger du soleil, je dois rendre visite à ma dermatologue préférée assez régulièrement. La Bretagne où il pleut si souvent est aussi la région de France où l’incidence des cancers de la peau est trois fois supérieure à la moyenne nationale!

    Selon la ligue contre le cancer: “Il semble bien qu’en réalité l’exposition soit aussi intense en Atlantique qu’en Méditerranée, mais qu’elle soit masquée par un ressenti moins agressif dû aux nuages et au vent, et que, de ce fait, on s’en protège moins

    Voilà c’est dit. On croit qu’il n’y a pas de danger puisque le soleil est caché et qu’il ne fait pas si chaud. C’est ignorer la réverbération des rayons lumineux sur l’eau et sur les parois blanches de votre bateau.

    Les solutions sont connues: crème solaire de forte protection, lunettes de soleil de bonne qualité, casquette, taud de soleil, chemise à manches longues et boire de l’eau.

    L’avarie: panne de moteur, démâtage, voile déchirée.

    La plupart de ces accidents peuvent être prévenus par un entretien rigoureux. Posséder un bateau est une servitude: vous découvrirez rapidement qu’un voilier demande beaucoup d’attention. Pour ne pas exploser votre budget, vous devrez acquérir de nombreuses compétences en bricolage. Sinon il faudra confier tout cela à un professionnel en croisant les doigts pour que rien ne casse en mer.

    démâtage

    Révisez vos voiles et votre moteur chaque hiver. Même si vous n’êtes pas un fan de la mécanique, apprenez à en réaliser vous-même l’entretien courant. Ouvrez régulièrement le compartiment moteur pour vérifier que tout va bien. Au démarrage vérifiez systématiquement que le refroidissement se fait bien.

    Les câbles du gréement doivent être changés tous les dix ans selon les assurances. Le risque est statistique: cela signifie que certains câbles se briseront plus tard, ou plus tôt, ou jamais… L’inox en vieillissant devient cassant, et les torons cassent au niveau des sertissages où le métal est fragilisé par la compression. L’étai caché par l’enrouleur subit des effets de torsion quand les émerillons se grippent. Bref, s’il fallait ne changer qu’un câble, je choisirai l’étai et je surveillerai tous les sertissages.

    La voie d’eau

    Si vous voyez les planchers flotter c’est mauvais signe. Cela m’est arrivé à bord d’un Sun Fast 32 que j’avais loué à un particulier. Ce bateau était très mal entretenu, je l’ai appris à mes dépends. Mon premier réflexe a été de démarrer le moteur pour qu’il pompe l’eau. Le niveau ne baissait toujours pas. Je n’ai pas trouvé l’interrupteur de pompe électrique ni la poignée de la pompe manuelle. Donc j’ai sorti un seau. Mais l’eau montait quand même. J’ai vérifié les vannes des toilettes et du lavabo. Pas de souci de ce côté là. J’ai écopé encore un peu. Puis j’ai regardé sous l’évier. Bingo! Le tuyau d’évacuation s’était rompu au-dessus de la vanne.

    Donc les vannes et les tuyaux , notamment des WC sont les premiers points à vérifier quand vous coulez sans raison apparentes. Le presse-étoupe aussi peut fuir. pensez à tout ce qui traverse la coque et vérifiez chaque orifice.

    Suivant l’origine de la voie d’eau les techniques de prévention diffèrent. L’entretien du bateau est bien sûr en cause pour ce qui relève de la tuyauterie. Sur ce Sun Fast 32, l’évacuation de l’évier avait été bricolée avec un tuyau souple annelé gris, des raccords en pvc gris du bâtiment le tout collé au sika noir, sans le moindre collier. On aurait dit que cette réparation avait été faite exprès pour couler le bateau. Il existe des raccords et des tuyaux spécifiques, bien plus solides pour cet usage. Entretenir soi-même son bateau permet de mieux le connaître, mais il faut quand même prendre quelques renseignements avant de se lancer!

    Au delà de ces problèmes de tuyauterie un abordage, un échouement ou une collision avec un OFNI peuvent provoquer des dégâts sur la coque elle-même.

    Comment s’en prémunir?

    Les OFNI

    Les Objets Flottants Non Identifiés sont particulièrement redoutés par les coureurs transocéaniques. Il peut s’agir de containers tombés des cargos, d’épaves diverses, mais aussi malheureusement de baleines et de tortues de mer endormies. Les multicoques de course sont trop silencieux et rapides pour que les cétacés les entendent suffisamment tôt pour avoir le temps de sonder.

    Le magazine Voiles et Voilier a posté un article très complet sur cette question. Il recense parmi les OFNI outre les animaux marins et les épaves, les containers, les balises océanographiques, les drones à voiles et même des sous-marins de surface jetables utilisés par les trafiquants de drogue!

    Côté prévention, il existe des sonars à balayage vers l’avant qui fonctionnent donc comme des sondeurs. Le problème est qu’ils n’ont pas une très grande portée et qu’ils coûtent minimum 2500€

    Les moyens d’assèchement

    Sur le voilier que j’avais loué, les pompes n’étaient pas utilisables. Il a fallu tout vider au seau. Ce n’est évidemment pas sérieux.

    Le minimum est d’avoir une pompe manuelle que vous pouvez actionner depuis le cockpit. Ensuite selon la taille du bateau prévoyez une ou deux pompes électriques de bon débit. Certains moteurs disposent d’une pompe attelée, vérifiez si c’est le cas du votre.

    Contrôlez régulièrement leur fonctionnement, et assurez-vous que les crépines ne se bouchent pas.

    Pour la croisière hauturière, vous pouvez améliorer encore vos chances en équipant votre voilier d’une porte étanche à l’avant ou de bricoler une crash-box à l’étrave.

    Réparer une voie d’eau sur la coque en mer

    bateau coulé

    Quand l’intégrité de la coque est atteinte, si les pompes de cales parviennent à stabiliser la fuite, vous pouvez tenter de colmater la brèche vous-même. Pour cela je vous conseille d’avoir à bord:

    Ces trois produits durcissent sous l’eau. Le sika appliqué en masse sur un morceau de bois vissé autour de la brèche fera des merveilles. Il m’est même arrivé de réparer dans un calme plat au large une durite de refroidissement du moteur avec de la gaze et du sikaflex. Ce produit est vraiment étonnant: la réparation a tenu plus d’une centaine d’heures de moteur!

    L’incendie

    Lors d’un atterrissage près de l’île de Valentia sur la côte Ouest de l’Irlande, à bord du Mélody cité plus haut, nous avons du faire face à un départ d’incendie. Voiles affalées, nous approchions du mouillage, poussés par le moteur et un fort vent d’ouest. Une odeur âcre nous a alerté, rapidement suivie de l’émission d’une fumée dense émanant du compartiment du moteur. Immédiatement nous l’avons coupé, ainsi que les batteries.

    Le bateau s’est mis a dériver rapidement vers le pont qui relie l’île au continent. Très vite nous nous sommes trouvés en travers de l’ouvrage, les haubans appuyant dangereusement sur le parapet. Les équipiers débordaient à la main de toutes leur force, mais les câbles commençaient à ployer. Pendant ce temps le skipper essayait d’isoler sans succès le circuit électrique défectueux. Alors que le démâtage semblait inévitable, il a réussi à relancer le moteur et nous avons pris le premier corps mort venu.

    Un câble électrique mal fixé était à l’origine de ce départ d’incendie. Avec les mouvements du bateau il est entré en contact avec le moteur. Les vibrations ont eu progressivement raison de la gaine isolante jusqu’à provoquer le court-circuit. Le simple fait de tout arrêter et de confiner la cale a suffit à éteindre le feu.

    incendie voilier

    A bord d’un voilier les principales causes d’incendie sont

    • le circuit électrique du moteur
    • la cuisine.
    • le circuit 220v au ponton

    La prévention passe par un entretien régulier du moteur, mais aussi par des vérifications visuelles régulières. Ouvrez régulièrement le capot moteur pour vous assurer que tout va bien. Soyez attentifs à la fixation des câbles électriques mais aussi aux fuites d’eau qui font très mauvais ménage avec l’électricité. Enfin ne laissez pas stagner d’huile ni de gas-oil dans la cale moteur.

    La gazinière doit être équipée d’une protection contre l’ouverture intempestive des robinets de gaz.

    Le circuit 220v doit être protégé par un disjoncteur différentiel 30mA. Sinon ne l’utilisez pas. De plus faites attention à l’ampérage que peut supporter le câble avec lequel vous vous branchez au ponton. Une de mes amies a failli perdre son bateau à cause d’un câble au diamètre insuffisant, dont l’isolant a fondu, mettant le feu au coffre à voile dans lequel il passait.

    Si le feu se déclare dans le moteur , coupez les batteries, et confinez la cale moteur pour étouffer le départ de feu. Ne l’ouvrez surtout pas, cela amènerait de l’air et relancerait l’incendie. Idéalement il faudrait disposer d’un dispositif anti-feu placé dans le compartiment moteur et actionnable de l’extérieur.

    Devant un feu de moteur trop important, avant d’évacuer je crois que je tenterai d’ouvrir une vanne pour inonder les fonds et donc noyer le moteur. Bien sûr l’eau fera énormément de dégâts , mais si tout paraît perdu, pourquoi pas?

    Pour la cuisine et le carré, utilisez une couverture anti-feu en priorité, puis des extincteurs à CO2 ou a poudre selon la nature du feu.

    La foudre

    orage en mer

    Lorsque la foudre tombe sur le mât, l’électricité prend le chemin le plus court vers l’eau. Sur un bateau en métal, l’affaire est vite réglée puisque le courant peut s’échapper dans l’eau.

    Pour les autres matériaux le problème de la continuité électrique se pose. En arrivant aux cadènes, le bois et le composite vont résister au passage du courant. A ces endroits le matériau va chauffer puis fondre ou brûler, entraînant la chute du mât et éventuellement un incendie.

    En prévention il est conseillé d’installer un dispositif anti-foudre reliant le pied de mat et les haubans à la quille. Si vous êtes pris dans un orage sans ce dispositif, entourez chacun des haubans avec votre chaîne de mouillage et laissez la traîner dans l’eau pour conduire la foudre. N’oubliez pas de débrancher toutes les antennes de vos appareils électroniques et de les éteindre.

    Le chavirage

    Ce point de sécurité en mer relève des techniques de navigation dans le gros temps, je vais donc rester succincte. Si vous voulez en savoir plus, procurez vous le célèbre ouvrage d’Adlard Coles Navigation par gros temps.

    Pour faire chavirer un voilier habitable il faut des conditions de vent et de mer particulières. Cependant les multicoques, surtout les catamarans, sont plus exposés à ce risque que les autres.

    Mon expérience du catamaran est limitée: j’ai surtout pratiqué sur Hobbie Cat et KL28. Je peux quand même en déduire quelques principes

    Sur un catamaran, la prévention consiste à réduire la toile suffisamment tôt. Au travers et au bon plein dans du vent fort, il faut être tout le temps prêt à choquer les écoutes ou bien naviguer carrément en fuite dans le gros temps. Enfin si vous avez des dérives, relevez-les, ainsi le bateau dérapera dans les surventes au lieu de se lever.

    Sur les monocoques le lest de la quille ou des fonds pour les dériveurs engendre un couple de rappel suffisant pour empêcher le bateau de se retourner. Au pire, il peut se coucher momentanément sur le flanc dans un départ à l’abattée ou à cause d’une vague. Cependant dans une mer vraiment grosse, la quille et la dérive peuvent donner un point d’appui aux plus grosses vagues quand elles vous prennent par le travers pour vous retourner comme une crêpe! Les dériveurs navigueront donc dérive relevée dans le gros temps, comme les catamarans. Et tout le monde prendra la fuite ou la cape.

    Maladie ou blessure

    Ce sera le dernier point de ma liste “sécurité en mer” . Là encore les mesures de prévention varient en fonction du temps nécessaire pour être secouru. Vous composerez donc votre trousse à pharmacie en conséquence. Encore faut-il savoir quels soins donner, et comment faire!

    Pour cela le mieux serait de vous conformer aux indications d’un médecin. Je vous propose de vous procurer le petit manuel de médecine à bord, rédigé pour les plaisanciers par un médecin spécialiste de la mer et de la montagne.

    Conclusion: Bien se former pour mieux assurer sa sécurité en mer

    Si vous êtes parvenu à lire cet article en entier, bravo! Vous êtes sur la bonne voie pour assurer votre sécurité en mer. En effet la prévention des accidents repose sur l’information et la formation des équipages.

    Pour votre sécurité en mer, continuez à apprendre. Lisez les récits de marins expérimentés: leurs fortunes de mer vous enseigneront beaucoup. Prenez aussi connaissance des sauvetages menés par la SNSM. Ne croyez pas que les sauveteurs en mer parviendront toujours à vous sauver. Parfois eux-mêmes perdent leur vie en essayant de sauver celles d’autres marins. Respectons leur engagement en prenant nos responsabilités.

    Voici quelques formations qui pourraient améliorer votre sécurité en mer:

    • perfectionner vos techniques de navigation à la voile
    • passer le Certificat Restreint de Radiotéléphoniste
    • Apprendre les bases de la navigation sur carte
    • Comprendre la météo
    • Stages de survie, de mécanique, d’électricité marine
    • Stage de secourisme
    • apprendre la plongée (pour dégager une ancre, une hélice)

    Cet article m’a demandé pas mal de travail… dites moi en commentaire ce que vous en pensez!  Et n’hésitez pas à partager ici vos propres fortunes de mer ainsi que vos choix de sécurité en mer.

  • naviguer en équipage,  tutos

    10 raisons pour lesquelles votre femme n’aime pas le bateau

    Naviguer en couple est le rêve de nombreux plaisanciers. Malheureusement il semble que ce ne soit pas toujours partagé, loin de là. Beaucoup d’hommes se désolent que leur femme n’aime pas le bateau.

    De fait la voile, et le monde maritime en général, reste un milieu très masculin, même s’il est beaucoup moins machiste qu’il ne l’était il y a encore 20 ans. J’en veux pour exemple cette édition du Télégramme Tresco Trophée que j’ai courue avec un équipage féminin en 2014. Sur une centaine de voiliers inscrits, j’étais la seule femme skipper, et nous étions le seul équipage féminin. Pour autant personne ne s’est moqué de nous, sauf peut-être quand j’ai oublié une de mes équipière à Tresco 🙂 Mais ceci est une autre histoire.

    En réalité je crois que beaucoup d’hommes et de femmes apprécient la mixité sur les bateaux. Mais quelles sont donc les raisons qui retiennent certaines femmes de naviguer avec leur conjoint? Vraiment, elles n’aiment pas la voile? A moins que…

    trois femmes sur un bateau
    Sauras-tu me retrouver? Je suis cachée derrière la bouteille de rhum 🙂

    Cela fait longtemps que j’ai envie de donner mon avis sur ce point, car derrière ce constat désespéré: “ma femme n’aime pas le bateau”, peut se cacher une autre réalité comme “ma femme n’aime pas Mon bateau” et/ou “Ma femme n’aime pas naviguer AVEC moi”.

    Je vais donc vous détailler les principales raisons qui selon mon expérience et celle de mes copines peuvent amener n’importe quelle femme la mieux intentionnée à renoncer à partager votre passion.

    Mais comme je suis là pour vous aider, je vais essayer de trouver une solution à chacun de ces problèmes 😉

    Dernier point; pour des raisons de facilité je l’avoue, j’ai pris le parti de considérer que la difficulté venait du refus d’une femme de naviguer avec son mari/compagnon/petit ami etc. Cependant vous pouvez très bien décliner ces situations dans toutes les variations de la vie conjugale ou inverser la situation.

    1. Elle n’aime pas la voile, point.

    Elle n’apprécie ni le vent, ni le froid, ni la pluie, ni l’inconfort de la gîte. Elle déteste les longs bords interminables et l’impossibilité de brancher son sèche-cheveux au mouillage. Même la présence des dauphins ne la fait pas changer d’avis: globalement elle s’ennuie, la lenteur et l’ascétisme ne la font pas rêver.

    femme sur un bateau de croisière

    Solution: Louez un catamaran de 16 mètres en Grèce, en lui permettant d’inviter sa meilleure amie et naviguez exclusivement la nuit quand elles dorment. Là, elle va craquer, non?

    2. Elle a le mal de mer

    Et ça ne lui passe pas. Impossible de s’amariner. A moins de dormir pendant toute la balade, elle ne peut pas parcourir plus de 3 milles sans sortir le seau. Question de psychologie ou trouble de l’oreille interne? Le second cas est malheureusement sans solution.

    Solution: Vous ne pourrez pas naviguer ensemble, mais peut-être appréciera t-elle de vous rejoindre à l’escale? Pour ce qui relèverait de la psychologie, référez-vous aux raisons suivantes.

    3. Elle a peur

    Comme votre femme ne maîtrise pas le voilier, ou qu’elle ne parvient pas à lire les éléments (direction du vent, présence du courant, position du bateau relativement à la côte etc.), il se peut que votre compagne éprouve une certaine angoisse. Elle est alors obligée de s’en remettre à vos compétences, mais êtes-vous réellement rassurant en mer?

    Si vous regardez mon parcours nautique, vous lirez que quand j’ai commencé à naviguer j’avais peur. Ensuite c’est l’angoisse qui a pris le relais. J’avais toujours une boule au ventre avant de prendre la mer, ou avant d’exécuter une manœuvre de port. Pourtant mes équipiers se sentaient en pleine confiance avec moi. Pourquoi donc? Et bien, ils disaient tous que je restais calme et lucide en toute circonstances.

    Solution 1: Soyez toujours calme et ne vous énervez JAMAIS sur votre équipière

    Solution 2: Une excellente parade à son angoisse, si votre femme le souhaite, serait qu’elle se forme. Mais pas n’importe comment.

    Je vous arrête tout de suite: initier soi-même sa moitié à la navigation est une entreprise délicate. Tous les couples ne le supportent pas car cela induit une forte dissymétrie source de conflits et condamne souvent l’équipière (ou l’équipier) à le rester. Or, passé un certain niveau, le seul moyen de progresser est bien de prendre la responsabilité d’une sortie, c’est-à-dire de skipper un voilier.

    Un ou plusieurs stages en école de voile peuvent donc améliorer considérablement la situation. L’idéal étant de commencer par la voile légère, j’y reviendrai dans un prochain article.

    Solution 3: Si votre compagne ne souhaite pas se former, c’est vous qui devrez vous perfectionner jusqu’à ce que vous soyez suffisamment sûr de vous pour ne plus transmettre d’inquiétude.

    Autre solution: Achetez vous la collection des dessins de Mike Peyton dédiés à la voile 😉

    ma femme n'aime pas le bateau

     

    4. Vous êtes agressif et impatient

    Nous avons tous en tête ces arrivées de port loufoques où monsieur, derrière sa barre à roue, arrête son bateau trop loin du ponton et enguirlande copieusement son équipière, laquelle juchée dans le balcon avant, brandit inutilement une gaffe télescopique à bout de bras. Soyez sûr que ces femmes-là détestent naviguer avec leur mari!

    Solution: Ne dramatisez pas chaque manœuvre, en prédisant une catastrophe ou en criant sur votre équipage si celle-ci n’est pas exécutée exactement selon vos consignes. Cela fait inutilement monter la tension, transformant la plus petite promenade en odyssée infernale.

     

    5. “Elle est tannée de se faire mansplainer”

    Il s’agit du commentaire d’une navigatrice possiblement d’origine québécoise. Je l’ai trouvé plutôt pertinent, et dans un soucis de clarté je cite la définition de Wikipédia:

    “Le mansplaining est un concept popularisé par les féministes américaines dans les années 2010 qui désigne une situation où un homme (en anglais « man ») expliquerait (en anglais « explain ») à une femme quelque chose qu’elle sait déjà, sur un ton généralement paternaliste ou condescendant”

    Certains marins éprouvent effectivement le besoin de faire valoir ostensiblement leur savoir nautique auprès de la gente féminine, et ceci à des fins qui me restent passablement obscures.

    Solution: attendez qu’elle vous demande une explication pour la lui donner.

     

    6. Les winchs sont trop petits ou le bateau est trop grand

    femme se musclant pour faire du bateau
    pour que votre femme aime le bateau, ne l’obligez pas à ça!

    Encore une histoire vécue. Lorsque mon compagnon a fait l’acquisition du voilier avec lequel nous devions partir autour du monde, j’ai lourdement insisté pour qu’il change les winchs. Ben oui, même lui pourtant hyper baraqué avait du mal à border le génois en début de saison!

    De manière générale, il est difficile de débuter sur un grand voilier. Les forces en jeu sont plus importantes, les conséquences des erreurs plus impressionnantes.

    Or la majorité des femmes n’ont pas une force physique comparable à celle d’un homme de même taille, faut-il le rappeler. De plus nous ne sommes pas habituées à compter sur nos muscles pour maîtriser notre environnement. En général quand l’armoire est trop lourde à descendre, nous faisons appel à un homme.

    Donc, en phase d’initiation, un bateau qui s’arrête à la force des bras au ponton est un meilleur choix qu’un croiseur de 8 tonnes. Ceci est valable pour tout un chacun, remarquez.

    Ensuite, se trouver dans l’incapacité de dominer physiquement son bateau est dangereux. Il est essentiel de pouvoir border les voiles ou remonter une ancre sans risquer un arrêt cardiaque à tout bout de champ.

    Solution: évitez les winchs de Muscadet sur un 41 pieds.

     

    7. Le bateau est mal entretenu

    Une femme ne montera jamais sur un bateau si mal entretenu!

    L’anti-dérapant glisse et les voiles se déchirent. Les batteries se déchargent tout le temps, le moteur cale et les fonds sont crasseux. Quand à chaque virement de bord on se demande ce qui va casser, le plaisir devient très relatif. Une femme n’appréciera pas de vous suivre sur un bateau qui dégage une odeur de renfermé et/ou de gas-oil. Non, un bateau ça ne sent pas forcément l’humidité. On peut aérer les cabines et nettoyer les fonds régulièrement. Même les housses des coussins se lavent. Soignez aussi l’étanchéité du pont: panneaux de pont, pieds de chandelier, cadènes, rail de fargue… la pluie et l’eau de mer sur les duvets et dans les équipets au bout d’un moment, ça lasse.

    Solution: Maintenir un voilier en bon état demande du temps ou de l’argent, le mieux étant d’avoir les deux. Si ce n’est pas le cas, la location peut vous simplifier la vie.

     

    8. Elle est aussi ou plus compétente que vous et ça vous met en difficulté

    Le cas n’est pas si fréquent, mais ça peut arriver… Vous étiez habituer à régner sans contestation sur votre yacht et voilà que vous rencontrez une navigatrice expérimentée. Quand j’ai posé la question des 10 raisons sur Facebook à un groupe de navigatrices, certaines m’ont répondu que le coskippage n’était pas de tout repos avec leur conjoint. Un rapport de force s’installe et chacun veut imposer une solution différente.

    Pour ma part j’ai connu toutes les configurations, celles ou j’étais moins qualifiée, autant ou plus. Le plaisir est incontestablement plus grand quand chacun sait naviguer suffisamment pour prendre des décisions sans réveiller l’autre. Mais cela est vrai uniquement si ces compétences sont reconnues de part et d’autre.

    Dans le cas contraire cela signifie  que vous n’arrivez pas à vous faire mutuellement confiance. Ou que vous avez un besoin inaltérable de dominer. A vous de vous interroger, si du moins vous souhaitez continuer à naviguer ensemble.

    Solution: Faites une thérapie de couple 🙂

     

    9. Vous n’avez pas les mêmes exigences de confort

    Peut-être êtes-vous un aventurier? De ceux qui dorment dans les spis et se passent de douche chaude pendant une semaine sans difficulté? Mon compagnon est de ceux-là. Il peut vivre plusieurs jours dans les coques vides de son trimaran de course. Il n’est pas concerné par les 9 autres raisons, mais peut-être par celle-ci… Personnellement au-delà de 3-4h de run à 17 nœuds de moyenne je commence à fatiguer. Quand on arrive au port j’ai parfois tellement mal au dos que je suis pliée en deux comme une vieille dame. Ce qui ne m’a pas empêchée de partir avec lui pour un raid de quelques jours vers les Glénans depuis Brest. Quand on aime… Mais bon, j’aime bien aussi avoir des toilettes à bord et une bannette confortable pour me reposer.

    Sans tomber dans ces extrêmes, en bateau chaque femme à ses exigences de confort . Certaines ne voient pas d’objection à se passer de WC, d’autres ne conçoivent pas d’escales en dehors des marinas. Et encore faut-il que les sanitaires soient bien équipés. Tout cela coûte un peu plus cher, mais ne soyez pas trop radins sur ce point. Une de mes amies garde le souvenir dégoûté de matelas de service de soins palliatifs que son ex avait recyclés pour son voilier… Et il s’étonnait encore que sa femme n’aime pas le bateau!

    Solution: Un bateau qui sent bon, des coussins en bon état, des toilettes fonctionnelles, de bons petits plats à réchauffer et un peu de musique… Avec en prime un éclairage tamisé dans le carré la nuit, vous la ferez fondre!

     

    10. Vous ne la laissez pas manœuvrer

    Parce qu’elle n’est pas aussi rapide que vous, parce qu’elle risque de se tromper ou de se blesser, elle est cantonnée à jouer les sirènes dans le cockpit. Si elle trouve que tout est très bien comme cela, pourquoi pas?

    Or bien des femmes n’osent pas prendre d’initiative sur un bateau sans y être invitées. On leur a tellement dit que les hommes manœuvraient mieux les voitures qu’elles croient que pour les bateaux c’est pareil. Alors forcément, au bout d’un moment elles s’ennuient.

    Dans d’autres cas elles sont frustrées parce qu’elles aussi elles aimeraient bien jouer, mais vous ne leur en laissez pas la possibilité.

    Solution: Encouragez les à manœuvrer et à barrer. Expliquez tranquillement, prenez tout le temps nécessaire sans agir à leur place.

     

    Voilà donc dans le désordre les 10 raisons majeures pour lesquelles certaines femmes n’aiment pas le bateau

    Je ne sais pas si vous vous y reconnaîtrez. Mais je veux bien parier que ça vous rappelle quelqu’un. Je me trompe?

    Sinon vous avez le droit de trouver cet article un peu caricatural ou trop féministe. Prenez-le plutôt comme les confidences d’une navigatrice qui a des copines qui aiment naviguer (et aussi la salade de fruit arrosée de rhum). Ça peut toujours servir, sait-on jamais ☺

  • mise à l'eau
    article invité,  tutos

    Hivernage: faut-il sortir son voilier de l’eau?

    Ça y est, les feuilles des arbres commencent à changer de couleur et les nuits sont de plus en plus longues et fraîches. L’hiver approche ! Il faut donc penser à préparer son bateau pour affronter le mauvais temps. Alors, faut-il hiverner son bateau à terre ou le laisser dans l’eau ? Je suis Florian du blog Nautisme-Pratique.com et Katell m’a fait l’honneur de m’inviter sur son blog pour essayer de vous aider à trancher entre les deux solutions.

     

    Hiverner son voilier à terre : les avantages et les inconvénients

    Entreposer son voilier au sec est une solution d’hivernage qui présente certes des avantages incontournable, mais aussi quelques inconvénients.

    Une meilleure protection des dommages naturels

    En règle générale, un voilier est moins susceptible de subir des dommages – à court ou à long terme – s’il est laissé pendant de longues périodes sur terre plutôt que dans l’eau.

    En effet, les bateaux hivernés dans l’eau sont beaucoup plus vulnérables aux dommages en raison des conditions plus difficiles qui sont presque inévitables en hiver : montée et baisse du niveau de l’eau de mer, vents violents, pluies torrentielles etc…

    Sans compter la corrosion due à l’air marin qui fait rouiller les parties métalliques du bateau, sur le pont mais aussi des pièces plus sensibles comme les passe coque.

    Une solution d’hivernage plus sécurisée

    Les bateaux entreposés au sec dans une zone surveillée sont moins susceptibles d’être volés. Cette solution offre donc un niveau de sécurité optimal.

    Un bateau entreposé sur un chantier naval ne peut pas couler! Et oui, je sais que c’est bizarre mais c’est vrai! Si votre bateau reste dans l’eau tout l’hiver, qu’il n’est pas équipé de pompes de cale et qu’il y a une entrée d’eau, il finira par couler!

     

    L’hivernage à terre permet de prolonger la durée de vie d’un voilier

    L’hivernage à terre permet de bien sécher la coque pendant plusieurs mois. Cela contribue également à protéger la structure de la coque des microorganismes marins et des cloques d’osmose qui sont susceptible d’apparaître éventuellement sur la carène dans le cas d’un contact prolongé avec l’eau de mer.

    Les risques de corrosion électrolytique sont nul, en effet ce type de corrosion intervient lorsque un bateau ou la borne de quai est mal isolée électriquement, plus de détails : Comment lutter contre la corrosion sur un bateau?

    À long terme, cette solution s’avère moins coûteuse, car elle permet de prolonger la durée de vie du voilier.

    Hiverner son voilier à terre : attention aux risques !

    Étant donné que l’eau de mer retient la chaleur plus longtemps que l’air, les bateaux entourés d’air sont plus vulnérables au gel soudain que les bateaux laissés dans l’eau.

    Dans les régions froides, les bateaux entreposés à terre doivent être hivernés correctement et de préférence dans une zone climatisée afin d’éviter les risques de gel résultant des variations rapides des températures.

    De plus, il faut veiller à prendre toutes les précautions nécessaires lors de la sortie du voilier de l’eau et lors de l’entreposage afin d’éviter les risques de dommages matériels pouvant résulter d’une mauvaise manœuvre, bien qu’en général, les grutiers soient des grands professionnels.

     

    Laisser son voilier dans l’eau durant l’hiver : une solution plus simple et plus économique

    Pour les propriétaires des voiliers qui recherchent avant tout la commodité, l’hivernage dans un port ou dans une marina représente une sérieuse option à considérer.

    Tout d’abord, il s’agit d’une solution plus économique, car les tarifs d’hivernage dans un port sont “généralement” plus bas que ceux appliqués pour l’hivernage à terre.

    De plus, le fait d’hiverner son voilier dans l’eau permet d’éviter les risques qui accompagnent la sortie et l’entreposage du voilier.

    Hiverner son bateau à flot : Disponible à tout moment

    En effet, bien que l’on parle d’hivernage, votre bateau est néanmoins prêt à sortir en mer. Vous n’avez pas prévu de naviguer cet hiver mais, on ne sait jamais! Si l’envie vous en prend, vous pourrez facilement rejoindre votre bateau et faire une belle sortie hivernale.

    Entreposé au chantier naval, votre bateau est plus ou moins bloqué jusqu’à la date de mise à l’eau prévue.

     

    A flot, sans surveillance, ça craint!

    Un inconvénient majeur de laisser le bateau à flot, vient du fait qu’il faille quand même faire des visites régulières pour vérifier que tout en ordre, qu’il n’y a pas eu de vol, qu’il n’y a pas d’eau dans les cales, que les pare-battages sont en place etc…

    Si vous n’habitez pas près du lieu où se trouve votre bateau, vous aurez toujours une petite pensée angoissée pour lui, en vous demandant si tout en ordre ou pas, surtout si vous n’avez personne sur place pour aller voir.

    De plus, un bateau laissé dans l’eau est plus susceptible d’être volé ou endommagé par les mauvaises conditions climatiques.

     

    Conclusion

    L’hivernage à terre est la meilleure solution pour protéger un bateau durant l’hiver si vous résidez loin de votre bateau et que vous savez que vous n’allez pas naviguer du tout.

    Un bateau posé au sec dans un hangar climatisé est mieux protégé des risques de vol et des dommages liés aux mauvaises conditions climatiques.

    Bien entendu, il s’agit d’une solution plus coûteuse à court terme. Cela dit, comme la coque est mieux protégée lorsque le voilier est au sec, cette solution permet de prolonger la durée de vie du bateau et s’avère plus économique sur le long terme. Cela n’empêche qu’il faut faire attention aux risques de dommages liés aux manœuvres relatives à la sortie de l’eau et à l’entreposage du bateau.

    mise à l'eau

    Notez bien que cette solution d’hivernage convient plus particulièrement aux petits bateaux. Les grands étant plus volumineux, il est souvent difficile et plus coûteux de trouver un emplacement approprié pour les hiverner au sec, selon votre zone de navigation ! Si vous optez pour un hivernage à flot, alors pensez à surveiller régulièrement votre voilier notamment lorsque la météo s’annonce difficile !

    Il faut savoir si vous préférez Naviguer aussi hors-saison ou hiverner votre bateau

    Quelque soit la méthode choisie, il y un certain nombre d’opérations à faire pour vous assurer de retrouver un bateau en parfait état de marche au printemps. Certaines opérations comme l’hivernage des moteurs par exemple peuvent sembler compliquées mais avec une méthode, tout le monde peut y arriver, je propose une formation qui s’appelle Hivernage Pro qui va vous aider à faire l’hivernage de votre bateau vous même, facilement et en 2 jours seulement.

    Et vous? Vous faîtes comment pour l’hivernage de votre bateau?

    Florian de Nautisme-Pratique.com

  • idées de croisière,  tutos

    Manœuvres de port et prises de ris

    En ce 6e week-end du défi 52 idées de croisières en Bretagne, je me rends compte qu’il va être difficile de me renouveler sans changer de plan d’eau tant la météo est désagréable. Naviguer dans 3 mètres de houle par 25-30 nœuds de vent, dans le froid et sous la pluie de novembre,se pratique rarement par choix. Pour autant nous allons poursuivre notre entraînement au gros temps par quelques manœuvres de port et de voilure.

     

    Ariser la grand voile facilement

    Nous pourrions par exemple peaufiner nos techniques de réduction de voilure en restant encore dans la rade de Brest.
    Une astuce pourrait d’ailleurs vous faciliter la tâche si vous trouvez que les bosses de ris de la grand-voile sont difficiles à étarquer. Tout simplement, avant de les reprendre, remontez un peu la bôme à l’aide de la balancine, l’angle de tire sera meilleur et vous n’aurez plus besoin de forcer.

    Un autre exercice intéressant, alors que les marinas se vident pour l’hivernage des bateaux, consiste à s’entraîner aux manœuvres de port.

    Manœuvres de port par vent fort

    Appareiller d’un quai avec un vent traversier

    Trouvez un quai ou un ponton libre et exercez-vous à accoster et à repartir par vent fort, d’abord face au vent puis avec un vent traversier qui vous décolle du quai, puis qui vous colle à quai.

    Vous verrez qu’il n’est pas aisé d’appareiller dans cette dernière situation. Pour faciliter la manœuvre installez une garde descendante depuis l’avant, passez là dans un anneau du quai plus ou moins au niveau du milieu du bateau et ramenez là en double sur votre taquet, toujours à l’avant.

    manœuvres de port par vent traversier

    Installez des défenses près de l’étrave, puis partez en marche avant lente la barre poussée vers l’extérieur du quai. Le bateau va pivoter autour de sa garde en s’appuyant sur les pare-battages. Quand il est à 45° du quai, demandez à l’équipier d’avant de libérer complètement la garde et partez en marche arrière, plein gaz.

    Quel parcours pourrions nous nous offrir  ?

    La Rade de Brest recèle encore des trésors que nous n’avons pas explorés.

    Pourquoi ne pas, une fois le petit entraînement précédent terminé, remonter l’Elorn sur le chemin des gabares, jusqu’au mouillage de la chapelle Saint-Jean ?

    Les coefficients sont moyens, la marée montante et le vent de Nord nous conduiront au travers sous génois ou foc seul jusqu’à cette petite alcôve de verdure. Bon d’accord, les arbres en cette saison commencent à se dénuder, mais les abords de la rivière à cette endroit sont relativement sauvages.

    Vous verrez sans doute quelques bouées de corps-mort, mais à ma connaissance elles sont toutes privées. Ne cédez pas à l’impulsion de vous y amarrer si elles sont libres : vous ne savez pas ce qui les retient au fond. De manière générale, et a fortiori par temps de brise, il est très imprudent de s’approprier le mouillage d’un autre plaisancier sans son accord d’une part, sans savoir s’il est assez solide pour ne pas dériver sous la traction de votre bateau.

    Il vous faudra donc utiliser votre propre ancre. Là aussi plusieurs précautions sont nécessaires. Utilisez un orin, car il n’est pas impossible que votre ancre se prenne dans une chaîne de corps-mort ou bien tout autre câble qui souvent jonchent le fond des ports et des mouillages permanents.

    Compte tenu du vent soutenu, il sera également prudent de mouiller suffisamment de chaîne : au moins 3 fois la hauteur d’eau. Donc placez-vous assez loin des autres éventuels bateaux pour garder de la place pour éviter.

    Gabares et coquillers de la Rade

    Notre-Dame de Rumengol

    L’Elorn peut se remonter jusqu’à Landerneau, mais elle assèche à marée basse, cette aventure est donc à réserver aux voiliers qui peuvent se poser facilement à quai ou avec des béquilles. De nos jours l’essentiel du trafic maritime en amont de Saint Jean est surtout le fait des kayaks de randonnée.
    Mais au 18e siècle Landerneau était un important port de commerce que remontaient les navires marchands à la voile ou bien halés par des chevaux. Puis dans les années qui suivirent la 2e guerre mondiale, les besoins en matériau de construction étant importants: des gabares, navires de charge à moteur et à voile prélevaient du sable au Minou sur la rive nord du Goulet de Brest pour le déposer à Brest, Landerneau et Chateaulin.

    L’après-midi je vous propose plutôt de naviguer vers le Tinduff, et pourquoi pas d’y passer la nuit à l’abri des vents de nord. Peut-être y trouverez-vous des bouées visiteurs. Plusieurs parcours de randonnée passent par ce joli petit port, le dimanche il vous viendra peut-être l’envie de vous dégourdir les jambes.

    La marée monte jusqu’à 15h45. Aussi si vous possédez un voilier capable de s’échouer, en alternative au Tinduff vous pourrez envisager de poursuivre jusqu’à l’Hôpital Camfrout, et de vous poser le long des berges de la rivière à deux pas du bourg, encore une jolie manœuvre de port. Qui sait si vous y croiserez Notre Dame de Rumengol, une gabare magnifiquement restaurée par l’association An Test, ou encore le coquillier La Bergère de Domrémy.

    manoeuvres de port: échouage à quai
    Bergère de Domremy – photo Jeanne Menjoulet

    Le lendemain, lorsque vous quitterez l’anse de Daoulas, vous pourrez envisager une pause déjeuner à Roscanvel, à l’ouest de l’île Longue, avant de regagner la marina du Moulin Blanc.

    Bonne navigation !

     

  • idées de croisière,  tutos

    Entraînement à la navigation par gros temps

    Nous en sommes à notre 5e week-end depuis le début de mon défi de 52 idées de croisières en Bretagne, en tenant compte des conditions réelles.

    Or les conditions réelles de la Toussaint sont pires que celles du week-end précédent: plus de vent, plus de pluie, plus de vagues. Meteo France annonce une hauteur des vagues maximale de 12,8m sur la zone côtière… La seule chose qui a baissé c’est l’amplitude de la marée.

    Le secteur du vent sera stable: ouest, ouest-sud-ouest, ouest-nord-ouest… que désormais je noterai W, WSW et WNW pour plus de facilité, allright?

    windguru

     

    Alors, on reste au port?

    Que nenni! Deux possibilités s’offrent à nous: soit nous promener en fond de rade, vers Térenez, comme je l’ai proposé le week-end dernier. Pas de remontée de l’Aulne cependant car l’heure de la marée nous ferait passer l’écluse à la nuit, et la rivière n’est pas éclairée.

    L’autre option serait de nous entraîner à la navigation par gros temps.

    La notion de gros temps peut varier d’un équipage à l’autre, et d’un bateau à l’autre: plus le voilier est petit, plus l’inconfort se fait sentir et plus les vagues paraissent hautes. Mais quelques soient vos références, je vous assure que cette fois-ci nous avons déjà de quoi vivre de belles sensations.

    Il ne s’agit pas cependant de provoquer le sort.  Je vous invite d’ailleurs à lire le témoignage fort instructif des sauveteurs de la SNSM rescapés d’un naufrage lors d’un sauvetage aux Sables d’Olonne pendant la tempête Miguel.

    Pouvons-nous sortir de la rade pour goûter des joies du gros temps? Sans doute serait-il possible de se rendre à Camaret dans ces conditions, mais je me sentirai irresponsable de vous proposer ce genre d’exercice. En effet à la moindre avarie, si près des côtes, vous pourriez très vite vous trouver dans une situation scabreuse.

    Pourquoi il serait très difficile de sortir du Goulet de Brest.

    Si nous attendions la marée descendante nous subirions les effets du vent contre le courant dans le Goulet.  Ce qui signifie qu’à la marée descendante, le courant va s’opposer au vent fort et aux vagues.   Windy nous annonce une houle de 2 mètres mais surtout une hauteur moyenne des vagues de 5 mètres en mer d’Iroise. Le résultat peut être assez catastrophique. Vous êtes déjà monté dans une machine à laver?

    Je me souviens d’une régate Inter-entreprises plus de 20 ans en arrière. La météo était à peu près identique. Le départ a quand même été donné. Or un des voiliers engagé, construit en contreplaqué, a vu exploser un de ses bordés en retombant dans une vague. Dans mon souvenir, il est parvenu à s’échouer sur la cale de Saint Anne du Porzic ce qui lui a évité de couler définitivement.

    gros temps en mer d'Iroise

    D’un autre côté si nous essayions de sortir avec le vent et le courant contre nous, cela risque d’être laborieux, voire impossible.

    La solution la moins pire serait donc de nous présenter devant la passe une demi-heure à une heure avant la pleine mer (PM-1), soit vers 13h30. Le temps de tirer des bords, nous sortirions du goulet à l’étale, évitant ainsi les forts remous. Mais nous ne le ferons pas.

    La veille des vérifications s’imposent.

    Le bateau doit être en bon état. Si votre moteur donne des signes de fatigue, que la chute de votre génois commence à se déchirer où que l’enrouleur est de plus en plus dur à actionner, ne sortez pas. Réparez plutôt.

    Faites également le tour du matériel de sécurité. Vérifiez ou bien montez des lignes de vie. Inspectez les brassières-harnais et les mousquetons des longes qui parfois se grippent.

    Enfin le matin du départ assurez vous d’avoir suffisamment de gas-oil pour ne pas désamorcer le moteur si vous devez vous en servir à la gîte, et fermez-bien tous les capots. Installez l’étai largable si vous en avez-un et endraillez votre plus petit foc. Avant de quitter le port chaque équipier devra porter son gilet et sa longe au-dessus de ses vêtements de mer.

    naviguer par gros temps

    Réglez vos voiles

    Un conseil: lorsque vous serez au près et que vous aurez besoin de puissance pour passer les vagues: réglez vos voiles aux petits oignons! Ne portez ni trop, ni pas assez de toile. Profitez de l’abri de la rade pour trouver la configuration idéale. Si je ne devais parler que d’un réglage, je citerai le point de tire du génois. Au près dans du vent fort positionnez le chariot sur le rail du génois de sorte que la voile soit la plus plate possible une fois bordée. Idéalement, la chute devrait être légèrement ouverte pour laisser le vent s’échapper sans trop faire giter le bateau et la bordure plutôt fermée. Trop de plaisanciers oublient ou méconnaissent ce point quand ils naviguent avec le génois partiellement enroulé.

    Pour vous aider, je cite ce passage de Bertrand Chéret dans son ouvrage Les voiles, comprendre, régler, optimiser: “Certains auteurs donnent un angle de tire de prolongement de l’écoute sur la voile de 10° au-dessus de la bissectrice, ou un rapport sur le guindant de 2/3. (…) Ces repères, qui peuvent être utiles, sont fonction des proportions de la voile (…) une fois qu’on a retenu un réglage moyen convenable, il peut être intéressant de placer sur la voile un trait dans le prolongement du point d’écoute.”

    Ensuite si, le cœur vous en dit toujours, c’est-à-dire si vous n’avez pas trop le mal de mer et que vous n’êtes pas trop stressé, vous pourrez essayer quelques techniques de navigation dans le gros temps: la cape et la fuite.

    entraînement à la navigation par gros temps

    Mettez-vous à la cape

    Je vous propose donc de remonter au près jusqu’à la pointe des Espagnols .

    L’idée est de vous positionner de sorte à disposer de suffisamment d’espace libre de tout danger pour vous mettre à la cape et vous laisser dériver au moins 15-20 minutes, le temps de réchauffer un café et de le boire.

    Pour exécuter cette manœuvre depuis une allure de près, il vous suffit de virer sans toucher aux écoutes. Ce dernier va rester gonflé à contre, vous pousserez alors la barre sous le vent, c’est à dire vers la grand-voile. Votre voilier s’immobilisera et commencera à dériver lentement à une allure entre le bon plein et le travers. En bonus, l’eau déplacée par la dérive aplatira la mer au vent du bateau ce qui devrait améliorer votre confort.

    navigation par gros temps: la cape

     

    Pratiquer cette manœuvre  vous donnera de l’assurance, reproduisez-là également dans des conditions de mer plus difficiles que celles de la rade de Brest. Désormais vous saurez que vous pouvez toujours vous arrêter en pleine mer pour réparer, reprendre des forces, quelque soit le temps.

    Partez en fuite

    Une fois réchauffés, vous allez repartir en fuite cette fois. Vous  Avant de relancer le bateau, toujours à la cape, vous aller affaler la grand-voile complètement. Ferlez-la soigneusement. Puis abattez en grand vers le port du Tinduff ou Térenez. En fuite, sous foc seul, vous ne craindrez pas l’empannage. Par contre l’état de la mer vous obligera à bien doser la quantité de toile. N’hésitez pas à dérouler un peu de génois si nécessaire. Pas trop pour ne pas perdre le contrôle dans une aulofée, suffisamment pour vous offrir quelques petits surfs ! Evitez quand même le plein vent arrière, même si c’est la route la plus courte. Essayez de tirer des bords de grand largue, vous verrez que vous roulerez moins, le bateau sera infiniment plus stable.

    Pour la soirée, vous pourrez revenir à Brest, rester au mouillage au Tinduff ou à Térenez sur un coffre destiné aux visiteurs.

    Et voilà une première initiation à la navigation par gros temps. Quand vous serez à l’aise avec la cape et la fuite, vous pourrez envisager de naviguer plus au large en sécurité!

    Amusez-vous bien!

     

     

     

     

  • tutos

    Lexique minimaliste de la croisière

    Impossible de concevoir un blog sur la croisière à la voile sans lui adjoindre un lexique! J’ai donc décidé de me plier à l’exercice, pour que mes lecteurs puissent tous comprendre mes articles 😉

    J’ai aussi effectué un choix en sélectionnant les termes indispensables à connaître pour faciliter les échanges avec le skipper.

    Il se peut que j’aie légèrement dévié des définitions usuelles, vous jugerez de leur pertinence. En cas de doute je vous suggère de vous référer à cette page, extrêmement détaillée et complète.

    Note: je décline toute responsabilité en cas d’utilisation inadaptée de ce lexique de la croisière…

    Verbes marins

    abattre :  modifier le cap du voilier pour s’écarter de la direction d’où vient le vent, sinon on n’avance pas! Voir aussi: lofer.

    affaler : action de faire descendre une voile (volontairement) en libérant la drisse.

    ariser : réduire la surface de voile en prenant des ris. Mais d’où vient ce mot???

    border : tirer sur la grosse corde (l’écoute) qui bat bruyamment et dangereusement une fois qu’on a hissé le génois, ou sur le palan qui est accroché sous la grand voile, et qui revient dans le cockpit, là, sous votre nez.

    choquer : relâcher un cordage, sans se coincer les doigts dans le winch.

    empanner : virer lof pour lof. Manœuvre destinée à décapiter les équipiers qui ne connaissent pas leur lexique par cœur.

    enfourner : planter l’étrave dans la mer. Dangereux sur les multicoques.

    étarquer : Oui, mais pas trop non plus: ça déforme les voiles.

    hisser : action de monter une voile, ou le skipper, dans la mâture.

    lofer : l’inverse d’abattre. Et vice et versa.

    louvoyer: le contraire d’aller droit au but. Se produit généralement quand le vent vient pile poil de la direction où se trouve le mouillage convoité.

    virer de bord : permet de louvoyer. Voir aussi: louvoyer

     

    Gréement et coque

    lexique minimaliste de la croisière

    barre : pièce fixée au gouvernail du bateau pour le diriger. L’équivalent du volant sur les voitures, du guidon sur les vélos, mais qui fonctionne à l’envers.

    bôme : l’arme du crime. Voir aussi: empannage

    bout : on ne dit pas corde, ni ficelle, ça fait Parisien 🙂

    drisse : cordage de couleur variée qui pend le long du mât et sur lequel vous devrez exercer une traction de haut vers le bas quand le skipper vous le demandera. Voir aussi: hisser.

    écoute : Voir border.

    étai : souvent ce câble est caché par l’enrouleur, si bien que lorsqu’il s’abime on n’y voit que du feu et parfois on se prend le mât sur le nez..

    foc : animal marin. Il est conseillé de le hisser à la place du génois quand le vent monte.

    génois : voile d’avant quand il fait beau.

    grand-voile : moteur écologique et silencieux s’il est bien réglé.

    hauban : comme l’étai mais généralement visible à bâbord et à tribord

    poupe : ne vous retournez surtout pas

    proue : là où s’accrochent les sirènes

    quille : quand on la voit c’est mauvais signe

    ris : du danois, riv, rift, ris ; suéd. ref ; angl. reef ; comparez le danois reep, anglais, rope, corde (dictionnaire Littré) voir aussi ariser

    safran : épice orangée

    spi ( spinnaker) : joli ballon multicolore qui a tendance à s’emmêler dans l’étai par petit temps.

    tourmentin : vous ne comptez tout de même pas sortir?

    winch : élément dont la taille doit être suffisante si vous comptez naviguer avec une femme

     

    Marche du voilier

    allure : elles sont au nombre de 5. Citez les sans vous tromper pour voir.

    bâbord : le côté gauche en regardant en avant. Également le nom de la balise rouge que vous avez vue à tribord en quittant le port…en principe.

    cape : pour s’arrêter le temps de remonter l’homme à la mer par exemple.

    dérive : soit vous n’avez pas de quille, soit vous barrez trop près du vent.

    gîte : ça penche, ne vous inquiétez pas, c’est normal.

    roulis : mouvement d’un bord sur l’autre qui donne le mal de mer.

    tangage : le contraire du roulis mais parfois ça donne aussi le mal de mer. Voir aussi: roulis

    tribord : le côté droit en regardant en avant. Également le nom de la balise verte que vous avez vue du côté du même nom en entrant au port.

     

    Cette liste peut être améliorée, mais déjà si vous avez compris chacune des définitions, c’est que vous êtes prêt à passer au niveau supérieur!

    Enfin pour compléter notre lexique de la croisière j’attends avec curiosité vos suggestions en commentaires.